‹ Études philosophiques (volume 2)Chapitre 70 sur 211 · SUR LA NÉCESSITÉ QUI SUIT LE DERNIER JUGEMENT PRATIQUE · texte numérisé non relu

SUR LA NÉCESSITÉ QUI SUIT LE DERNIER JUGEMENT PRATIQUE

Le dernier jugement pratique est celui que prononce en Sujet du dernier ressort l'intelligence, sous l'impulsion de la volonté qui s'y arrête, en lui donnant sa préférence et son consentement. Ce dernier j ugement devient ainsi la règle de l'action.

On a beaucoup discuté pour savoir si, après ce dernier jugement pratique, la volonté se trouvait nécessitée ou si elle demeurait encore libre. Les uns, avec les Thomistes, soutiennent que la volonté suit nécessairement le dernier jugement pratique ; les autres, avec Scot (1) et Suarez (2), soutiennent au contraire qu'elle demeure toujours libre de ne pas le suivre. Mais nous croyons, avec Liberatore (3), que dans ce conflit d'opinions il y a encore plus de malentendus et d'équivoques que de divergence véritable d'idées,

S. Bonaventure nous semble avoir touché au nœud de Soiuiioa cette difficulté, lorsqu'il nous fait observer finement qu'il y Bonavên-

a deux espèces de jugements raisonnables. L'un, dans lequel n'intervient aucunement la liberté humaine; l'autre, qui ne se prononce qu'avec le concours et sous la direction de cette liberté. Or le dernier jugement pratique est de cette seconde espèce. Dans l'élaboration du dernier jugement pratique, en matière non nécessaire mais contingente, par lequel je prononce que ceci me plaît davantage que cela, et qu'en conséquence je ferai ceci plutôt que cela, la raison est incapable de se déterminer d'elle seule, de formuler un jugement définitif, sans avoir consulté les préférences de notre volonté propre (4). Il faut donc que la volonté intervienne dans un tel jugement pratique, pour le rendre dernier et définitif,

(1) In lib. II Sent., dist. 25, q. unie.

(2) Disp. Meiap/i., XIX, sect. 6.

(3) .Metaph. specialis, PsychoL, cap. I, a. 9.

(4) C'est aussi la pensée de S. Thomas ; « Judicium de hoc parliculari operabili, %ct nunc, (le dernier jugement pratique] nunquam potest esse contrarium appetilui (voluntali) (S. Th., q. 24, De veriL, a. 2, c).

ture.

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c'est-à-dire pour clore la délibération, pour fixer le choix, et arrêter la raison dans la série dos investigations et délibéralions, (jui se prolongerait sans (in.

S. Bunavenlure remarque encore que l'acte de la volonté alterne toujours avec celui de rinlelligence, de façon à ce que l'acte précédent laisse toujours quelque chose de luimême dans l'acte suivant. Ainsi, par une sorte de « circumincession « de la cause dans l'eflet, ou de loi héréditaire qui transmet au fils quelque chose du père, il demeure de la volonté dans l'acte de l'intelligence, et de l'intelligence dans l'acte de volonté. La liberté devient intelligente, le jugement de l'intelligence devient libre. Kn .sorte que, si l'acte du libre arbitre vient matt^riellement de la volonté, il vient formellement de l'intelligence. C'est aussi ce que suppose S. Thomas : « Hadix libertatis est voluntas sicut subjectum, sed sicut causa (formalis) est ratio » (1).

Voilà pourquoi lorsque, plus tard, la volonté suivra l'arrêt de ce jugement et se mettra à même de l'exécuter, tout en ayant l'air d'obéir à un aulre.c'est à elle-même qu'elle obéira. La nécessité de suivre le dernier jugement pratique ne sera donc autre chose que la nécessité de rester d accord avec elle-même, de se laisser guider par ses propres décisions. Aussi, conclut S. Bonavenlure, c'est bien moins la volonté qui se laisse aiurs entraîner par l'intelligence, que lintelligence qui semble entraînée ou fixée dans son choix défiollif par la volonté, et par la constance de la volonté dans sa propre décision ["2).

Nécessiié Est-cc à dire que cette constance de la volonté, par laquelle

,;"p"! (1) s. .Thomas, P 2^ q. 17, a. 1. ad '2.

ilié'ii.iiie. (2) <> Dicendum quod duplex est jiidiciiim rationis. Quoddam e.st in solo dictauiine, et hoc est rationis secuiiduni se. Aliud est secundiini jndiciuni deiinitivum ut liât vel non liât, et illud nunqnam est sine volunlate : quanlunicuMKiuc cnini ratio deliberet, in eam partem déterminât dednitivum judicium quam pnïoptat voluntas. El ideo cum dicilur quod voluntas sequitur judicium, si inlelligilur de judicio, quod consistil in solo dictamine, non estsemper verum quod ad illud sequatur voluntas uecessario. Si autem inlelligatur de judicio dihnitivo, ex hoc non sequilur quod voluntas sequatur principaliter actutn alienum (intellectus), imo potius actum alienum trahit ad proprinni.» (S. Bonavenlura, in 11 Sent., disl. 20, p.l, art. unie. q. G ad ari^um).

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