I. LA LIBERTÉ. — LA LIBERTÉ ET LA MÉTAPHYSIQUE
elle reste d'accord avec elle-même, soit désormais invariablement et nécessairement fixée ? 11 est clair que non, car je puis à tout instant revenir sur ma première décision. Le bien que j'ai choisi demeurant toujours un bien contingent et imparfait, j'ai toujours un prétexte pour le répudier, ou tout au moins pour m'arrêter dans sa poursuite, en imaginant comme possible un bien meilleur et préférable, et en examinant de nouveau s'il ne serait pas réalisable. Ainsi tout peut être remis en délibération, et le dernier jugement pratique peut être, sinon remplacé par un autre jugement, du moins provisoirement suspendu, par le bon plaisir de notre libre arbitre. Non pas que ce bon plaisir soit aveugle, et puisse'échapper au principe de la raison suffisante. Non, ici, pas plus qu'ailleurs, nous n'admettons la formule d'inditïérence du poète :
Hoc volo, sic jubeo, sit 'pro ratione voluntas (1).
Mais nous croyons qu'en présence d'un bien moindre, la volonté dont la capacité est universelle, comme celle de la raison, peut toujours rêver mieux, et chercher mieux.
On voit par là que, s'il est vrai de dire que la volonté suit toujours nécessairement le dernier jugement pratique, s'il est maintenu ; il n'est pas moins exact d'ajouter que ce n'est là qu'une nécessité hypothétique ; ce dernier jugement pratique peut toujours être révoqué et remplacé par un autre jugement, ou tout au moins être suspendu, pour être repris après une délibération plus mûre ; ce qui suffit pour montrer que ce jugement de l'esprit a été fait nôtre par la volonté, et qu'il demeure toujours nôtre, toujours en notre pouvoir, alors même que la volonté semble en suivre l'impulsion et la direction passive. C'est elle-même qui a volontairement choisi cette direction et accepté ce joug,sans lequel elle ne pourrait agir.
(1) Jnvenal, Sat. VI, v. 222; « Stultum estdicore qnod aliquis appelât proplor appetere,iiam appetere est qiiidem motus tendens m aliud. » (S. Th., in m de Anima, lec. 1.'»).
La Liberté et les Sciences modernes.
La crise Tandis que les jiliilosoplies, adversaires ou niau-
scienti- . iiii
fi<i..e. vais detenseurs de la liberté, portaient aux croyances traditionnelles, de si rudes atteintes qu'elles en sont encore ébranlées depuis plus d'un siècle, — une nouvelle et redoutable crise se préparait parmi les savants, avec le progrès soudain et prodigieux des sciences positives.
Les premières années du XIX' siècle voient l'invention de la macbine à vapeur et ses merveilleuses applications, puis une conquête encore plus incroyable de l'espril liumain : l'invention du télégiaplie électrique, précurseur du télépbone : bientôt après la galvanoplastie ; ensuite le daguerréotype et la photographie. Pendant ce temps, la chimie marchait de découvertes en découvertes ; l'analyse spectrale réussissait à faire la chimie des corps célestes, malgré leur distance prodigieuse ; en optique physique, la découverte des interférences faisait triompher définitivement la théorie desondulatioiis ; la sciencenouvelle de la thermodynami(}ue se fondait par la fixation de l'équivalent mécanique de la chaleur ; entiii la découverte de Vanité ou plutôt corrélation des forces physiques, où tout est mouvement, semblait couronner la physique par une admirable synthèse.
Gomme contre-coup ou conséquence de ces grandes découvertes, l'industrie, le commerce, les moyens de transports et de communication, la vie matérielle, et la vie intidlectuelle elle-même, se modiliaienl jtrofondément. L'humanité semblait entrer dans une ère nouvelle, où son empire toujours croissant sur les