‹ Études philosophiques (volume 2)Chapitre 95 sur 211 · LA LIBERTÉ. — LA LIBERTÉ ET LES SCIENCES MODERNES · texte numérisé non relu

LA LIBERTÉ. — LA LIBERTÉ ET LES SCIENCES MODERNES

si invraisemblable, et, comme philosophe du moins, nous n'}^ trouvons rien à redire, pas plus qu'à la description physiologique de rellortattentionnel.

Jusqu'ici nous sommes d'accord avec les physiologistes, et si nous nous séparons d'eux ce ne sera que sur les conclusions ou interprétations de ces faits.

Il est certain que TelTort attentionnel volontaire se uucus-

sion de

révèle à notre conscience comme cause active ou, ces faits. pour être plus précis, comme cause excitatrice de l'activité organique. De quel droit pourrait-on le nier, et soutenir au contraire que l'activité organique est la cause, et que l'efFort volontaire n'est qu'un effet purement passif, un écho, un reflet, de l'activité organique, en sorte que ce sentiment de causalité et de maîtrise que nous éprouvons dans l'effort volontaire ne serait plus qu'une illusion de conscience?

Or telle est bien l'interprétation des positivistes. Pour eux, les mouvements des membres, de la tête, de la face, des poumons, que nous avons décrits, l'hyperhémie du cerveau, l'excitation des lobes frontaux, ne sont pas les effets de l'etiort volontaire, mais en constituent tous les éléments actifs. Les images cérébrales excitent les nerfs périphériques ou du moins les ganglions sensoriels, et ceux-ci réagissent par action réflexe sur les images cérébrales pour les rendre plus vives : tel serait tout le mécanisme de l'attention. La conscience, la volonté, ne seraient que des témoins passifs de cette réaction physiologique : « Ce n'est pas elle qui fait la besogne, dit M. Hibot, elle en profite seulement (1). »

Rien de plus fantaisiste et déplus gratuit qu'une telle interprétation. Encore une fois, c'est tronquer les faits, pour les plier à une théorie, au lieu de plier la théorie et de la modeler sur les faits.

(1) Ribot, Physiologie de l'ultenlton, p. 30.

ISH FONDEMENT? Dr-; LA MORALE

Théorie Poii isu 1 voii S qiiaiid iiièiiie, et voyons si la théorie aanôi. des idees-rellets pourra tenir jusqii au bout. Apres l'analyse de l'eirort musculaire et de l'effort attentionnel, passons à l'analyse physiologique de l'eiïorl de réflexion ou iVfuvH qui, nous l'avons déjà dit, constitue la première phase de l'acte volontaire. Le premier effort de la volonté est, en efl'et, d'arrêter et de suspendre le cours de l'activité spontanée pour réfléchir et délibérer.

Puisque, d'après nos adversaires, toute l'activité soi-disant volontaire, est une résultante de l'activité organique ou physiologique, comment pourra-t-elle s'arrêter et se suspendre elle-même ? Comment le torrent impétueux d'un fleuve pourra-t-il s'arrêter et remonter vers sa source ? comment l'explosion commencée d'un gaz pourra-t-elle s'interrompre ellemême et ajourner la suite au lendemain ? C'est le problème qui se pose à nos savants, et l'on avouera qu'il n'est pas commode cà résoudre.

Ce pouvoir d'inhibition. })ar lequel nous arrêtons parfois à notre gré le cours de nos passions pour les maîtriser, ou le cours de nos pensées et de nos désirs pour les contrôler ou les contempler à notre aise, est le nœud du problème. M. Ribot l'a bien senti ; il a bien compris que tant (}iie l'on ne pourrait explicjuer ce fait, sans recourir à l'elVort dune activité supérieure, la volonté libre demeurerait comme dans une citadelle inexpugnable.

Grave Or cette citadelle est bien loin d'être prise par nos poiirV adversaires. Kcoulons leurs aveux et leurs doléances : « La doctrine courante spiritualiste) admet que la volonté est un /?>?/ au(iuel les muscles obéissent on ne sait comment. Dans cette hypothèse, il importe peuque le//<?/ commande un mouvement ou un arrêt. (Donc pas de difliculté dans la théorie spiritualiste.)

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