I. LA LIBERTÉ. — LA LIBERTÉ ET LES SCIENCES MODERNES
Mais si l'on admet, avec tons les pliysiologistes contenaporains, que le réflexe est le type et la base de tonte action, et si par conséquent il n'y a pas lien de rechercher pourquoi un état de conscience se transforme en mouvement, — puisque c'est la loi, — il faut expliquer pourquoi il ne se transforme pas (ou pourquoi la transformation est parfois suspendue). Malheureusement la physiologie est pleine d'obscurité et d'indécision sur ce point. » — Au même endroit l'auteur reconnaît que sa théorie irait toute seule dans le cas où la « volition serait simplement un laisser faire; mais elle est tout autre chose. Elle est aussi une puissance d'arrêt, ou pour parler la langue de la physiologie, un pouvoir à' inhibition... et cette distinction est capitale (1) >.
Voilà donc l'épreuve capitale pour la théorie des idées-retlets ; examinons comment elle s'en tirera.
Après avoir avoué que « pour expliquer le méca- Eiiedoit nisme de l'inhibition, il n'y a aucune doctrine claire combe.-. et universellement acceptée »,M. Ribot propose timidement de choisir entre deux hypothèses. « Quelques auteurs ont admis dans le cerveau des centres d'arrêts (Setschenov^,Goltz) ou des centres modérateurs (Ferrier). Pour d'autres auteurs, l'inhibition est généralement considérée comme le résultat d'une interférence (2) ».
Nous n'éprouvons, comme philosophe, aucune répugnance à admettre, dans les lobes frontaux ou ailleurs, des centres d'arrêts, des centres modérateurs, qui arrêtent ou qui modèrent à notre gré, sous l'empire de notre volonté, le cours spontané de nos pensées, de nos désirs, de nos passions. Mais si vous supprimez la direction et la maîtrise de la volonté, l'expli-
(1) Ribot, Les maladies de lu Volonté, p. 13, 14.
(2) Ribot, IbkL, p. 14-16.
1«)|) FONDEMI.NTS UK LA MOMAI.i:
cation s'évanouit. Il restera toujours à dire qui fait jouer à notre gré ces centres modérateurs ou cescen- . très d'arrêts. La difficulté n'est que reculée sans être résolue. Vous avez beau ajouter à une montre des rouages nouveaux de plus en i)lus complexes, ils ne peuvent marcher, tant que vous aurez sni»primé le ressort ou le moteur principal.
De même, nous ne refusons pas d'expliquer par une sorte d'interférence, cet arrêt ou cette suspension de nos mouvements spontanés. Mais comme, d'après vous, ces mouvements spontanés de l'individu sont toujours une résultante, le cours de celte résultante ne peut subir d'arrêt, de suspension, d'interférence, que par le fiai delà volonté. Sans ce fiat,']e vois bien vos nouvelles machines, mais je ne vois plus de machiniste. Vos centres d'arrêts, vos centres modérateurs,vos interférences, ne sont plus que des instruments, des freins qu'on peut serrer <à volonté, mais le serre-frein a disparu. Lorsqu'on nous aura montré une locomotive « renversant la vapeur ». et s'arrêlant elle-même à volonté, sans le concours d'une force distincte et supérieure, nous croirons à la théorie proposée.
Théorie Resterait à faire l'analyse physiologi({ue de cet dei-effori ^^^^.^ stadc dc l'activité libre, l'elfort de décision on de choix, par lequel nous nous imposons encore une espèce d'arrêt pour mettre lin à la délibération, et nous fixer dans un choix définitif. Mais les physiologistes n'ont pu l'aborder au moins d'uiie manière directe, — attendu, nous dit M. James, •< qu'il n'implique dans beaucoup de cas aucun mouvement immédiat, ou rien qu'une énergie musculaire extrêmement faible >. Ils se sont contentés d'étudier l'aiTaiblissement que peut éprouver notre puissance de choisir et de vouloir, — ou bien In disproportion qui
décision.