I. LA LIBERTÉ. — LA LIBERTÉ ET LES SCIENCES MODERNES
ment maîtres d'eux-mêmes ; combien sont nombreux au contraire les hommes de volonté faible et chancelante, et même de volonté presque nulle et atrophiée. De même que l'intelligence a ses génies et ses idiots, la volonté a toujours eu des maîtres et des esclaves.
S'il y a des gens qui ne peuvent jamais se décider Limpnis à vouloir, d'autres, avons-nous dit, semblent vouloir à^'âgir et ne peuvent agir. Cette seconde catégorie de malades a été longuement étudiée par les physiologistes contemporains, qui les ont subdivisés en deux groupes : ceux qui ne peuvent agir ^d.^ défaut d'iynpiilsion, et ceux qui sont prévenus ou dominés par un excès d'impulsion. Nous commencerons par la description de ces derniers, d'après le témoignage d'aliénistes bien connus, tels que Marc, Glénadel et Maudsley, cités par M. Ribot (1).
Unedameprised'impulsionshomicides, demandait p^,. „^ à être maintenue à l'aide d'une camisole de force, et d-fmptaannonçait ensuite le moment où, l'accès étant passé, il n'y aurait plus de danger à lui rendre la liberté de ses mouvements. Une autre femme d'une grande culture intellectuelle et pleine d'alïection pour ses parents, se sentait prise parfois d'une impulsion si violente à les frapper, qu'elle demandait à ce qu'on vînt à son aide en la fixant dans un fauteuil. — Un mélancolique tourmenté de l'idée de suicide se leva la nuit, alla frapper à la porte de son frère et lui cria : Venez vite, le suicide me poursuit, je ne résisterai plus ! — Un autre poussé par le délire de l'homicide contre M. X... dit à son frère: « Prends une corde solide, attache moi comme un loup dans la grange et va prévenir M. X.... >^ Le même écrivait au directeur de la maison
(1) Ribot, Les maladies de la Volonté, p. 78-81.
sion.
nerveux.
d'aliénés où il devait entrer : « Bientôt on nie croira gaéri ; par moments même je feindrai de l'être. Ne me croyez jamais ; je ne dois plus sortir sous aucun prétexte. Ouandje solliciterai mon élargissement, redoublez de surveillance : je n'userai de cette liberté que pour commettre un crime qui me fait borreur. >
Gomme on le voit clairement, dans tous ces cas, la violence des passions inférieures, que la volonté devrait gouverner, est si véhémente qu'elle est réellement, ou qu'elle paraît, irrésistible, à ce point que la volonté renonce à la lutte et se déclare impuissante. Par Dans les cas suivants, c'est le contraire qui va se dSx produire, la volonté ne trouve plus dans l'activité motrice ou dans l'activité sensible, le concours dont elle aurait besoin pour remuer les membres comme elle l'entend, ou pour exécuter la série d'opérations extérieures qu'elle aurait voulu.
Nous n'insisterons pas sur le cas où la volonté est impuissante, par exemple, à remuer le bras, par défaut de l'inllux nerveux ou des autres forces essentielles à la motricité organique. Ce cas de paralysie organique est bien connu. 11 démontre, en les séparant, la distinction de la volonté et de la motricité, que l'ancienne psychologie connaissait si bien. La volonté ne crée pas l'activité motrice mais la dirige seulement. Aussi les physiologistes en distinguant les muscles volontaires des muscles involontaires, ont-ils soin d'ajouter que cette distinction ne peut avoir rien d'absolu. A la suite d'essais heureux et réitétés, la volonté arrive parfois à étendre son inlluence sur des muscles jusque-là involontaires. Il y a des personnes, comme Fontana, qui sont parvenues àprotluire des contractions volontaires de l'iris ; d'autres, comme E. F. Weber, à arrêter à volonté les battements de leur cœur. Que si l'activité motrice