I. LA LIBERTÉ. — LA LIBERTÉ ET LES SCIENCES MODERNES 19l
existe parfois entre cette puissance de vouloir, et la force d'exécution. Il y a en effet des personnes qui ne peuvent jamais se décider à vouloir ceci ou cela ; d'autres qui seml)lent vouloir et ne peuvent agir.
Nous suivrons les physiologistes dans ces deux études, rapidement, mais dans la mesure utile à notre thèse.
La faiblesse ou l'impuissance de la volonté à se L'im,,uisdécider et à choisir, est un fait connu depuis long- se'7étemps des philosophes et des pathologistes. C'est "''^''' l'irrésolution.
Parfois, — mais c'est le plus petit nombre de cas, \
— elle provient de la richesse exubérante des idées. i
L'esprit voit tant de motifs pour et contre, il prévoit (
tant de conséquences possibles prochaines et éloi- ^
gnées, qu'il finit par se perdre dans un calcul inextricable et dans des raisonnements sans fin. Les idées et les tendances à l'acte qui les accompagnent s'entravent, s'annulent, et l'on finit par ne plus savoir que choisir ou que vouloir. Voilà pourquoi les grands artistes, les grands savants, les grands contemplatifs sont si rarement des hommes d'action ou d'administration. Une sainte Thérèse ou un saint François d'Assise sont des phénomènes exceptionnels.
Cependant, comme M. Ribotl'a finement remarqué, la faiblesse de volonté, ou, comme on dit, la faiblesse
de caractère, doit aussi avoir sa part dans cette malà- i
die de l'irrésolution, et c'est ce qui se voit mieux
chez les irrésolus pauvres d'idées. « S'ils agissent '
c'est toujours dans le sens de la moindre action ou ;
de la plus faible résistance. La délibération aboutit difficilement à un choix, et le choix à un acte (1). »
Pour vouloir dans le sens de la plus grande action ou j
(1) Ribot, Les maladies de la Volonté, p. 36.
lit-i FONDEMENTS DE LA MOHALE
(le la plus grande résistance, il laiidrait avoir appris à se vaincre ; il faudrait avoir développé i)rogressiveraent le « nerf de la volonté >, par cette gymnastique spirituelle qu'on appciUe la discipline de l'àrae, le combat spirituel. Mais (lue de gens n'ont mr-me pas essayé cotte discipline, et ont laissé s'atrophier en eux cette puissance et cette maîtrise de la volonté ! Au lieu de lui apprendre à commander et à diriger, on ne Ta que trop halutuée à suivre docilement et à obéir. M. Ribot a parfaitement décrit cette im])uissance de la volonté dans un cliapitre très suggestif : le régime des caprices (1), « ce type de caractère dans lequel la volonté ne se constitue pas ou ne le fait que sous une forme chancelante, instable et sans efficacité ». L'exemple le plus complet de cette impuissance se trouve parmi les hystériques. Leurs idées, leurs affections, leurs désirs, leurs volontés, sont dans une perpétuelle instabilité; comme la girouette de nos toits, elle tourne et change de direction au moindre souffle. Elles no savent pas se fixer, elles ne savent pas vouloir, ou plutôt elles ne peiivonl jilus. elles ne veulent plus vouloir. Il y a chez elles, comme un ressort brisé; aussi sont-elles si dociles aux impulsions du dehors, et subissent-elles si facilement la direction et le joug des suggestions étrangères de tous ceux qui savent vouloir pour elles et s'imposer. Expiica- Tous ces faits sont si connus (lu'il nous parait inu-
lion lie , , . , . ... ,
CCS faits, tiled insister. Aucun d eux n a jamais embarrasse les défenseurs du libre arbitre. Autant nousaffirmonsson existence et sa puissance dans riiommepris en général ; autant nous reconnaissons combien sont rares les hommes où cette puissance est pleinement développée, les hommes «c de grands caractères > entière-
1 lUhol. Ibid., ch. IV, p. 115.