‹ Études philosophiques (volume 3)Chapitre 52 sur 118 · PREMIÈRE PARTIE : LE MOUVEMENT ii · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE : LE MOUVEMENT ii

le principe de la conservation de l'énergie (1). » Notez que cette grande conception de la science moderne sur la « métamorpliose de l'énergie », s'applique tout aussi bien à la puissance emmagasinée dans un corps à l'état de chaleur, d'électricité, d'affinité chimique, etc., qu'à l'état de mouvement proprement dit. L'énergie existe toujours sous une double forme, tantôt à l'état d'actualité agissante, tantôt à l'état latent et invisible de simple potentialité. Agirou Pouvoir : sont toujours les deux termes opposés et corrélatifs, dont la somme demeure constante.

Autant ce double fait est clairement constaté aux veux ^-e'""

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des savants, autant sa nature est encore mystérieuse. En ^'o"mécanique, l'action, c'est le mouvement local qui se figure aisément ; mais un mouvement en puissance, c'est-à-dire une qualité active capable de produire un mouvement, sans être elle-même un mouvement, — c'est là une conception qui devait effaroucher les maîtres de la mécanique, au moins ceux qui avaient fait la gageure de tout expliquer par deux éléments en acte : la matière et le mouvement. Aussi se sont-ils empressés de supposer que l'énergie potentielle n'avait de potentiel que le nom, et qu'elle était elle-même un mouvement, quoique mouvement invisible et caché des molécules. Mais ce n'est là qu'une explication métaphysique de nos savants, — et des plus contestables, — qui ne remplace les fameuses qualités occultes que par des quantités occultes, et que M. Poincaré lui-même (2) ne craint pas d'appeler une « conception gratuite et suspecte ».

Si la notion de puissance s'impose à toutes les sciences de la nature, à la Biologie, à la Psychologie, à la Chimie, etc., une exception en faveur de la mécanique

(1) Freycinet, Essai sur la Philosophie des sciences ("2' édit.) p. 240.

(2) Poincaré, Revue de Meta, et de Morale, 189G, p. 538, Le mécanisme et Vexpérience.

Insuffisance de

l'explication mécanisle.

n'est pas admissible, d'autant qu'elle risquerait de ren~ dre inintelligible la mécanique elle-même. La démonstration en a été faite plus d'une fois, notamment par M. Gouailhac dans sa belle thèse de doctorat qui fut un événement en Sorbonoe, en 1897, et que nous demanderons la permission de citer en la résumant.

On imagine souvent, dit-il en substance (1), que l'énergie actuelle est un mouvement de translation, et l'énergie virtuelle une vibration moléculaire, et qu'ainsi le mouvement suffit à tout expliquer. 11 est aisé de montrer qu'il n'en est rien. Voici un pendule. Il oscille entre deux positions extrêmes, A et B. Quand il part de A, son énergie actuelle est nulle, son énergie potentielle est à son maximum. Dans son trajet de A en B,il y a échange continuel ininterrompu entre ces deux énergies. L'énergie virtuelle décroît, l'énergie actuelle grandit, jusqu'à ce qu'il ait atteint la position verticale, G. Quand il la dépasse et monte en B, un échange en sens inverse se produit. Arrivé en B, léneigie actuelle est nulle et l'énergie potentielle est à son maximum. Alors, nous dit-on, le mouvement ne fait que changer de forme, une vibration moléculaire a succédé à un mouvement de translation. —Soit ; mais prenons une de ces molécules en vibration. Une vibration, c'est un mouvement de va-et-vient au delà et en deçà d'une position moyenne. On peut donc l'assimiler à l'oscillation du pendule et lui appliquer le môme raisonnement.il y a un moment où cette molécule arrive à une de ses positions extrêmes, A ou B, et oii son énergie actuelle est nulle, son énergie virtuelle à son maximum. Dans cet instant d'arrêt, quelle est la forme de l'énergie virtuelle ? Est-ce la forme du mouvement ? Nullement, puisqu'il

(l) Gouailhac, La liberté et la conservation de l'énergie, p. 173. — Cf. P. Vignon. La notion de force, p. 2o5 et suiv.

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