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84 ÉTUDES l'UlLOSOPfllOUES
moyenne, les écarts de piopoi-tion déjouent tous les calculs.
Ce sont là des faits très connus et absolument incontestables, sur lesquels nous reviendrons longuement. Nous nous contentons de les indiquer ici, poui montrer atout observateur sincère que les variations indépendantes des deux éléments prouvent jusqu'à l'évidence leur distinction réelle.
coDcio- Concluons donc, avec M. Taine, que la sensation a réellement un côté intérieur et conscient, avec un côté extérieur etextensif, que l'on peut supposer en mouvement vibratoire, sil'on veut. JVIais gardons-nous bien d'identitier le dedans et le dehors : ces deux éléments ne peuvent pas plus se confondre que se séparer, et leur distinction est aussi nécessaire que leur réunion ou leur synthèse au plus profond de l'être sentant.
Nous sommes arrivés là au point central, au point de jonction de la matière et de la force, de l'organe et de la vie, du corps et de l'esprit. Le regard de l'homme ne va pas plus loin... C'est là qu'aboutissent toutes les influences du monde physique ; c'est de là que partent toutes les aspirations du monde moral vers l'idéal et l'infini. Et c'est vers ces régions supérieures de la pensée pure, que va nous conduire la suite naturelle de cette étude. Nous allons examiner si ces théories sur le sujet sentant peuvent aussi s'appliquer au sujet pe/isaw^. Après avoir établi que ce n'est ni la matière cérébrale, ni l'âme séparément, mais le composé humain, le cerveau-animé ({wi sent, demandons-nous si c'est lui aussi qui pense.
Est-ce le cerveau qui pense?
Nous venons d'admettre que c'est l'organe-aninié seeon'e qui sent ; mais il serait téméraire d'en conclure que '""""°' c'est aussi Torgane-animé qui pense, c'est-à-dire qui produit les opérations abstraites de l'esprit, telles que l'idée pure, le jugement, le raisonnement, le choix libre, les joies et les peines que nous appelons spirituelles, sans avoir examiné préalablement si les raisonnements que nous venons de faire sur le sujet de la sensation s'appliquent aussi au sujet de la pensée pure.
Il est clair, tout d'abord, que Vêlement simple, nécessaire à la sensation intuitive, est aussi nécessaire à la pensée intuitive qui perçoit les essences des choses. Que je perçoive de mes yeux ce triangle particulier, ou que je pense l'essence du triangle en général, ces deux perceptions sont des opérations unes, indivisibles et pour ainsi dire syntliétiques, puisque, par la première, je groupe et ramène à l'unité d'une vue d'ensemble tontes les parties des lignes et des surfaces qui composent ce triangle, et que par la seconde, yd groupe encore et ramène à l'unité d'une vue d'ensemble toutes les propriétés essentielles qui constituent la notion du triangle en général. Un sujet qui, au cest lieu d'être simple, serait composé de parties et mul- f*K.V!* tiple, produirait autant d'actes qu'il a de parties et serait incapable d'opérer un seul acte synthétique de cette nature, comme nous l'avons déjà démontré pour la perception des sens.
Si l'idée abstraite suppose un sujet indivisible, à ^-^lus forte raison devons-nous l'affirmer du jugement
et du raisonnement qui comparent plusieurs idées, pour aflirmer ou nier leur convenance. Les trois termes d'un syllu;^isme ne seront jamais rapprochés et comparés, si vous les supposez dans trois sujets différents ou dans trois parties séparées du même sujet. C'est le même être qui doit les penser pour les lier ensemble et les coordonner.
Enfin la volonté, la liberté, les affections spirituelles, telles que les joies et les peines de la conscience, nous ûlFrent aussi le même caractère d'unité et d'indivisibilité. Un remords de conscience, par exempl(>, est aussi indivisible qu'un jugement; et l'on ne comprendrait pas mieux la possibilité d'un tiers ou d'un quart de remords, que celle d'un tiers ou d'un quart de jugement. Donc, le sujet qui pense doit être constitué par un élément simple ; mais doit-il avoir en même temps un élément étendu ?
Nous avons dû l'admettre dans la sensation, pour trois raisons distinctes : 1° parce que la sensation saisit des objets matériels et étendus ; 2° parce qu'elle les sent et se les figure d'une manière étendue ; 3° enfin parce que ce sont nos organes eux-mêmes qui. au témoignage de la conscience, sont affectés par nos sensations.
Preuves Or il cst facllc de voir qu'aucune de ces raisons n'existe lorsqu'il s'agit de l'idée pure et des phénomènes purement intellectuels. Leur contraste avec la sensation est des plus saisissants.
a) L'objet de la sensation est toujours matériel et étendu ^ au contraire, la pensée abstraite ne saisit que des objets inétendus. Le cercle universel que je perçois est un objet sans étendue, puisqu'il fait précisément abstraction de tout diamètre et de toute superficie déterminés. Voilà pourquoi, tandis que je puis dessiner sous mes yeux ou dans mon imagination le contour
■égaûves.