LES SENS ET LA RAISON
La faculté motrice et l'automatisme psychologique.
Tout animal est capable de se mouvoir au dehors : et c'est précisément par ces mouvements extérieurs de relation avec les autres êtres, tels que la parole, le cri, le geste, l'attaque, la défense et les diverses espèces de locomotion, qu'il manifeste aux regards de l'observateur ses facultés psychiques.
De même que, par le mouvement immanent de l'évolution organique, < le tourbillon vital », il s'est distingué à nos yeux de l'être inanimé en nous donnant des marques irrécusables de sa vie végétative et inférieure, ainsi, par le mouvement extérieur de relation, il nous démontre qu'il jouit au moins de la vie sensible, sinon raisonnable.
Parmi les facultés sensibles, la faculté motrice est donc la plus apparente dans l'animai; elle est laprerwîèredans l'ordre des manifestations extérieures, quoi qu'elle soit la moins parfaite et la dernière dans l'ordre logique et psychologique. Nous verrons en effet que c'est une sensation ou connaissance sensible, ordinairement agréable ou désagréable^ qui produit le
Facnlté première.
2 l'2 ÉTUDES PUILOSOPUIQUES
désir OU l'impulsion instinctive, et celle-ci qui détermine le mouvement de relation ; en sorte que le mouvement n'est que l'effet extérieur d'une série de causes plus profondes, et le dernier anneau d'une chaîne qu'il nous faudra relier aux anneaux précédents, par une énumération complète.
Sous le bénéfice deces réserves, qu'on nous permette de modifier un peu l'ordre accoutumé des psychologies classiques, en commençant l'étude de nos facultés sensibles et organiques par la faculté motrice. Notre dessein, en cela, n'est nullement de donner le pas à l'observation extérieure sur l'observation intérieure, ni d'abaisser le psychologue au-dessous du physiologiste ; encore moins de confondre des sciences que nous voulons seulement unir et compléter l'une par l'autre. Nous n'avons en vue, dans cette légère interversion, que de mettre davantage en lumière notre exposition théorique, considération qui, à nos yeux, doit primer toutes les autres.
Son Nous sommes conyaincu, en effet, que la théorie de uTé* lafaculte motrice, etsurtoutlathéoriedes mouvements automatiquesqu'on désigne sous le nom d'actes réflexes, sans dominer absolument — ce qui serait une exagération manifeste — les autres théories psychologiques, les éclairent cependant d'une manière très utile, et jettent un jour tout nouveau sur la théorie fondamentale de la connaissance sensible, que nous aurons à édifier, dans les chapitres suivants.
L'étude de certains phénomènes de motricité et d'automatisme;, déjà connus des anciens, mais complètement négligés par les philosophes depuis l'ère cartésienne (1), réserve plus d'une surprise à ceux de nos
(1) « Bien des philosophes et Condillac surtout se sont demandés ce qui arrive lorsqu'on introduit une sensation isolée dans une statue vide de pensées. Ils ont supposé une foule de choses plus ou moins vraies., attention, mémoire, plaisir, peine... ils n'ont pas deviné le phénomène