NOTA
Les objections des Modernistes contre la Certitude en };énéral sont examinées dans le tome IX {La crise de la Certitude); — et dans le tome I ( Théorie Jondomentale, j« édition), leurs objections contre les premières notions de la raison : (l'acte et la puissance, le primat de l'acte, le <y postulat du morcelage>>, les principes de contradiction, de causalité, de Jinalité, etc.) ^Nous y renvoyons le lecteur.
L'IDEE DE DIEU
d'après
LA RAISON ET LA SCIENCE
telleace«
L'idée de Dieu est le point culminant de la pensée Le humaine ; c'est le problème à la fois le plus relevé et %'^Kxle plus important qui s'impose à notre raison et à notre conscience. Impossible de l'éviter : le silence serait encore une espèce de solution négative, dont l'influence ne serait pas moins décisive dans la direction pratique de notre vie. Aussi l'examen de ce grave problème n'a-t-il été omis par aucune école de philosophes, ni par aucun peuple, à quelque degré de la civilisation qu'on le suppose ; et aujourd'hui encore libres-penseurs ou croyants, malgré leurs divisions profondes, en reconnaissent l'importance capitale.
«. Dieu — écrivait récemment un penseur contemporain, peu suspect de cléricalisme, et que nous aurons plus d'une fois le regret de combattre dans ce volume, — Dieu, c'est le plus grand mot des langues humaines. Aucune ne Ta oublié. Toutes, même les plus barbares, l'ont célébré en le définissant avec plus ou moins de justesse, de précision, de prolondéur et de pureté. Il est le problème par excellence des plus grandes philosopliies (1). >
Mais pour le résoudre plus méthodiquement et plus sûrement, il ne tant pas, comme Descartes, le sépa-
(1) Vacherut, J.e nouveau Spiritualisme, p. iiiiS.
L'IDÉK UË DIEU 2
Noire iiiutlioJe.
18 ÉTUDES PHlLOSDPUiyOFS
rer des antres problèmes inférieurs qui lui préparent la voie. De menu- quil ne faut jias vouloir étudier les théorèmes de Géométrie transcendante avant ceux de Géométrie élémentaire. Ainsi l'ont compris Aristote et S. Thomas, ces deux grands génies qui personnifient à nos yeux l'union de la philosophie avec les sciences, et dont les sages préceptes n'ont cessé de nous guider dans tout le cours de ces Études.
A leur suite, nous avons commencé par étudier la nature physique : le mouvement, la matière, Isl vie. Puis nous nous sommes élevés àla nature humaine: le cerveau et rame, la sensation, \Si pensée. Et maintenant que nous connaissons dans leurs grandes lignes les trois règnes de la nature visible, nous sommes tout préparés à nous élever plus haut que cette nature, en examinant si elle suffit à s'expliquer ellemême, ou si elle exige une cause première transcendante, d'où elle tire sa raison d'être, s^n Le caractère essentiellement positif et scientifique
caractère
posiur. d'une telle méthode ne saurait être mis en doute. Aussi, — nous sommes heureux de le dire, — a-t-il été reconnu et proclamé récemment par ceux de nos adversaires qui ont enfin essayé de rouvrir les in-folio poudreux de l'École, et qui ne se contentent plus de les juger sans les connaître, d'après des interprètes plus ou moins bien informés.
< Qu'est-ce que cette théologie aristotélique, écrivait encore M. Vacherot, sinon le couronnement d'une psychologie et d'une physique, fondées sur l'expérience et l'analyse de la réalité ? Où est l'a priori? Où est la pure spéculation dans ce vaste système, dont la base est aussi solide que le sommet en est élevé ? Si la nature y est expliquée par l'âme, et l'âme par Dieu, qui a conduit à ce principe suprême d'explication, sinon la physique d'abord, et ensuite la psychologie ? Cela
l'idée de dieu. — AVANT-PROPOS 19
nous fait comprendre pourquoi la doctrine d'Aristote est restée debout sur les ruines de tant de spéculations antiques et modernes, comme un de ces monuments dont les fortes et profondes assises bravent l'action du temps et les coups de la tempête (1). »
Aprèsun hommage si magnifique, — nous allions dire un tel aveu sur les lèvres d'un tel adversaire, — aucun de nos lecteurs, espérons-le, ne refusera de nous suivre dans une voie difficile, sans doute, mais déjà frayée et explorée presque en tous sens par les plus grands génies. Du reste, comme condition de succès, nous ne leur demandons qu'une chose: c'est de n'apporter comme nous au fond du cœur, qu'un seul désir, une seule passion, l'amour de la vérité.
En retour, nous osons leur promettre assez de lumières, non pour dissiper tous les mystères, — ce qui n'est pas possible ici-bas, — mais pour éclairer pleinement leur foi, l'asseoir sur des bases inébranlables, et la prémunir contre les attaques si souvent répétées de nos jours par les sophistes et surtout par les coryphées d'une fausse science.
Nous espérons montrer, en efi'et, que depuis le mer- Le veilleux développement scientifique auquel notre siè- ""^des * cle vient d'assister, rien, absolument rien de sérieux, n'est venu infirmer le dogme philosophique de l'existence de Dieu, qui semble au contraire prouvé d'une manière d'autant plus éclatante que les sciences humaines font plus de progrès.
Plus les sciences delà nature nous découvrent de merveilles, plus la nécessité d'un Dieu s'impose aux réflexions des penseurs. Et ce n'est pas là seulement une hypothèse grandiose, vraisemblable, mais indémontrable ; c'est une vérité désormais acquise au
(1) Vacherot, Ihid., p. 164.
scieDc«s.
moyen de simples raisonnements sur les données les pins certaines des sciences modernes ; une vérité susceptible d'acquérir à nos yeux un degré de certitude au moins comparable à celai des principes fondamentaux de toutes les sciences, tandis que les hypothèses matérialistes ou athées sont convaincues d'insuffisance et même de contradictions flagrantes avec les principes et les faits scientifiques les mieux établis. En sorte que la science, ayant besoin de l'idée de Dieu poiir expliquer la nature, — non moins que la conscience humaine pour éclairer le monde moral, — pourrait reprendre à son compte le mot fameux : Dieu ne serait pas, qu'il faudrait l'inventer ! i^s Sans doute, la raison est toujours courte par quel-
-!" !=• que endroit, et l'homme ne peut pas plus espérer tout connaître en théodicée, que dans les autres branches du savoir humain, où bien des questions demeureront pour nous toujours insolubles. Mais qui donc parmi les savants s'est jamais cru autorisé à rejeter les certitudes acquises, sous prétexte qu'à côté d'elles se trouvent des doutes et des obscurités? Qui donc oserait dédaigner la science de l'optique ou de l'électricité, parce qu'il ne sait pas au juste ce que c'est que la lumière et l'électricité? Qui donc traiterait d'absurde la mécanique céleste des Newton ou des Laplace, parce qu'il ignore la nature de la gravitation? Tous les savants sont unanimes à l'admettre sans la comprendre ; et en cela ils sont tout simplement logi ques.
Nous agirons comme eux. Nous ne nous laisserons pas arrêter par ces lacunes inhérentes à toute science humaine, et môme indispensables à leur progrès. A côté des vérités acquises, nous serons les premiers à signaler en détail, avec une sincérité entière, les solutions douteuses, ou les mystères insondables. Nous
du sujet.
l'idée de dieu. — AVANT-PROPOS 21
rappelant que Thomme ne doit l'aire ni l'ange ni la bête, nous éviterons ainsi les deux excès, et des naïfs orgueilleux qui prétendent tout savoir, et des scepti-' ques qui affectent de douter de tout ou de se croire condamnés à une ignorance complète non moins déraisonnable.
La division de ce travail sera des plus simples, et pivisiorf conforme à la méthode à la fois expérimentale et rationnelle ou analytico-synthétique. Après là démonstration de V existence de Dieu, qui nous élèvera de ce monde visible jusqu'à son Auteur et remplira la première partie, nous étudierons dans la seconde ce que nous pouvons savoir de la nature intime de Dieu ou de ses attributs. Enfin, dans une troisième partie, nous chercherons à définir les rapports de Dieu et du monde, et à complétei" ainsi les principaux traits de ia véritable idée de Dieu, d'après les seules lumières combinées de la Raison et de la Science.