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frappants exemples; je reprends maintenant le cours des événements -et des travaux qui ont rempli ou momentanément distrait de leur pente naturelle la vie et l'âme de M. Vitet.
Pendant qu il s'adonnait à ces élégantes et paisibles études, la révolution de 1830 éclata. 11 en comprit admirablement, dès les premiers jours, le vrai caractère, ainsi que lés conditions du régime nouveau qui en devait résulter. Nous n'avons pas encore réussi, bien s'en faut, à reconnaître et à mettre en pratique tous les enseignements de cette grande époque, et il importe à notre avenir encore plus qu'à notre
notations musicales de l'Europe; — 1833, de l'Architecture byzantine en France; — 1833, de la Peinture murale ; — 18o4, Histoire de lliarmonie au moyen âge; — 18o5, Athènes aux quinzième, seizième et dix-septième siècles; — 18o6, Marc- Antoine Raimondi; — 1838, /irjy Scheffer; — 1839, M. ChaV' les Lenormant ; — iSo^, Monuinents antiques de la ville d'Orange; — 1860, Pindare et VArt qrec; — 1860, les Marbres d'Eleusis; — \8Q0, T Architecture chrétienne en Judée; — 1860, Nouvelle Explication des neumes ; — 1860, les Peintres flamands et hollandais; — 186J, Nouvelles fouilles à Eleusis; — 1861, de l'Orfèvrerie religieuse au moyen âge;
— 1862, l^rojet d'un nouveau musée de sculpture grecque ;
— 1862, la Collection Campana; — 1862, la Chapelle des Saints-Anges, par Eugène Delacroix ; — 1863, les Mosaïques chrétiennes de Rome.
situation actuelle de nous en rendre exactement compte. La Restauration n'avait pas fait en France, en 4830, toutes les conquêtes que lui avait promises la Charte. Inactives, mais non résignées, les sociétés secrètes et révolutionnaires étaient encore là, prêtes, dès qu'une circonstance favorable se présenterait, à reprendre leur travail de conspiration et de destruction. D'autres adversaires, plus légaux, mais non moins redoutables, épiaient toutes les* fautes du roi et de son gouvernement, et les commentaient assidûment devant le public, attendant et faisant pressentir des fautes bien plus graves qui amèneraient les conséquences suprêmes. Dans les masses populaires, les vieux instincts de haine et de méfiance pour tout ce qui rappelait l'ancien régime et l'invasion étrangère continuaient de fournir aux ennemis de la Restauration des espérances et des armes inépuisables. Le peuple est comme l'Océan, immobile et presque immuable au fond, quels que soient les coups de vent qui agitent sa surface. Cependant, même au milieu de la fermentation électorale de 1830, l'esprit de légalité et le bon sens politique avaient fait de notables progrès ;
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le sentiment public rejDOussait toute révolution nouvelle. Jamais la situation des hommes qui voulaient sincèrement le roi et la Charte n'avait été meilleure ni plus ibrte .: ils avaient, dans l'opposition légale, lait leurs preuves de fermeté persévérante; ils venaient de maintenir avec éclat les principes essentiels du gouvernement libre ; ils possédaient l'estime et même la faveur publique ; les partis violents par nécessité, le pays avec quelque doute, mais aussi avec une espérance honnête, se rangeaient et marchaient derrière eux. S'ils avaient, à ce moment critique, réussi auprès du roi comme dans les Chambres; si Charles X, après avoir, par la dissolution d« la Chambre des députés, poussé jusqu'au bout le droit de sa couronne, avait accueilli le vœu manifeste de la France, et pris ses ministres parmi les royalistes constitutionnels, investis de la considération publique, je le dis avec une conviction qui peut sembler téméraire^ mais qui persiste aujourd'hui, on pouvait raisonnablement espérer que l'épreuve décisive de la Restauration était surmontée, et que, le pays prenant en même temps confiance dans le roi et dans la Charte, l'ancienne dynastie et le gouver-
nement constitutionnel étaient fondés ensemble. Mais ce qui manquait précisément au roi Charles X, c'était cette étendue et cette liberté d'esprit qui donnent à un prince l'intelligence de son temps et lui en font sainement apprécier les ressources conime les nécessités. « Il n'y a que M. de Lafayette et moi qui n'ayons pas changé depuis 1789, » disait un jour le roi, et il disait vrai ; à travers les vicissitudes de sa vie, il était resté tel qu'il s'était formé dans sa jeunesse à la cour de Versailles, sincère et léger, confiant en lui-même et dans ses entours, peu observateur et peu réfléchi, quoique d'un esprit actif, attaché à ses idées et à ses amis de l'ancien régime comme à sa foi et à son drapeau. Sous le règne de son frère Louis XYIII, il avait été le patron de cette opposition royaliste qui fit hardiment usage des libertés constitutionnelles, et il s'était fait alors en lui un singulier mélange de son intimité persévérante avec ses anciens amis, partisans de l'ancienne monarchie et de son goût pour la popularité nouvelle d'une physionomie libérale. Monté sur le trône, il se flatta sincèrement qu'il gouvernerait selon la ChaHi) avec ses idées et ses amis
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crautrefois. M., de Villèle et M. de Martigiiac s'usèrent rapidement à son service dans ce difficile travail. Après leur chute, aisément acceptée, Charles X se trouva rendu à sa pente naturelle, au milieu de conseillers peu disposés à le contredire et hors d'état de le contenir. Deux erreurs funestes s'établirent alors dans son esprit : il se crut menacé par la Révolution plus qu'il ne l'était réellement, et il cessa de croire à la possibilité de se défendre et de gouverner par le cours légal du régime constitutionnel. De là les ordonnances de juillet 4830. La France ne voulait point d'une révolution nouvelle. La Charte contenait, pour un souverain prudent et patient, de sûrs moyens d'exercer l'autorité royale et de garantir sa couronne ; mais Charles X avait perdu confiance dans la France et dans la Charte. Quand l'adresse des 221 sortit triomphante des élections, il se crut acculé dans ses derniers retranchements, et réduit à se sauver malgré la Charte ou à périr par la Révolution. Peu de jours avant les ordonnances de juillet, l'ambassadeur de Russie, le comte Pozzo di Borgo, eut une audience du
roi. Il le trouva assis devant son bureau, les
yeux fixés sur la Charte ouverte à l'article 14. Charles X lisait et rehsait cet article, y cherchant avec inquiétude le sens et la portée qu'il avait besoin d'y trouver. En pareil cas, on trouve toujours ce qu'on cherche, et la conversation du roi, bien que détournée et incertaine, laissa à l'ambassadeur peu de doutes sur ce qui se préparait. ■ La révolution de 1830 une fois accomplie, M, Vitet fut un des premiers à comprendre que ce que la France avait de plus pressé, c'était de la transformer en un gouvernement régulier et durable qui la terminât en la consolidant. Il comprit en même temps la condition vitale de ce gouvernement, que son pouvoir fût stable et efficace sous la double garantie de la hbre discussion de ses actes et de la responsabihté de ses conseillers. La monarchie constitutionnelle offrait et avait déjà donné ailleurs pleine satisfaction à cette grande condition. M. Vitet se voua à la cause de la monarchie constitutionnelle, et les tentatives républicaines, si on en avait fait quelqu'une dès lors pour obtenir son concours, n'auraient pas même réussi à lui donner des tentations. Il n'avait contre le régime républicain aucune de ces objections de
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principe que peut élever une philosophie haute et exigeante ; mais il savait trop bien l'histoire pour ne pas reconnaître que, de toutes les formes de gouvernement, la République est celle dont les conditions sont le plus difficiles à réunir, la durée plus incertaine et le succès •plus rare. Dans l'antiquité européenne, la Grèce fut une collection de glorieuses petites républiques qui passèrent leur vie à se faire la guerre jusqu'au jour où elles succombèrent devant la monarchie macédonienne . La République romaine ne conquit le monde que pour tomber dans une sanglante anarchie, qui aboutit bientôt au despotisme et à la décadence de l'empire. Dans le monde moderne, trois républiques, la Suisse, les Provinces-Unies de Hollande et les États- Unis d'Amérique, ont seules réussi à acquérir la consistance et la durée d'États vraiment constitués. C'est qu'elles ont été des confédérations de petits États, répubhcains unis pour certaines circonstances graves et déterminées, mais conservant pour leur régime intérieur leur séparation et leur autonomie. La France de 1830 n'avait aucune de ces bases historiques et ne se prêtait à aucune combinaison sem-
blable , l'unité avait été l'œuvre lente, mais définitive de son histoire. Elle était et elle resta monarchique en 1830, malgré ses luttes révolutionnaires avec son ancienne monarchie, et malgré les coups que, soit en l'attaquant, soit en se défendant, elle lui avait elle-même portés. En embrassant en 1830 la cause de la monarchie constitutionnelle, M. Vitet se conformait donc au vœu de son pays autant qu'à sa propre pensée. Je l'ai déjà dit et je prends plaisir à le redire, il le fit avec un désintéressement, un amour du vrai et du bien qui est de tout temps fort rare ; il n'apporta dans la vie publique point d'ambition du pouvoir et des honneurs, point d'amour-propre impatient et rival, point d'effort pour obtenir le succès populaire. Plus il observa et réfléchit, plus il demeura convaincu que le meilleur gouvernement, pour notre temps et pour la France, c'était le régime qu'assez improprement chez nous on a ^^lpe\é parlempntaire , le pouvoir exercé, de concert avec le roi, mais sous leur propre responsabilité, par les repré- ~ sentants les plus éminents et les plus éprouvés des principes d'ordre et do liberté inscrits dans la charte du pays et livrés dans les Chambres
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à de constants débats. M. Vitet travailla sans relâche à la formation d'un tel gouvernement en le laissant incessamment soumis à la critique et à la concurrence de ses rivaux. Quand il crut le voir formé, il se dévoua à le soutenir, sans aucune prétention personnelle, à travers les difficultés et les luttes de la politique quotidienne. Il apporta dans cet assidu travail une habileté loyale et prudente, s'appliquant à prévenir les dissentiments entre ses amis conseillers de la couronne, à écarter les rivalités, à éclaircir les malentendus, à dissiper les ombrages et les doutes qui s'élèvent aisément, même entre les hommes en général sympathiques et engagés dans la même cause. Il excellait dans cet art délicat, et il exerçait ainsi dans le gouvernement une influence d'autant plus efficace qu'elle était moins aperçue.
Pendant qu'il s'acquittait ainsi, dans sa vie publique, d'un rôle volontairement limité, il lui arriva dans sa vie privée un grand bonheur bien justement mérité; le 30 octobre 1832, il épousa M^^^ Cécile Périer, fille de M. Scipion Périer et nièce de M. Casimir Périer, qui venait de mourir cinq mois auparavant dans toute sa
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gloire, car il avait su rétablir l'ordre sans attenter à la liberté. C'était ce qu'on appelle clans le monde un bon mariage; à l'épreuve, il fut excellent. M^^^ périer était belle, sérieuse, passionnée et digne, capable de comprendre et de conquérir son mari. Pendant vingt-cinq ans, ils se donnèrent l'un à l'autre ce qu'ailleurs j'ai appelé de son vrai nom, l'amour dans le mariage. M. Yitet perdit sa femme le 12 février 1858. Il ne chercha et ne trouva de consolation que dans le progrès de sa foi chrétienne et dans le pieux souvenir de son bonheur.
Aux joies du foyer domestique étaient venus s'ajouter, pour lui les succès littéraires. Il publia, en 1833, son Histoire de la ville de Dieppe, en deux volumes ; ce devait être le début d'une série d'histoires des principales villes de France destinées à montrer pourquoi et comment les divers régimes municipaux avaient été amenés à se fondre dans l'unité nationale. V Histoire de Dieppe donnait l'exemple d'une narration claire et animée, sans lacunes et sans longueurs, propre à servir de guide dans une telle entreprise générale. Par malheur, l'entreprise ne fut pas continuée; l'exemple était trop difficile à
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suivre. M. Vitet fut élu le 8 mai 1845 à l'Académie française, en remplacement de M. Soumet, et son discours de réception, prononcé le 26 mars 1846, surpassa l'attente publique. Après avoir mêlé de fines et justes critiques à la louange de son prédécesseur, il revint à l'éloge avec une dignité morale et une équité littéraire rares et saisissantes. « Où sont, dit-il, les hommes qui obtiennent sàus condition les dons que le ciel leur envoie? Le plus divin de tous les peintres trouva-t-il jamais sur sa palette ces teintes suaves et 'profondes qui naissaient d'elles-mêmes sous le pinceau du Gorrége?... Savoir aimer le beau dans les œuvres des hommes, c'est savoir accepter d'inévitables imperfections; les qualités ne s'achètent que par des • défauts... Celles de M. Soumet partaient d'un principe unique, l'amour le plus vrai, le plus profond de son art... Ne l'oublions pas, messieurs, les qualités saillantes et exclusives sont, dans le domaine des arts, 1^ plus sûr préservatif contre la médiocrité. M. Soumet appartenait à la famille des coloristes ; il ne dessinait pas ses figures nues avant de les draper, il n'étudiait pas les mouvements de leurs muscles
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jusque sous l'épaisseur d'une armure,... et en même temps il aimait tous les beaux vers, ceux des autres aussi bien que les siens; un grand succès était une fête pour lui, quelle que fût la main qui dût cueillir la palme... Cette généreuse passion, que purifiait encore le sentiment religieux, l'avait rendu comme étranger au monde ; il ne vivait plus que dans cette atmosphère des idées désintéressées où notre âme se dépouille de nos mauvais penchants et n'est pas même accessible aux plus innocentes faiblesses. Des titres, des honneurs lui furent offerts quelquefois par le roi Louis XVIII, qui prisait fort ses vers ; le poëte en fut presque offensé; il croyait trop à sa noblesse littéraire pour croire qu'il eût besoin d'une autre. Heureuse exaltation qui ne lui donnait pas seulement le premier des biens, l'indépendance, mais une vie sans orages, aussi naïve que sur les bancs des écoles, aussi calme que dans le fond d'un cloître ! y> Au nom de l'Académie, son directeur, M. le comte Mo\é, répondit dignement à ce noble état d'àme et à ce beau langage. Deux ans après la réception de M. Vitet à l'Académie française, la révolution du 24 fé-