‹ Etudes philosophiques (volume 2)Chapitre 10 sur 24 · Livre IL · texte numérisé non relu

Livre IL

Éléments simples (*).

Variété des phénomènes intellectuels constitués à l'aide des éléments simples.

Tous les phénomènes intellectuels, depuis les plus simples associations de son et de couleur jusqu'au moi, sont formés par ces associations.

(*) Voir étude 29 novembre 1878. (Note de l'auteur.) (') Idem, ibidem.

Saint-Julien, 6 janvier 1879.

Parcourant aujourd'hui, dans le Journal des Débats du 6 janvier 1879, un compte rendu de la séance du 4 janvier à l'Académie des sciences morales ef politiques, je trouve le passage suivant :

€ Selon l'usage, M. le secrétaire perpétuel fait connaîtro le résultat des concours de l'année qui vient de finir. Il y a deux concours dont les prix sont prélevés sur les fonds du budget; l'un a pour sujet : Exposer et discuter les doctrines philosophiques qui ramènent au seul fait de l'association les facultés de Vesprit humain et le moi lui-même. Ce concours n'a pas eu de résultat, aucun mémoire n'a été présenté. »

C'est la première fois que la matière du sujet proposé me tombe sous les yeux. Peut-être n'aurions-nous qu'à réunir les réflexions et observations éparses dans les études qui précèdent...

Faisant de l'association la base même des facultés de l'esprit humain, nous montrerions comment la méthode expérimentale d'analyse et de synthèse appliquée aux éléments moraux, nous conduit à établir la composition de tous les phénomènes moraux et rend possible une classification pareille à celle de la chimie et de l'histoire naturelle. Par la théorie de l'association, les sciences morales et psychologiques prennent rang parmi les sciences exactes et naturelles. Le moi luimême est constitué par une association; il est un composé. Il faudrait montrer comment s'opère cette association (rôle du mouvement), et comment une fois l'association constituée, elle ne laisse rien à désirer à la raison.

Les éléments constituant le lieu interne mien et ceux qui constituent la conscience forment corps ensemble. L'analyse nous révèle les conditions voulues pour que des phénomènes soient associés avec eux de manière à former un corps. A Torigine nous désirons établir que les phénomènes moraux sont connus comme les phénomènes étudiés par les sciences physiques, chimiques, par l'observation de nos organes appliqués à des éléments internes ou externes, perçus par ces organes.

Si l'on prétend que l'analyse à laquelle nous soumettons le moi et tous les autres phénomènes intellectuels rabaisse la nature humaine, il faudra soutenir que les analyses auxquelles notre sol, nos eaux, les plantes, les animaux, le corps hunciain ont été soumis, ont fait disparaître ce qu'il y a de grand dans l'univers. Le corps humain lui-même a été livré aux investigations des savants, et personne ne regarde plus comme sacrilèges les mains qui pénètrent les éléments de la nature. Le moi doit être enveloppé à son tour dans ce travail d'analyse qui, peut-être, en nous montrant les éléments dont il se compose, nous fera comprendre sa grandeur. Jamais la science véritable n'a diminué les objets auxquels elle s'applique. Ces analyses nous fournissent le moyen d'agir sur les phénomènes intellectuels, de les maîtriser, de les associer dans des combinaisons morales nouvelles, d'extraire et d'isoler des forces pareilles dans l'ordre moral à celles que nous avons mises à notre service dans l'ordre physique. L'esprit humain a été étudié en dernier lieu. Il est encore aussi inexploré pour la plupart des points que les régions de l'Afrique centrale. Il ne faut pas moins d'audace et on ne court pas moins de dangers dans ce voyage de découverte intellectuelle. Sur beaucoup

de points, l'intelligence, comme les pays fabuleux d'Homère, est peuplée de nos songes. J'ai toujours aimé ces imaginations qui attestent à leur manière la puissance de notre nature, j'ai longtemps essayé de les prendre pour des réalités; puis im jour, j'ai voulu voir moi-même les pays décrits par ces poètes sublimes, qu'on appelle des philosophes. Je rapporte ce que j'ai vu. Quelques-uns continueront à préférer le pays des songes à la réalité ; pour moi, je pense qu'elle dépasse en grandeur tout ce que nous pouvons imaginer.

L'honmie ne s'est pas élevé du premier coup à la contemplation de l'univers. Repoussé des choses périssables, averti sans cesse par la douleur associée dans la nature à un mouvement de répulsion, trouvant constamment la douleur et la répulsion au fond des êtres qui avaient commencé par l'attirer et lui donner du bonheur, il a été conduit de répulsions en répulsions, d'attractions en attractions, à la perception de la nature sans bornes composée par l'enchaînement inflexible des phénomènes. Parvenu à cette contemplation suprême, il a fait dans son intelligence et dans ses instincts une part proportionnelle à l'importance de chaque chose au lieu de se laisser attirer et absorber par chacune d'elles.

Rapports de Tesprit et du monde, des sciences de Thomme et des sciences de la nature.

Saint-Julien, 26 septembre 1868.

Le monde inférieur est l'alphabet dans lequel l'homme s'épèle lui-même. C'est dans les êtres inférieurs à Fhomme que nous trouvons ces linéaments informes qui dans l'intelhgence humaine deviennent des Ugnes

d'un dessin parfait. C'est à Tétude du monde extérieur qu'il faut demander les hypothèses destinées à être vérifiées par l'observation des phénomènes intellectuels. Il y a entre Tétude de l'homme et celle de la nature un échange perpétuel d'hypothèses, un système d'actions et de réactions. Mais c'est la nature étudiée dans ses phénomènes les plus reculés, pour ainsi dire, qui peut seule nous mettre sur la trace des phénomènes dont l'intelligence est le théâtre. Ces phénomènes se prolongent, se complètent et se résument dans l'homme. Il faut les saisir à leur point de départ. Malheureusement la science positive ne fournit encore pour cette étude que des résultats très incomplets. Il faudrait que ceux qui entreprennent de fonder la science morale puissent rechercher eux-mêmes, dans les phénomènes de la nature, ceux qui sont utiles à l'avancement de la science dont ils s'occupent ; car de même que la contemplation de la nature jette des lueurs sur la constitution et les lois de l'esprit humain, de même, aussi, l'étude des phénomènes qui s'accomplissent au sein de l'esprit humain permet de conjecturer la manière dont se produisent les phénomènes naturels.

Cela doit être ainsi si, en effet, l'esprit humain n'est que le résumé et l'achèvement du monde où nous vivons.

De la méthode dans les sciences morales.

Saint-Julien, 9 août 1877.

Moins préoccupé d'augmenter mes pensées que de les bien connaître, j'ai pris une par une les idées qui constituent le patrimoine de toute intelligence ordinaire et de l'humanité dans tous les temps. J'ai voulu savoir

si ces idées ne correspondaient qu'à des mots, à des combinaisons imaginaires ou bien à des réalités externes. J'ai voulu voir quelles étaient parmi elles celles qui m'étaient procurées directement par le spectacle de ce qui m'entoure.

Même sujet.

Saint-Julien, 15 septembre 1878.

L'obstacle au progrès de la science morale et sociale vient de ce qu'on a tout généralisé avant d'avoir rien analysé. Ceux qui ont écrit sur la politique et sur la morale se sont montrés plutôt des hommes d'imagination et de poésie que des hommes de science. Emportés par le désir de résoudre à la fois tous les problèmes embrassés par des intelligences ayant une notion de toutes choses, ils ont fait comme des gens qui, pour faire de la chimie, se lanceraient dans la physiologie, l'histoire naturelle, l'astronomie et la cosmogonie. Faute d'avoir su se borner, faute d'avoir eu l'ambition de la vérité toute seule, ils ont écrit des poèmes où il est diflicile de discerner la part de l'imagination et celle de la vérité. Il n'y a de travaux scientifiques que ceux qui étudient une chose en elle-même, dans ses rapports avec les objets les plus immédiats, sans laisser intervenir dans leurs observations aucun élément qui ne soit pas en rapport immédiat avec cette chose. C'est pour n'avoir pas eu la patience de s'enfermer dans des faits précis et limités, pour ne pas s'être astreints à ce rôle si borné en apparence, si obscur souvent, mais le seul fécond en résultats certains, que la science politique, sauf certaines portions de l'économie politique, est

encore à naître. Nous n'avons encore dans cet ordre que des œuvres d'imagination, véritables romans. Il n'a été produit de scientifique que des études spéciales limitées à l'observation de certains faits : précieux matériaux pour la science future.

Même sujet.

SainWulien, 6 juillet 1878.

Les phénomènes externes, leur ordre, leur sucr cession ou leurs rapports entre eux ; les phénomènes organiques, leur ordre, leur succession et leurs rapports entre eux; les rapports des phénomènes externes avec les phénomènes organiques, voilà tous les éléments des phénomènes de l'intelligence.

Môme sujet.

SainthJulien, 20 septembre 1878.

La science morale ou intellectuelle ne diffère de toutes les autres sciences que par les phénomènes qu'elle étudie. C'est d'ailleurs la particularité des phénomènes étudiés qui constitue la particularité des sciences. Partout la méthode scientifique, les procédés fondamentaux d'observation et d'analyse mêlées de synthèse sont les mêmes; il n'y a que les éléments auxquels s'appUquent ces procédés qui varient. Ainsi, quand la science intellectuelle étudie les phénomènes de justice, de propriété, de durée, d'infini, de société, elle s'applique à des éléments tout aussi appréciables que ceux dont sont formés les corps physiques, chimiques ou physiologiques. Ce qui complique ces études,

c'est la complexité et la ténuité des phénomènes étudiés, c'est le manque d'habitude pour ce genre d'observation, ce sont les suppositions bizarres auxquelles l'imagination se Uvi^e quand il s'agit de phénomènes tels que ceux embrassés sous le nom de moi par exemple, ce sont les abstractions nominales sous lesquelles se perd la réalité. Cette science est venue et devait venir la dernière, puisqu'elle s'applique aux phénomènes ultimes de la hiérarchie des éléments; comme la dernière, elle n'a pas encore eu le temps, malgré des travaux spéciaux faits à un point de vue vraiment scientifique, de se reconnaître et de limiter l'objet exact de ses recherches. Il faut appliquer à tous les phénomènes de l'intelligence (phénomènes qu'on pourrait peut-être préciser en la définissant, ceiux) qui se reflètent dans l'appareil cérébral et dont les éléments se trouvent dans le milieu extérieur à l'appareil cérébral) les procédés d'observation, d'analyse et de synthèse employés par toutes les autres sciences. La vérification expérimentale nous fera varier les conditions des phénomènes et nous montrera que leur manifestation ou leur disparition se produit selon que les éléments assignés comme conditions se rencontrent ou ne se rencontrent pas. Par l'observation, nous constatons les phénomènes ; par l'analyse, nous les résolvons en leurs éléments simples ou constituants ; par la synthèse, nous réunissons les éléments séparés par l'analyse ; par la vérification expérimentale, nous montrons que le phénomène se manifeste ou ne se manifeste pas, selon que les éléments séparés par l'analyse se rencontrent ou ne se rencontrent pas. Il n'y a aucun de ces procédés qui ne soit applicable aux phénomènes de Tordre intellectuel et qui ne doive leur être appliqué.

Les phénomènes intellectuels que nous venons de définir sont encore appelés phénomènes de conscience. La conscience est partout, mais nous réservons spécialement le nom de conscience pour l'ensemble des phénomènes associés dans Tappai'eil cérébral

— Les idées, déjà localisées dans l'appareil cérébral, communiquent entre elles et s'associent seulement, quand elles ne l'ont pas été dans le milieu extérieur à l'appareil cérébral, au moyen de la réapparition dans l'organisme d'impressions internes et organiques. L'observation nous a conduit à formuler cette proposition. Pour la vérifier expérimentalement, il faudrait montrer qu'une nouvelle association entre des phénomènes intellectuels ne se produit jamais, si l'apparition de l'impression organique dans les sens est devenue impossible. Il n'y aurait plus alors que les associations antérieurement recueillies dans le milieu par l'intelligence (le milieu extérieur à l'appareil cérébral), mais 'pas d'associations nouvelles. Certains cas de paralysie des oi^anes pourraient peut-être déjà constituer une vérification expérimentale à cet égard. Il faudrait voir si les malades sont capables de former des associations organiques. D'autre part, il faudrait environner ce genre d'expériences des plus grandes précautions, car des impressions organiques de plus d'une sorte peuvent servir à former l'association entre deux idées. Ainsi toutes les idées sont unies à des mots, tous les mots à des impressions organiques; l'association qui ne se ferait pas au moyen d'une impression organique de Ueu, comme celle qui est consécutive au mouvement de la paupière, pourrait se faire au moyen d'un mot, associé

à ridée, puis associé à une impression organique de lieu, existant par exemple dans l'oreille et non plus, comme tout à l'heure, dans l'œil. Nous pouvons faire varier les conditions des divers phénomènes embrassés sous les termes généraux de justice, de propriété, d'état, comme nous faisons varier les conditions d'un phénomène physique, chimique ou physiologique. Les lois ou les rapports de ces phénomènes sont des rapports analogues à ceux des phénomènes étudiés par les sciences naturelles.

La psychologie peut se constituer avant Tachèvement de la physiologie.

31 mai i867.

. La physiologie, qui. nous a déjà causé tant de sur* prises, découvrira-t-elle quelque procédé merveilleux d'expérimentation à l'aide duquel elle pourra étudier les propriétés vitales du cerveau? Je n'hésite pas à le croire. En science, la principale difficulté souvent, c'est de bien poser le problème. Mais quand un problème a été posé dans ses termes précis, quand le savant est parvenu à voir clairement quel est le but à atteindre ; quand, ayant formé son hypothèse, il sait d'avance quel résultat il doit espérer, ce jour-là, le problème est sur le point d'être résolu. Il y faudra plus ou moins de temps, d'efforts, de travaux, mais la solution se produira.

Faut-il penser cependant que la science morale doive attendre, pour essayer de se constituer, que la physiol(^e, dont le travail minutieux est condamné à tant de lenteurs, nous ait donné sur ce point les certitudes qui

résultent toujours des sciences auxquelles les vérifications expérimentales sont permises, puisqu'à Taide de celles-ci les sciences peuvent toujours constater leurs erreurs?

Ne pouvons-nous pas dès aujourd'hui essayer une théorie de Tintelligence, et, avec les données dont nous disposons, ne pouvons-nous pas croire que la science physiologique ne fera que compléter, par les procédés et la voie qui lui sont propres, les résultats auxquels nous serons parvenus en appliquant la méthode d'observation aux manifestations que nous pouvons saisir du travail intellectuel? Une science dont les développements ultimes sont subordonnés à l'achèvement définitif de la science auxiliaire qui la précède immédiatement, n'est point pour cela dans l'impossibilité de se constituer. Sans quoi, aucun progrés, ne serait possible

La psychologie doit s'élever au-dessus des descriptions de faits et chercher les lois.

4 ayril i867.

Si la science psychologique s'obstinait dans des classifications et dans des descriptions de faits, elle resterait stationnaire. Elle doit enfin chercher les lois propres des phénomènes psychologiques, les lois qui président à leurs rapports, à leurs combinaisons, à la manifestation de leurs propriétés vitales, et faire (dans cet ordre, bien entendu) de la physiologie, après avoir subi le règne du procédé anatomique.

Grand nombre, signe de vérité ?

SainthJulien, 15 septembre iS76.

Nous sommes dans le règne des majorités; même pour les opinions abstraites de Tordre moral et philosophique, on veut être du côté du plus grand nombre.

Ce n'est pas la valeur de l'opinion en elle-même, c'est le nombre de ses adhérents qui fait la conviction. Le développement des sciences naturelles et mathématiques, où la vérité incontestable attire nécessairement le nombre, a peut-être contribué à fonder l'empire de la majorité dans des questions où régnent le sentiment et l'intuition plutôt que la certitude. Le nombre, associé à la vérité dans les sciences exactes, a paru devoir être associé aussi à cette même vérité dans les sciences philosophiques et poUtiques.

Généralisation, autre sorte de vérification expérimentale.

Saint-Jnlien, 23 décembre 1878.

En étudiant les phénomènes de l'ordre moral, nous montrerons qu'ils sont de même ordre et de même nature que tous les autres phénomènes de l'univers. Ils occupent une autre place, un autre degré que les phénomènes physiques; ils sont souvent plus compliqués et plus délicats; peut-être ne sont-ils perçus et analysés qu'après les phénomènes de l'ordre physique, mais ils sont de même nature. C'est là ce qu'il faudra montrer et démontrer constamment par nos études et nos expériences.

Il importe de circonscrire nos études dans l'analyse

exacte du fait à analyser. Lorsqu'il sera partagé en tous ses éléments et que nous apercevrons la loi de ce fait, nous pourrons alors essayer de généraliser en montrant ses rapports, son harmonie avec les lois générales de la matière, comment il les confirme et comment ces lois générales elles-mêmes le supposent. C'est une vérification expérimentale encore qui nous prouve d'une manière plus haute, mais non pas plus sûre, la vérité de la loi en même temps qu'elle donne à l'esprit les plus hautes, les plus intenses et les plus pures jouissances qu'il puisse éprouver : le spectacle des harmonies du monde moral.

Préface.

Saint-Julien, 15 novembre 1868.

C'est sans aucune crainte que nous présentons ces idées sans recourir à aucune mise en scène ou à des artifices de style. Ces idées offrent par elles-mêmes, nous l'espérons, assez d'intérêt et de grandeur pour pouvoir se passer d'ornements empruntés. Ce serait manquer à la première loi de l'art que de faire des sacrifices de cette nature au goût des époques de décadence où l'exagération du mot n'est employée que pour voiler la pauvreté ou l'insignifiance de la pensée. Nous n'aurions pas même senti le besoin de nous excuser, si la mode du jour n'avait perverti le goût public et ne détachait pas ses regards de tout ce qui ne se recommande que par la simplicité ou, si l'on veut, la pureté des formes. Si l'on ne retrouvait pas ici cette pureté, nous aurions manqué à l'art lui-même.

IDÉE GÉNÉRALE, PLzVN, MÉTHODE. 21

C3ioix délibéré d*un style simple; vanité de Térudition; la polémique, inutile.

Personne plus que nous n'admire ces œuvres — filles de la puissance créatrice de l'esprit — où l'esprit humain déploie sa puissance créatrice dans des rapports entre des idées et entre des expressions que la nature livrée à ses propres forces, déjà si grandes, n'avait pas encore réalisées.

Ces rapports ainsi créés, en même temps qu'ils sont la manifestation la plus élevée de notre puissance, sont la source de nos satisfactions les plus hautes.

Après avoir rendu cet hommage aux œuvres de l'imagination (qui procèdent à leur manière de l'observation mais sont placées plus haut qu'elle dans la hiérarchie), dans des études où l'exactitude de l'observateur est tout, on nous pardonnera de n'avoir pas parlé par images et de n'avoir eu en vue, dans la forme comme dans le fond, que la vérité si difficile à découvrir, la clarté si essentielle pour la montrer.

La même raison nous dispense de faire étalage d'une érudition dont la réalité est aussi rare que la montre en est commune. En effet, il a toujours paru plus facile, surtout dans notre temps, de collectionner les idées des autres, que d'avoir des vues propres.

Pour nous, nous aurions atteint en grande partie notre but, si nous avions provoqué chez les autres des réflexions, des remarques, des observations qui, nous le croyons, envisagées sous leur véritable aspect, seront la meilleure confirmation de nos idées, trop heureux si l'expérience que nous avons instituée pouvait ainsi être continuée dans l'esprit des autres.

Une autre raison nous a porté à nous défier de l'étalage de rérudition ; il importe moins de savoir beaucoup que de savoir bien. Un fait connu et analysé d'une manière complète expliquerait le monde.

Enfin, sans ignorer que la polémique, surtout si elle repose sur un certain fond de réflexions personnelles, est un moyen facile de succès, nous n'avons que peu discuté les opinions nombreuses auxquelles a donné naissance la théorie de l'origine des idées. Il suffit de montrer la vérité, pour faire disparaître l'erreur ou plutôt pour séparer la portion de vérité contenue dans les opinions les plus radicales et les plus extrêmes. Du

reste, sans ignorer que la polémique, surtout quand

nous n'avons pris personne à partie; notre temps est précieux et même nous pouvons dire qu'il ne nous appartient pas ; le champ de la recherche est infini et nous avons pressenti que devant ces espaces sans bornes où s'étend le patrimoine de la vérité, nous n'avons pas un instant pour nous arrêter et pour regarder ceux qui nous suivent, les yeux toujours fixés sur les vérités qui nous précèdent.

Division de ces études.

Ces études pourraient presque se diviser en deux parties : Tune, dans laquelle on verrait l'esprit humain observant et saisissant les procédés que la nature emploie dans la formation des phénomènes, les procédés créateurs; l'autre, où l'on apercevrait l'esprit copiant d'abord ces procédés d'une manière presque machinale, puis d'une façon plus consciente, puis les imitant avec l'intervention de la volonté, en un mot employant à

son tour les procédés créateurs dont il s'est rendu maître par l'observation et devenant créateur en dehors de lui, après l'avoir été en lui-même. Dans la première de ces parties, on traiterait de l'origine et de l'association des idées. — Dans la seconde, on s'occuperait plus spécialement de la volonté et de la liberté.

Ce que nous avons fait pour les idées, nous pensons pouvoir l'exécuter pour la volonté et montrer comment ses propriétés naissent, se développent, s'accroissent dans l'esprit humain et atteignent à leurs plus hauts résultats.

Enfin, on montrerait dans une troisième partie comment cette étude, ainsi comprise, donne la clef de la création entière.

La deuxième partie compléterait la première, d'où nous nous sommes attaché à bannir l'observation des phénomènes se manifestant sous le pouvoir conscient de la volonté.

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