‹ Etudes philosophiques (volume 2)Chapitre 2 sur 24 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

On a vu, dans la fine esquisse que M. Yriarte a tracée de la vie et du caractère de Durand Desormeaux, comment celui-ci, homme du monde, magistrat, haut fonctionnaire, n'avait jamais cessé de poursuivre en secret un travail de réflexion et d'jétudes philosophiques dont les résultats se trouvèrent à sa mort former un ensemble de volumineux manuscrits. Durand Desormeaux l'avait dit souvent à ses amis : La politique, dont il acceptait sans défaillance tous les devoirs, ne tenait cependant pas dans sa vie la première place; il attribuait lui-même une bien plus haute importance à ses recherches scientifiques. Le premier coup d'œil jeté sur les manuscrits nous montra la vérité de ces paroles. La méditation a sans doute possible occupé la plus grande partie de son temps et absorbé le meilleur de son activité. C'était d'abord pour se faire une règle d'action, pour éclairer sa conduite qu'il cherchait la vérité; après chacun de ses passages à ti'avers les affaires, il revenait à sa laborieuse solitude pour refaire, disait-il, sa provision et puiser dans la

réflexion de nouvelles énergies; mais vers 1878, au moment même où les plus importantes fonctions lui étaient confiées, le moyen tendait de plus en plus à éclipser la fin ; mis en demeure de choisir, il eût mieux aimé, nous le croyons, compter comme philosophe que devenir ministre. Là eût été, comme il Ta écrit, « sa véritable vocation » . Peut-être avait-il la très noble ambition de mener de front les deux tâches et de mériter à la fois de la postérité ces deux éloges d'avoir bien servi la science et bien servi son pays. Quoi qu'il en soit, l'intensité de l'effort qu'il a fait dans l'espoir de mieux comprendre notre commune destinée, imposait à ses amis l'obligation de tenter le possible pour que cet effort profitât à d'autres qu'à lui. Il appartient au publijc de juger l'œuvre; il nous appartenait de la lui faire connaître. Nous dirons en peu de mots comment nous avons entendu la mission délicate qui nous était confiée. Les premiers manuscrits remontent au moment où Durand Desormeaux sortit du collège (1858). Ce sont surtout des extraits et des analyses qui l'occupent pendant qu'il fait ses études de droit (1858-1863). De 1864 à 1867, attaché au parquet de la Seine, il continue à garder le souvenir écrit de ses lectures, — Montaigne, Bossuet, Montesquieu, Benjamin Constant, Guizot, Tocqueville, Bastiat, Laboulaye, Georges Sand, 0. Feuillet, Renan, Taine et Claude Bernard sont ses auteurs de prédilection, — mais il commence à essayer ses forces sur des sujets multiples touchant à l'art et à la politique, au droit pénal et à la philosophie. Ces études se continuent en se développant pendant

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