AVERTISSEMENT. IX
quelques-uns de ces essais, à un moment où il était déjà extrêmement souffrant et, obligé dès lors par prudence à ne parler qu'à voix basse, il n'a pas craint de braver la fatigue d'une lecture prolongée pour nous les faire connaître, tant cette communication auprès du seul de ses amis qui pût recueillir son œuvre philosophique et la présenter plus tard au public, paraissait avoir d'importance pour lui! Ce jour-là, l'idée du devoir que nous accomplissons maintenant s'est nettement présentée à notre esprit, et l'impression de ce souvenir a été notre motif déterminant quand notre pensée est allée au devant des intentions de M™® Durand Desormeaux. Ajoutons que les manuscrits eux-mêmes nous fournirent ensuite plus d'une indication encourageante. Durand Desormeaux y exprime la conviction que son travail offre des parties sinon achevées, du moins assez consistantes pour que leur réunion forme un tout ayant sa signification. Ainsi le cahier de 4877 porte à la première page : « Dans ce cahier la théorie des phénomènes externes et internes parait complète et vérifiée; de même la théorie de la conscience. » Plus tard, le janvier 1879, mention est faite dans les notes d'un sujet mis au concours par l'Académie, l'explication des facultés de l'esprit humain par l'association; Durand Desormeaux ajoute : « Peut-être n'aurions-nous (pour concourir) qu'à réunir les réflexions et observations éparses dans les études qui précèdent. » Et il esquisse aussitôt une sorte de préface au mémoire projeté, préface que le lecteur trouvera au début du présent volume. « Nous pourrions, écrivait-il encore le
13 décembre 1878, publier un premier mémoire sur la nature des phénomènes moraux, un second sur le rôle du mouvement dans les phénomènes moraux. » On a formé tout un chapitre avec des ébauches de plans, de préfaces, d'avertissements au lecteur, qui impliquent avec la dernière évidence des projets de publication plus ou moins lointaine. « De là, dit-il dans une de ces préfaces, sont nées ces études qui feront parcourir à d'autres, si quelqu'un se trouve pour les consulter, le chemin que nous avons fait nous-méme. » Et plus loin, parlant des ouvrages où il rencontrait après coup Técho de sa propre pensée : « La connaissance que j'ai prise de ces livres ne m'a pas détourné du dessein de livrer à la publicité le résultat de mes recherches. » Autant d'indices qui ne permettaient guère le doute sur le vœu secret de l'auteur. D'ailleurs, tout résolu qu'il était de remanier profondément tous ces fragments avant de les livrer à l'impression, Durand Desormeaux n'a jamais laissé à ses cahiers le caractère de notes décousues, frustes, confidentielles. Son style est presque toujours correct, sa phrase s'achève ; le ton est celui de la dissertation soutenue ; point de familiarités ni de personnalités; celle même de l'auteur s'efface; s'il parle de lui, c'est comme d'un personnage abstrait ou imaginaire; s'il parle de ses amis, c'est comme d'étrangers; on dirait presque que l'écrivain, sans méconnaître ce que l'on doit au public quand on peut se préparer à comparaître devant lui, songe à se prémunir contre une surprise éventuelle du sort qui lui interdirait d'y pourvoir.