CHAPITRE PREMIER
PRELIMINAIRES A LA MORALE
Rapports ie la morale avec les autres sciences.
Les raisonnements par voie d'analogie noua fourniront^ au fur et à mesure des progrès des sciences physique, chimique, biologique, physiologique, psychologique, des vues de plus en plus sûres sur le monde moral. Déjà la physiolc^ie nous conduit sur le seuil de la science psychologique et morale.
Nous apercevons déjà par portions le lien qui unit le monde physique au monde moral ; l'un nous apparaît comme le prolongement de l'autre; les progrès de la science ne feront que nous rendre cette liaison plus saisissante et nous faire pénétrer de plus en plus dans les secrets de cette harmonie qui embrasse tous les Êtres et les rattache les uns aux autres sur le plan de la nature.
:i F. DUllANI) DESOKMKAUX.
Le moraliste doit avoir éprouvé toutes les émotions.
La science morale, considérée dans toute son étendue, offre un caractère qu'elle ne partage avec aucune autre : elle doit s'appliquer à toutes les impressions capables d'agiter une âme humaine. Il faut que ces impressions aient été assez violentes et assez variées pour qu'aucune impression nouvelle ne puisse venir détruire le système qui repose sur ces impressions ; il faut qu'elles soient les plus inférieures et les plus élevées, de telle sorte qu'elles aient embrassé tout le système des sensations, des sentiments, des passions et des idées; il faut de plus qu'elles aient laissé l'ame assez maîtresse d'elle-même pour pouvoir se contempler, se souvenir et se juger après avoir agi. On comprend que la passion, pour ne pas paraître à découvert dans ces pages, se cache sous chacun des mots.
L'intelligence et la sensibilité sont parallèles.
Saint-Julien, 41 novembre 48C8.
Des facultés de l'intelligence très hautes, surtout très complètes, sont toujours liées à la faculté de sentir profondément. En effet, tout un ordre d'idées répond au sentiment. Sans le sentiment, l'esprit ne saurait entrer en communication avec un groupe entier d'êtres et de phénomènes qui deviennent souvent pour l'âme la matière de ses plus brillantes créations. Les hommes chez lesquels le sentiment ne joue qu'un rôle médiocre peuvent être doués de certaines facultés très remarquables et atteindre à la vérité sur des points particuliers
PRELIMINAIRKS A LA MORALE,
correspondant à la nature même de leurs aptitudes. Mais leurs facultés demeureront toujours spéciales et ils n'atteindront jamais, dans le champ de la vérité qui nous est mesuré, que des portions bornées. Leur esprit pourra montrer de la hauteur; il n'aura pas d'étendue. C'est la raison pour laqnelle on trouve souvent des goûts, des sentiments étroits à côté d'intelligences qui, distinguées sous certains rapports, paraissent grandes aux yeux du vulgaire.
Nous avons dit que X... avait des facultés complètes, ou du moins que sa nature aumit pu les réaliser.
Aussi le succès, la gloire auxquels par intervalles et dans les moments d'abattement physique et moral il avait aspiré comme à un repos capable de le satisfaire, lui paraissaient vides et stériles. Ils lui avaient donné quelques amitiés illustres, et après le plaisir d'en pou voir dépo.ser l'hommage aux pieds de la femme qu'il aurait aimée, c'était le seul profit que son esprit pouvait y trouver.
Maïs la relie xioii iloit toiijoiii's niallrisi
L'expérience de la vie et la connaissance qu'il avait acquise de lui-même avaient apporté à X... un enseignement de premier ordre poui- sa conduite en ce monde : il avait fini par recormcùtre que si le résultat de ses réflexions, lorsqu'elles étaient froides et patientes, était le plus souvent de natui'e à imprimer à ses actes une direction utile et élevée, les mouvements spontanés de sa nature, les entraînements irréfléchis de son cai-actère, les décisions précipitées le servaient presque toujours mal. Aussi se tenait-il constamment en garde contre les élans de son ardeur naturelle. Tout
F. DURAND DESOUMEAUX.
reffort de sa vie tendait à faire rentrer tous ses actes, toutes ses pensées, toutes les émotions dont il était capable sous Tempire de la réflexion.
Toute son industrie s'employait à réaliser pour son esprit Tétat naturel qui permettait à la réflexion de se produire et de porter tous ses fruits. — Ses œuvres étaient empreintes des habitudes de son esprit. Il avait forcé son inspiration à rentrer dans les moules qu'il avait construits à force d'études; jamais il ne touchait à certains sujets ou n'abordait certains sentiments; son style offrait un caractère contenu et réservé comme l'est toujours une pensée réfléchie et étendue; son tour de phrase était grave et participait de la sérénité de l'idée. Il s'appliquait à n'exprimer que ce qu'il avait voulu et arrêté.
— Il avait reconnu que chaque homme a un genre auquel il doit savoir se borner. Quand on a trouvé la direction qui vous convient, tout le mérite consiste à marcher son droit chemin, et ce mérite, même avec des facultés ordinaires, peut s'attirer une extrême considération. Nos défauts viennent le plus souvent de ce qu'on fait eff'ort pour atteindre à des résultats qui ne sont pas permis à nos facultés. Connaître l'étendue de ses facultés et ne jamais dépasser les bornes tracées par la nature, c'était le secret de sa supériorité. Aussi ne haïssait-il rien plus que l'enflure dans l'expression ou l'emphase dans la pensée par lesquelles se trahissent l'étroitesse et la faiblesse d'un esprit qui ne sait pas rester lui-même.
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L'obstacle à la constitution de la science morale se trouve dans l'état de l'esprit humain, qui mêle sans cesse aux phénomènes réels des phénomènes imaginaires. L'enchaînement des phénomènes réels est sans cesse rompxi par l'imagination. Cela encore est naturel, mais le vice consiste en ceci : que nous ne distinguons pas dans cet enchaînement ce qui est réel d'avec ce qui est imaginaire. La science morale nous faisant suivre l'enchaînement des phénomènes et ne faisant plus de l'intelligence qu'un reflet de l'enseignement réel des phénomènes, mettant notre volonté en harmonie avec le mouvement de l'univers, la science morale changera l'équihbre instable de l'iutelhgence pour replacer celle-ci sur sa véritable base. Avant les découvertes de Galilée et de Newton, nous allions remuer le ciel à notre fantaisie; aujourd'hui, l'intelligence qui parcourt les mondes célestes ne s'^are plus, et elle saisit sans peine l'enchaînement de ce monde avec le nôtre. De même, la science morale nous prouvera l'enchaînement des phénomènes moraux avec tous les autres phénomènes de l'univers, dont les phénomènes moraux ne sont que la suite. Cette morale (pie l'homme cherche et trouve au milieu des ténèbres sera véritablement établie; tant de passions nées de l'ignorance disparaîtront. L'homme comprendra ce qu'il fait. Les éléments du monde moral ne varieront pas; mais leurs rapports seront compris par l'intelligence.
Dans l'état actuel, la conversation avec nos pareils, leurs contacts, les événenieuts qui se passent à la
surface du monde, les tumultes, les luttes nées des passions ignorantes, jettent sans cesse le trouble dans notre intelligence et l'entraînent loin du domaine pacifique de la science. Le physicien n'est point troublé dans ses idées scientifiques par le spectacle des fleuves inondant les terres, des océans brisant les vaisseaux, des tremblements de terre ensevelissant les villes et leurs habitants; de même, plus tard, l'homme de science morale ne verra dans les commotions humaines que l'enchaînement régulier des phénomènes de la nature; mais il apprendra en même temps comment ces commotions peuvent être évitées, et il se résignera à ce qui n'est pas évitable.
De Tapplication des mathématiques aux sciences morales.
Si nous considérons les objets tels que la nature nous les offre, comme formant des nombres, les propriétés des nombres, créés artificiellement par notre industrie, il est vrai, mais détachés en réalité du milieu naturel, seront perçues aussi dans ces objets considérés comme nombres. Toutes les applications de la mathématique sont contenues dans ce principe.
Il y a des lignes, des volumes dans les objets naturels. Si nous les considérons à ce point de vue, les vérités ou les rapports géométriques résultant de l'étude des lignes, des surfaces et des volumes, détachés par notre industrie du milieu réel (pour la commodité de nos opérations), s'appliquent aux objets du milieu naturel considérés dans leurs lignes, leurs surfaces et leurs volumes.
La propriété d'un corps paraît constituée par un rapport constamment établi par la nature entre un
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jfroupe (le phénomènes appelé corps et un autre phénomène considéré momentanément d'une manière isolée. Par exemple, le froid est la propriété de la glace. C'est à dire un phénomène de froid s'associe constamment, dans la nature, au corps poli, fondant, cristallisé, brillant, blanc, que nous appelons glace. De même, l'éclat brillant est une propriété du corps poli, fondant, cristallisé et froid, que nous appelons glace, pai'ce que, dans l'état naturel, l'éclat est toujoui's associé aux autres phénomènes, dont l'ensemble constitue le corps appelé glace. Quand nous considérons tous les phénomènes ne formant qu'un seul groupe (nous connaissons cette opération), nous sommes en présence d'un corps ; quand nous considérons un des phénomènes détachés du groupe, nous sommes en présence d'une propriété. Nous avons vu que le rapport consistait lui-même dans un phénomène parfaitement précis, définissable et tangible.
— Il y a des applications des mathématiques à la géométne, à la chimie, quand nous voyons des nombres dans les hgnes, dans l'espace, dans les éléments des corps. De même, on peut imaginer l'applicalion des mathématiques à la science morale, si nous considérons les éléments des sciences morales au point de vue des nombres ou des unités qu'Us peuvent former.
Les éléments considérés par la chimie, la physique, la physiologie, s'associent, comme les éléments du beau, du bien, avec les éléments de lieu organique. Par ce c<ité, ils peuvent être considérés par la science morale.
La science morale n'est qu'à ses débuts.
Saint-Julien, 9 juillet 1870.
Aucune science n'est moins avancée que la science morale. Rien de plus étroit que notre manière de juger les actions humaines, ou plutôt, car notre jugement serait étroit à son tour, Tétat de la science morale correspond à notre degré de civilisation, et cette science, que les uns considèrent comme toute faite, n'est qu'à ses débuts
Les faits moraux sont soumis à un déterminisme rigoureux.
9 juillet 4870.
Tous les mouvements de l'univers, depuis la courbe décrite par une branche d'arbre jusqu'aux manifestations les plus élevées de l'intelligence humaine, sont enchaînés les uns avec les autres, comme les mouvements des astres dans les cieux.
Si nous savions relier tous les faits les uns aux autres, nous pourrions calculer exactement et prévoir tous les événements qui se produisent dans le monde. Rien n'arrive qu'en vertu de lois fixes, et ce que nous sommes, ce que nous deviendrons est contenu dans ce que nous avons été. Les sciences spéciales arrivent à calculer les faits qui sont l'objet de leur domaine. La science générale calculerait toutes choses. Elle l'a fait d'une manière très incomplète.
Il n'y a ni bien ni mal; il n'y a que des faits, gouvernés par d'autres faits. Lorsque l'homme intervient à tort, cette intervention pouvait être prévue : elle a sa source dans son ignorance, dans ses fautes, dans les
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lois de sa destinée. Son ignoriince est redressée par son ignorance même. Il s'instruit par ses fautes. C'est la loi de sa nature.
Un pulïliciste contemporain (M. de Girardin) a dit : « La Providence divine n'est que l'imprévoyance humaine. »
Si notre vue était plus haute, nous appellerions d'un autre nom ce que nous nommons le bien et le mal. Nous comprendrions autrement les événements et leur sens. L'homme croit agir en vertu des idées de bien et de mal, en vertu de son libre arbitre. 11 est gouverné par des lois fixes. Sans doute les choses se seraient passées autrement, si les circonstances eussent été différentes.
La morale est un iii'l qui peut iloveiiii' iinp science.
PariB, il mars 18TJ.
La science nous montre quels sont les éléments mômes dont se compose la sagesse, laquelle n'est que la santé de l'intelligence.
Jusqu'à présent, ce qu'on appelle la morale n'est qu'un art.
Cette partie de la pliiloyopliie qu'on appelle la morale est à la science ce que la médecine est à la physiologie ou à la chimie organique. Elle nous enseigne quels remèdes agissent sur la santé, qu'elle constate; la science montre comment ces remèdes agissent : elle nous fait pénétrer dans toutes les parties de l'intelligence ; elle nous montre comment elles s'enchaînent les unes avec les autres ; elle nous fait saisir l'action du remède sur chaque partie et sur l'ensemble ; elle nous montre les éléments du remède entranf en rapport
10 F. DURAND DESOllMKAUX.
avec les éléments de réconomie morale comme de l'économie physique ; elle pose des principes et des lois qui ne peuvent plus être discutés, parce qu'ils nous donnent la certitude, telle que nous Tavons définie plus haut.
Comme les sciences pliysiques, la science morulc donne à l'homme le pouvoir d'agir sur les phénomènes.
2 février 1872.
La science morale est appelée à produire, dans le cercle des phénomènes auxquels elle s'applique, une action analogue à celle qui a été exercée dans l'ordre physique par les sciences naturelles. — (Nous nous servons des qualifications reçues. Il n'y a réellement ni ordre physique ni ordre moral, et toutes les sciences dignes de ce nom sont des sciences naturelles. Quoi qu'il en soit, ces qualifications usuelles sont utiles pour exprimer toute une série de phénomènes, et nous continuerons à les employer.)
Les sciences physiques n'ont pas modifié le monde physique; mais en nous révélant ses lois, elles nous ont appris à nous en servir comme d'un instrument à l'aide duquel nous avons pu agir sur les phénomènes et les modifier dans le sens de nos besoins et de nos désirs. On peut bien croire qu'une révolution analogue s'accomplira dans le monde moral par suite de la constitution de la science morale. On ne peut prédire quelle sera exactement l'action de cette science, mais cette action, qui ne peut modifier la nature fondamentale de l'homme, se servira des lois de notre nature pour ouvrir à nos destinées des voies inconnues. Tous ceux qui prendront part au gouvernement des sociétés seront des hommes de science, de la niême manière,
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bien que dans un autre ordre, que ceux qui aujourd'hui gouvernent le monde de la matière. Aucune révolution plus grande, plus surprenante par ses résultats, plus féconde en effets nouveaux, ne se sera encore produite dans l'histoire des sociétés. La science s'emparera de la poésie, des sentiments, des rapports moi-aux, des intérêts sociaux, et les combinera de telle sorte que nous verrons le monde transformé par des inventions morales. Les merveilles de la science naturelle de l'industrie seront surpassées par les merveiiles de l'industrie appliquée aux phénomènes intellectuels.
Déplus, nous accomplirons ces meiTeilles sans nous y attacher outre mesure.
Cette pensée vraiment religieuse que nous sommes nous-mêmes, dans l'exécution de ce grand plan, des instruments soumis à des lois que nous n'avons poiJit faites, dont nous pouvons nous servir sans pouvoir les modifier, dominera nos actions, modérera notre joie et notre souffrance, et nous fera travailler à cette grande œuvre avec la pensée que nous remplissons le devoir de notre destinée, que nous n'embrassons que les détails d'un édifice dont les proportions immenses ne sont pas faites pour être embrassées par notre reganl. Nous pouvons ressentir la joie de considérer le détail, nous n'avons point le bonlieur de comprendre le sens général de l'ensemble. Ce que nous comprenons de plus général, c'est que nous? sommes les instruments des lois étemelles, et que notre rôle consiste à servir comme de matière à l'accomplissement de ces lois. Travailler à l'accomplissement de ces lois, c'est remplir notre destinée, et nous ne devons pas souhaiter un bonheur plus haut (pie celui de sentir, de savoir que nous y tiTivaillons. Nous ne devons pas aspirer à
F. DURAND DESORMEADX.
découvrir i'ensemlile de l'œuvre : il nous suffit de connaître que cet ensemble existe.
La Bi'ienoe produit l'.ipaispnipnl iliius liï momie moral.
BL-ienoii,27JLitn 1867.
La révolution morale f|ue le monde espère se fera par la science. C'est elle qui a posé ce principe nouveau : dans la nature il n'y a pas de forces en lutte les unes contre les autres, il n'y a qu'harmonie et désharmonie, ordre et désordre. Le point de vue exclusif et incomplet auquel la science, si l'on peut appeler de ce nom les conceptions de l'homme jusqu'à la deuxième moitié du dix-neuvième siècle, était réduite, a produit dans l'oi^anisme social les oppositions, la lutte oi^nisée par l'homme, à l'image de cette lutte qu'il croyait voir partout dans la nature. On peut prédire aujourd'hui la déchéance de cette conception qui fut pour l'humanité la source de tant de maux.
L'homme d'aujourd'hui, « souvent étranger au beau quand il se mêle d'agir, forcément en révolte contre quelque chose et en conflit avec quelqu'un, » témoigne de ses aspirations vers im ordre de choses mieux équilibré par ses retours d'admiration vers l'antiquité grecque. Les anciens, en efl'et, les Grecs surtout, les Grecs des premiers âges avaient réalisé parla seule force de leurs institutions, de leur conscience, l'état moral et artistique que la science fera renaître en l'expliquant et le développant. L'équilibre et l'harmonie reparaîtront un jour dans le monde, et le problème posé par la science n'est pas autre que la recherche des moyens par lesquels on peut concilier ou utiUser ces forces en apparence ennemies et à la contradiction destfuelles
PRKr.lMINAIHEH A LA MORALE
riiumanilé chercliait autrefois à échapper par la destruction.
Anéantir un atome de force dans le monde, ce serait commettre le plus atroce et le plus absurde de tous les crimes. C'est un procédé barbare, indigne de l'homme vraiment digne de ce nom, c'est à dire libre, intelligent et courageux. L'homme n'a pas d'autre mission que d'utiliser ou de diriger les forces matérielles et morales quelles qu'elles soient. Tel est le but supérieur dont nous rapproche la science et vers lequel se tournent enfin les aspirations et les sentiments de l'humanité. II faut que le règne de l'antinomie de la thèse et de l'antithèse cède la place à celui de la civilisation. La critique a fait son œuvre, qui s'achèvera d'elle-même; la science peut enfin poursuivre sans entraves son œuvTe de restauration.
La cei'lituile iiim'ale <luit avoir élé éprauvée dans l^i pratique.
Sailli-Julien, IS octobre 187G.
Il ne suffit pas d'avoir rencontré la certitude, ou même de l'avoir possédée longtemps; il no suffit pas de l'avoir placée en présence de toutes les objections qui sont de nature à l'ébranler; pour être assuré de n'en être jamais séparé, il faut l'avoir portée avec soi dans l'action et dans le repos, dans la chaleur et dans le froid, dans toutes les maladies, sous tous les chmats, dans la joie et dans la douleur, dans l'absence de toute joie et de toute douleur, jusque dans la mort; on ne la garde pas, si, dans les circonstances qui paraissent le plus favorables à notre union avec elle, on n'a pas toujours la crainte de la perdre.