XXV11I
Un homme ne peut pas se marier sans avoir étudié l'anatomie, et disséqué une femme au moins.
Le sort d'un ménage dépend de la première nuit.
La femme privée de son libre arbitre ne peut jamais avoir le mérite de faire un sacrifice.
En amour, toute âme mise à part, la femme est comme une lyre qui ne livre ses secrets qu'à celui qui en sait bien jouer.
Indépendamment d'un mouvement répulsif, il existe dans l'âme de toutes les femmes un sentiment qui tend à proscrire tôt ou tard les plaisirs dénués de passion.
L'intérêt d'un mari lui prescrit au moins autant que l'honneur de ne jamais se permettre un plaisir qu'il n'ait eu le talent de faire désirer par sa femme.
Le plaisir étant causé par l'alliance des sensations et d'un sentiment, on peut hardiment prétendre que les plaisirs sont des espèces d'idées matérielles.
Les idées se combinant à l'infini, il doit en être de même des plaisirs.
Il ne se rencontre pas plus dans la vie de l'homme deux moments de plaisir semblables , qu'il n'y a deux feuilles exactement pareilles sur un même arbre.
S'il existe des différences entre un moment de plaisir et un autre, un homme peut toujours être heureux avec la même femme.
Saisir habilement les nuances du plaisir, les développer, leur donner un style nouveau, une expression originale, constitue le génie d'un mari.
Entre deux êtres qui ne s'aiment pas, ce génie est du libertinage ; mais les caresses auxquelles l'amour préside ne sont jamais lasi ives.
La femme mariée la plus chaste peut être aussi la plus voluptueuse.
La femme la plus vertueuse peut être indécente à son insu.
Quand deux êtres sont unis par le plaisir, toutes les conventions sociales dorment. Cette situation cache un écueil sur lequel se sont brisées bien des embarcations. Un mari est perdu s'il oublie une seule fois qu'il existe une pudeur indépendante des voiles. L'amour conjugal ne doit jamais mettre ni ôter son banieau qu'à propos.