PIEU
9o|t conuoe le tjjfe de ma race spiHtuelle. Or, comme cet esprit doit être étemel par liù-méme, ou avoir reçu immédiatement et en dernier ressort Texistence de quelque autre piqs grand esprit qui contient toutes ces perfections au d^gré le plus infini, il s'ensuit qu*il y a un créateur Immatériel, de qui relève toute intelligence, et que f appelle Dîni. ¥b un mot , si on peut dire , Je vesse, donc jb suis, on peut fgouter : Je suis, donc Dieu est'. >
YI. Preuve Hrie de la notion de Vinfini. Jusqu'ici nous ne sommes arrivés ^Tidéede Dieu que par raisonnement; maiqtenapt cette idée v» se pimenter à nous d'elle-même, et nous allons la saisir par simple vue.
L'idée de Dieu estio^parable de l'esprit humain, c'est ré^ément même dans lequel se meuvent nos intelligences , et l'orctiétype sur lequel se forment nos idées ; si bien que ceu^ qui le nient ne peuvent trouver des arguments à objecter à son existence que dai^ des prénotions qcû la supposent néeessairement.
Cette preuve demande beaucoup d'attention^ parce qu'elle est purement métaphysique; je vais tâcl)er cependant de la présenter d'une manière bien saisissable.
ESiiçons d'abord le mot Dieu, qui , ne disant rien par
' « Qoand je lève les yeux yen le ciel > dit l'impie, fy croîs roir des traces «de U piTÎnîté; mais quand Je regarde autour de moi... Regardez au de- « dans de TOUS, peut4» lui répondra ; tt maltav à ^ips, si i»|te 1»^ « tous snflit pas I Une diuts en oflëty <|qq descendre ap fond de pom-mèqies « poqr reconnaître en nous TouTrage d'une întèiligence souTeraine qui nous « a domié l'existence et qui nous la conserve. Cette existence est mi prodige « ipâ ne nous frappe pas asseï y parce qu'il aal oontipu^l \ il noua retra^ « néinmoias à chaque Instant une puissance «fiprârae , d« l^^elle nous d^ • pendons. Mais plus Tempreinte de son action est sensible en nous et dans «> ce qui nous enirtrome , plus nous sommes i n e x c osa M es de la cbenhav daaa
fn madère de religion , cbap. tu.)
112 LIVRE 1. CHAPlTKfc II.
M-même y et étant tout à fait de convention , est devenu par rhabifude comme un voile qui cache Tétre même qu^il exprime. A la place du mot, rappelons ridée.
N*est-il pas vrai que nous avons tous Tidée de quelque chose d'infini ? Gela est indubitable ; car nous avons le mot, et le mot suppose nécessairement Tidée. Je ne dis pas encore que l'idée suppose la réalité ^ je me borne à constater le fait de Texistence de cette idée. Nous avons Tidée de quelque chose dHnfini dans toutes les conditions de Vètce : rinfini en durée , Tinfîni en espace , l'infini en puissance ^ l'infini en toutes sortes de perfections. Tous les jours nous nous servons des mots im-parfait , dh-ordonni , in-jusU^ tm-jmr, iin-puissant , etc., ce qui suppose nécessairement que les idées que nous avons des choses partent de l'idée première de quelque chose d' absolu en perfection, en ordre y en justice y en sainteté , en puissance ; d'un être qui ne se mesure pas y et d'après lequel on mesure tout y qui est par lui-même, au-dessus de tout, nécessaire, sans restriction , INFINI en un mot. Les mots relatif eX fini , dont nous nous servons à chaque instant , supposent nécessairement l'absolu et Vinfini. Si tout était relatif et fini, rien ne le serait, ou du moins nous ne le remarquerions pas. On ne connaît le fini qu'en lui attribuant une borne , qui est une pure négation d'une plus grande étendue. Ce n'est donc que la privation de l'infini. Or, on ne pourrait jamais se représenter la privation de l'infini , si l'on ne concevait Tinfini même; comme on ne pourrait concevoir la maladie, si l'on ne concevait la santé , dont elle n'est que la privation. — Ne dites pas que l'idée que nous avons de Vinfini n'est que celle de Vindifini , et que nous entendons par là une existence dont nous ne connaissons pas les bornes , mais qui en aurait, et qui ne serait que le fini plus ou
DIBU. 113
moins étendu , maiâ toujours fini. — Ce n'est pas cela. Les 86u]s mots fini et indéfini nous eussent suffi j s'il en eût été ainsi ; et nous n'aurions pas eu recours à un troisième mot, si nous n'ayions pas eu une troisième idée. Le mot indéfini vient au contraire faire ressortir la rigueur du mot infini , en le réservant pour exprimer l'idée de quelque chose qui n'a pas de fin, connue ou inconnue, fixée ou non fixée, et qui est sans fin. Indéfini recule et suspend la borne ; infini la supprime absolument. Telle est l'idée du mot infini dans toutes les applications que nous en faisons. L'esprit se perd sans doute dans cette idée, il ne la comprend pas, mais il la eançait: et il la conçoit si bien , qu'il ne conçoit pour ainsi dire rien que par cette idée-là. L'idée de l'infini est donc inséparable de l'esprit humain.
Maintenant cette idée a-t-elle une réalité objective , ou n'est-elle qu'une chimère? Existe-t-il réellement un être qui soit infini en toutes choses?
n me suffirait de répondre qu'il est absurde de supposer que ce soit par une clûmère que nous mesurions toutes les réalités , j'entends toutes les qualités relatives que nous donnons aux choses. Si la souveraine perfection est une chimère , tous les jugements que nous portons sur les divers d^rés de perfection des choses sont chimériques, et tout disparaît dans une indifférence absolue et une négation profonde.
Hais je vais donner à ma démonstration un enchaînement plus mathématique^ suivez-moi :
Le pur néantn'est pas visible. Là où il n'y a absolument rien, on ne voit rien.
Lors donc que nous avons l'idée de quelque objet , c'est que , de deux choses l'une : ou bien nous tenons cette idée de l'impression fue l'objet même fait sur notre esprit, et
IIÀ UVRB I. GHAPITAE II.
alors elle est vraie; ou bien nous nous faisons cette idée d'après un autre objet qui peut nous la prêter, et alors ce n'est qu'une imitation, qu'une idée empruntée et fausse.
J'en conclus que , s'il existe une idée qu'aucun autre objet n'ait pu nous prêter, il faut nécessairement que cette idée nous vienne directement et immédiatement de son propre objet , et que , dès lors , cet objet existe et soit véritable.
Or, je dis que telle est l'idée de Tinfini.
n n'y a que l'inflni qui peut se représenter lui-même ; si donc il n'existait pas, nous n'en aurions pas la représen* tation dans notre esprit. Si je n'ai rien à ma disposition que le âni , comment en tirerai-*je l'idée de l'inâni? Gela est mathématiquement impossible; car on ne peut voir le plus dans le moins^ on ne peut voir cent réalités là où il n'y en a que quarante , puisqu'on en verrait soixante qui n'y sont^as , et que le néant n'est ni visible ni intelligible.
Direz-vous qu'en cgoutant le fini au fini on peut arriver h l'idée de l'infini? C'est là que je vous attends : additionnez tant que vous voudrez > vous n'aurez jamais en somme que ce que tous aures mis en addition; et comme vous n'aurez mis que du fini, vous ne trouverez que du fim. Ajoutez tant que vous voudrez le fini au fini, vous le renoonta^rez tongoimi y puisque Votre dermère opération sera précisément d'avoir remué sa borne. La différence dô l'infini au fini n'est pas une diiférenoe d'étendue , mais dé nature. L'extension, quelque ccmsidéraUe qu'elle soit, d'un objet ûnif ne faisant que reculer et ne supprimant pAs sa borne , il en résulte qu'à quelque point que vous la portiei , vous êtes tout aussi éloigné de l'infini qu'au point de départ, e'ést^i-dire qu'il n'y a pad de départ du fini à l'infini.
Btres-vous que y pow vous faik^ l'idée de l'infini par le
fini) vouB supprimerez les bornes du finif mus alors vous AmrereK^ non à Tidée de rinfini, mais à rien. Geur qu^eistee que supprimer les bohies du fini? c^est supprimer Tidéo du /bit lui-même. Mais c'est la seule chose que touÉ fttiez. Vous n*aurez donc plus rien, -si d'aiUeurs tous tfâtbz pas ridée de rm/bit.
Ce qui fait notre illusion à cet égard 9 c'est Rendus ne remarqucms pas que^ loib de pouvoir nous f^ l'idée de l'infini par le fini, c'est rinrersé qui est la réftlilé : tomme noui Tarons déjà dit, ce n'est que par présuppodtiofa de ridée de Vitifini que nous nous faisons ridëë dû fini. L1dée du fini quelconque en espace; en durée , on beauté, en toute sorte de perfection , présuppose nécessairement ridée de respace, de la durée, de la perfection même, absolus et sans restriction , et sur lesquels nous graduons le mouYement du fini , selùn cett(^ bellB définifibn du temps,
prise dans Platon :
Le temps» cette ioiage mobiJe De l'immobile éternité.
De softt que, lorsque nous montons de lldée du fini ii ccAe 9é Vinfini, nous ne iloudons que r èpren d ffe ce 6ttr quoi nous nous éfiond fiiit déjà Tidée du fini.
KêSè sur quoi nons étions^ilôus fait préalableniént ridée de rinflnif ... Il est impossible de le dire.
Donc riniini en toutes choses ne peut avoir aon généra* teur dans le fini. Rien ne le comprend, rien ne 16 peut représenter, n est à lui-même son archétype.
Donc , si on le voit en idée» il faut qu'il eoil en réalitéi car le pur néant n'étant pas visible ni inieUfi^lê, ce qu'on voit immédiatement et sans archétype doit exister nécessalrement par soi : il sst celui qui bst.
Or, cet être infini et par essence, actuellement existant, (domine l'idée que j'en ai, dans mon esprit, ou plutôt dont cette idée n'est que la présence et la vue immédiate , c'est ce que nous appelons Dieu.
c n est étemel et infini , dit Newton , il peut tout et con- « naît tout; c'est-à-dire qu'il dure depuis l'éternité jusqu'à a l'éternité, et qu'il est présont depuis l'infini jusqu'à l'inc fini; il régit tout, et il connaît tout ce qui est et tout ce « qui peut être. Il n'est ni l'éternité ni l'infini , mais il est « étemel et infini ; il n'est pas la durée et l'espace , mais il a dure et il est présent. Il dure toujours , et il est présent « partout; et, en existant toujours et partout, il constitue « la durée et l'espace. Comme toute partie indivisible de « l'espace existe toujours , et que toute partie indivisible du c temps existe partout ^ il est l'auteur et le maître de toutes «r choses en tout temps et en tous lieux', b
Cette profonde idée de Dieu est insaisissable à notre esprit, il est vrai, et tout le génie de Newton ne peut que balbutier en cherchant à le définir ; mais il n'en est par cela même que mieux défini , selon cette belle pensée de Tertullien : « Rien ne nous donne une idée de Dieu plus magnifique « quel'impossibilitédelecomprendre^soninfinieperfection c le découvre et le cache tout à la fois aux hommes '. b I VII. Preuioe tirée de Veomtence des vérités nécessaires.
■ PhihiopMM naturalis prineipia. — Gette profonde définition de Dieu ■edépaase pêê, après tout, oélleda eatéchime» et n'ai est qu'on magnifique commentaire.
*TeML^Apotog.f 17.
Cette belle preuve de Dieu , tirée de la notion de l'infini , dont on a fait hemienr à Descaries , n'est pas de Jni ; elle se trouve dans plusieurs Pères de l'Église , et notamment dans saint Anselme. — Je crois , au surplus, devoir Airs obsenrer que cette preuve n'implique pas que l'idée de Dieu soit Innée dans chacun de nous , mais seulement dans le genre humain. Je m'ei« pliquerai davantage au diapitre De la nécessité d'une révétation primitive.
DUU. 117
Cette dernière preuve se rattache à la précédente y et n'en est qu'une dérivation. Par elle cependant la vue de Dieu va devenir plus saisissable et pour ainsi dire plus tangible à notre esprit.
n y a des vérités qui n'ont pas bougé depuis le conunen^ cernent du monde ^ et qui très-certainement ne bougeront pas jusqu'à la fin, quelque reculée qu'elle soit. le veux parler de ces premiers principes y de ces lois étemelles de la raison et de la conscience y qui gouvernent le monde des esprits, soit dans Tordre intellectuel, soit dans l'ordre moiel.
Dans Tordre intellectuel, par exemple, tous les premiers principes géométriques , tels que ceux de la nature et des propriétés d'un triangle , d'un carré ou d'un cercle , ou les proportions de ces figures, etc. , sont de cettesorte. Os ont toiqours été et Us seront toujours. On ne conçoit pas môme qu'ils aient jamais eu un commencement, et qu'Uy ait eu un temps quelconque où deux fais deux font quatre , par exemple , ne fût pas une vérité. Dire que les hommes sont convenus de cette règle serait une absurdité. Il esti évident qu'elle ne dépend pas d'eux, et que cesont eux qui en dépendent. Us Tout trouvée toute faite ; et s'ils venaient à disparaître , ils la laisseraient après eux , comme elle était avant : ainsi des autres. Ces vérités préexistantes etnécessaires se trouvent à la tète de toutes les carrières de Tesprit humain . c'est d'après elles que nous éprouvons nos jugements, et que nous distinguons le vrai du faux en tout temps , en tous lieux.
n en est de même dans Tordre moral. Toutes nos actions, nos pensées même, ne sont pas indifférenunent bonnes ou mauvaises ^ il y en a que nous appelons justes, et d'autres injustes. Cette distinction n'est pas mouvante , eUe ne cède
point au tsiÉps , et né s'aecommode point à des inlé^is paN tiouUcftis ; elle n*a jamais été écrite, et n'a pas besoin de rétfe. Nous la portons» chacun dans notre ecmscience privée, tous dans la conscience publique; elle domine et règle par ellénaiéme les nations comme les individus , les sièdes comme les jours ; et les historien^ , à quelque pays et à quelque létnps qu'ils appartiennent, n'ont pas même besoin de caractériser les actions qu'ils retracent } il buffit qu'ils les exposent, et qu'ils en appellent à cette conscience du genre humain que nulle puissance ne peut abolir, comme dit Tacite, pour que toute la postérité soit unanime à les glorifier oU à les flétrir.
Eh bim I cette Raison universelle , cette Vérité impérissable , incréée, étem^e, inânie) centre immuable d'où parlent et où aboutissent toutes les routes de notre intelligence et de notre cœur, et qui porte le motidè moral , suppose nécessairement une intelligence infinie et incréée comme Mé, en qui elle réside comme dans son siège, qui la conçoit et qui l'exprime éternellement^ dont elle est la fille et le terbe, où elle ptiise sa force et Ëft divinité. « Le roi de l'Olympe en est le père, dit im ancien pôéte êU parlant de (t cette Loi des esprits ; elle ne vient point de l'homme, et fi jamais l'oubli ne l'effacera : en elle est un Dieu, le grand tt Dieu qui ne tieilllt point \ n4 Cette Loi véritable et pret mière, dit Gieéron^ ayant cattuctère pour ordonner et pour « défendre ) est la droite Raison du Dieu tout-puissant*.— t Universels, invariable^ étdmélle, elle enseigne le bien et « détourne du mal. On ne peut nil'itifirmer par une autre « loi ) ni en rieh retrancher^ Ni lé peuple ni le sénat ne c peuvent dispenser d'y obéir 3 elle est à elle-même son
' Sophocle, Œdipe rai, t. è6S.
* iM» M$, lit. n.
a interprète; elle ne sera p9A autre dans Rome^ autre dans « Athènes, autre aujourd'hui^ autre demainv Puloul, daag « tous les temps» régnera cette Lm inunuable et sakite» et « atec e&eDi6u> qulTafaite) diseutée, sanotioBiiëe ; Dtou» a le mattre et le roi du monde'. »
Le aetd «gument qpéeieux, pour le dire en tenninant, qu'on ait souleTë contre rexistence de DieU) ceiai tiré du dtf^ sdHrdrewinM ièeewMiêéi tyqparatt dèyant ebtte dermài<i preuTè; et non-seulement il diqparatt^ mais fl fie retourné de toute sa fbrâe pour laeonfirmer.
Gomment, en eCtet, ne toit-on )^ quH ftnit au préalable M^ Vidée de Toimu immmble et nfleessaire pour argumenter du nÉSH>iJ>iusf
S*il n*7 a pas d'ôaimii en principe , il n'y a pas nÉsoa- DkB , et alors Vergtxnent tottibe de lui-même -. que si, au contraire , 6n dit quH y a b<sHtM»aË, on paH donc de k i^connaissance d'un obihiè pféetisttot dl fininuable qui accuse le i>ÉM)Rnafc. Mais cet onbile pMUdstâlit et immuable, c'est Dieu; d'où il suit que l'argâmébt dé l'attiée s^appuie sur Dieti pour lé combattre, et le pro^iTë en l'atta^ quant. — < Ah ! ces messieurs sarent dôbc, » dit à ce st^ét fort spirituellement M. de Haistrè, a que bieu, i^td n^etiste « paS; est juste par essencef ils conûftisbenl lés attributs a d*tm être chimérique, et ils sont en état dé ftOtlS dke à a point nommé comment Dieu serait fait, si pat hèHaM il y tt en avait un? Eu Térité , il h'y a pasdé fblie MéiUt éUn- » ditionnée*. »
Ce qui éfit trKHAéût admimble, au contraire, et ce qui prouve haulemèût la Divinité , c'est que lé désordre moral de ce monde , cet océan toujours mutiné , ne soit jamais
■ De la République , Ht. m , n* 17. ^'"^' » Soirées de Saini-Pétenhaurg , t. H , ?. n*
120 LIVRE 1. CUAPITKË U.
parvenu ù engloutir la conscience de Tordre ; qu'au travers de toutes ses plus horribles tourmentes, les piliers du juste et de rinjuste n'aient jamais fléchi ; et que le temps , qui emporte les erreurs et les passions, ne fasse que consacrer de plus en plus la vertu et polir la vérité ! * Après cela, si le désordre est la suite nécessaire de la liberté morale, la responsabilité Test aussi; et, à moins que de nier la liberté, il faut reconnaître qu'elle porte avec elle le correctif, sinon encore la réparation du désordre qu'elle produit , dans cette responsabilité inexorable qui s'attache aux pas dupervers, proteste incessamment contre le méfait, et dresse jusqu'au-dessus des tdtes couronnées je ne sais quels préparatifs d'un supplice qui commence dès ici-bas par le remords; témoin ces étranges paroles d'un maître du monde, qui font bien voir un plus grand maître que lui : « Que vous écrire» pères conscrits, ou comment vous écrire, « ou plutftt devrais-je songer à vous écrire maintenant ? Si « je le sais, que les Dieux me fassent périr plus cruellement « que je ne me sens périr tous les jours M » Tant ses forfaits et ses infamies, dit le grave historien, étaient devenus pour lui un cruel supplice! et tant Socrate avait raison d'affirmer que si on ouvrait l'àme des méchants , on y verrait mille traits aigus qui la déchirent!
Quelle preuve plus vivante de l'existence de Dieu que ces déchirements d'ime conscience coupable , que ces coups sourdemmU appliqués avec un fouet invisible? comme dit le poète :
Et iurdo verbere cmdU^ OccuUum quatienie animo tortore flagelhanf Pcena autem vehemens, . . '.
' Tacite » Annales , liv. VI, n° 6 , lettre de Tibère. * J^îvémX , SatireWU.
* DIEC. 121
Qui ne connaît ce témoin formidable que nous portons tous dans le sein et le jour et la nuit ? Qui n*a entendu cette Yoix délicate et incorruptible qui prévient toutes nos actions par le conseil et les suit par le jugement ; qui parle, môme à ceux qui ne Tinterrogent pas ; s'élève d'autant plus que nous voulons l'étouffer davantage ; à moins qu'à force de crimes nous ajons cessé d'être hommes ; et jette au milieu du tumulte de nos passions des paroles fortes, menaçantes, terribles, plus perçantes qu'une épée à deux tranchants, et nous dit : a Où vas-tu? — arrête^oi. — Qu'as-iu fait? — tu a$ démérité. »
Voix étemelle, indépendante, universelle, qui n'a pas besoin d'être expliquée ni traduite, et que toutes les nations comprennent; voix enfin qui console les bons dans leur pauvreté et désole les méchants dans leurs richesses, et qui, à tous ces caractères, révèle une autorité immuable, nécessaire, infinie, qui est Dieu.
Ainsi donc , pour nous résumer sur ce grand sujet , tout prouve Dieu :
1* Le sens intime le révèle , et le sens commun le proclame;
y Sa nécessité, comme cause première de tous les êtres contingents qui composent l'univers, ressort de leur existence même;
3* Le mouvement universel porte partout avec lui le témoignage de l'impulsion qu'il a reçue de sa volonté puissante;
*• L'harmonie du monde chante un hymne de gloire à
son mteiiigence et à sa sagesse ;
5* Nos esprits retournent àlui comme à leur Océan, et
laa LIVRE 1. CHAPITRE 11.
se meuvent dans ma sein comnte les corps dans l'espace > 6* B nous apparaît incessamment au fond de toutes choses^ dans celte vue de l'infini qui nous attire et nous poursuit ^
V Enfin, il habite et converse avec chacun de nous dans la conscience, et se fait sentir également aux individus, aux familles, aux cités , aux empires , à tout le genre humain, par son iiiiprescriptible et inviolable loi.
Aussi toute intelligence , même la plus ténébreuse et la plus reculée aux confins de la civilisation , reconnaît le GRAND ESPRIT ; et si une raison aveugle a pu, chez quelcpies pauvres philosophes , s'acharner & se nier elle-même &Dk le niant , ils n'ont pu quitter cette terre sans léguer à l'humanité le grand aveu de leur erreur , et sans laisser échapper le cri sublime de la vérité qu'Os s'étaient efforcés toute leur vie de contenir.
Deux matérialistes célèbres ont voulu faire école successivement depuis cinquante ans, le docteur Cabanis et le docteur Broussais ; tous deux sont morts en laissant une rétractation réfléchie de leur lugubre système.
Je ne peux mieux finir qu'en les citant :
Rétractation de Cabanis '.
a L'àme, loin d'être le résultat de l'action des parties, eôt a une substance, un être réel qui, par sa présence, in^tfè oc aux organes tous les mouvements dont se composent leurs a foilctlons ; qui retient liés entre eux les divers éléments a employés par la nature dans leur composition régulière ,
' Lettre à M. F... Cette lettre a retenti dans tous les Jonxnaax du temps L'extrait q«a j'en donne a été pris dans la Revue/rançaiêe (décembre iS38 ).
Dunj. lâ8
et M te kdaé livrés à la 4éo6oipo0itioii i du moment qu'il c d'on ostfiéparé défimtiYemeiil et eans retour*. .,.
a L*eBpritderhommen'eBtpafetait pour comprendre que c tout cela (les opérations de la nature) s'opère sans pré- « voyance et dans but, sâils Intelligence et sans volonté, a Aucune analogie y aucune vraisemblance ne peut le cona duire à un semblable résultat; toutes, au contraire, le a portent à regarder les ouvrages de la nature comme proc dtifld par des opérations comparables àceUes deson propre « esprit dàiid la production des ouvragée les plus savam» « ment combinés, et qui n'en diffèrent que par un degré de
< perfection mille fois pliis grand ; d'où résulte pour lui il* c dée d'une sc^esse qui les a conçus et d'une tolonté qui « les a miâ à exé(sution, mais de la plus haute sagesse et de c la TOlontélaplus attentive à totffi les détails^ exerçant le « pouToir le plus étendu âTee la plus minutieuse précisicm. « — Je l'avoue, il me semble, ainsi qu'à plusieurs plûlosoc phes auxquels on ne pourrait pas d'ailleurs reprocher c beaucoup de crédulité, que l'imaginàdon se reftise à cona cevoir comment tme cause où des causes dépourvues
< d^intelligence peuvent en donner à leurs produits; et je a pense, avec le grand Bacon, qu'il faut être dussi crédule a pour le refuser d'une manière formelle à la cause prec mière, que pour croire à toutes les ikbles du Talmud. »
RHiràcmtioh de BrùMèàis \
Cette réiraetation n'est pas ausâ explicite , mais elle est peut4tre plus significative que celle de €ébam$ , parée
* Votr le Journal U DrùU ( 14 AOTèmbre lS4i ). Cette i^ttlë eBeentiélto de le léCracttUon deBroottaisy eskcitéeàroccasion d'imprôoèaenliet^
tâiieetaesbéritiere.surUpropriétédumaBiucrttdeoelle»-'^'^""^ — ^
aofisi la Gazetie médicale (12 janvier l»a9), où elle f ^«•.
i%k LIVRE 1. CHAPITRE 11.
qu'on y voit la torture morale de l'esprit de système aux prises avec la vérité , et que l'hommage que Broussais rend à celle-ci est d'autant plus fort qu'il est plus combattu :
a A MES AMIS, A MES SEULS AMIS.