DIB
lieu de 86 laisser aller à des argumentationfl sans fin, on savait ramener et retenir à ce sens commun les prétendus esprits forts, on les accablerait de tout le poids de la vérité dont ils se jouent.
Ce qui fait la force de cette réflexion de la Bruyère, c'est que ce qu'il dU de lui, on peut le dire de rhumanité en général. L'athéisme est contraire aux impressions directes , inévitables , journalières , au cri universel et constant de la nature entière. La vérité d'un Dieu est d'instinct et de pratique universels; et, comme le dit très-bien un penseur de beaucoup de sens et d'esprit : a Dès qu'un raisonne- € ment attaque l'instinct et la pratique universels , U peut € être difficile à réfuter, mais à catip «âr il est trompeur. € L'homme sage s'en afiranchit en (^ant l'opinion com* « mune'. »
Lea athées , s'il s'en est jamais rencontré de sérieux, sont d'autant plus audacieux , que non-seulement Us attaquent l'instinct universel , mais qu'ils le font sans armes , sans raisonnement même spécieux, et que toute leur force consiste dans l'art qu'ils ont de donner le change sur le tour de la preuve , et de persuader au genre humain que c'est à lui à prouver contre eux que Dieu existe.
Pour les confondre , il ne faut que leur dire : L'impossibilité où vous êtes de prouver vous-mêmes que Dieu n'est pas, prouve son existence.
L'humanité est en possession de l'idée de Dieu : prouvez que Dieu n'est pas. Cette vérité est assise sur le sens intime et le sens commun : renversez-la, si vous le pouvez.
' Pmuées, Estais et MaxkMi dêJi Joubert, 1 1, p. 818. — CTélâtt anm UpflMéedeCleéraOyqilidiMit: « Tout Jugemait de la nature» quand il « eti uniTenel , est néeeMMa^ement Tral. 11 faut donc reconnaître qu'il y a ■ des dieui. ^{Dela Nature de$ Dieux, V\r, 1 , dwp. »^'« >
92 LIYBE I. CtUPlTRE II.
NouB fiommes pi4te à vow entendre, el à iu>U0 rendre h la foroe de vos raisomiements. Faites-nous coimatlre la raison infineible qui a gu vous convaincre au rebours de la raison commune. Vous venez tard, il est vrai; toute Fespàce humaine se dresse contre vous -, la nature même se soulève et vous surmonte -, l'univers tout entier réclame ; n'importe : pour l'honneur de la philosophie , nous vous écouterons; parlez I
A cette interpellation, qui est parfidtement dans les règles de la controverse , les prétendus athées n'auront rien à ré*^ pondre , soyez-en sûr ; et leur silence élèvera la meiUeuie démonstration de Texistenee de Dieu , en laissant retomber de tout son poids, dans la cimscienoe, le sentiment universel.
Tenez-vous bien à cette première preuve , elle est invincible; elle suffit à tout, et coupe court à toute vaine argumentation. C'est la preuve de sens commun; toutes les autres sont gratuites et subsidiaires. Parcourons-les cependant, pour notre édification et notre agrément.
II. Preuve tirée de la nieeê$iti d'tme Cause première. L'univers exista, donc il existe un Auteur de l'univers. Je ne prends ici que le fait de l'existence de l'univers , et je dis , avec le sens commun , qu'il n'y apae d'effet eans cause.
Ce principe, on n'ose pas l'attaquer directement, on n'ose pas dire que l'univers s'est fait tout seul , ce qui serait une pure absurdité ; mais quelques philosophes ont dit que l'univers a toujours été ; que si chaque jour de nouveaux hommes naissent pour remplacer ceux qui chaque jour périssent , et s'il en est de même de toutes les plantes , de tous les animaux , il n'y a pas de raison pour croire qu'il en ait jamais été autrement, ni que cet état de choses puisse Jamais changer ; qu'en un mot , le monde est éternel.
Si on appelle cela réscmdre la diffietâté j je dis qM c'est la rejeter dans ime insolubilité alMsolue , et que c'est désespérer et contredire à plaisir la raison.
* Mais y ayant de recourir à la métaphysique , renrersons ce beau système par le fldt. Ceux qui rataient imaginé s'étaient uniqyLemmt appliqués à établir que, par le fait, l'origine du monde se perdait dans une antiquité sans fond. Ds avaient été à la recherche de toutes les fables indiennes et chinoises avec une crédulité bien étrange pour des es* prits forts ^ et avaient bftti comme une tour de chronologie fantastique y qui se perdait dans la nuit. La science géologique a tout renversé. De nos jours , c'est une vérité qui court partout y et qui est due aux travaux les plus imposants et aux résultats les plus positifs y que le monde ; dans son organisation actuelle , n'a pas plus de cinq à six mille ans d'existence.
a Ce qui est certain^ dit Cuvier^ c'est que la vie n'a « pas toiyours existé sur le globe; et il est facile à l'ob- « servation de reconnaître le point où elle a commencé à a déposer ses produits'. »
« Rien n'est étemel sur la terre , dit encore un^géologue ; « et tout y dans les entrailles du globe comme à sa sTirface ff extérieure, atteste un commencementetindîqueunefin". »
J'entrerai y plus tard y dans des détails intéressants sur ce si^jet. Contentez- vous, quant à présent, de ces autorités. n n'y a, du reste, aujourd'hui qu'ime voix dans le monde savant sur ce point.
Voici donc le système de l'éternité du globe , dans son
' Dktown $w les Révolutions du globe # p. 24 , 8^ édit. ««Me BQiibée» Manuel de Çéoloçie, p. 4, V édit. - I^Uiée ^«r^ aliii4nêiiie trts-bien coni^taté l'origine lécente de notre monde. iM^Pfat.
Rer. lib. V. )
îli LIVRE I. CHAPITRE II.
organisation actualie , radicalement détruit par le fait ; or, ce n'est qu'avec cette oi^anisation que les hommes et les animaux peuvent y vivre : les hommes et les animaux sont donc nouveaux sur le globe , ce qui suffit pour prouver la nécessité d'une cause première de leur existence autre que la nature , puisque dans la nature nous ne trouvons aucune cause capiÂ)le de produire un tel effet, et qu'on n'a jamais oui dire que des hommes aient été produits autrement que par la voie ordinaire\
Comment , du reste , en faisant abstraction de cette nou* velle lumière apportée par les sciences physiques , ne pas voir, selon les lumières les plus simples de la métaphysique y que le système qui exclut Dieu par l'éternité du monde est inadmissible?
Qu'est-ce qui porte les auteurs de ce système à nier Dieu ? C'est sans doute que leur raison ne peut pas le comprendre. Et qu'y a-t-il surtout d'incompréhensible en Dieu, si ce n'est cette impénétrable éternité, ce cercle de l'être, cause et fin de lui-même , que notre esprit , habitué qu'il est à voir un commencement à toutes choses , ne peutsaisir, quelque effort qu'il fasse pour y atteindre?
Mais, en transportant cette éternité de Dieu au monde matériel, ils n'en diminuent pas la portée : ils nous donnent seulement un DiEU-MATiÈRB au Ueu d'un Dieu-bsprit.
' A moins qu'on n'admette, avec certains tepriU forts , tels que k Mettrie et LamarÂ, que nous descendons d'un manouin Me fendant la queue ( Philosophie zoologique ^ t. II , p. 446 ) , ou bien cf«n singe dont le «es s^àUonge par un rhume de cerveau ( Considérations sur les êtres orgo' nisés y t. n }; eipédient phUosoptiiqne qui laisse encore subsister la difllculté de ssToir d'où desooidcnt le marsouin et le singe : tant il est nu qu'il n'y a rien de si absurde qui ne derienne aisément croyable à un esprit qui cherdie à ne pas croire les Tentés de la M» et que Pascal avait raison de dire : tneréduies^ les plus crédules !
DiEtr. 96
Et c'est là ce qui les confond par leur propre raisonnement; car, pour échapper à Vincamprihensible , ils tombent dans VinecneefOiAle ' .
Comment concevoir, en effet, que la matière soit douée de la suprême prérogative de Tètre , — d'être par soi , — et que l'esprit en soit dépourvu? je dis l'esprit , car nous avons déjà reconnu l'esprit dans l'homme au moins. Gomment admettre que cette pensée de l'homme , qui domine et embrasse l'univers , qui se connaît et qui le connaît , qui a l'idée de l'éternité et de l'infini, qui est sans parties, ait eu un commencement, ne porte pas en soi la raison de son existence ; et qae cet univers matériel , insensible , inerte , décomposable, soit l'Éternel? Je conçois très-bien un plus grand esprit doué de cette prérogative, et mon esprit ne répugne pas à l'admettre ; mais mon ême dispute à la matière une éternité dont elle est elle-même privée. Elle voit, dans ce système un renversement , une contradiction , une impossibilité.
Serrons de plus près ce système :
L'univers , dit-on , est étemel , il ne tire pas son être d'aiUeurs que de lui-même, il porte avec lui la cause même de son existence.
' « Concevoir une chose , c*est avoir l'idée de son existence; la com- « prendre , €eA connattre la manière dont elle existe. Nous concevons une « chose y nous en avons l'idée, quand notre esprit peut la supposer existante. ■ Pour la comprendre , il Um% la connaître à fond et en saisir les différents « rapports , et savoir pourquoi elle est eonune elle est. Pour la concevoir, m U suffit de ne pas y apercevoir de r^Nignance , de contradiction. Je ne con- « fois pas un triangle de quatre c^tés. Je conçois des hommes dans la « lune, etc. »
(Delauro-Dubez, rx/A^ redevenu chrétien > p. 14 , 2* édit )
Ainsi f on peut très-bien concevoir une chose sans la comprendre; mais quand on ne la comprend ni ne la conçoit , elle est totalement inadmissible. Je ne comprends pas Dieu , mais je le conçois ; je ne comprends ni ne conçois le monde sans Uieu : Tnn me dépasse . Vautre me choque.
Nous avonfi un moyen infaillible de vérifier cette supposition.
L'être qui porte en soi la raison de son existence doit être immuable. L'immutabilité est la pierre de touche de Tindépendance et de Tétemité* de Têtre.
Je sens très-bien que je n'ai pas en moi la raison ou la CAUSE de mon existence -, car si je l'avais y mon existence aurait toujours été causée, c'est-à-dire permanente également : il n'y aurait en moi ni succession ni changement. La cause de mon existence lui étant incessamment assistante, cette continuité d'assistance produirait une égale continuité de l'être. Tout changement n'étant qu'une augmentation ou qu'une diminution de l'être est inconcevable, un seul instant, dans l'être qui porte toigours avec lui la cause de son existence; car d'où pourrait lui venir l'augmentation, puisqu'il n'y a pas hors de lui d'autre cause d'existence? comment pourrait-il éprouver de diminution, puisqu'il porte en soi sa cause incessante et le principe toujours présent de son intégralité ? Donc un tel être ne doit jamais changer. On ne peut pas concevoir comment il pourrait changer. Son changement implique contradiction. Son existence est nécessaire.
Ce que nous venons de dire de l'existence d'un tel être, nous devons le dire de tout ce qui la constitue, et par conséquent du mode aussi bien que de la substance ; car l'existence d'une chose ne se conçoit pas sans im mode ou une manière d'être déterminée qui lui est propre , et qui fait qu'elle est ce qu'elle est '. L'immutabilité d'existence doit donc emporter l'immutabilité de la manière d'exister. En raisonnant, du reste, toujours dans la supposition que Tel: e en question porte en lui toute sa cause d'existence, c'est de
* Modus eMendi eequitnr esse.
cette même cause que doivent venir également et le mode et la substance ; le raisonnement que nous avons déjà ftdt doit par conséquent s'appliquer avec une égale force à Fun comme à Tautre, et toute modification doit impliquer contradiction dans cet être, aussi bien que tout dépérissement dans sa substance même.
Appliquons cette règle à Tunivers.
L'univers est la réunion, par la pensée, de tout ce que nous vojons. Ce qu'il y a donc de réel dans l'univers, ce senties différentes choses que nous vojons. Leur réunion ouleur personnification, sous le nom A'univeTt, n'est qu'une abstraction, qu'tm tirt de raison dont il ne faut pas nous préoccuper. Or, quelle est la chose, dans tout ce que nous voyons, dont l'existence soit nécessaire et immuable, dont le dépérissement ou la simple modification soit inconcevable, implique contradiction, qui ne puisse pas être indifférenunent de teUe ou telle façon, être ou n^être past Que dis-je I quelle est la chose qui ne varie pas sans cesse et qui ne soit en voie de changement? Et l'univers tout entier, qu'est-îl qu'un assemblage de ces choses éphémères et con^» tingentes , qu'un va-et-vient perpétuel d'existence inces^ samment empruntée et incessamment rendue , sans indépendance et sans repos ?
L'univers ne porte donc pas sa cause en lui , c'est donc hors de lui qu'il faut chercher cette Cause PEEniiRs et GEÉATUCB, cet Êtke supaâiiB en qui résident la plénitude, rinmiutabilité , l'indépendance, et l'éternité de l'être, Dnu.
in. Prewe tirée de l'existence du mouvement. Mous trrîvons plus rapidement au même résultat en considérant un phénomène particulier qui se passe dans cetuDiv«rs nia* tériel, et qui, tout seul, nous conduit à un premier principe
98 UVRB I. GHAPITEE II.
intelligent : je veux parler du phénomène du mouoemmt.
Riaa n'est mouvement propre dans la matière, et tout est mouvement dans Funivers. Qui a mis ce mouvement? Puisqu'il ne vient pas de la matière elle-même qui com^ pose Tunivers y il faut nécessairement qu'il provienne d'un principe de mouvement immatériel en dehors de l'univers. Tout mouvement accuse en dernière analyse im moteur , qui ne peut être qu'une volonté.
Ce raisonnement ne peut que gagner à être approfondi.
La matière est inerte ; c'est un axiome des sciences physiques '. Elle ne se meut pas, elle est mue. Le repos lui est essentiel^ le mouvement ne lui vient que par communication. La preuve entre mille , c'est qu'une fois qu'elle est mise en mouvement, elle va perpétuellement dans le même sens et au même degré, tant qu'elle n'est arrêtée ou détournée par un obstacle quelconque. Si elle se donnait le mou- I vement, il est clair qu'elle pourrait se l'êter, le diriger, le i modérer, ou le précipiter ; mais non : elle est mue mathé- i matiquement et servilement de même, selon ce qui la pousse w ou ce qui l'arrête ; et son inertie apparaît davantage , en quelque sorte, lorsqu'elle est en mouvement, que lorsqu'elle ) est en repos. A quel poiat faut-il que la matière soit aveu- i gle et hierte, soit dépourvue de mouvement propre , pour ] exécuter des mouvements si vastes et si compliqués dans ^ l'univers avec tant de ponctualité l ^
n y a donc inévitablement un principe on dehors de la ^ matière , une volonté en dehors de l'univers , qui lui im- ^ prime et lui mesure ces mouvements, comme dans ma petite v sphère je donne le mouvement à mon corps et à ce qui .
' « La mobilité suit bien de la nature des corps , mais non pas le mouTe- « ment mftme, pas plus qu'uneflgare et qu'une grandeur déterminées. » Leibniz, contra Aikeistm, tf
DIBU. 99
Feiifiroime; et cette idée de ma Yolonté propre me domie l'idée de la Yolonté motrice de runivers.
Sans doute, lee difiérentes parties de Tunivers se meu- ▼ent par Faction respective des unes sur les autres ; mais le principe de ce mouvement n'est pas plus en elles qu'il n'est dans les divers rouages d'une machine montée par la main de l'bomme. On aura beau simplifier la science des Jois du mouvement et aller à la découverte des généralités, on n'aura pas atteint la cause première tant qu'on n'aura point traversé entièrement le domaine de la matière , et qu'on ne sera pas arrivé à cette main , à cette volonté souveraine qui est derrière l'univers, et qui exécute elle-même ses propres lois. L'auteur de la belle découverte des lois de l'attraction, le grand Newton, le sentait bien : il se gardait bien de prétendre explicpier l'attraction par des propriétés matérieUes -, il se bornait à poser le fait de la puissance attractive. Et encore, je me trompe, il n'allait pas même jusque-là : il disait ^seulement que les choses se passaient cirnwne s'il existait une attraction ; parce que la nature, à ses yeux, ne fonctionnait que par similitude et par dépendance, comme un automate qui joue l'action et la vie; et qu?il ne reconnaissait de puissance véritable que Celle devant laquelle il s'inclinait en la nommant. Aussi toutes les causes naturelki de mouvement, l'attraction , l'affinité, l'électricité, sont-elles restées^ pour la science, des mystères qui ne pourraient être éclaircis que pour faire place à des mystères plus profonds ; parce qu*en dernière analyse, les faits de mouvement sont maUriellemmt inexplicables , et qu^il faut toujours en revenir à ce mot de Rivarol : Dieu eoDplique le monde, et Ununtde le prouve. Mais l'athée nie Dieu en ta frésence \
* UilNiii fkit OM rtflericn trt^joiMcleu«e. c* qui cooitame celle deBa-
IV, Preuve tiré$ de rharmonie de l'univers. Mais voici qui est plus frappant encore : l'univers n*est pas seulement en mouvement; mais il est en mouvement régulier, ordoimé^ harmonieux; et quel ordre! qpielle harmonie!... Donc U n'est pas seulement le résultat d'une volonté, mais aussi d'une volonté intelligente , sage , et providentielle ; et comme la matière est encore moins douée d'intelligence et do sagesse que de simple mouvement, nous devons en conclure, d'autant plus fortement, qu'elle doit tenir les perfièctions qu'elle exprime de quelque être immatériel comme ces perfections, et qui les possède dans leur essence.
Le panthéisme , qui fait de la Divinité une infusion de l'être et de la vie dans toutes les parties de l'univers ; intus alit venis et magno se corpore miscet , n'est qu'un athéisme déguisé, et n'en est que plus inconséquent, n y a plus que de la vie dans toutes les parties de l'univers, il y a de la pensée exprimée, des lois observées, et une pensée et des lois non-seulement de détail, mais aussi d'ensemble : il éclate dans la nature une telle unité, une telle ordonnance, que l'infosion de la Divinité dans chaque chose n'expliquerait rien, parce que chaque chosetse rapporte au tout, et que le tout nécessite par conséquent une préconception qui le domine, et qui préside à son harmonie et à son entretien.
0011 s qu'aile domiricieiioe éloigne de la RelisioBy et qo'une science pluo «pprotadie y nmène. Cest que le progrès des sciences physiques ayant foit découvrir un plus grand jiombre de causes secondes, et dispensé de recourir comme les anciens, pour TeiplicatioD des phénomèies de la nature, à l'aolion immédiate de la DlTiaité; et la teatathre de se passer de Dieu ayant aiuii paru réussir /i»9ii' à un certain point , on en a conclu, avec autant 4e précipitation que de confiance, sans remonter plus haut Jusqu'aux fondements et aux principes , que la raison naturelle ne fournissait aucune preuTO de l'existence de Dieu , fiiisant ainsi servir les Inmièrss de l'esprit bumaîa à Taveugier lui-même.
n&ut donc en venir à la définition du catéchi^mQ ; « Dieu a est un esprit infini qui a créé le ciel et la terre y et qui est « le Souverain S^neur de toutes choses \ j>
Et commeat nier cet Esprit infini sans se nier soi-même t Comment, sans nier sa propre intelligence , nier rintelHgence qui éclate dans Tarrangeipent de Tunivers?
Cette preuve ne demande pas un grand effort d'esprit -, il suffit d'être capable de réflexion et d'être raisonnable au plus simple degré , pour voir la manifestation d'un esprit infini dans tout ce qui frappe nos regards.
Toutes les choses que nous voyons sont tellement le re* flet et l'expression de l'intelligence^ de Tordre, de la puissance, de la sagesse , de la beauté , de la bonté la plus infinie, de Dieu en un mot, qu'on dirait que leur unique obîet est de nous le raconter. La matière ne se repose pas un seul instant sans prendre l'expression de quelque qualité immatérielle ; elle ne varie ses modifications que pour varier son langage; c'est un sublime hiéroglyphe toujours ea mouvement pour nous transmettre la connaissance de son Auteur, et U mande, comme l'a dit admirablement saint Paul, iU un système de choses invisibles manifestées visiblemêsU '.
Et cependant il se serait rencontré sous la voûte du eiel des athées I quel prodige! Mais en fait d'irréflexion l'homme est capable de tout , et il est inouï à quel pomt
' XoDtii OM réponses do catédiisme , si complètes tout à la fote et si c(m cises, que nos mères nous ont apprises sur leurs senoui, amaieiit jeté les Piclon et les Anasagora dais le rarissensHt QeeUa lomièM aneait jailli paor «ni de la boucbed'aii de nos petits enfiulSy si. Interrogé pourquoi il est dans ee monde, U lear eftt répondu : « Pour oonnattre Dieu , raimer^ «leserrir, et obtenir par ce moyen la Tie étemelle I »
* IMéUighmu aptata uu usciito wr^ JM, «f m mMkms^ vUibiliaJUreiU* ( Hébx. u , 3. )
rhabitode de yoir nous empêche de regarder! Où seraient eea prétendus athées, si les hommes faisaient quelqoe réflexion, je ne dis pas sur eux-mêmes, je dis sur les ouvrages de Dieu les moins estimables, sur une feuille, sur une graine, un moucheron? Mais ils ont vu ces merveilles étant enfieuits; ils s*y sont accoutumés avant qu'ils pussent penser avec ordre, réfléchir, suspendre leur consentement. On leur en a inspiré du mépris. Ainsi, ils sont environnés d'ouvrages admirables sans qu'ils s'en aperçoivent. Ils sont eux-mêmes le chef-d'œuvre des ouvrages de Dieu, et ils pensent moins à examiner ce qu'ils sont qu'à tout autre chose.
Supposons ( j^emprunte cette belle idée à un ancien ) que des hommes eussent tovjours habité sous terre dans de belles et brillantes demeures, ornées de statues et de tableaux, et fournies de tout ce qui abonde chez ces riches qu'on appelle heureux ; que, sans être jamais montés parmi nous, ils eussent pourtant appris qu'il y a un Dieu tout-puissant; et que soudain, l'abîme venant à s'ouvrir, ils quittassent leur séjour ténébreux pour s'élever jusqu'aux lieux où nous sommes. En contemplant la terre , les mers et le ciel, rimmensité des nues, la violence des vents, ce soleil si grand, si beau, qui par l'eflusion de sa lumière fait nattre au loin le jour dans l'espace , et, lorsque la nuit aurait obscurci la terre , ces astres innombrables dont tout le ciel est embelli , cette lune et son inégal flambeau , son croissant, son décours ; enfin le lever et le coucher de tous ces astres, et la régularité invariable de leurs étemels mouvements : à ce spectacle pourraient-ils douter qu'A n'y eût en efiét un grand Dieu, et que ce ne tCii là son ouvrage '?
c Si une horloge , dit Voltaire, prouve un horloger , si un
' Arislolc rilé par Cicéron, Nahire des Dieux , lir. H, n» 87.
« palais annonce un architecte, comment, en effet, Tunivers « ne démontre-t-il pas une intelligence suprême? Quelle ff plante, quel animal, qniel élément, quel astre, ne porte ff pas l'empreinte de celui que Platon appelait l'étemel géo- « mètre? n me semble que le corps du moindre animal a démontre une profondeur et une unité de dessein qui « doivent à la fois nous ravir en admiration et atterrer notre ff esprit. Non-seulement ce chétif insecte est une machine dont tous les ressorts sont faits exactement l'un pour « l'autre ; non-seulement il est né , mais il vit par un art a que nous ne pouvons ni imiter ni comprendre ; maistsa ff vie a un rapport immédiat avec la nature entière, avec « tous les éléments, avec tous les astres, dont la lumière a se fSût sentir à lui... S'il n'y a pas là immensité, unité de « dessein, qui démontrent un fabricateur intelligent , im- « mense , unique , qu'on nous démontre donc le contraire ; « mais c'est ce qu'on n'a jamais fait... Des preuves contre « VexUUnee d'une intelligence suprême ^ on n'en a jamais a apporté aucune '. »
— c Organiser dans une matière informe toutes les merc veflles d'un corps vivant, dit un savant naturaliste; dis- « poser les muscles, les nerfe, les viscères, les organes € des sens , avec une sagesse profonde , une prévoyance « admirable; donner la vie, le mouvement, Vins^nd, à « cette chair inanimée, voflàle témoignage irrécusable d'un « Dieu : il faut que le dessein précède l'ouvrage , il foui « de l'intelligence pour crier l'instinct >. »
Pour juger à quel point la vérité d'un Dieu est néce»-
■ Tolldny noies sur les Cabales, et en>partlcaliflriDre6tv«n:
Qm Mlt« teffl«t* «talc «t B'ftlt p«lBt 4'lMrl««er.
B Vlmj, Dicr. dTBitt. fMi«iireUe.
10<l> LIVRE I. CUAPJTBE II.
gaira , il suffirait de voir à quels systèmes absurdes on est obligé d'avoir recours pour la remplacer. Que peut-on imagiaer, par exemple , de plus insensé que le système d'Ëpicure et de Lucrèce , que le monde est Teffet du hagardy et que ce sont des atomes crochus qui , à force de se prendre et de s'agencer dans une infmité de déclinaisons et do mouvements aveugles , ont uni par faire une plante , un animal, un homme , cette terre, ce ciel que nous voyons? Ce système , qui a eu Finsigne gloire d'être réfuté par Cicéron et par Fénelon , ne saurait faire fortune dans un siècle sérieux et positif comme le nôtre ; il ne me parait donc pas mériter plus d'honneur aiijourd'hui que celui de cette simple anecdote :
Dans la société du baron d'Holbach , après im dîner fort assaisonné d'athéisme i Diderot proposa de nommer un moc<U de Dieu, et Von choisit l'abbé Galiani. U s'assit, et débuta ainsi :
< Un jour, ÀNaples , un homme prit, devant nous , six a dés dans un cornet, et paria d'amener rafle de six. II a l'amena du premier coup, le dis : Cette chance est pos- « sible. Il l'amena ui^ seconde fois j je dis la même chose. « n remit les dés dans le cornet trois, quatre, cinq fois; a et toujours rafle de six. Sangue di Baccoï m'écriaiTJe, « kê dieeont pipés; et ils l'étaient.
a Philosophes, quand je considère l'ordre toqjours re- « naissant d^ la nature, ses lois immuables , ses révolu* a tiens toujours constantes dans une inflnie variété , cette a chance unique et conservatrice d'un monde tel que a nous le voyons , qui revient sans cesse , malgré cent a autres millions de chances de perturbation et de destf truction possibles, je m'écrie : Certes, la nature est « pipée l »
Cette saillie originale ne mit pas sans doute les rieurs du cAté de l'athéisme '.
n 7 a 9 du reste ^ \m argument qui met la IbUe de Tathée^ comme on dit , au pied du mur ; c'est celui de Platon , qwL fait dire à un de ses interlocuteurs : a Vous jugez que f ai c mie àme intelligente^ parce que vous apercevez de Tor^ f dre dans mes paroles et dans mes actions ; jugez donc, c en Yojant Tordre de ce monde y qu'il y a une âme son^* c verainement intelligente. »
Le plus petit arrangement dans la sphère des actions humaines réyèle Fintelligence qui y a présidé ; nos arrangements les plus parfaits , tous nos arts , nos industries y ce qui révèle le plus notre intelligence par conséquent, ne se compose que d'imitations , que de larcins faits aux' productions et aux lois de la nature , dont tous nos efforts ne peuvent aborder même de loin l'inépuisable perfection : et VinteDigence qu'on accorde y sans contestation y à ces copies grossières , on la refuserait à ces suprêmes et divins modèles? Que dis^jel la connaissance de cas modèles, leur seule pénétration, est le charme et la gloire des plus hautes intelligences , et nous sert à mesurer le génie d'un Newton
* Leçons de pAUoiopMe, par Flottas. — ToHalie a Mvdoppé le même nlsoooeoient avec beaucoup d*éel«t dans ee morceau : « Lea èhalnee de « aoalagiiea qiU coirrrert les deax bémîapiièfea y et ph» de six cente t^^ « <|iii conlenft Jinqu'aiiz mers du pied de cas rodien ; testes lea rMèies qui « descoideBt de ces mêmes réserroirs, et qnl groasiaseBt les fleures apfès «aToir fatUiaélescarapagiiea; des milliers de fintitea qui partait de la « mène aouree, et qui abreaveatle geue animal et végétai : tout cela im • parait pas plu rdfet d'ut cas fortuit et d'mie dédfaiaisoD d'atemes, que «la rétine qni reçoit les rayons de la lomièrey le oristalBn qoi les véfliracte » « rendome y le marteau , rétrieri le tambour de rordiUe qui reçoU les 80D8 » « les routea du sang dans nos Yeines, la systole et la diastole da ottur» «cabalaBdcr de lamadiinequi.teit UYie.» (Voltaire, art. aûmte$/l'
106 UVIUC I. CHAPITRE U.
OU d*un Guvier : et l'objet lui-même de cette étude serait jhit sans inteUigence ' ?
Hais ce n'est précisément que parce que Tunivers est fait ayec intelligence qu'il est pénétrable à notre intelligence, e'est-à-dire intelligible: car Vintelligible implique nécessairement en lui Vintelligence. On s'extasie avec raison de- Tant le génie de l'homme qui est parvenu à saisir le mécanisme de la nature y à ce point de prédire à minutes et à secondes fixes le retour sur l'horizon d'une comète disparue depuis des siècles, ou de reconstituer exactement tout un animal inconnu avec la donnée d'un seul petit os, d'une seule dent : pour moi j tandis que d'autres admirent ces prodiges de la science humaine , je ne sais que me prosterner devant ce grand Artisan qui a porté l'intelligence et l'harmonie dans son œuvre à ce point inimaginable de précision, qu'un être aussi borné, aussi chétif, aussi perdu que l'homme dans la création, ait pu en sur-
' « Vb» intdligeDce sapénmre, dit très4>i«n M. Thierg, est saiste^ i praportioa de sa supériorité rnèmey des beautés de la oréatioii. C'est lin* teUigenee qui déoouTre rintelligmoe dans runîTere ; et un grand esprit tft plus capable qu'un petit de Toir Dieu à tiaTers ses œuvres. » ( Histoire dn Contulaiei de VEmptre^X. m» p. 209.)
« La généfal Bonaparte , ijoute-t-il , oontrorersait Tolontiere sur les questions philosophiques et religieuses ayec Monge, Lagrange, Laplaoe, sa- 'vants qu'il honorait et qu'il aimait , et les embarrassait souTent, dans leur incrédulité, par la netteté, la yigneur originale de ses arguments. — « Te- « net, disait-il nn Jour à Monge, celui des seyants de cette époque qu'il « aimait le plus et qu'il arait sans cesse auprès de lui , tenec, ma rdigioa à « moi est bien simple. Je regarde wt univers si yaste , si compliqué , si ms- « gpifiqne ; et Je médis qu'il nepeutdtrele produit du hasard, mais l'oeuTre « quelconque d'un être incnmu, tout-puissant , supérieur k l'honune suit tant que l'uniTcrs est supérieur à nos plus belles machines. Gbercbes» « Mongs, aidei-Tous de tos amis les mathématiciens et les philosophes» «Tousnetrourerapasune raison plus forte, plus dédsiTc; et, quoi qoe « TOUS Dnsiei pour la combattre, tous ne l'infirmem pas. » (/(<., ibid., p. 720. )
DIBU. 107
prendre les l<H8^et en calculer. le cours à travers d^ espaces si incommensurables.
Que sera-ce donc sinous venons à remarquer que ce g6nie de l'homme luwnème , par lequel les lois de la nature se laissent saisir à force de justesse et de précision, n'est d'ailleurs, lui aussi, qu'un ouvrage de plus, sorti de la mémo main qui nonnseulement a fidt le spectacle de tant de merveilles, mais aussi le spectateur?
S'il n'existait pas une raison souvei^aine , créatrice et ordonnatrice de l'univers , remarquez-le bien , il faudrait dire que l'honmie n'a rien qui lui soit supérieur. Qu'y aurait-il, m effet, de meilleur dans l'univers , puisqu'il jouit seul de la raison à laquelle on ne peut rien comparer, et qu'ila cet avantage décisif sur la nature de la connaître, alors qu'ellemême ne se connaît pas? Mais, d'un autre c6té, quelle folie de dire qu'il n'y a rien de supérieur à l'homme , alors que tout accable sa faiblesse , et que la perfection des ouvrages de la nature est dans une disproportion désespérante avec tout ce qu'il peut oser? n faut donc reconnaître qu'il y a tout à la fois , au-dessus des merveilles de la nature et de la raison de l'honmie qui les contemple , par delà le spectateur et le spectacle , un esprit souverain qui les a créés Fun pour l'autre et tous pour lui , et que l'univers n'est supérieur à l'homme que précisément parce qu'il présente à sa raison le miroir d'une raison supérieure et infinie, qui le confond.
« Convenez, s'écrie Diderot^, qu'il y aurait de la folie fl à reAiser à vos semblables la faculté de penser. — Sans f doute ; mais que s'ensuit-il de là? — n s'ensuit que si l'uc nivers, quedis-je l'imivers? si l'aile d'un papillon m'ofC^e c des traces mille fois plus distinctes d'une intelligence que
* Oidflral, dlé par réditeor de la Raison du ChrisHanUme,
108 LIVRE I. CHAPITRE If.
« VOUS n'avôz d^indice que votre semblable a la faculté de € penser, il est mille fois plus fou de nier qu'il existe un « Dieu, que de nier que votre semblable pense. Or, que cela a soit ainsi, c*est à vos lumières, c'est à votre conscience a quej'en appelle. Avez-vous jamais remarqué dans les raî- (X sonnements, les actions et la conduite de quelque homme c que ce soit, plus d'intelligence, d'ordre, de sagacité, de a conséquence, que dans le mécanisme des insectes ? La Dia vinité n'est-elle pas aussi clairement empreinte dans To^ a du ciron, que la faculté de penser dans les écrits de Newa ton? Quoit le monde formé prouverait moins une intellia gence que le monde expliqué? Quelle assertion ! Songez a donc encore que je ne vous objecte que Taile d'un paa pillon, quand je pourrais vous écraser du poids de Tunia vers. »
Et qui donc, en effet, laissé en présence de ta nature, seul avec elle , avec la voûte du ciel et le roulement majestueux des mondes sur sa tête , — avec une simple fleur, — ne surprendra pas en quelque sorte la main de rOuyrier sur son ouvrage, ne saisira pas la filiation de rintelligence de l'homme admirant cette merveille avec rintelligence divine qui l'a formée, et ne se rencontrera pas avec Dieu dans la nature , comme avec la source même de rintelligence et de la pensée , de la sagesse et de la beauté?
«J'ai vu Dieu en passant et par derrière, comme Moïse, « s'écrie l'illustre Linné; je l'ai vu, et je suis demeuré muet, a frappé d'admiration et d'étonnement. J'ai su découvrir « quelques traces de ses pas dans les œuvres de la création ; « et dans ces œuvres, même dans les plus petites, même a dans celles qui paraissent nulles, queUe force ! queUe saa gesse 1 quelle inexplicable perfection'! »
' > Limé, dté par réditeor de la Raison du ChriiHanime. — Voici ,
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V. Preuve tirée de l'existence des esprits. Si Dieu fait sentir sa présence dans Tordre physique, il ne la révèle pas moins dans Tordre métaphysique et moral.
En fermant les yeux sur tout Tunivers , et en concentrant mon attention au dedans et sur la partie la plus intime de mon être, je me trouve esprit, c'est-è-dire, comme nous Tavons vu , substance immatérielle douée de spontanéité , de sensibilité, d'intelligence, de conscience, et d'une simplicité d'existence qui se résume dans cet indivisible que j'appelle moi. n m'est facile de reconnaître également que ce moi n'a pas toujours existé , que je ne me suis pas plus donné Tétre à moi-même, qu'il ne dépend de moi de me le conserver ; qu'en un mot , je ne porte pas en moi la cause de mon existence ; et que cette ca/use quelconque, de laqueUe je proviens et je dépends, existe quelque part hors de moi. — Il est impossible jusqu'ici de contredire ce raisonnement. — n faut donc qu'il existe un être quelconque qui ait créé mon àme et qui la conserve.
Maintenant, cet être quel est-il? Je n'en sais rien encore. Mais si je ne sais pas ce qu'il est, je sais positivement ce qu'il n'est pas. Je sais très-certainement qu'il n'est pas cette matière universelle où mon corps est plongé. Cette matière peut bien avoir servi à la formation de mon corps , parce qu'ils sont tous deux de même nature ; mais elle ne peut être entrée pour rien dans la création de mon &me, dont la substance exclut la sienne, n ne se peut pas que ce qui est composé ait fait ce qui est simple, que ce qui est inerte ait
dans un antre ordre d'intelligence , un mot qai n*est pas moins remarcpiable qoe oelui de Linné : On demandait un jour, à un pauyre Arabe du désert » ignorant comme le sont la plupart des Arabes , comment il s'était assuré qu'il y a on Dieu. — « De la même liiçon , répondit-il» que Je connais, par les • traees marquées sur le sable, s'il y a passé un homme ou une bMe. » Vntfoge en Arabie , par M. Darriewx. ) ^
110 LIVUS 1. CHAPITRE 11.
ftdt ce qtd est spontané^ que ce qui ne pense nullement ait produit ce qui pense essentiellement 3 que ce qui ne se sent et ne se connaît pas soi-même ait engendré nn être qui ne tlt que parce qu'il se sent, se connaît, et se distingue d*aTec tout le reste. H ftiudrait que la matière eût non-seulemoit de llntelligence, mais qu'elle en eût plus que Tintelligence humaine la plus élevée, pour avoir fait sortir celle-ci de son sein ; et elle n'en a pas pour elle-même auplus simple degré. La source originaire de mon esprit ne peut donc être cette matière xmiverselle.
Cette source doit donc être immatérielle ou spirituelle comme moi. Il &ut nécessairement que ce quelque chose qui m*a fait âme, esprit, soit au moins lui-même ce qu'il m'a fait : âme, esprit. Si, comme nous l'avons vu, il a fallu de l'intelligence pour donner à la matière le mouve* ment et l'harmonie ; s'il a fallu de l'intelligence paor créer rinstiuct, il faut à plus forte raison de Vintelligence pour donner l'intelligence. Ici le raisonnement passe à l'état d'évidence, a L'esprit humain , tel qu'il est, ditCicéron, doit c( nous faire remonter à quelque autre intelligence supéa rieure et qui soit divine : Eh! d'où viendrait à l'homme, a dit Socrate dans Xénophon , l'entendement dont il e»i a doué? On voit que c'est à un peu de terre , d'eau , de feu a et d'air, que nous devons les parties solides de notre a corps , la chaleur et l'humidité qui y sont répandues, le c souffle même qui nous anime : mais ce qui est bien au« t dessus de tout cela , j'entends la raison , et , pour le dire « en plusieurs termes, l'esprit, le ji^ement, la pensée, c la prudence , où Tavons-nous trouvé , où l'avons-nous f pris ' ? 9 n itiut donc qu'un être quelconque ait lui-même toutes les qualités qui m'ont été communiquées , et qu'U
* Oleéron , Ve la Nature des Dieux, liv. TT , n"" n.