UN DE VOS DESCENDANTS
(Môme promesse renouvelée à Isaac. ) Enfin Jacob mouranl : — a Lb sceptre ne sera towt
< ôté DE JUDÀ I NI LA PRINCIPAUTÉ DE SA RACE y JUSQIlU
€ CE QUE VIENNE CELUI QUI DOIT ÊTRE ENVOYÉ; € ~ et CELUI-LA SERA LATTENTE DES NATIONS. » Attente qui continue ainsi à se transmettre et à se déve^ lopper de génération en génération, comme contre-poids des maux et de la corruption toujours croissante de Tespèce humaine, jusqu'à ce que, le Sceptre ilanl sorti de Juda pour passer aux Romains , toutes les nations ont été bénies et sanctifiées en Celui qui disait : C'est de moi que Moïse A ÉCRIT ; en ce descendant de la Femme qui, dans les transports de sa glorieuse matemitéi chantait : Glorifie le Seigneur , mon âme, parce qu'il a fait en moi de grandes
choses, SELON LA PROMESSE QU'iL A FAITE A NOS PÈRES, A ARRAHAM ET a sa POSTÉRITÉ, POUR TOUJOURS.
Tel est, réduit à sa plus simple expression, le lien qui unit le Christianisme au Mosaisme, et qui a valu à celui-ci les attaques de tous les ennemis de celui-là.
La première impression qu'on éprouve à la lecture de Tantique histoire d'Éden , qui lui sert de fondement , c'est la difficulté de Tadapter à nos jugements superiiciels et ordi^ uaires, et la tentation de la critiquer, tant les choses y sont dénuées de ménagement et d'explications, et y sont jetées comme en énigme à l'esprit humain.
Mais une réaction ne tarde pas à s'opérer dans l'àme du leetaur le plus incrédule» Cette focilité mâme de critiquer ce qu'il vient de lire le mat en défiance, non plus du livroi mais de luinnèoie, de sa légèreiéy de son ignorance, de son aveuglement. Il commence à redouter un livre qui Ta
kU uvB. n. «.m., u. /
c bmI. » «»(La fenine séduite mangea du tmjf ^^ ^\^ et en donna à son mari, qui en mangea aur/ ^j^ derrière mtm$ temps Uun yeux fwraU owerU^f^ ^elque chose ils reeonnureni qu'ils iiaieiU nus.,. /i\ ; stérieux et de Dieu appela Adam , et lui dit : Où f ^^ ., la sagesse, la répondit : J'ai entendu votre voix /, aesure qu'il lui est que j'étais nu ; c'est pourquoi jef ' forcer la porU de la gneur lui repartit : Et d'où aT< r xe l'esprit, nu? N'est-ce pas parce que^ ' originel, de ses circoBSde l'arbre dont je vous avai; unijourg un grand mystère lui répondit : La femme ' jje le disait très-bien Pascal , compagne m'a présenté / iiumanité sans lui) ; mais il est Seigneur dit à la femro /^aise ou l'insuffisante dispositioB — La femme répond?^ voiles, en complique les obscumangé du fruit. — ^ contraire , un cœur simple et une pent : Parce que tv^t et se nourrissent dans ses proune inimitié entre ^
et la tienne, et c^^^ comme je l'ai déjà dit, qu'on le com-
CBNDAifCB » ( le , ' ]e comprenne pas, cela est ; et il fau-
employé souven' /^ i^j^^ pj^g g^nds mystères et dévorer de
prononce ensu* y^,^ difficultés, si on voulait le rejeter. La
parents, et les ^^/^ homme et ses suites , c'est de l'histoire,
Pour comp / Arite non-seulement dans le plus éprouvé ei
nous venons //^ j^ i^^ j^ U^^^^ ^ ^^^ conune nous le
la promessr //^^utes les traditions de l'univers, et surloui
en vou* i'e y %eproppe cœur. Nous y sommes tous plongés,
même. /j/^ent à force d'y être plongés que nous ne
c de vo /y Jument je ne m'attache , pour en constater la • 'wrp' 1^ fi tédt de Moïse. Je prends ce récU tel qu'A est,
cr
juro
je dis:
premiw
Moïsif:. 4^
% "^•'^«««a de sa itature réhabilitation par un
"me, attendu de toutes le$ nations.
4ll|f4p^^ ^iiif à répoque où le peuple juif
J^* ^<4^^ ^ 1 rang de peuple, voilà ce
W/^^ ^h^^ it de Moïse-.
'^^^^ ' ^^^^ ^® ^ récit?
^^ "^"^Aw ^^ ^^ Christianisme est là, comme
T^jfif^^ -tSÉuT^ '^ ennemis ; car si la parole de Moise
^ji^^ Hff^Z^ , il est évident que Dieu est intervenu
r ^/^IV ^ ' *® l'espèce humaine j qu'il a fait al-
^l^ ' • ^ par une promesse qui suppose une nou-
^^ ^9^ itive alliance par Taccomplissement; et que
/^P^^ .'ilssement, objet de Talliance nouvelle, ne peut
/'^ >r nulle part que dans le Christianisme , qui , seul ,
^ jndique le titre, et qui d'ailleurs en rempUt si mer-
^ dusement toutes les conditions.
iilettons donc en discussion ce point : — Ce que nous jit Moïse , touchant la déchéance de l'humanité et la promesse de sa future réhabilitation , a-t-U un fondement solide? doit-il être cru?
L*aflirmative ne peut être douteuse après tout ce que nous avons vu.; elle se déduit toute seule de Tépreuve que Moïse vient de subir sous l'action de toutes les forces réunies de l'esprit humain. En eflét :
Je conçois que tant qu'on a pu révoquer en doute , rationnellement parlant, la véracité de Moise sur toutes les
' Cela résulte de plus 6D plus des aatfespvties des livras siiiittqttlfbit suite ao Peotateoqoe» et ne font qu'un tout avec lui. Mais le Pentatouque, ek anrloiit les paanges de la Geoèse que nous Tenons de cHer, fonneni les pranieit anneaux de cette tradition, qui se poursuit dans le peuple jdf el aaïuniie eneon au sein de tons les entras peuples. —Aussi les SauMii» tnliis, qui n*ont retenu que le Pentatenque» ont-ils tosdoun attends le Messie, comiae le reste des Juils. — Nous raviendransftur tous ces point».
aqtros pwtlW da son récit, o^ aétéfort Gontie céUe-di car i^ 90U loYraiBdinbiaiico propre vanail se joindra Vm- Tcaisemblance de tout to reste ; et rincrédolité avait baan jeu de rire du $erpeni et de la pomme ' , lorsque déjà eUe pouvait nro à son aisç des six jours , de (a lumière masU h soleil, du rep^s du Créateur, de la longéeiU des patriarches, du déluge universel et de TareA^ de iVM. de la /our de fiabel et d9 (a confusion des langues: enfln de b date récenie da9 soeiétés humaines , et des autres circons* tances ^e la Genèse. Mais depuis que les rieurs et, ce qu'il y a de nùfius, les vrais savants wai passés du c6l6 de Moïse 0)ir tous «as points i depuis que celte colonne impérissable de f9ériti a été replacée sur sa base , et que le triomphe c}u patriarche est devenu celui des sciences dles* mêmes p grandies jusqu'à pouvoir le comprendre et Tadmirer, ohl alors cette grande conversion de Tesprit humain à la vérité » sur Tensemble du récit de Moïse , profite à la démQPStntfioa du seul point inexpliqué de la déchéance du preOMor homme. Alors nous sommes en droit de dire :
Mqi90 a été vraii et seul vrai, lorsqu'il a posé le fait da 1^ créalion du ciel et de la terre comme un fait primitif de la touiOriHiissaiioe de Dieu , distinct de la formasUm subséquente de leurs diverses parties , -^ ainsi que foula
■ Yoioi va exemple entre mille de laMg&reté des interprétations moadaines à Yéguà des linns saints. Le mot de pommé n*esl pas écrit une seule fois dans la BiUe, ni même celui d*aacun fruit connu dans la nature. U est perlé senlemast de 4e«s ariMesetdelenr firuH.^pi'on nedési^wqiie parées aMrtei urbf de ate, <Pi.- orers de ta «cianct du bien et du mal^ sêrqMOi ue «Me inkerpr^ Cût eatta léflexian t •» • Aueun de cee deu « ertirvs n'est (aulasment) nommé. Uor fruit est demeufé Ineemmi «I « tele le csnrfosiie que rusasa do saoand a inspluée amt antenU d* AdasB ma « ^éMsiin J«aele à déaeMrir un aasnsi qna «ea a ▼anin nous eaebsr. » ^ CtbumcHhtuUmulHoHê Heni^ié&méê , m saint Anioslin.
Uà'isÈ. (SI
saine philosophie est forcée d'en coÀTetiir^ et (pxé Ètùftt^ sois en avait entrevu la nécessité.
n a dit vrai lorsqu'il a présenté d^abord Û teiW JHfls vie, dans un état de submersion, au sein d'une tiiôr éans habitants , — comme Ta constaté Cuvier.
n a été étonnamment vrai lorsqu'il a placé Id prôdut^ tion de la lumUre-calorique avant té soleil, — comme s'accordent à le dire Chaubard^ Marcel de Serres^ Godefrôj^, Young , Fresnel , et Arago.
n a dit vrai lorsqu'il a dépeint l'apparition succesâiVe des êtres organisés, en allant du simple au composé, lôs végétaux d'abord (germen^ herba, arhor); — leâ tép^ tiles et autres animaux marins , et en même temps tes oiseaux; — puis les animaux terrestres; — puis l'homme, — comme le reconnaissent tous les géologues.
Il a été vrai, lorsqu'il a dit que toutes ces œuvras de Dieu avaient été progressivement formées en six jours , autres que ceux que nous mesure le soleil, après lesquels, et au septième jour dont il ne marque pas la un, le Créateur avait cessé son œuvre et lui avait imprimé une stabilité invariable, — comme le reconnaissent encore tous les géologues et les naturalistes , et comme vient le confirmer cet usage universel et perpétuel de la période hebdomadaire et du repos religieux de tous les peuples au septième jour, constaté par Laplace , et si fort remarqué par Diderot.
U a dit vrai dans le récit du déluge universel , sa roptditif son universalité, sa date » et jusq[ue dans les circonstances du salut de la seule famille qui parvint à y échapper, -*» comme le confirment la nature et les traditions universelles consultées par les géologues, les physiciens, les his^ foriens , et les voyageurs.
n a dît vrai quand il n^é placé que ait éâOéA(l(ffi?âIfte
k9i LIVEE II. CHAPITRE II.
la création et le déluge^ et qu'il a donné à chacune d'elles une durée de mille ans , — comme disent toutes les traditions profanes y au rapport de Volney.
n a dit vrai lorsqu'il a fait venir tous les hommes d'un seul homme y — comme disent BufTon , Lacépède y Cuvicr, et tous les grands naturalistes.
n a dit vrai enfin dans le grand récit de la confusion violente des langues et de la dispersion des hommes , sous la conduite de trois chefe de races y en partant de TÂssyrie, réservoir primitif de toutes les langues et de toute civilisation, — comme l'ont démontré Barton, de Humboldt, GoulianofT, Hunter, Klaproth y Niebuhr, Rémusat y de Paravey, Freycinet, Raoul -Rocbette, et tous les autres ethnographes, archéologues, géographes et voyagem^.
DONC il a dit vrai dans le récit de la déchéance du genre humain en Adam , et de la promesse de sa future bénédiction en CELUI qui boit tenir, et qui sera l'attente
BE TOUTES LES NATIONS; Ct il UC UOUS mauqUC, pOUT
comprendre enliiremml cette partie de ses récits , que les lumières qui nous ont si longtemps manqué sur tout le reste, et que Dieu a dft plus particulièrement se réserver sur ce point, comme touchant de plus près à sa nature infinie, et devant être l'aliment de notre foi.
La parfaite véracité de Moïse sur tous les autres points qu'il a été donné è la science humaine de découvrir, nous est un solide gage de sa véracité sur celui-ci; et on peut dire que si la vérité du récit de la chute et de la promesse se dérobe & la vue directe , elle se laisse voir vivement reflétée dans la vérité de tous les autres récits environnants ' . Ce raisonnement est irrésistible lorsqu'on considère
* lions nous réservons de faire voir plus tard qo'dle ne se dérobe pas en* VArmicnt à la Tve directe. Ce n^est ici qû'one o(»cession proTîsoire.
uoïsE. 433
le nombre , Timportance et la rigueur des faits sur lesquels Moïse a été trouvé vrai; vrai d'une vérité d'autant plus étonnante , et , si j'ose ainsi dire , méritoire , qu'elle n'était pas vraisemblable, et qu'aucun arrangement , aucime précaution , n'ont été pris par lui pour s'accréditer.
II. n y a plus. Cette considération et toutes celles que nous avons présentées doivent agir en sa faveur, plus spécialement sur la partie de ses récits qui a trait à la chute et à la promesse que sur toutes les autres ; car toutes les autres sont accessoires, dans la situation de Moïse, relativement à celle-ci. Moïse n'est historien des phénomènes primitifs de la nature qu'accidentellement , ce n'est là pour ainsi dire que le cadre de son tableau ; ce qu'il est avant tout, c'est l'historien de la Religion, des rapports moraux de l'homme avec Dieu. C'est là ce qui a dû être plus particulièrement l'objet de son attention; c'est en cela qu'il a dû se croire plus spécialement obligé d'être vrai, et qu'il lui a été le plus facile de l'être, parce que c'est ce qui devait être le plus vital dans la tradition ; c'est enfin à ce point que remonte et que s'attache le merveilleux respect dont il n'a cessé de jouir. Tout Moise est là , en un mot ; et si Moïse est un historien qui , par toutes les raisons que nous avons déduites, doit être tenu pour profondément vrai, c'est là que nous devons en appliquer la conclusion, et que notre confiance doit venir se rattacher comme à son centre. Moise, par exemple, n'a été ni trompé ni trompeur dans le récit de la création : donc il ne l'a pas été dans le récit historique de la chute originelle ; car ce dernier événement est postérieur au premier, et a dû laisser des traces plus profondes dans l'esprit humain, qu'il touchait immédiatement. Moïse a cru devoir respecter la vérité sur une foule d'autres faits
accessoires , où Tintérêt de la vérité mèipe aurait demandé, ce semble j à nos yeux ^ qu'il la mitigeftt et l'adoudt : done il l'a respectée dans le fait capital , où tout cet intérêt se trouve concentré. Qui se dispose à capter sur le point principal I ne va pas commencer par débiter des invr^semblances choquantes sur les points environnants et accessoires. Au surplus y comment peut-on soupçonner Moise d'avoir voulu capter les esprits? N'est-il pas évident , par la facQité même qu'a trouvée l'incrédulité à le combattre , qu'il l'a dédaignée , et que c'est à elle qu'il aurait phitAt tendu un piège qu'à la bonne foi ^ pour laquelle il a voidn, ce semble , réserver le mérite de croire contre la vraisanblance? L'incrédulité a donné en plein dans ce piège; eUe a trouvé ce qu'elle cfaercbait; eUe s'est complu à trouver Moïse faux et absurde sur tous les points indifféraois de son récit I pour en conclure qu'il était faux et absurde sur le point capital , qui lui avait attiré sa haine. Retounumslui l'argument aujourdlrai, et disons : n est démontré que Moïse a été rigoureusement vrai sur tous les points où vous vous étiez empressée de le trouver faux; donc il a dit ▼rai sur le point capital , dont l'admissibilité dépendait , selon vous y de tous les autres ; et vous avez môme perdu le droit de vous retrancher derrière l'invraisemblance de ce seul point; par le soin que vous avez pris de démontrer déjà à l'avance ; contre vous-même; que des faits peuvent par raltre invraisemblables ; et n'en être cependant pas moins pleins de vérité.
m. Vimraiimîblance du récit de Moise sur la chute originelle; d'ailleurs ; loin d'être un obstacle à notre croyance; en est au contraire une condition. Quelqae hardie que paraisse cette proposition; il est aisé de la rame-
ner à des termes de bon sens ; par là nous allons toucher aux entrailles de la question.
Sans entrer dans Texplication <lu sens doctrinal que renferme le récit de Ho'ise^ et en le laissant encore tout enveloppé dans sa rude écorce j je dirai ceci : Un objet nous parait vrai-semblable ou inorai-wnUable , comme le mot l'indique ^ selon qu'il est plus ou moins semblable au vrai qui nous environne, et duquel nous pouvons partir comme d'un point de comparaison. C'est un jugement par analogie. Or, tout jugement de cette espèce ne peut s'asseoir que sur deux coïKlitions préalablement remplies, sans lesquelles il doit demeurer suspendu : l*" il faut être bien renseigné sur le fait en question , et sur tout ce qui peut en constituer la nature -, 2*" il faut que ce fait ne se soit pas passé dans un ordre de circonstances totalement dissemblables de celles dans lesquelles nous nous trouvons placés ^ et d'après lesquelles nous le jugeons. Par exemple, on dira à un Européen qu'il y a dans la nature un arbre dont l'ombrage donne la mort. U aura tort de rejeter ce fait comme invraisemblable, parce qu'il n'est pas semblor blehce qui est vrai de tous les arbres qu'il peut connaître i il devra se faire expliquer , s'il est pos8U)le , quel est cet arbre, ce qui le constitue , et d'où lui vient cette fatale propriété. Cette explication lui étant donnée , si elle ne le convainc pas , il aurait tort de conclure l'invraisemblance du fait; et il devra s'arrêter si on vient à lui dire que cet arbre existe sous les tropiques, et au sebi d'une nature totalement dissemblable de celle qu'il connaît. — U en est ainsi du fait qui nous occupe , et de notre position par rapport à lui. — Nous sommes au dépourvu des deux conditions nécessaires pour pouvoir le juger : 1* L'historien sacré ne nous donne aucune explication sur les propriétés
k96 LIVRE II. GUAPITRË II.
constitutives des phénomènes qui ont causé, accompagné et suivi notre déchéance originelle. Qu'étaient-ce que ce jardin d'Éden et ces fleuves qui l'arrosaient ? Qu'étaient ces deux arbres, l'un de la vie, l'autre de la science du bien et du fnal, qui paraissaient avoir une double propriétéphysique et morale, et auxquels il avait plu à Dieu d'attacher quelque chose du mystère de cette double nature que nous portons en nous-mêmes î Qu'était-ce que ce serpent qui avait la faculté de parler, et qui était animé d'envie et de perversité contre Dieu et contre l'homme? N'était-ce qu'un serpent ? était-ce réellement un serpent ? ou bien l'apparence, la figure d'un serpent, ou même la dénomination allégorique de l'esprit du mal , dont l'obliquité et le caractère perfide et rampant respirent dans le discours si remarquable qu'il adresse à la femme ? Quelle était la situation de cette femme et de l'homme par rapport à Dieu, le poids des bienfûts qu'ils avaient reçus et de ceux qui les attendaient, les grâces et les secours dont ils étaient assistés, l'étendue, en un mot, de leur faute et de leur ingratitude par rapport à Dieu'? Et Dieu enfin... qu'est-il? qu'est sa justice? qu'est sa sainteté? qu'est sa miséricorde? Oh! que d'abîmes d'ignorance pour nous l'historien sacré a recelés sous le laconisme de son récit ! Oh ! que de secrets l'inspiration qui le lui a dicté s'est réservés! Oh! combien téméraires et vains nous sommes de vouloir mesurer ces choses aux
' Voici , à ce siget, un beau rapprochement de saint Augustin : « Adam, « à qui aucune violence n^était faite pour le porter au mal , qui » an con- « traire, aTait pour rempart contre sa chute le redoutable commandement « de Dieu , maître de sa libre Tolonté , dans une si extrême ftdlité de ne « point pécher, ne sait pas se tenir au sein d'une félicité si grande; — et les « martyrs, que le monde épouvante , que dis-je? torture, restent inébran- « labiés dans la foi, alors qu'As n*ont pour se soutenir que respectât! ve 1 invisible do ces mêmes biens dont la pleine jouissance ne retient pa« « Adam. » ( De correct, et grat. }
MûiSE. 437
courtes lumières de notre raison , et de nous ériger en juges de leur vraisemblance ! — 3* Et je suppose maintenant que toutes ces explications nous aient été données, quelle témérité encore de conclure qu'elles ne sont pas satisfaisantes, si nous Tenons à considérer que tous nos rapports ayant été bouleversés par notre chute même , notre situation , ainsi que celle de tout ce qui nous environne, étant devenue dissemblable et même opposée à ce qu'elle était avant, nous trouvant enfin dans une tout autre nature , dans un tout autre monde, nous sommes dépourvus de tout élément d'analogie, et par suite dans l'impossibilité de pouvoir juger et dire si les faits qui se sont passés dans cet autre état de nature sont réellement invraisemblables! Tout ce que nous pourrions dire, en ne consultant que notre raison ordinaire, c'est que ces faits sont contraires à ce que nous avons coutume d'expérimenter, et qu'en ce sens ils nous paraiêseni invrai$emiblable$.
Mais c'est là précisément ce qui en fait la vraisemblance, parce qu'il est logique que des faits surnaturels se soient passés dans un état surnaturel, et que dès lors, pour qu'ils soient vraisemblables dans ce premier état où nous ne sommes plus, ils soient invraisenïblables dans l'état naturel oix nous nous trouvons. — Considérez déjà, je vous prie, combien le fait de la longévité des hommes avant le déluge , fait qu'on ne peut révoquer en doute, ainsi que nous l'a* vous vu , est devenu invraisemblable par le changement que cette catastrophe a apporté dans notre constitution el dans celle de la nature. Combien doit-il en être à plus forte raison ainsi des faits qui se sont passés avant la déchéance originelle , cette catastrophe physique et morale qui nous a changés complètement par rapport à Dieu, par rapport à uous-mêmes, par rapport à toute la nature, et no nous a
laissé d'autre sentiment , sinon qœ nous sommes brisés, eomme un homme qui, en tombant d*un édifice éleTéi anrait perdu ooimaissance , et apprmdrait avecétonnement^ des témoins de sa chute, les circonstances les plus posîr tinres et les plus immédiates de son premier état!^
Gonchiona donc q^e si, au premier abord , le récit de Moïse sus le fiùt de la chute du genre humain^ basa du fiast de la pâiabilitation, nous parait inTraisemblablOy ce a'est pas une raison de le rejeter, parce cpie son în^raisemblance est pour ainsi dire «ne des conditions de sa yérilé, et ne dmiaue en tien le poids déjà si décisif de toutes les raisons qui nous portent à le seceyoir.
IV. De rensemble de toutes ces raisons il résulte une raison demiftre^ que nous wojons aYoir acquis le droit d*inToquer après tant d'autres : c'est que l'étonnante ^éra* cité de Moïse sur tant de points, sur des points si cachés à l'esprit humain , que ce n'est qu'apràs mai mille mia dTobservations qu'il nous a été donné de bs entroToir, et le prodigieux succès de sa mission parmi les hommes, impriment à cet homme extraordinaire les signes éehitanis de rin^>iration , et nous le font apparaître descendant vers nous de la hauteur des figes, comme autrefois du Sinai, tout rayonnant des feux de Jéhovah, et portant ea sas mcôns un livre que le doigt de la Vérité même a gravé. C'est ainsi qu'il s'est annoncé lui-même ; c'est ainsi qa^il a été reçu par toute une nation d'abord , et ensuite par toutes les nations régénérées en Celui qu'dles ayaieiit ATTENDU ; c'est ainsi enfin que , dans le siècle le plus positif et le plus sceptique, les sciences qu'on appelle exactes, et qui jamais n'ont mieux mérité ce nom, viennent de le saluer. Au point où en est venu le prodige qu'A présente ,
son inq^iraHon, loin d'être une difficulté pour la raison , est un soulagement qui la délivre de toutes les difficultés qu*elle aurait à rexpUquer sans cela; et il est plus aisé de voir en Mo'ise un homme inspiré qu'un honune ordinaire.
Mais Moïse étant un homme inspiré , tout est dit. H ne s'agit plus de rechercher s'il a dit vrai sur le fait de la déchéance de l'humanité comme sur tous les autres , ni de conclure sa véracité à ce s^iet par simple analogie. L'inspiration fait foi d'elle-même et de ses œuvres : et comme il est évident que l'objet de la mission de Moïse a été surtout de sauver et de maintenir parmi les hommes la vérité religieuse primitivement révélée , jusqu'à ce cpi'elle se redonnftt dle-mdme à tout le reste de la terre qui l'avait perdue , c'est-^plus particulièrement sur le point central de cette vérité que le raycm de spn inspiration a dû porter.
Ce point, en qui se concentre ainsi tout ce qu'il y a de véracité et d'inspiration dans l'historien saeréi est la chutb originelle de l'humanité , et la peombssb de sa future réhabilîMion en CiLin qui doit duemdre de la femme, de la race d'Abraham, de la tribu de Juda, à Vipoquieim celleei ékoiendra trUmtaire d'un poy»0ir étranger, et qui convertira à lui toultêè Ue noIîoM.
Cette FBOXESSBi disons-nous , est vâuTÉ.
Donc le Christianisme y qui seul s'en est porté l'héritiary qui seul en a rempli de point en point toutes les conditions, tellemenl que hors de lui la frcmme devient chimère , et que par lui elle re(oit une magnifique réalisation, donc le Ghrîftianisme, lui aussi, est vérité.
4V0 LIVRE 11. CUAPITAE II.
C'est ainsi , et cette remarque tronvera cent fois son application y c'est ainsi qae la vraie Religion proportûmne ses titres à ses mystères, et ses raisons de croire à son obscurité. Un grand mystère lui sert de fondement; mais ce mystère y tout grand qu'il est , est assorti d'une autorité qui serait elle-même un plus grand mystère sans l'admission du premier. Le crédit de Moïse est , si je peux ainsi dire, à la hauteur de la croyance qui nous est demandée , et c'est faute de bien comparer l'un à l'autre , et en général de balancer les lumières avec les obscurités ^ que la foi trouve la raison mal disposée à admettre son alliance. Hais cela même vient de la faiblesse de notre raison et de la mollesse naturelle de notre volonté , dont le travafl et la pureté font précisément le mérite et la vertu de la foi. a J'ai vu des hommes plus que suspects d'incrédua lité , disait le savant naturaliste Pluche , qui étaient sina gulièrement frappés et embarrassés de l'exacte corres- « pondance qui se trouve d'Age en ftge entre les difierenls a récits de la Bible et l'état contemporain de la société. Je les ai toujours trouvés inquiets et ébranlés , à pro- « portion de ce qu'ils avaient d'érudition et de draiiure a d'esprit. »
Nous pourrions borner ici nos études, et considérer comme acquise l'auguste vérité qui en est l'objet : c'en serait assez pour un système humain. Les systèmes humains les mieux conçus, en effet, ne reposent que sur un seul ordre d'idées subtilement déduites, et dont une seule mal établie peut compromettre toute la solidité. Mais le Christianisme offre mille routes pour aller à lui, et voit toutes les vérités affluer autour de ses fondements. Tout l'explique, et il explique tout. Il fatigue plus l'esprit humain par les preuves qu'il propose à son examen , que par les sa-
MOiSB. kki
ciifices qu'il demande à sa foi. Ne négligeons pas Tétade de ces preuTes, et ne redoutons pas le travail qu'elles demandent, nous qui voulons sincèrement la yérité , nous qui savons son prix, et qui trouvons dans sa découverte le repos de nos Ames et le soulagement de tous nos labeurs.
riH DU PRBmKa voluhb.