SUR
I. CARACTERE DU SUJET. — II. FONDEMENTS DE LA CERTI- TUDE MORALE. — III. ORJECTIONS PRÉLIMINAIRES. — — IV. PLAN DE l'ouvrage.
I. En me faisant part du besoin que vous aviez de vous tourner vers la Religion et en me demandant de vous la faire connaître, vous m'avez fait éprouver, mon ami, deux sentiments bien différents : une joie profonde d'entrevoir votre retour à la vérité religieuse, qui est le bien parfait, et de vous savoir bientôt, vous heureux par elle, elle honorée par vous ; puis une pénible anxiété de sentir peser sur moi la responsabilité ae sa communication , et de songer que de mon insuffisance allait peut-être résulter un échec aussi funeste que le succès eût été heureux.
Saurai-je vous transmettre cette grande vérité dans toute sa clarté et dans toute sa force , telle qu'elle est , telle que je la vois? Pourrai-je vous démontrer , comme on le dit trop ordinairement, la Religion chrétienne?... La bomie foi et la prudence m'obligent à vous confesser tout d'abord que si, par ce mot démontrer, vous vous attendez à une évidence géométrique qui saisisse sur-le-champ Tesprit.
kk INTRODUCTION.
abstraction faite de toutes les autres facultés , et qiii puisse se communiquer complètement par des arguments et des formules, non, je ne puis pas vous la démontrer \ Mais croyez-vous qu'il y ait beaucoup de vérités qui puissent subir une telle épreuve , et que les vérités géométriques elles-mêmes en fussent susceptibles , si le cœur était intéressé à les contester et à s'y soustraire ^? Quant à la vérité religieuse, si elle pouvait être démontrée de la sorte, il serait par cela même démontré pour moi qu'elle ne le serait pas. Je vous en donnerai plusieurs fois la raison, au fur et à mesure que j'aurai occasion de la présenter à votre esprit. Quant à présent , qu'il me suffise de vous dire que la vérité religieuse est ime vérité pratique ; qu'elle n'a pas seulement pour objet de satisfaire l'esprit, mais surtout et avant tout de réformer le cœur, lequel ne se rend pas si vite , et soulève bien des sophismes pour retarder sa défaite et colorer sa résistance , même chez les mieux intentionnés ; que sur un tel adversaire les arguments n'ont qu'une certaine portée , après quoi la volonté seule et Dieu peuvent faire le reste. Notre volonté , en un mot , ne peut se corriger sans l'exercice de notre volonté, ce qui n'aurait pas lieu
* « Une démonstration exacte! c'est un peu trop, Ariste. Je vous avoue « que je n'en ai point. Il me semble, au contraire, que j'ai une démonsira- « tion exacte de l'impossibilité d'une telle démonstration. Mais rassurez- « vous : je ne manque pas de preuves certaines , et capables de dissiper votre « doute. M ( Malebranche , 6'' Entretien. )
* La vérité dont Malebranche se reconnaît inhabile à donner une démonstration exacte est celle de l'existence des corps. Du reste , il dit lui-même fort bien ailleurs : « Si les hommes avaient quelque intérêt que les côtés des « triangles semblables ne fussent pas proportionnels , et que la fausse géo- « métrie fût aussi commode pour leurs inclinations perverses que la fausse «. morale , ils pourraient bien faire des paralogismes aussi absurdes en géo- <« métrie qu'en matière de morale , parce que leurs erreurs seraient agréables, « et que la vérité ne ferait que les embarrasser, que les étourdir et que les « fâcher. « ( Recherche de la Vérité, hv. iv, )
si l'évidence pouvait lui être portée sans qu'elle fît rien pour se la donner. On conçoit, dès lors, que celui qui depuis longtemps médite les vérités religieuses et les mel en pratique , a dans son âme une foule d'éléments de conviction qui en sont inséparables, et qui ne peuvent se transmettre subitement à celui qui depuis longtemps ne s'en occupe plus, et ne s'en est peut-être jamais sérieusement occupé.
Je ne pourrai donc vous donner ici qu'une portion de cette vérité dont mon âme est remplie; et cependant je crois que , pour tout esprit de bonne foi et qui désire sincèrement être éclairé, ce que je dirai sera décisif ^our l'engager à marcher par lui-même à la découverte de la vérité pleine et entière. Peu à peu la lumière se fera pour lui , son accroissement sera le résultat de la persistance de la volonté à employer tous les moyens de s'éclairer davantage , qui sont inhérents à la nature de cette recherche : lectures , réflexions , réforme morale , pratiques rehgieuses même ; si l'on ne se rebute pas , si l'on iasiste , si la volonté et la conduite suivent immédiatement , et soutiennent pas à pas le progrès de la conviction , les ombres achèveront de se dissiper, la vérité se dégagera radieuse des préjugés qui la couvraient ; on en sera pénétré , investi ; on sera tout surpris de l'avoir si tard connue , si tard aimée , et on croira n'avoir commencé à vivre que de ce jour.
Je dois vous le dire : je hais toute discussion oiseuse et purement spéculative sur la Religion , comme une profanation et une dangereuse témérité. Je me suis fait une loi de ne pas ouvrir inutilement ce que j'ose appeler ici le sanctuaire de mes convictions. Si je me détermine à vous répondre , c'est sur l'assurance que vous ne m'interrogez que dans un vrai désir d'être éclairé. Ne me lisez donc pas
avec cet esprit contentieux d'un controversiste èur lequel les meilleures raisons ne font que glisser, parce qu'il ne les reçoit que d'une manière oblique ; mais avec la confiance naïve d'un homme heureux qu'on lui prouve qu'il est dans l'erreur, et sortant pour ainsi dire de lui-même pour aller au-devant de la vérité. Si mes raisons vous paraissent bonnes, plausibles, recevez-les sans résistance; ne vous fatiguez pas l'esprit à leur chercher des défauts subtils, vous finiriez par en voir où il n'y en a pas. Agissez pour la Religion comme vous le faites pour les affaires ordinaires de la vie , où vous vous déterminez souvent par les plus fortes raisons de croire , alors même qu'elles ne vous paraissent pas rigoureusement infaillibles , laissant à l'expérience le soin de les compléter. Croyez-moi : plus tard vous trouverez plus de certitude dans la vérité religieuse que dans toute autre ; et lorsqu'elle se sera emparée de votre àme, elle y deviendra le centre de toutes vos convictions.
Élevez-vous enfin à la hauteur de ce grand sujet , et . laissez-vous absorber par le sentiment de son importance!... Ce n'est pas ici une lutte d'esprit sur un intérêt factice, ni une de ces vaines utopies que l'imagination élève et renverse impunément dans ses jeux : c'est une délibération tardive et urgente , à laquelle se trouve comme suspendu l'intérêt le plus capital de la vie humaine , et de tout cet avenir indéfini vers lequel elle se précipite... Quel intérêt saisissant en effet , pour tout homme qui se prend un instant à réfléchir, que celui qui a pour objet un bien qui ne dépend ni des hommes , ni de la fortune , ni du temps ; un bien que nous pouvons nous procurer nousmême immédiatement par un simple acte de notre volonté ; qui subsiste et se fait sentir d'autant plus dans notre âme, que tous les autres biens nous glissent et nous échappent
davantage ; qui s'accroît de nos pertes , se fortifie quand tout s'affaiblit, survit éternellement quand tout meurt; et qui, en nous donnant un moyen infaillible de satisfaire cette Justice mystérieuse et redoutable que toutes les convictions de l'humanité placent au delà du trépas , nous fait, dès ici-bas , porter, au milieu de toutes les vicissitudes de cette courte vie , le paisible sourire d'une confiance supérieure qui sait toujours où se reposer !
II. Préludons dès à présent à la recherche de ce grand bien, en nous mettant d'accord sur quelques points essentiels qui seront comme les instruments de cette recherche.
D'abord, puisque notre conviction dépendra de la satisfaction de notre raison , il faut savoir jusqu'à quel point celle-ci aura le droit d'être exigeante : c'est une balance dont il importe de vérifier le jeu avant de nous en servir. Les intérêts de la saine raison elle-même nous prescrivent cette défiance ; car, alors que sur toute autre matière elle est prête à reconnaître sa faiblesse et à en tenir compte, en matière de religion elle devient la dupe d'un préjugé qui, en lui exagérant et en mettant incessamment en cause les intérêts de sa grandeur, M fait à chaque instant répudier la vérité à force d'exigence.
Or, il me paraît que vous donnez dans ce préjugé, lorsque vous dites : a Ce n'est pas dans son cœur que l'homme « doit chercher la vérité ; carne voyons-nous pas que toutes « nos erreurs viennent de nos désirs et de nos passions, « dont la source est dans le cœur? La raison, l'inhumaine a raison , doit seule nous guider. Il faut soumettre préalaff blement toutes les impulsions du cœur à l'examen de la « raison. »
Si par raison vous entendez la faculté générale de percevoir la vérité, ratio, je suis de votre avis; mais si par
raison vous entendez la faculté du raisonnement, la logique de l'esprit, ratiocinatio ( et telle me paraît être votre pensée ) , je ne puis lui accorder avec vous cette importance.
La faculté dont vous parlez n'est qu'une des portes par lesquelles la certitude peut entrer dans notre âme; je dirai même qu'elle n'est pas la moins suspecte. Il y a des vérités qui sont de son ressort, notamment les vérités géométriques ; mais il y a un fort grand nombre d'autres vérités pour lesquelles elle est incompétente, et qui relèvent soit du sens commun, soit du sens moral.
Et, pour parler d'abord du sens moral, toutes les vérités morales relèvent de cette faculté. Le raisonnement ne peut ni les démontrer ni les réfuter, pas plus que le sentiment ne peut démontrer ni réfuter une proposition de mathématiques. Les notions de justice, de moralité, de devoir, de conformité à l'ordre , au bien, sont le résultat exclusif de l'impulsion de notre cœur. L'organe de ces vérités et le guide de leur application, c'est le sens moral, dont le siège est au cœur. Je défie le plus fameux logicien de me démontrer , par exemple , qu'à l'insu de tout l'univers, et s'il se pouvait par un seul acte de ma pensée, je ne dois pas augmenter mon bien en prenant une partie de celui d'autrui qui en a surabondamment ; que je ne dois pas profiter d'une occasion secrète de me venger et de rendre le mal pour le mal. Il en est encore ainsi des vérités de goût; et celui qui, en voyant un trait de générosité ou une belle statue , demandera , (( Qu'est-ce que cela prouve? » n'aura pas affaibli la certitude morale du bien et du beau qui en résulte.
Il en est de même du sens commun, qui est à la vérité intellectuelle ce que le sens moral est à la vérité morale. Ce ne sont pas, en effet, les vérités de morale et de goût seulement qui échappent à l'analyse du raisonnement. Il y a
tm grand nombre de vérités purement intellectuelles sur lesquelles il ne peut rien, qui sont indémontrables et irréfutables ; et ces vérités sont les premières de toutes dans l'ordre des sciences; car ce sont les axiomes, les premiers principes sur lesquels toutes les connaissances humaines sont bâties , et que le raisonnement est obligé de tenir pour vrais sur l'imique autorité du sens commim , sans quoi lui-même ne pourrait faire un pas , puisque ce n'est que là qu'il prend les majeures de tous ses syllogismes » : par exemple , les idées d'espace , de temps , de mouvement , d'infinité, d'être, de liberté morale, etc. Je sens que je ne dors pas , que j'écris réellement , que je suis libre , que tout cela n'est pas une illusion -, et cependant je ne puis le démontrer parle raisonnement. « Les principes se sentent, « dit un grand géomètre, les propositions se concluent, le « tout avec certitude , quoique par différentes voies ; et il « est aussi ridicule que la raison demande au sentiment et « à l'intelligence des preuves de ces premiers principes « pour y consentir, qu'il serait ridicule que l'intelligence a demandât à la raison un sentiment de toutes les propo- « sitions qu'elle démontre. » Le même penseur a encore fort bien dit ailleurs : « L'esprit a son ordre , qui est par « principes et démonstrations ; le cœur en a un autre. On « ne prouve pas qu'on doit être aimé, en exposant par or- (( dre les causes de l'amour : cela serait ridicule. Jésus- « Christ a bien plus suivi cet ordre du cœur, qui est celui 0 de la charité , que celui de l'esprit '. »
Le sens commun et le sens moral jouent donc un rôle prééminent dans l'organisme de notre être moral. Ils sont au raisonnement ce que la simple vue est à la vue artifi-
* On peut dire qu'il y a du sentiment à la base de tout raisonnement. ' Pascal , Pensées f f* part., 19.
cielle, et l'œil nu à un instrument d'optique. Ils font voir les choses par soi , ils les rendent é-videntes ; et celui qui voudrait appliquer à ces choses le raisonnement ressemblerait à un astronome qui ne voudrait plus voir que par sa lunette , et l'appliquerait également à tout, aux meubles de son appartement comme aux astres. De là vient que l'amour et le génie, qui ont l'œil si perçant, saisissent leurs sujets par simple vue , et en embrassent les rapports tout d'un vol. Ils voient d'intuition les dernières conséquences dans les principes mêmes , et franchissent d'un clin d'œil tout l'espace du raisonnement. Ils ne raisonnent pas, ils voient , ils devinent; ce qui justifie ce beau mot de Vauvenargues : « Les grandes pensées viennent du cœur \ » Cette faculté du raisonnement, dont nous sommes si fiers , est d'ailleurs obligée d'admettre à chaque instant des choses que non-seulement elle ne soupçonnerait pas par elle-même, mais qui encore la dépassent et la confondent. Par exemple , qu'y a-t-il de plus incompréhensible que l'éternité? qu'y a-t-il en même temps de plus certain? car ceux qui la refusent à Dieu sont obligés de l'attribuer à la matière. Que de mystères dans notre organisation physique! que de mystères dans notre organisation morale! que de mystères dans leur association ! que de mystères hors de nous et dans la nature! Faut-il dire qu'à travers tous ces mystères la raison , Vinhumaine raison , doit seule nous guider , et qu'il faut n'admettre que ce qu'elle comprend ? Mais alors ce serait répudier presque tous les
* Mente cor dis ^ disent les Livres saints dans leur langage profondément philosophique , si peu compris lui-même par le raisonnement. On peut dire que tout sentiment est un raisonnement implicite , et tout raisonnement un sentiment explicite. Qu'en conclure? c'est que le sentiment précède toujours le raisonnement , et qu'il le contient comme dans son germe. C'est ce juger ment interne dont va nous parler Jean-Jacques dans un instant.
trésors de notre intelligence ; car nos certitudes débordent de toute part nos compréhensions.
S'il en est ainsi de la raison appliquée aux connaissances naturelles , que doit-ce être de Tusage que nous pouvons en faire par rapport à la Religion ; la Religion qui repose d'un côté sur le premier de tous les principes et de tous les axiomes, Dieu, et aboutit de l'autre à la perfection la plus délicate de la morale , relevant ainsi par ces deux termes du sens commun et du sens moral , dont la juridiction , comme nous venons de le voir, est beaucoup plus étendue que celle de la raison?
Aussi Portails, dans son excellent ouvrage De V Usage et ae l'Abus de V esprit philosophique , dit-il : « La Religion « vraie doit être ce qu'il y a de mieux pour porter au bien, ff Qu'est-ce donc que le mieux? Il est rare que l'on puisse « répondre d'une manière satisfaisante à cette question, a dans les choses dont on ne juge que par l'esprit ; mais « le mieux est presque toujours sensible dans celles dont c( on juge essentiellement par le cœur. L'esprit hésite , « cherche, raisonne 3 c'est la partie la plus contentieuse de c( nous-même : le cœur sent ; ses opérations sont plus « simples et moins compliquées; l'évidence, la certitude, « en sont le résultat rapide et immédiat. Dans les choses « qui appartiennent à l'esprit, je rencontre sans cesse des a limites ; la perfection et l'infini sont le vaste domaine du a cœur. Ainsi , dans les sciences , qui sont du ressort de et l'esprit , je ne connais point de vérité sans nuage ; dans « la morale , qui a son siège dans le cœur, j'ai l'intuition « et le sentiment d'une vertu sans tache. Or, c'est surtout a par le cœur que l'on juge de la bonté et de l'excellence « des doctrines religieuses'. »
» Tome II, p. 196,
— « Toutes nos erreurs, dites-vous, viennent de nos a désirs et de nos passions, dont la source est dans le «r cœur. » — D'accord ; mais songez donc que c'est pour cela même que la Religion doit se révéler au cœur : car elle est le remède de nos erreurs et de nos passions , et c'est à la source du mal que le remède doit être appliqué. L'esprit aura beau démontrer au cœur les dangers et les folies de sa passion, il ne l'en guérira pas tant qu'il ne lui présentera pas un autre aliment qui l'en détourne , parce qu'il ne peut pas lui interdire d'aimer, c'est-à-dire de battre. La Religion qui s'adresse au cœur en même temps qu'à l'intelligence est la Religion par excellence, parce qu'elle établit entre le souverain bien et le cœiu* de l'homme ce rapport intime qui lui fait comprendre tout de suite à sa manière ;. c'est-à-dire sentir la vanité de tous les faux biens , par une comparaison d'expérience dont lui seul peut être juge souverain , et dont l'intelligence elle-même a besoin pour se prononcer.
J'insiste un peu sur ce premier point , parce que j'ai remarqué que depuis longtemps vous vivez sur le préjugé que j'attaque, et qu'il est le premier à la porte de votre âme pour lui interdire l'accès de la vérité. On dirait qu'il craint votre cœur, et qu'il veut l'empêcher de correspondre avec votre esprit, comme ces légataires cupides qui font la garde autour du lit d'un malade , et qui empêchent un bon parent de pénétrer.
Ce préjugé, du reste, nous vient delà philosophie du dixhuitième siècle. Aujourd'hui il a généralement disparu. Mais , en remontant , nous le trouvons de plus en plus inhérent à toutes les créations de cette philosophie , ou plutôt à toutes ses destructions. C'était, en effet, le moyen le plus sûr de tout détruire, que de demander raison de tout.
C'était aussi le moyen le moins philosophique, dans la bonne acception de ce mot : car qu'ost-ce qu'une philosophie qui commence par faire abstraction de toutes nos facultés , et par mutiler notre âme , pour ne lui laisser qu'un seul organe , le raisonnement? Toute bonne philosophie ne doitelle pas être d'accord avec la nature , l'améliorer par ellemême? Et n'est-il pas dans la vérité de notre nature que toutes nos facultés se correspondent , se soutiennent , se contrôlent mutuellement , se confondent enfin dans la simplicité de notre âme? Ne sont-elles pas toutes également faillibles et perfectibles? et le plus sûr moyen de les égarer complètement n'est-il pas de les désunir? Une telle philosophie dut être corruptrice , et elle le fut.
Un de ses coryphées , de la lecture duquel vous me paraissez imbu, et qui, en cédant au mouvement de l'esprit de son époque, avait parfois de terribles retours contre elle, J.-J. Rousseau, élevait souvent sa forte voix contre ce préjugé. Je trouve, notamment dans une lettre qu'il écrivait à un jeune incrédule, cette page, dontl'opportimité me fera pardonner la citation :
« Tout ceci, monsieur, ne vous paraît guère philosoa phique, ni à moi non plus ; mais, toujours do bonne foi « avec moi-môme, je sens se joindre à mes raisoimements, « quoique simples , le poids de l'assentiment intérieur. « Vomvoulez qu'on s'en défie : je ne saurais penser comme a vous sur ce point, et je trouve au contraire , dans ce ju- « gement interne , ime sauvegarde naturelle contre les so- (( phismes de ma raison. Je crains même qu'en cette occac( sion vous ne confondiez les penchants secrets de notre « cœur, qui nous égarent, avec ce dictamcn plus secret, « plus interne encore , qui réclame et murmure contre ces a décisions intéressées, et nous ramène, en dépit de nous,
« sur la route de la vérité. Ce sentiment intérieur est celui « de la nature elle-même : c'est un appel de sa part contre a les sophismes de la raison... Et, après tout, combien de « fois la philosophie elle-même , avec toute sa fierté , n'est- « elle pas forcée de recourir à ce jugement interne qu'elle a affecte de mépriser? N'était-ce pas lui seul qui faisait « marcher Diogène , pour toute réponse , devant Zenon qui « niait le mouvement? N'allons pas si loin : tandis que a toute la philosophie moderne rejette les esprits , tout d'un « coup Berkeley s'élève , et soutient qu'il n'y a point de a corps. Otez le sentiment intérieur, et je défie tous les « philosophes modernes ensemble de répondre à ce terrible « logicien... Eh! qui ne sait que, sans le sentiment inté- « rieur, il ne resterait bientôt plus de traces de vérité sur a la terre ; que nous serions tous le jouet des opinions les « plus monstrueuses , à mesure que ceux qui les soutien- « draient auraient plus de génie , d'adresse et d'esprit ; et « qu'enfin , réduits à rougir de notre raison même , nous « ne saurions bientôt plus que croire ni que penser? — (( Mais les objections. . . Sans doute il y en a d'insolubles pour c( nous ; mais, encore un coup , donnez-moi un système où « il n'y en ait pas, ou dites-moi comment je dois me déc( terminer... Bon jeune homme, qui me paraissez, si bien « né , de la bonne foi , je vous en conjure ' ! »
Je vous laisse , mon ami , sous l'impression de cette parole qui vous est connue. J'ajoute seulement que , si je me suis tant attaché à revendiquer la part du sentiment contre la raison, ce n'est pas pour en abuser et me jeter dans un excès opposé. Gardons-nous de l'esprit de système ! il est peu fait pour l'homme. Je ne recourrai au sentiment que pour les choses qui sont véritablement de son ressort , et
» Lettre à M..., édit. in-18 de 1793 , t. XXXIIÏ , p. 261.
votre raison n'aura pas à se plaindre de ce partage ; car , loiïi d'y trouver un ennemi , elle se donnera un allié.
III. Un défaut ordinaire à ceux qui discutent sur les matières religieuses, c'est de commencer par des objections, et des objections presque toujours tirées de Tincompréhensibililé des mystères. Cela est commode, mais n'est pas conforme aux règles ordinaires d'une franche dialectique. Dans la recherche de la vérité d'une chose , on commence toujours par l'examen des raisons de croire qu'elle existe, après quoi on en vient aux objections ; car si les raisons de croire sont tellement abondantes qu'elles comblent la conviction, qu'importent quelques objections? Il est, en effet, de principe que, toutes les fois qu'une proposition est prouvée par le genre de preuves qui lui appartient , l'objection, quelle qu'elle soit, même insoluble, ne doit pas arrêter, à moins que la contradiction ne soit dans les termes. De plus, les objections rentrent ordinairement dans la nature môme de la chose qu'on examine ; pour bien les apprécier dès lors , il faut préalablement connaître cette chose par les raisons de son existence , et il arrive alors fort souvent que les objections se résolvent et disparaissent dans l'exposition.
Telle est donc la règle que nous devrions suivre invariablement. Je veux bien m'en relâcher toutefois en faveur d'une ou deux objections qui paraissent vous préoccuper beaucoup , et qu'on peut , en effet , considérer comme préjudicielles.
— « Pourquoi tout cet appareil de discussion ? dites- « vous. Comment une vérité appelée à régénérer le monde , ce une vérité sur laquelle nous devons être jugés si rigou- « reusement , que notre bonhem* ou notre mallieur éternel a en dépend , n'est-elle pas évidente par elle-même aux
« yeux de tous , comme le soleil? Comment a-t-ellc besoin « de preuves , et peut-elle comporter un seul incrédule? »
J'ai déjà touché cette objection dès le seuil de cette introduction; le moment est venu d'y répondre d'une manière plus directe. Je crois pouvoir le faire en peu de mots.
Trois raisons vont y suffire ; veuillez les suivre avec attention.
L'évidence immédiate et intrinsèque que vous demandez ( car il y a une évidence médiate et extrinsèque de la Religion, qui résulte de l'ensemble de ses preuves et qui suffit pour justifier son autorité) est impossible; elle implique contradiction. La Religion étant un rapport de l'homme à Dieu, il doit y avoir nécessairement un des termes de ce rapport inaccessible , au moins en partie , à la raison humaine. L'homme déjà n'est pas évident à luimême; tout ce qui l'environne naturellement est, aussi bien que lui , couvert des voiles du mystère. V évidence , ce mot si familier à nos lèvres, est, comme celui de 6on/iewr, beaucoup plus dans le désir et l'espérance que dans la réalité. Où est-elle ici-bas, je vous le demande? Je vous dirai bien plutôt où elle n'est pas. Étrange illusion de l'habitude et de l'ignorance ! à force de vivre dans le mystère , nous ne le voyons pas \ Nous y sommes plongés, nous le res-
* u La plupart des hommes s'imaginent assez bien connaître la cause des effets naturels qui sont ordinaires; et lorsqu'on leur en demande la raison , ils croient qu'on doit ôtre content , quoiqu'ils ne disent que ce qu'on sait déjà bien. D'où vient que d'un œuf ils en font un poulet? C'est la chaleur de la poule qui le couve : cela est clair ; rien n'est plus commun ; il en faut demeurer là. D'où vient qu'un grain de blé germe et perce la terre , pour y répandre ses racines et en faire sortir son épi? C'est la pluie qui fait tout cela : il n'en faut pas davantage. Ou si vous n'êtes pas content de ces réponses, ceux qui passent pour philosophes vous diront que r humidité et la chaleur, termes fort clairs , sont les principes féconds de la génération et de la corruption de toutes choses, etc., etc. On a ouï dire ces belles choses ou de
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pirons , nous le touchons , nous le remuons à chaque instant ; mais , glissant machmalement à la surface des choses, hébétés en quelque sorte par l'accoutumance, nous ne voyons pas de quels abîmes nous sommes le centre , et il faut être savant pour savoir qu'on ne sait rien ! Si les choses de ce monde étaient à l'inverse de ce qu'elles sont, elles nous paraîtraient tout aussi naturelles et évidentes ; et ce qu'elles sont , dans l'état actuel , nous paraîtrait le comble de l'obscurité et du mystère. D'où vient que les choses de la Ueligion nous paraissent plus mystérieuses que celles de la nature? c'est que nous n'y sommes pas habitués. En elles-mêmes , elles ne le sont pas davantage -, je dirai plus , elles expliquent bien des mystères de notre nature , et en rejettent les voiles où ils doivent se trouver plus justement , en Dieu. Après cela , comment notre raison, ne se connaissant pas déjà ell^même , ni rien de ce qui l'environne, peut-elle commencerpar vouloir l'évidence en Dieu? Comment, lorsque le plan de la création matérielle lui échappe de toute part , peut-elle vouloir embrasser le plan des desseins éternels de Dieu dans l'ordre spirituel? Demander pourquoi la Religion n'est pas évidente comme le jour, c'est demander pourquoi Dieu lui-même n'est pas plus compréhensible à l'homme dans ses attributs et ses desseins que la nature ne l'est dans ses opérations et ses secrets , que l'homme ne l'est à lui-même dans sa propre organisation , et jusque dans cette raison folle qui aspire à
semblables, étant enfant, à des hommes graves qu'on appelait ses maîtres, n fallait alors , pour être docile , croire sans examen , bien retenir et bien redire. On a donc cru et répété tant de fois ces fadaises , qu'on ne peut s'empêcher de les croire et de les apprendre aux autres. Doutera-t-on? examinerat-on? Et où en serions-nous réduits? Il n'est plus temps. On nous consulte : c'est donc à nous à répondre et à juger. » ( Malebranche , Traité de morale^ 1. 1 , cnap. \'i. )
l'évidence en Dieu. Mais avons-nous besoin de l'évidence pour le reconnaître et aller à lui dans sa Religion? eh! non , certes , puisque toute notre conduite dans celte vie se meut sans l'évidence , et que cependant nous ne croyons pas nous égarer. Faisons dans la Religion ce que nous faisons dans la nature. Dans la nature , nous croyons déjà voir Dieu ; et quel est l'homme raisonnable qui ne l'y verrait pas? et cependant il y est caché , tous ne l'y voient pas. Hésitons-nous pour cela à le reconnaître ? et la rencontre d'un athée élève-t-elle un argument assez fort pour nous empêcher d'entendre l'hymne de l'univers ? Eh bien! pourquoi en serait-il autrement dans la Religion? et pourquoi la rencontre de quelques incrédules décidés ( et il y en a très-peu) nous excuserait-elle de ne vouloir rien voir et rien entendre par nous-mêmes, alors qu'il nous suffirait peut-être d'ouvrir les yeux pour être convaincus ou du moins ébranlés ? Dieu aurait pu nous donner une raison plus large , et par là nous rendre plus aptes à le comprendre ; je vous l'accorde : mais l'eût-il fait , la borne de l'évidence ne serait que reculée ; il resterait toujours quelque chose : que dis-je, quelque chose? l'infini en obscurité dans sa nature et ses desseins par rapport à nous , et dès lors une place à l'incrédulité, si l'incrédulité ne doit' se rendre qu'à l'évidence. Il ne peut pas dépendre de Dieu lui-même qu'il en soit autrement , parce qu'il est contradictoire que le fini puisse embrasser l'infini. Si l'esprit de l'homme pouvait comprendre la nature de Dieu , l'homme intelligent serait égal à Dieu : car deux intelligences qui peuvent se comprendre mutuellement et également sont égales. Il serait donc contre la raison que la Religion ne fût pas en partie au-dessus de la raison. Je dis en partie ' ;
' Ex parte, per spéculum in aenigraate. ( I Cor., 13 , 12. )
car si nous n'avons pas droit à l'évidence , nous avons droit à une clarté déterminante pour la raison. Si la Religion était entièrement hors de la portée de notre raison , elle ne serait pas faite pour des êtres raisonnables comme nous ; elle serait dès lors fausse. St, d'un autre côté, elle était entièrement saisissable par notre raison , elle serait en dehors de Dieu ; elle serait fausse encore. Il faut donc qu'elle s'adapte d'un côté à l'intelligence humaine , et qu'elle se perde de l'autre dans les profondeurs de l'mtelligence divine; qu'elle soit, par conséquent, en partie lumineuse et en partie obscure , et que la proportion de sa lumière et de son obscurité soit dans le rapport de notre rapprochement avec la Divinité par la perfection de notre natm'e. C'est ce qui a lieu dans la Religion chrétienne , et qui n'a lieu que dans cette Religion.
La seconde raison qui s'oppose à l'évidence absolue dans la Religion est celle-ci : La Religion est essentiellement un tribut d'hommage , de soumission de l'homme , envers la Divinité. Par cet hommage, l'homme doit offrir à Dieu ce qu'il a de plus distinctif dans sa nature , ce qui fait qu'il est homme , et non pas brute , plante ou minéral : je veux dire son intelligence, sa volonté, sa liberté. Or, si cet hommage était forcé par l'évidence , ce ne serait plus celui d'un être intelligent et libre ; c'est-à-dire qu'il n'y aurait plus hommage , mais la passivité de la nature matérielle. Si la vérité religieuse , l'ensemble de toutes les perfections , Dieu, se rendait de prime abord visible et éclatant comme le soleil , nous ne pourrions pas résister à son entraînement; notre raison, notre volonté, notre liberté , y seraient soudainement précipitées , anéanties ; il n'y aurait plus ni mérite ni démérite , et nos rapports avec Dieu seraient moins nobles que nos rapports avec le dernier de nos
semblables ^ Il faut même dire que toute notre situation ici-bas serait bouleversée , que toutes nos relations naturelles seraient rompues , et que nous serions plongés dans une extase continuelle, sans résistance possible, sans liberté , sans réflexion ni retour, c'est-à-dire sans vie , et que Dieu, la source de notre être , en deviendrait le néant. Une Religion qui serait aussi peu conforme à la nature humaine , et qui respecterait aussi peu ses droits , ne serait pas celle de l'Auteur de cette même nature qui les lui a octroyés c La Religion , au contraire, qui opère par les facultés naturelles et imprescriptibles de l'homme , la raison, la volonté , qui laisse un jeu à la liberté humaine , qui fait servir l'intelligence au culte de l'intelligence , la volonté au culte de l'amour, est une Religion qui en cela même porte un cachet éminent de vérité. Pour cela , il ne faut pas qu'il y ait évidence irrésistible ni obscurité impénétrable : il faut qu'il y ait lieu à recherche , sujet de mérite , et possibilité de l'un et de l'autre. Alors l'activité humaine s'exerce, l'hommage commence, le tribut se paye, la réciprocité s'établit entre l'homme et Dieu , et l'homme se possède en possédant Dieu , ce qui est indispensable pour posséder Dieu lui-même.
La troisième raison enfin qui découle de la seconde, mais qui mérite cependant un développement particulier, c'est que la Religion ne doit pas être seulement un hommage libre et intelligent de l'homme à Dieu, mais encore un moyen pour l'homme de se perfectionner et de se mo-
* Aussi, la possession de Dieu dans le ciel , pour les Saints et même pour les Anges , a-t-elle été conquise par l'épreuve ; et cette possession ellemême n'est-elle pas tellement complète qu'elle ne connaisse pas d'accroissement? Tant s'en faut ! car c'est dans son accroissement éternel que consistera le bonheur du ciel : Ibuni de claritafe in claritatem.
raliser par l'exercice de cet hommage. L'homme est, de sa nature , essentiellement perfectible et méritant par toutes ses facultés. L'objet de la Religion est de développer cette nature , et de la porter à la pratique de toutes les vertus. Pour cela, il faut nécessairement que la volonté humaine soit exercée , mise en lutte ; il lui faut , non une possession immédiate du souverain bien , qui l'absorberait sans lui permettre de se développer, mais une carrière au bout de laquelle il lui apparaisse comme voilé par la poussière du combat, et où elle ait l'espérance de le conquérir -, or, qui dit espérance dit foi \ Point de moralité sans liberté , point de liberté là où l'évidence du bien ne permet pas d'hésitation dans sa recherche. Voir toute la nature du bien, c'est voir tout l'intérêt du bien; attacher sa vue à l'intérêt du bien, c'est bannir la vertu et lui substituer l'égoïsme ; de là ce beau mot de la sainte Écriture : Le juste vit de la foi. « La vertu doit être aimée par raison , • dit excellemment Malebranche , et non par instinct. Dieu cî veut qu'on le serve par la foi , content de ses promesses, « ferme sur sa parole , malgré les difficultés et les sèche- « resses. Le plaisir est la récompense du mérite ; il n'en a est pas le principe '. » Le principe du mérite en toutes choses, même en dehors de laReUgion, c'est la foi. Espérer contre l'espérance , embrasser le bien sous la figure du Bacrifice, et ne reconnaître avec évidence sa délectation que lorsqu'on a bu le calice jusqu'à la lie , voilà la vertu. Remarquez-le , en effet : l'objection que vous faites à la Religion , vous pouvez la faire avec tout autant de force à la conscience , dont vous ne révoquez cependant pas en
* La foi est la substance de l'espérance , dit admirablement saint Paiil : Fides suhstantia rerum sperandarum.
' Médit, chrét., 14, 18.
doute la loi. Les principes et les charmes de la vertu ne sont pas toujours révélés par la conscience avec une évidence irrésistible. Combien d'hommes chez lesquels ils sont obscurcis par les vapeurs du tempérament, parles préjugés de l'éducation, par les séductions ou les dégoûts de la condition sociale? et chez tous les hommes, enfin, ne le sont-ils pas toujours plus ou moins par les passions? Et il le faut bien; sans cela la vertu ne serait pas vertu. Cependant en est-elle moins obligatoire, moins vengée tôt ou tard ? c( Rien n'est plus aimable que la vertu, dit Jean-Jac- « ques; mais il en faut jouir pour la trouver telle. Quand a on la veut embrasser, semblable au Protée de la Fable, a elle prend d'abord mille formes effrayantes, et ne se « montre enfin sous la sienne qu'à ceux qui n'ont pas lâché « prise ^ » Cette belle réflexion s'applique mot pour mot à la foi y qui est la vertu de l'esprit ; à la piété , qui est la vertu du cœur dans sa source , et qui, nous appelant à un plus grand développement comme à une plus grande félicité, doivent nous appeler en même temps à une plus haute lutte ^
Ainsi ^ pour nous résumer sur cette importante objec-
^ Emile.
' Regnum Dei vim patitur, et violenti rapiunt illud. Matth. xi, 12. M. de Bonald a dit aussi : — « Ceux qui voudraient que la Religion chré- « tienne , destinée à sauver tous les hommes comme à perfectionner toutes « les sociétés , eût frappé l'univers et frappât chaque homme d'un éclat irré- K sistible, oublient que si l'homme avait une certitude physique et par les « sens de l'existence de Dieu , de l'immortalité de l'âme , des peines ou des « récompenses de l'autre vie , il n'y aurait plus de combats, plus de vertus, « parce qu'il n'y aurait plus de choix. A la hauteur des dogmes qui confon- « dent l'esprit , à l'austérité de la morale qui gêne le cœur, à la sévérité « des préceptes qui mortifient les sens , je reconnais la divinité du fondait teur de la Religion chrétienne , qui donne pour loi , aux êtres sociaux , les « rapports nécessaires dérivés de leur nature. » ( Théor. du pouvoir, t. II, p. 427. )
INTROPUCïION. 63
tion , demander pourquoi la Religion n'est pas évidente , c'est demander pourquoi Dieu n'est pas complètement compréhensible ? pourquoi l'homme est intelligent et libre? pourquoi il est perfectible et méritant , et pourquoi il doit faire usage de ses facultés dans ses rapports avec celui qui les lui a données , et les améliorer par cet usage ? Chose étrange ! c'est le chrétien qui défend ainsi les intérêts de la raison et de la liberté , qu'il veut faire participer au divin commerce de l'homme avec son Auteur, contre l'incrédule qui voudrait que cette raison et cette liberté fussent atterrées par l'évidence , comme une victime qu'un coup imprévu fait tomber au pied d'un autel. Sans doute la Religion demande la sujétion de notre raison , mais par notre raison même. Elle convie notre raison à reconnaître par ellemême qu'elle doit se soumettre ou plutôt s'échanger contra la raison souveraine de Dieu ; et l'incrédule voudrait le sacrifice de la raison sans que celle-ci y eût aucime part , par éblouissement , irrésistible contrainte, fatalité, — comme un corps brut qui tombe au centre de la terre , et non pas comme un astre qui gravite autour de son soleil. — Lequel de ces deux systèmes fait le plus d'honneur à l'homme , est le plus en rapport avec sa nature, et dès lors avec la vérité?
— « Soit , dites-vous ; mais c'est un honneur qui coûte a bien cher à l'homme , puisqu'il l'oblige à se jeter dans « une étude approfondie de la Religion, sous peine de dam- « nation éternelle. Et combien d'hommes n'ont ni la capa- « cité ni le loisir que demande un tel travail ! combien de a peuples sur lesquels le soleil de l'Évangile n'a pas lui! que « d'hommes perdus! car Ws deVÉglise point de salut. Ma « conscience et ma raison se révoltent contre cette injus- « tice, et c'est outrager la Divinité que de la lui imputer. »
Bon jeune homme , qui me paraissez si bien né , de la
64 IMKODUCTION.
bonnes foi, je vous en conjure! Il y a dans ce mouvement d'indignation quelque chose de vrai, mais qui dégénère en sophisme par la confusion et l'exagération des choses. Cette vive sollicitude pour les peuples qui n'ont jamais entendu parler du Christianisme, n'est-elle pas une illusion de notre résistance secrète à la vérité, qui nous fait opposer à la lumière qui nous éblouit des nuages lointains qui la dérobent aux autres? A la place de la Religion mettons la philosophie , la morale , considérées comme filles de la civilisation : nous vient-il jamais à la pensée d'en révoquer en doute la vérité, l'obligation pour nous, parce que les Hottentots, je suppose, en sont privés? Ne sommes-nous pas satisfaits de trouver dans la maxime Hors de l'Église, etc., un reproche tout fait, et comme un bouclier à opposer à la vérité? Ne nous complaisons-nous pas à outrer sa rigueur? et, devançant cette fois la sévérité de la Religion, plus jaloux de l'orthodoxie del'Église que l'Église elle-même, nelafaisonsnous pas conclure trop précipitamment contre les idolâtres , pour échapper aux décisions qu'elle porte contre nous?...
Je pose ces questions à votre bonne foi, et je la laisse démêler tous ces petits sophismes de votre cœur, en attendant que je réponde moi-même directement, et j'ose dire d'une manière satisfaisante, à ce côté de votre objection qui regarde les peuples plongés dans irne ignorance invincible de la loi évangélique. Laissons-les pour le moment, et parlons de nous.
Quant à nous donc qui sommes inondés de la lumière évangélique, je repousse dès à présent l'objection, comme la plus futile de toutes celles qui peuvent être faites , et je soutiens que, si la vérité chrétienne ne nous convainc pas, c'est notre faute ; en effet :
Nous avons été tous élevés dans cette Religion , nous
avons tous possédé la foi dans notre jelme âge : comment quelques-ims , presque tous , l'ont-ils perdue ? En se laissant aller plus ou moins à des écarts de conduite blâmables aux yeux, de la simple raison ; en puisant dans ces écarts des raisons intéressées de ne pas croire ime Religion qui les gênait ; en cherchant l'erreur plus accommodante d'une philosophie qui met toutes les vertus en imagination et tous les vices en pratique ; en cessant de raisonner, en un mot, pour suivre les inspirations fallacieuses des passions. N'estil pas vrai? Trouvez-moi beaucoup d'hommes qui, conservant toute l'intégrité de leurs mœurs, n'aient pas conservé toute l'intégrité de leur foi! J'en conclus que l'obscurcissement de la vérité religieuse en nous est notre fait ; que par eUe-même cette vérité aurait continué à briller à nos yeux; que même elle se serait accrue de tous les développements de notre intelligence, si nous ne l'avions pas laissée s'éteindre, ou même si nous ne l'avions pas répudiée. Il est vrai, et c'est une justice de le reconnaître, que nous avons traversé des jours mauvais, où toutes les traditions religieuses ont été rompues, toutes les convictions dispersées, et où le soleil de la foi a été couvert des vapeurs d'une impiété systématique. Notre génération a grandi, a marché comme à tâtons dans la nuit de l'ignorance et du projugé , et sans doute la souveraine Justice trouvera , dans la satisfaction qu'elle s'est donnée par nos malheurs publics, de quoi faire une part d'indulgence à chacun de nous ; mais chacun de nous n'en a pas moins une part de responsabilité dans la cause particulière que j'ai assignée à la perte de sa foi, je veux dire les dérèglements de sa volonté. Sans doute, chez plusieiu'S, ces dérèglement:: ont cessé, et Tmcrédulité a continué d'occuper leur esprit; mais quoi d'étonnant à cela? L'esprit prend à la longue et finit par garder le pU du cœiu';
Pâme , après avoir été appauvrie et obscurcie par les passions, conserve en soi le vide et la nuit qu'elles y ont.faits , les préjugés et les erreurs dont elle a été obligée de les nourrir. Joignez à cela que le respect humain d'une part, la paresse morale de l'autre, sont toujours au seuil de notre âme, pour empêcher le retour d'une foi qu'on ne pourrait embrasser sans se singulariser toujours un peu, et surtout sans embrasser avec elle les assujettissements au prix desquels elle met sa conservation et les nouvelles vertus qui lui servent de cortège. Convenons-en : si la vérité, sublime de la Religion n'entraînait que l'acquiescement de notre esprit, si ce n'était qu'un système philosophique ou scientifique proposé seulement à notre raison , — sans aucun appel à notre cœur, — dans quelles admirations nous serions devant elle, et comme les incrédules seraient traités de pauvres gens ! Mais il n'en est pas ainsi : la connaissance de la Religion est tellement liée à la moralité humaine , que l'affaiblissement de celle-ci entraîne l'affaiblissement de cellelà , et réciproquement ; et cette harmonie parfaite entre la doctrine et la morale est xme preuve éclatante de la vérité de cette Religion sainte. Ce n'est pas son obscurité, c'est sa sainteté qui fait notre incrédulité.
Et maintenant, bien que cette incrédulité vienne de notre fait , et qu'en cela nous n'ayons pas raisonnablement le droit de nous plahidre , faut-il de longues études pour la dissiper et pour refaire connaissance avec la Religion ? L'expérience nous dit que non. La lumière est au milieu de nous; elle se ravive même depuis quelque temps, et jette de toute part des rayons étincelants : il ne s'agit que de nous placer dans les conditions nécessaires pour la bien voir. Une des premières conditions pour chacun, et qui résulte de ce que nous venons de dire, c'est de mettre de l'ordre dans ses
mœurs, raisonnablement parlant. Pour avoir, en effet, le regard de Tesprit libre, il faut commencer par le dégager des préoccupations intéressées du cœur, en replaçant celuici dans une situation de moralité naturelle. La vérité religieuse étant du reste une vérité pratique, il est exact que sa lumière n'augmente que lorsqu'on la suit'. Cette première disposition une fois prise, tout sera fait pour plusieurs, et la foi fera irruption dans leur âme. Chez le plus grand nombre d'hommes , en effet , chez tous ceux en qui les préjugés d'une fausse science n'auront pas tout à fait tué le bon sens, ce bon sens dira qu'une Religion qui améliore si éminemment le cœur de l'homme est digne des hommages de son esprit ; et ce simple argument en vaut bien un autre : c'était celui de Montaigne, qui disait fort bien : « La marct que especiale denostre vérité, c'est nostre vertu. » Voilà ce qui entraîne les masses, toujours électrisées par le contact de la vertu ; voilà ce qui a converti le monde , et ce qui laisse sans excuse ceux qui s'obstinent à rester en dehors de la Religion : c'est la sainteté de sa morale, c'est le spectacle de la vertu de ses vrais disciples , — le spectacle d'une simple fille de saint Vincent de Paul. — Les cieux s'abaissent pour la contempler, et la terre qui la porte et où elle i passe n'en sait pas le prix!... Ensuite combien d'autres traits saillants de vérité frappent ouvertement les yeux et sollicitent notre foi! La perpétuité de la Religion, dix-huit siècles! alors que les institutions humaines, les lois, les mœurs, les doctriaes, les empires, les sociétés, roulent dans des changements continuels*! Son indestructibilité , qui
* « Celui (\mfait la Yérité arrive à la lumière : Qui facit veritatem ve- « nit ad liicem » ( Joan.j cap. m, v. 16). Mot profond, qui n'a pu sortir que (le la bouche de la Vérité même !
' Je ne parle ici que de la portion la plus saillante de sa durée; car un
est telle, que tous les coups qu'on lui porte la font grandir! Son invariable unité, qui n'a pas souffert que , depuis sa première émission, un seul iota ait été ajouté ou retranché à sa doctrine, malgré la faiblesse naturelle de ses dépositaires ! Son universalité , qui la fait se maintenir d'abord comme la reine des premières nations du monde, et ensuite comme la sentinelle la plus avancée de la civilisation chez les nations les plus lointaines et les plus sauvages ! Son aptitude à toutes les intelligences , qui fait que , tandis que le plus petit enfant la sait par cœur et l'explique , les plus grands génies s'épuisent à la contempler! Et ses secours infinis comme nos besoins, et ses bienfaits aussi nombreux et aussi diversifiés que nos misères ! Que de traits resplendissants d'évidence , sans qu'on ait besoin d'effort ni d'étude pour les découvrir, et qui demandent plutôt un effort pour ne pas être vus !
Je sais que quelques-uns ne les voient pas ou ne s'en contentent pas, et que, pour eux, il faut une étude plus approfondie. Mais quels sont ceux-là? ce sont ceux qui peuvent le plus facilement et qui doivent le plus justement se livrer à cette étude ; car ils ne sont parvenus à cette exigence et à cette prévention philosophique contre la Religion que par l'étude hostile et mal inspirée qu'ils en ont faite ; et alors n'est-il pas logique, n'est-il pas juste qu'ils soient punis par où ils ont failli , et que , s'ils ont employé l'étude à émousser leur jugement et à fausser leurs idées sur la Religion , ils soient condamnés à chercher dans une étude plus approfondie , plus consciencieuse , le redressement de leurs préjugés? C'est moins la Religion qu'ils ont
peu d'examen suffît pour découvrir qu'elle remonte à l'origine même du monde , et que
£Ile naquit le jour où naquirent les jours.
INTKODUCriON. 69
besoin d'étudier, que l'irréligion qu'ils ont à désapprendre. Et, pour cela même, quels vastes trésors d'instruction sont ouverts de toute part devant eux ! que de paroles éloquentes dans les chaires ! que d'ouvrages , que de traités sortis des mêmes plumes qui nous ont tracé toutes les sciences , et qui prennent toutes les formes pour éclairer, pour toucher, pour charmer l'esprit et le cœur ! La difficulté de connaître la Religion pour les chrétiens , en vérité je ne la conçois pas ; ce qui me frappe , au contraire , c'est que la mesure d'instruction facile qui se trouve à la portée d'un seul chrétien aurait suffi pour convertir tous les peuples idolâtres, et pour convaincre tous les philosophes de l'antiquité.
Ainsi, à nous tous on peut dire : c< Hors de la foi point de salut , dût-il nous en coûter quelques efforts d'esprit pour y rentrer. » Cela est fort raisonnable et juste ^ parce que si la Religion est à la fois im hommage de notre volonté intelligente à Dieu , et un moyen d'améliorer cette volonté par cet hommage , il est moralement logique que cette volonté expie proportionnellement le tort de sa révolte par le travail de son retour.
IV. Mais nous avons assez discouru sous le portique ^D est temps de pénétrer dans le temple.
Vous me dites que le dogme de l'immortalité de l'âmo est très-problématique à vos yeux. Cela ne m'étonne pas : peut-être même le doute a-t-il été plus avant dans votre âme. Notre raison, en effet, est si incertaine par elle-même, que , lorsqu'elle sort de la foi , elle ne peut plus trouver de port sur le vaste océan du doute. La vérité religieuse , même dans ce qu'elle a de plus familier à l'esprit humain, ne lui apparaît alors que comme ce mirage mouvant et perfide qui simulait à Ulysse , errant sur les flots , les douces rives de la patrie. Un ébranlement général se fait sentir
dans toutes nos convictions : elles dégénèrent en simples opinions, puis en conjectures; et, dans cet état, elles se refont et se défont sans cesse dans notre esprit sans pouvoir s'y fixer, le faisant perpétuellement passer par tous les degrés de l'affirmation et de la négation, depuis l'existence d'un Dieu jusqu'aux plus humbles vérités révélées, sans qu'il puisse s'arrêter à un seul, soit pour l'admettre, soit pour le rejeter. Notre entendement ne peut tenir la vérité , et il aspire incessamment à la recevoir : la foi seule peut lui donner un fond.
Il semble donc que le meilleur moyen pour nous assurer de toutes les vérités religieuses serait de remonter droit à la Religion chrétienne qui en est le centre , et qui les retient toutes par la foi. La preuve historique de cette Religion et de la divinité de son Auteur emporterait alors nécessairement avec elle et nous dispenserait d'établir toutes les autres vérités du spiritualisme et delà théologie. En embrassant le tronc, nous tiendrions toutes les branches.
Mais ce procédé ordinairement suivi, et que je suis loin de critiquer , me paraît pouvoir être concilié avec le procédé inverse , qui consiste à aller de la circonférence au centre , en établissant successivement et progressivement les vérités philosophiqpies et théologiques , et en les faisant toutes converger vers la divinité du Christianisme, dont la preuve historique vient ensuite les reprendre, et les sceller toutes du sceau de la foi.
Cette méthode me paraît bonne, parce que, sans être exclusive de l'ancienne, elle en double l'effet; parce qu'elle est plus nouvelle et plus variée , et , par cela même , plus attrayante ; parce qu'elle ménage davantage notre raison, trop ombrageuse pour se soumettre tout d'un coup à nos mystères sur ime simple preuve historique , et qui a besoin
d'être conduite pas à pas vers la foi , de manière à se convaincre par elle-même qu'elle y trouve moins un obstacle à son essor qu'un épanouissement de toutes ses facultés, moins une borne qu'une carrière nouvelle ajoutée à ses bornes naturelles , et que ce bandeau dont on la menace n'est qu'un supplément de vue qui , en lui rendant beaucoup plus nettes et corrigées toutes les vérités naturelles , lui fait découvrir en outre tout un monde de nouvelles vérités.
Ainsi préparée , la raison reçoit les preuves historiques comme une puissante confirmation qui réagit sur l'adhésion à la doctrine , avec d'autant plus de force que déjà celle-ci s'est fait.aimer de l'intelligence.
Je sais bien que cette méthode exige des développements infinis, puisqu'elle va du général au particulier : mais qu'on ne pense pas que ce soit toujours par la simplicité des preuves que l'esprit soit convaincu! Elles le touchent vivement au moment même , il est vrai -, mais elles se perdent bientôt dans le vide de l'intelligence , et viennent mourir sur un fond d'ignorance et de préjugés. Ce qu'il faut d'abord, c'est déraciner ces préjugés, dissiper cette ignorance; c'est défricher, retourner en tous sens cette terre abandonnée , et y promener longtemps la charrue ; c'est enfin faire désirer la vérité en la faisant connaître avant même de la prouver, et la prouver par cela même déjà , par la preuve la plus persuasive et la plus durable , celle qui se tire de sa propre beauté. Que l'on ne craigne pas que la vérité se compromette à cette épreuve. Le temps de la bonne foi est enfin venu; et que faut-il autre chose à la vérité que la bonne foi pour se présenter^sans crainte ? Elle se désavouerait elle-même en cette occurrence , si elle ne se livrait pas entièrement; et c'est au contraire en se laissant appro-
cher et regarder dans tous les sens , en se faisant familière et populaire , qu'elle achèvera de ramener les esprits trompés, et de remonter au trône de l'intelligence.
Il y a, du reste, aujourd'hui dans les esprits im goût généralisateur, un besoin spacieux de saisir les choses sous leur aspect le plus large et le plus absolu, qui vient sans doute de ce vide de convictions qui les tourmente, et qui appelle à lui un aliment vaste comme sa capacité. Dans cette disposition, le meilleur moyen de les fixer et de les satisfaire dans l'étude de la Religion, c'est de la leur montrer dans tout son développement , et pour ainsi dire de fi'ont. Et qu'est-ce qui se prête plus que la Religion à cette exigence, elle qui est tout ce qu'il y a de plus général et de plus absolu; qui remplit tous les temps, tous les lieux, toutes les sphères ; qui enveloppe toute l'humanité, et qui n'est enveloppée que par Dieu , ou plutôt qui n'est que Dieu lui-même, seul et véritable objet que , sans le savoir, nous poursuivons?
Tellfes sont les considérations qui m'ont fait adopter le plan que voici :
L'ouvrage sera divisé en trois parties principales, qui, toutes ensemble comme chacune en particulier, aboutiront à la preuve de la divinité du Christianisme , de manière à pouvoir être séparées ou réunies à volonté, et à former trois ouvrages dans un seul :
1" PARTIE. — Preuves préliminaires ou philosophiques.
2® PARTIE. — Preuves intrinsèques ou théologiques. 3* PARTIE. — Preuves extrinsèques ou historiques.
Ces dernières dénominations de philosophiques, théologiques, historiques , mdiqiienDa couleur dominante de cha-
(Une des parties; mais il ne faudrait pas les prendre trop à la lettre, et dans un sens trop exclusif et trop absolu. Ainsi il se trouvera des aperçus historiques jetés dans la partie des preuves philosophiques, et réciproquement. L'embarras d'établir des divisions absolument tranchées tient au caractère de la vérité même, qui , à raison de son unité et de sa simplicité, ne se prête pas à cette décomposition , et finit par se retrouver toujours tout entière, de quelque côté qu'on la prenne et qu'on l'envisage. Au surplus, l'esprit philosophique, dans la bonne acception du mot, c'est-à-dire, la pénétration respectueuse des vérités et des fondements de la foi par les lumières naturelles de la raison , ne cessera pas de régner d'un bout à l'autre de l'ouvrage , qui devra justifier son titre d'Études philosophiques sur le Christianisme.
Déroulons maintenant, par le détail, chacune des trois parties.