‹ Études philosophiques sur le christianisme (volume 2)Chapitre 8 sur 37 · A MM. LES AVOCATS DU BARREAU DE BORDEAUX · texte numérisé non relu

A MM. LES AVOCATS DU BARREAU DE BORDEAUX

Permettez-moi, messieurs, de me couvrir de cette grande renommée , et d'y prendre mes lettres de crédit et de noblesse, en ce moment pour moi solennel où je vais entrer dans l'arène de la publicité ! Soutenez vous-mêmes mon début par vos encouragements! quft je puisse m'adresser par vous à la jeunesse de mon pays , et lui porter avec assurance ces grandes vérités qui blessent pour guérir !

Veuillez agréer, messieurs et anciens confrères , l'hommage de mon inviolable attachement.

Auguste NtCOLAS.

Bordeaux, mars 1842.

Un ami qui m'est uni par les liens les plus chers, s'étant vu enlever par la mort son unique enfant, m'écrivit que le malheur l'avait porté à la réflexion, qu'il avait tourné ses regards vers la Religion, ei que, plus que jamais, il désirait la trouver vraie. Il me pria de résoudre ses doutes, et de lui exposer les fondements du spiritualisme et de la Religion chrétienne. Cette demande me plongea dans la plus vive anxiété. Je sentais tout ce qu'il y avait d'impérieux et de sacré dans cette prière d'un père désolé qui demandait que je lui rendisse son enfant en espérance, dans cette confiance d'un ami qui frappait à la porte de la Vérité , et me suppliait de la lui ouvrir. D'un autre côté, j'étais atterré à la vue de tout ce que présentait de scabreux et de glissant pour moi une matière si délicate et si profonde ; j'étais effrayé, dans l'intérêt même de mon ami et de la Vérité, du danger qu'ils couraient tous

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deux à m'avoir pour interprète. Profondément convaincu de la vérité religieuse, je n'avais jamais rassemblé les raisons , éparses dans mon esprit, de ma croyance. J'en nourrissais intérieurement ma pensée, j'en ressentais intimement toute la force, mais je craignais de l'affaiblir en la communiquant. C'était pour moi l'arbre delà divine science, je n'osais en détacher le fruit. Tout au plus je me promettais, comme un réve lointain, quand l'âge aurait mûri mes pensées et m'aurait rapproché un peu plus de l'éternité, de léguer aux miens l'exposé de la croyance de toute ma vie, et d'ensevelir mes derniers jours dans ce saint travail, comme dans un beau et honorable suaire. Aujourd'hui j'étais appelé à m'expHquer tout à coup, et, tout étourdi encore des agitations du siècle, à parler la langue même de Dieu. Je me soumis, en puisant dans le sentiment de ma faiblesse la confiance qu'elle serait aidée par Celui qui semblait la choisir pour organe. Je ne me mis à l'œuvre toutefois qu'en me promettant bien d'être sobre de tout développement, et de ne faire que côtoyer mon sujet. Mais, vaine résolution ! il m'en eût plus coûté d'efforts pour me contenir dans cette*limite, qu'il ne m'en avait fallu pour y entrer; mes. réflexion s naissaient les unes des autres, et se dilataient en quelque sorte sous ma plume au fur et à

mesure que je les exposais ; des souvenirs de lectures anciennes me revenaient de toute part ; des lectures nouvelles, que le hasard, mais un hasard intelligent , semblait choisir et diriger sous mes yeux ; des conversations imprévues, un passage, un mot, un fait, tout enfin semblait concourir à mon œuvre, et se transformer autour de moi en aliment pour mon travail , qui insensiblement grandit , et atteignit le développement qu'il présente , avant que j'aie pu m'en approprier la conception , tout comme s'il eût été déjà fait dans mon esprit, et qu'une main mystérieuse fût venue lever peu à peu le voile qui le dérobait à mes regards.

Telle est l'histoire de ces Etudes, que, sur l'impulsion de quelques personnes sages dont le jugement est ordinairement pour moi une autorité, je me détermine à publier aujourd'hui. Elles doivent nécessairement se ressentir beaucoup de leur genre de création, que j'oserai appeler providentiel. Je laisse aux lecteurs le soin de rapporter à cette cause une grande partie des impressions quelconques qu'ils pourront éprouver ; il me suffit de la leur avoir fait connaître, et de me placer sous sa garantie.

Entrant seulement ici dans quelques explications nécessaires pour l'intelligence de mes intentions et do

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mon dessein, je dirai que, tout en visant au but particulier qui m'avait fait prendre la plume , l'extension imprévue de mon travail m'a porté, chemin faisant, à l'assortir à la généralité des intelligences, et à parler à plusieurs dans un seul.

Suivant ce point de vue , je me suis attaché à refaire dans les esprits la connaissance de la Religion , en reprenant tous les anneaux de la chaîne , depuis les vérités les plus simples, telles que celles d'un principe spirituel dans l'homme, de Dieu, de l'immortalité de l'âme, etc. , jusqu'aux preuves et aux enseignements les plus explicites de la foi catholique j procédant toujours par inductions philosophiques, et appuyant chaque point par des arguments et des témoignages puisés , autant ^ue possible, dans les sciences et les autorités modernos les plus en dehors de la Religion, de manière que la vérité, résultant de leur parfait accord avec elle, frappe les esprits les plus prévenus.

Sous ce rapport, une considération vient donner à mon travail une valeur relative, qu'il m'est permis d'avouer : élevé dans le monde , vivant dans un même milieu avec ceux qui sont éloignés de la Religion , je peux mieux connaître leurs défiances et leurs susceptibilités, aller à eux par des voies plus sympathiques, ^ être auprès d'eux comme le truchement de la vérité re-

ligieuse dont ils ont oublié la langue, et la leur rendre plus abordable en la présentant sous des formes et comme sous des vêtements séculiers, qui, sans porter atteinte au fond des choses, en modifient singulièrement l'aspect. Cette considération, légère dans un temps de foi, devient sérieuse et importante dans un siècle où on ne connatt de la Religion que les préventions qui la défigurent, et la font apparaître à certains esprits comme un spectre que l'on ne peut suivre sans rompre avec les vivants.

Beaucoup d'apologies de la Religion ont paru sans doute, dont le haut mérite m'aurait fait tomber la plume des mains , si j'avais eu la folle prétention de me comparer à leurs auteurs. Mais le temps a marché depuis, les dispositions et les exigences des esprits ont changé, le progrès des sciences a déplacé le point de vue de la vérité ; et il en résulte que tel ouvrage immortel, qui a pu confondre l'irréligion de son temps, n'est plus en harmonie avec le besoin actuel des intelligences, parce qu'il défend des points abandonnés , et qu'il ne répond pas aux attaques portées sur de nouveaux points. La vérité est immuable en ellemême ; mais la position de l'erreur changeant à chaque instant autour d'elle , il faut qu'elle lui soit opposée sous plusieurs faces , et que , sans bouger de

place, elle fasse front, de toute part, à sa mobile ennemie.

Le système imaginé par celle-ci, de nos jours, consiste à ne pas attaquer directement la foi, mais à passer outre, et à prétendre qu'elle n'a rien à démêler avec la raison , ni la Religion avec la philosophie ; que ce sont deux puissances parfaitement indépendantes l'une de l'autre , et même incompatibles ; que chacune doit avoir ses enseignements, ses disciples , ses vérités, et pouvoir arriver par conséquent à des résultats opposés ; si bien que, comme philosophe, on puisse rejeter ce que l'on devrait croire comme chrétien.

Étrange et funeste erreur ! comme si le fond de la foi, qui est la vérité éternelle révélée dans une admirable proportion avec nos besoins, n'était pas le fond même de la raison renouvelé dans l'humanité , cette lumière qui illumine tout homme venant en ce 'monde rendue plus visible ; et comme si la vocation naturelle de l'intelligence, la philosophie véritable, ne consistait pas précisément à s'assimiler ce fond divin, et à y puiser éternellement la matière première de ses opérations et le germe fécond de ses plus hautes connaissances ! « A Dieu ne plaise que je sois ni injuste ni

« ingrat 1 » disait un illustre savant et un grand philosophe, Bonnet. « Je compterai sur mes doigts les

« bienfaits de la Religion, et je reconnaîtrai que la « vraie philosophie elle-même lui doit sa naissance , a ses progrès y Qi sa perfection^ . »

Ce système n'est qu'une fausse interprétation de la fameuse hypothèse de Descartes,>et qu'un détournement impie du respect qui avait porté ce grand homme à mettre un instant les vérités de la foi de côté dans une arche sainte , pour ne pas les commettre dans le combat que son génie se préparait à livrer seul à seul à l'impiété de son temps. Confiance malheureuse, et qui a trahi ses louables intentions , en ouvrant après lui l'abîme du Spinosisme avec les mêmes instruments dont il s'était servi pour remuer le sable ^ disait-il, et creuser jusqu'au roc; tant la raison de l'homme tourne vite aux précipices dès qu'elle vient à s'isoler systématiquement de la foi, même avec l'intention d'y retourner!

Le bon sens, d'ailleurs, désavoue cette distinction captieuse entre les vérités philosophiques et les vérités religieuses. Il ne se peut pas que des vérités qui tendent à un même but, la direction morale de l'humanité, soient autres. Elles doivent nécessairement se rencontrer à leur origine, et n'être toutes qu'une seule

» Recherches sur le Christianisme, chap. xli.

et même vérité, présentée seulement sous des formes d'enseignement différentes. — « Pour nous, nous croyons, avec saint Augustin, et nous enseignons comme fondement du salut des hommes, que la philosophie et la Religion sont une même chose '. » I C'est ce que reconnaît très-bien un philosophe du jour, M. Francisque Bouillier : « Cette distinction de a vérités de Tordre philosophique et de vérités de l'or- « dre religieux, dit-il, n'a pas de fondement dans la « réalité des choses ; elle ne peut porter que sur la « forme et non sur la nature et l'origine de ces véri- « tés; elle est plutôt artificielle et apparente, que vraie a et profonde *. »

Fort bien : mais dès lors, — à moins que de rejeter toute vérité révélée, c'est-à-dire toute religion , — il faut reconnaître que la philosophie doit nécessairement venir s'y rattacher ; qu'elle n'est que l'ascension et le mouvement de l'intelligence dans la sphère d'activité de la foi, comme la foi est le repos de l'intelligence sur le fondement de l'autorité. Ce sont deux enfants d'une même mère, dont l'un s'appuie sur son sein.

« Sic enim creditur et docetur^ quod est salutis humanse caput, non aliam esse philosophiam^ îd est sapientise studium, etaliam Religionem. ( De Fera Religione, cap. v. )

^ Histoire de la révolution cartésienne , p. 330.

tandis que l'autre joue sous ses yeux; ou, pour en re^ venir à une expression plus philosophique, c'est la foi faite intelligence, et tournée en compréhension. Tout le reste , bien que Ton continue à l'appeler du beau nom de philosophie, n'en est que le rom^n ; et nous n'estimons pas qu'elle vaille Une heure de peiné ^ pourrions-nous dire après Pascal, si ce n'est p(mf en déraciner l'erreur et en signaler le danger ï' ce qui est encore le partage de là vraie philosophie, auxiliaire naturelle de la Religion, et dont l'apostolat extérieur consiste à confondre le préjugé par la science , et à prendre la taison par la raison, polir la ramener à la foi. La philosophie, en un mot, est une puissance démonstrative et non révélatrice de la vérité.

Les choses ainsi bien définies, nous repoussons, en ce qui nous concerne, le reproche qu'on a fait à une école qu'on se plaît à appeler ihéocraiique , de vouloir annihiler la philosophie ; reproche qui n'est fait par une certaine philosophie que pour donner le changé sur celui qui lui est bien plus justement adressé. Ce serait une injustice et une ingratitude qui n'ont pu venir à l'esprit ni au cœur de personne , que de nier les services rendus par la philosophie. Je me plais à proclamer au contraire, ici, son utilité, son importance, ses droits; et je les revendique moi-même en ce mo-

ment , pour ma faible part, dans Tessai que je vais eu faire pour ramener les esprits à la Religion.

La Religion et la philosophie s'accorderont toujours pour le bonheur et la gloire de l'humanité : la Religion, en donnant à la philosophie les véritables germes de la sagesse et de la science; la philosophie, en lui en rapportant les fruits : toutes deux , en élevant de concert les facultés de l'homme vers le ciel.

Telle était, bien certainement, la pensée de Descartes ; telle était celle de son plus fervent disciple, Malebranche , ce beau génie en qui s'alliaient si merveilleusement leshardiesses d'une raison philosophique et les soumissions de la foi.

Il ' s'en explique lui-même en des termes qui méritent d'être rapportés, et qui résumeront ma pensée sur ce point :

a Le meilleur usage que nous puissions faire de

« notre esprit, dit-il dans son sixième Entretien sur la

« métaphysique^, est de tâcher d'acquérir l'intelligence

« des vérités que nous croyons par la foi, et de tout

« ce qui va à les confirmer. Nous les croyons, ces

« grandes vérités, il est vrai ; mais la foi ne dispense

« pas ceux qui le peuvent de s'en remplir l'esprit , et

« de s'en convaincre de toutes les manières possibles ;

« car, au contraire, la foi nous est donnée pour régler

(« sur elles toutes les démarches de notre esprit, aussi « bien que tous les mouvements de notre cœur. Elle (c nous est donnée pour nous conduire à l'intelligence ce des vérités mêmes qu'elle nous enseigne... Je ne « croirai donc jamais que la vraie philosophie soit « opposée à la foi , et que les bons philosophes puis- « sent avoir des sentiments différents des vrais chré- « tiens... Je suis persuadé, au contraire, qu'il faut « être bon philosophe pour entrer dans l'intelligence « des vérités de la foi, et que plus on est fort dans les « principes de la métaphysique, plus on est ferme dans « les vérités de la Religion. .. Je vous déclare que j'ai a été charmé de voir un rapport admirable entre ce « que la raison m'a appris par ce moyen, et ces grandes « et nécessaires vérités que l'autorité de l'Église fait « croire aux simples et aux ignorants, que Dieu veut « sauver aussi bien que les philosophes... Il ne faut « donc point opposer la philosophie à la Religion, si « ce n'est la fausse philosophie des païens, la philoso- « phie fondée sur l'autorité humaine, en un mot, toutes « ces opinions non révélées qui ne portent point le « caractère de la vérité. . . Il se trouve, d'ailleurs, tant « de gens qui scandalisent les fidèles par une méta- « physique outrée, et qui nous demandent avec insulte « des preuves de ce qu'ils devraient croire eux-mêmes

« sur l'autorité infaillible de l'Église, que, quoique ]a a fermeté de notre foi nous rende inébranlables à leurs a attaques, notre charité doit nous porter à remédier « au désordre et à la confusion qu'ils mettent partout. . . a Approuvez donc, Ariste , le dessein que je vous pro- « pose '. »

* Je ne puis résister au désir de citer encore un passage de Malebranche, remarquable par cet admirable bon sens qui est comme rétoffe du génie , et par cette justesse de raison qui frappe droit au but sans, le dépasser : « Il faut , Théodore , que je vous avoue de bonne « foi ma prévention. Avant notre entrevue , j'étais dans ce sentiment, « qu'il fallait absolument bannir la raison de la Religion , comme « n'étant capable que de la troubler. Mais je reconnais présente- « ment que si nous l'abandonnions aux ennemis de la foi , nous « serions bientôt poussés à bout, et décriés comme des brutes. Celui « qui a la raison de son côté a des armes bien puissantes pour se « rendre maître des esprits ; car, enfin , nous sommes tous raison- « nables ettessentiellement raisonnables. Et de prétendre se dépouil- « 1er de sa raison comme on se décharge d'un habit de cérémonie , « c'estJsse rendre ridicule, et tenter inutilement l'impossible. Aussi, « dans»le temps que je décidais qu'il ne fallait jamais raisonner en a théologie , je sentais bien que j'exigeais des théologiens ce qu'ils « ne m'accorderaient jamais. Je comprends maintenant, Théodore, a que je donnais dans un excès bien dangereux , et qui ne faisait pas « beaucoup d'honneur à notre sainte Religion , fondée par la sou- « veraine raison , qui s'est accommodée à nous, afin de nous rendre « plus raisonnables. Il vaut mieux s'en tenir au tempérament que « vous avez pris , d'appuyer les dogmes sur l'autorité de l'Église , et « de chercher des preuves de ces dogmes dans les principes les plus « simples et les plus clairs que la raison nous fournisse. Il faut ainsi « faire servir la métaphysique à la Religion , et répandre sur les vé- « rites de la foi cette lumière qui sert à rassurer l'esprit , et à le mettre « bien d'accord avec le cœur. » ( Dernier Entretien sur la métaphysique, in fine. )

Ce dessein , qui, du temps de Malebranche, pouvait paraître encore prématuré et spéculatif, est devenu de nos jours plein d'opportunité par la confusion véritable dans laquelle ceux dont il parle ont fini par jeter les idées et les mœurs , et trouve un sujet d'application trop réel dans le redressement des vérités les plus fondamentales.

A ce titre il doit nous intéresser tous tant que nous sommes, et quelle que soit d'ailleurs encore l'incertitude de nos convictions ; parce que, tous, nous sommes les membres d'une société qui se meurt faute de principes, et qui redemande à grands cris ceux qu'elle croit avoir perdus. Ils ne sont pas perdus : retirés seulement des institutions humaines qu'ils vivifiaient autrefois, ils se sont réfugiés au sein de la Religion, leur asile naturel, la seule chose qui a vie aujourd'hui ; la Religion, qui porte dans le pan de sa robe la paix ou la guerre, la vie ou la mort des sociétés, selon le parti que celles-ci vont prendre à son égard.

Heureusement que ce parti est déjà celui du retour ; et il ne faut pas s'en étonner, car l'instinct de conservation même en faisait une loi. C'est un fait qui a acquis assez de consistance pour qu'on puisse hautement le proclamer désormais, que ce retour général des esprits à la Religion. Il s'opère, comme toutes les grandes

choses, par un mouvement lent ^ mais vaste et puissant , qui saisit toute la société et ia transforme à son insu. On ne le sent pas agir, tant il est naturel et doux dans sa force ; et ce n'est que par la distance du chemin parcouru qu'on s'aperçoit du changement opéré. La vague, après avoir battu follement le rocher et avoir été emportée loin de lui par la tempête, revient expirer mollement à sa base, et l'embrasser comme un ami. Épuisé d'une lutte inégale , on s'était endormi dans l'indifférence en doutant que la Religion fût vraie ; on se réveille aujourd'hui en doutant qu'elle soit fausse. Dans cette disposition des esprits, tout devient un trait de lumière, les choses les plus futiles comme les plus graves, les plus faibles comme les plus fortes. La vérité religieuse rentre partout. Les chaires chrétiennes, où elle s'était retirée et où l'on revient la demander, ne la contiennent plus ; elle sort, et elle emprunte tous les instruments et tous les organes pour se répandre. Elle semble affectionner surtout ceux qui lui étaient autrefois les plus hostiles ; la tribune , les journaux, les écoles, Jes conversations, les manières, les modes, tout, jusqu'à l'air même qu'on respire, et qu'on dirait être chargé de ses célestes émanations. « Dieu, sui- « vaut des décrets, que nous ne connaissons point, dit « Montesquieu, étend ou resserre les limites de sa Re-

a ligion. Se cache-t-elle dans les lieux souterrains? « attendez un moment, et vous verrez la majesté im- « périale parler pour elle. Ce ne sont pas les obsta- « clés d'ici-bas qui l'empêchent d'aller. Mettez de la « répugnance dans les esprits , elle saura vaincre ces a répugnances. Établissez des coutumes, formez des a usages , publiez des édits, faites des lois, elle triom- « phera du climat , des lois qui en résultent , et des « législateurs qui les auront faites ^ »

Puisse cette Religion auguste ne pas dédaigner de faire ainsi servir à sa manifestation ce faible ouvrage que je lui consacre! puissent plusieurs de ceux qui l'ouvriront, lassés du vide de leur esprit et de leur cœur, et qui laisseront tomber sur ces pages des regards distraits, les y sentir attachés et retenus par l'attrait imprévu de la vérité ! Qu'ils s'y laissent aller sans défiance ! je n'ai pas la prétention de les endoctriner. Je ne me donne pas pour théologien ^ pas même pour philosophe (si par ce mot on entend celui de docteur) ; on le verra facilement à la nature de mes arguments et de mes citations, tous puisés en dehors des traditions de l'école et de la chaire : je suis tout simplement un homme convaincu, qui, ayant eu le bonheur de con-

' Défense de V Esprit des Lois.

server la foi au milieu du naufrage général où plusieurs l'ont perdue , est prêt à la communiquer à ceux qui la lui demandent , et la propose même à leur expérience, comme ayant éprouvé par lui-même qu'elle est aussi satisfaisante pour l'esprit que vivifiante pour

!e cœur.

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