Études philosophiques sur le Christianisme
Nous F£nDiifAirD<FRAMÇOis-ÂuGusT£ DONNET, par la grâce de Dieu et rautorité du Saint-Siège Apostolique , Archevêque de Bordeaux , primat d'y4quilaine.
Nous nous sommes fait rendre compte et nous avons pris connaissance par nbus-mème de l'ouvrage intitulé : Études philosophiques sur le Christianisme, que M. Auguste Nicolas, juge de paix, ancien avocat à la cour royale , a publié à Bordeaux en une suite de livraisons , et qu'il a l'intention de mettre en vente à Paris , chez Vaton , libraire , rue du Bac , 4 vol. in- 8.
Nous ne saurions trop recommander ce beau livre qui assure à son auteur, nous le croyons, une place distinguée parmi les apologistes les plus solides et les plus éloquents du Christianisme. En entreprenant les études d*où devait naître cette œuvre si remarquable, M. Nicolas n'avait pas cru travailler pour le public : il ne voulait que résoudre quelques doutes qui lui avaient été proposés par un de ses ami:i; mais à peine il eut essayé de sonder les bases de la révélation , que le champ ouvert devant la raison humaine par la merveilleuse économie de la foi, lui apparut dans toute sa grandeur. Il l'aborda, il le parcourut, entraîné par Tirrésistible attrait que ce sujet, le plus digne d'exercer la pensée de l'homme, devait avoir pour un esprit aussi éminemment philosophique , une âme aussi religieuse que la sienne; et c'est ainsi que, après quatre ans de patientes méditations et de consciencieuses recherches, il se trouve avoir mené à son It-rme une démonstration de la vérité catholique qui restera , nous le pensons , comme un des plus beaux monuments élevés de nos jours à la gloire de la Religion.
Dans la première partie de son ouvrage, après avoir exposé, sous le titre de preuves préliminah'es, tout ce qu'une saine philosophie, aidée des lumières de la révélation primitive, nous fait connaître des grandes vérités de la religion naturelle , M. Nicolas aborde l'étude de la révélation faite au peuple juif par le ministère de Moïse. Il montre que les récits de l'historien sacré, et, en particulier, les deux grands faits sur lesquels s'appuie la base du Christianisme , la chute originelle et la promesse d'un réparateur, se trouvent confirmés par tout ce que la science, au degré de développement qu'elle a atteiut de nos jours, nous apprend de certain sur la constitution physique et les révolutions du globe, et sur les traditions primitives de l'humanité.
Dans la seconde partie , ranleur nous fait pénétrer dans les entrailles du Chiistianisme; il développe les admirables rapports qui existent entre les dogmes, la morale, le culte catholique et tous les besoins de l'intelligence
et du cœur de l'homme : ces divines harmonies forment les preuves intrinsèques de la vraie religion.
Enfin, dans une troisième partie, M. Nicolas expose les preuves extrinsèques , historiques , de la mission divine de Jésus-Christ : les prophéties qui Tannoncent au monde , les miracles qui le manifestent , les effets surnaturels de la prédication de l'Évangile , la révolution salutaire qu'il opère et qui modifie toutes les conditions de Texistence de Thumanité , la perfection intellectuelle et morale dont il dépose au sein de la société les germes féconds que les siècles sont chargés de développer ; enfin le prodige de la conservation de TÉglise au milieu des épreuves , des oppositions de toute nature contre lesquelles se serait nécessairement hrisée une œuvre humaine.
On voit que ces études sur le Christianisme embrassent un plan de défense le plus complet et toui à fait approprié aux temps ou nous vivons. L'exécution a parfaitement répondu à la grandeur du dessein : ce livre, que Tauteur avait commencé, n'ajanten vue que Tétat particulier d'une âme qui lui était chère , se trouvera répondre aux besoins d'un grand nombre d'esprits. La Religion s'y montre dans le véritable jour qui convient à notre époque, resplendissante, pour ainsi dire, de tous les rayons de lumière que les méditations d'une saine philosophie et les découvertes les plus récentes de la science font rejaillir sur les bases divines de son autorité.
Nous ne devons pas omettre un mérite de ce livre, qui , mieux encore que tout ce que nous venons de signaler, présage le bien qu'il est destiné à produire, et explique tout celui qu'il a déjà fait dans notre diocèse : c'est le sentiment qui a dicté cette œuvre ; c'est la foi vive , c'est la piété profonde qui ont inspiré tant de belles pages, où se révèle l'âme encore plus que le talent de l'auteur.
Donné à Bordeaux sous notre seing , le sceau de nos armes , et le contreseing du secrétaire général de notre archevêché , le a 3 mai i845.
t FERDINAND, archevêque de Bordeaux.
Par mandement de Monseigneur ,
H. DE LAKG4LERIE ,
chanoine honoraire , secrétaire général.
Les théologiens distingués, commis par Monseigneur Tarchevéque de Bordeaux à Texamen de Touvrage, m'ayant fait apercevoir quelques inexactitudes faciles à rectifier, je vais le faire ici en peu de mots.
Ces inexactitudes portent sur trois points principaux :
r A la page 131 du tome III, j'ai dit, en parlant du livre de V Ecclésiastique , que quoique joint aux livres immédiatement inspirés , il ne fait cependant pas partie du canon. C'est une erreur formelle. Les Juifs, il est vrai , n'ont point mis ce livre au nombre de leurs livres canoniques, et les premiers chrétiens l'avaient compris seulement parmi leurs livres d'édification ; mais depuis il a été reconnu et déclaré inspiré par les conciles de Carthage, de Rome et de Trente. Au surplus, je suis revenu moi-même de cette méprise à la page 410 du même tome , en donnant le nom de sacré à l'auteur de Y Ecclésiastique,
2» Dans le chapitre sur le dogme hors de V Église point de salut, au tome III, tout en posant en principe invariable qu'on ne peut être sauvé que par la foi au moins implicite en Jésus- Christ, pages 381, 399, cependant, lorsque j'en viens à l'application et que j'expose les deux systèmes touchant le mode de cette foi implicite , je vais peut-être trop loin en prêtant à certains docteurs catholiques cette opinion, que le salut est acquis à tout homme qui suit la loi naturelle , ipso facto , Jésus-Christ étant considéré comme le principe de cette loi, page 399. Il est défait cependant qu'il y a eu parmi les docteurs une opinion plus large que celle de samt Thomas , lequel exige la foi implicite en Jésus- Christ médiateur ,• mais la nuance qui fait cette différence est si délicate qu'il est difficile de la préciser; elle ne consiste pas tant dans le mode de la foi en Jésus-Christ que dans le moyen par lequel cette foi parvient à l'âme de l'infidèle. Le plus sûr est de s'en tenir à l'explication généralement suivie de saint Thomas , qui n'exige pas nécessairement, comme l'a très-faussement
prétendu Rousseau , la machine d'an ange , et qui se concilie au contraire très-heureusement, ainsi que nous l'avons expliqué, avec la situation générale des hommes par rapport aux traditions universelles sur Tattente d'un moyen de salut promis à Thumanité.
3* Les lecteurs versés dans la science théologique , se seront aperçus que toutes les fols que je parle de la grâce suffisante et de la grâce efficace et notamment tome II, plige 20, et tome III, page 429 , ces deux qualiOcations ne pourraient être prises , sous ma plume , dans un sens rigoureusement dogmatique , sans blesser Torthodoxie. Il en sera tout autrement si on n'y attache qu'un sens ordinaire. J'ai voulu dire seulement que, depuis Jésus- Christ et par l'événement immédiat du Christianisme , les grâces du salut ont été versées avec plus d'abondance et ont agi plus visiblement sur le monde. C'est là ce que j'ai entendu par efficacité. Mais je n'ai pas voulu dire qu'avant Jésus-Christ il n'y eût pas de grâce efficace^ théologiquement parlant; j'ai dit même, en plusieurs endroits, positivement le contraire.
Telles sont les trois explications que j'avais à présenter. Je n'ai pas la présomption de croire que èe soient là les seules choses à reprendre ou à éclaircir dans mon livre; mais ce sont les seules, ayant quelque importance, qu'il m'ait été donné de connaître.
Au surplus , je soumets mon écrit tout entier au jugement de la sainte Église catholique , apostolique et romaine; et la moindre parole , sortie de la bouche du vicaire de Jésus Christ contre une seule de mes opinions , me trouverait toujours empressé à déclarer que je tiens cette opinion pour erronée et que je la désavoue.