Lettres de la ifontagncy p
2. A\lu8ion à uae phrase de Rousseau, Lettres de la ifontagnCf
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les miracles, au point de se jeter hors de toute raison plutôt que d'y consentir, et de soumettre la Divinité à une nécessité d'imposture, plutôt que de soumettre son esprit à une nécessité de foi, alors, je le répète, qu'il prétend à cette foi par une autre voie, par la voie du raisonnement, et sur le caractère de beauté et de sainteté de la doctrine ? Le diflBcile, ce semble, n'est pas tant de croire aux miracles que de croire à la divinité de Jésus-Christ: que si on croit d'ailleurs à la divinité de Jésus-Christ, ce n'est plus de croire aux miracles qui est difficile, c'est de n'y pas croire. D'où vient donc cette répugnance contradictoire dans Rousseau ?
Le voici : c'est que la croyance aux miracles emporte la croyance effective, sérieuse, réelle, et irrévocable, à la divinité de Jésus-Christ. C'est une porte fermée à tout retour à l'incrédulité. C'est un fait acquis, un fait simple, et sur lequel il n'y a pas à revenir et à s'exercer, si ce n'est pour en tirer des applications. C'est la voie de l'autorité. Tandis que la croyance à la révélation par la voie du raisonnement, et sur le fondement de la beauté et de la sainteté de la doctrine, permet au même raisonnement qui la reconnaît aujourd'hui de la méconnaître demain, ne lie pas, n'oblige pas irrévocablement , et , quand on n'a pas d'autre motif qui vous y attache, vous laisse flotter dans un état indéfini de licence qui permet de tout croire et de ne rien croire à divers degrés, et à! aller de t athéisme 'au baptême des cloches^ comme Diderot le disait très-spirituellement de Rousseau. C'est une croyance ambulatoire.
Le vrai motif donc qui fait que Rousseau ne croit qu'à l'apparence des miracles, c'est qu'il n'a qu'une apparence de foi en Jésus-Christ, quoi qu'il en dise; et il devient ainsi par là une preuve vivante de la convenance, de la
nécessité des miracles (et dès lors de leur réalité) pour tous les esprits, et surtout pour les bons raisonneurs ; parce qu*il faut à la raison humaine quelque chose qui la fixe d'autant plus qu'elle est plus active, et, en lui permettant de s'exercer et de se développer dans la compréhension et l'application de la doctrine, qui l'oblige par une raison d'autorité à ne pas en sortir, et à ne pas perdre sa liberté dans sa licence.
Aussi voyons-nous la foi solide et sûre de notre bon raisonneur tantôt proclamer la divinité de Jésus-Christ^, tantôt reconnaître seulement qu'il était éclairé de l'esprit de Dieu*^ tantôt ne voir en lui que le meilleur et le plus aimable des hommes^, tantôt enfin, qui le croirait? aller faire un complet naufrage, et sa fausseté se trahir ouvertement dans ce passage : « Qu'un homme vienne « nous tenir ce langage : Mortels, je vous annonce la vo- « lonté du Très-Haut; reconnaissez à ma voix celui qui « m'envoie. J'ordonne au soleil de changer sa course, « aux étoiles de former un autre arrangement, auxmon- « tagnes de s'aplanir, aux flots de s'élever, à la terre de « prendre un autre aspect : à ces merveilles, qui ne re- « connaîtra pas à l'instant le maître de la nature? Elle « n'obéit pas aux IMPOSTEURS; leurs miracles se font « dans les carrefours, dans les déserts^ et dans des chambres^ « et c'est là qu'ils ont bon marché d*un petit nombre de « spectateurs^ déjà disposés à tout croire^, »
Enfin, voilà donc Rousseau venu de lui-même au point où nous l'avions à si grand'peine amené , à cette indigne