‹ Études philosophiques sur le christianismeChapitre 148 sur 168 · Portalis, Discours sur le Concordai · texte numérisé non relu

Portalis, Discours sur le Concordai

3. J'ai connu un homme renommé par son incrédulité, athée, matérialiste et beau diseur, qui ne s'habillait jamais sans faire le signe de la croix sur ses vêtements (il avait peur de mourir d'apoplexie) : accordant ainsi à la superstition ce qu'il refusait à la foi.

4. Voyez le portrait impartial qu'en fait Thomas dans son Etui sur leê éloges.

les plus insensées? Et le dix-huitiërae siècle, ce siècle de l'incrédulité par excellence, n'a-t-il pas été le jouet des charlatans? Ne s'est-il pas livré à corps perdu aux engouements les plus fantastiques? « La maxime du temps a semblait être celle-ci, dit Thistorien Lacretelle : Il faut « tout croire^ excepté ce quont cru nos pères \ » Si on nous dévoilait tout ce qui s'est passé d'occulte et de souterrain dans ce siècle de la raison et des lumières, nous serions renversés. « Quelques années avant la Révolution frana çaise, dit M. Portails, un des conservateurs de la Biblio- « thèque nationale me disait que, depuis quelque temps, « la plupart de ceux qui venaient pour s'instruire dans « ce vaste dépôt ne demandaient que des livres de sorti- « lége et de cabale. — Le savant P. Roubles, de TOraa toire, qui était bibliothécaire public à Lyon, me montra, « peu de mois avant sa mort funeste, arrivée en 1793, un « procès-verbal contenant les détails et la preuve des « mystères abominables qui se célébraient dans des as- « semblées nocturnes et périodiques : mystères plus hor- « ribles que tous ceux dont le souvenir nous a été con- « serve dans l'histoire du paganisme le plus grossier et a le plus débouté". »

Si nous rencontrons aujourd'hui peu de ces déplorables écarts de l'esprit humain , cela tient à ce que l'esprit du siècle n'est pas tourné à l'incrédulité. Il y a peu d'incrédules; il n'y a que des indifférents, et encore le nombre en diminue-t-il tous les jours. La foi chrétienne est en honneur. C'est là ce qui nous sauve de ces honteuses faiblesses, ce qui sauve les ennemis eux-mêmes de cette foi.

1 . LacreteUe, Histoire du dix-huitième siècle^ t. VI, p. 99.

2. Portulis, De l'usage et de Vabus de V esprit philosophique, t. H, p. 171.

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Il se forme autour d*eux une sorte d'esprit général qui les entraîne malgré eux-mêmes , qui agit à distance de sod foyer comme par une loi de gravitation, et qui règle jus^ qu*à un certain point, et sans qu'ils s*en doutent, leurs actions et leurs pensées. Si on pouvait faire une complète abstraction des croyances chrétiennes, on verrait Tesprît humain emporté soudain dans les superstitions les plus avilissantes et les plus subversives, sans que les plus fortes têtes, celles qui croient se posséder le mieux, pussent s'en garantir dès que la contagion s'en serait développée autour d'elles. Car cet espace vide dont nous avons parlé, et qui part de la borne où s'arrêtent nos connaissances naturelles, jusqu'à ce point indéfini où s'étendent nos intuitions et nos instincts, et qu'on peut appeler la faculté du mystère^ a besoin d'aliments : si vous lui dtei la foi raisonnable, elle se jettera dans la superstition. C'est ce qui fait que les religions païennes, quelque fausses qu'elles fussent, valaient mieux que l'absence complète de toute Religion : c'était un point d'arrêt sur la pente indéfinie de la folie et de la perversités C'est ce qiti fait que la foi chrétienne, qui non-seulement nous préservé de Terreur, mais nous dirige dans la- vérité ; qui est la voiey la vérité^ et la vie, est le plus beau don qui ait été fait à l'intelligence, et peut être appelée le gardé-fou de la raison *.

f . € Loin que la superstition soit née de rétabtissement des Reli- « gions positives, on peut aOirmer que , sans le frein des doctrines et c des institutions religieuses, il n'y aurait plus de terme à la crédaa lîtê, à la superstition, Di Timposture. Les hommes, en général, ont « besoin d'être croyants pour n'être pas crédules ; ils ont besoin d'uo « culte pour n'être pas superstitieux. » (Portalis, Discours sur le Con* cordât.)

2. « Qui le sent plus évidemment que nous, dît Montaigne; car, eneores q-^.e nous lui ayons donné des principes certains et infaillibles,

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Nous ne croyons pas mal augurer, en pensant que nos lecteurs sont frappés comme nous de Fimportance de la vérité que nous cherchons à établir en ce moment. Ils nous permettront donc de Tappuyer encore de deux fortes autorités.

Le célèbre Burke, publiciste d'un sens si bien inspiré et si pratique, dans le livre qu'il publia sur la Révolution française, au plus fort de cçtte Révolution, pour préserver l'Angleterre, sa patrie, des globes incendiaires que lui envoyait le volcan, écrivait cette remarquable page :

« Nous savons, et nous mettons notre orgueil à le sa- « voir, que l'homme, par sa constitution, est un animal « religieux ; que l'athéisme est non-seulement contraire « à notre raison, mais qu'il Test même à notre instinct, « et qu'il ne peut pas le surmonter longtemps. Et si dans « un moment dé débauche, si dans le délire d'une ivresse « causée par cet esprit de feu distillé à l'alambic de Tenet fer, qui est en ce moment dans une si furieuse ébuUi- « tion en France, nous devions mettre à découvert notre « nudité en secouant la Religion chrétienne, qui a faii « jusqu'à présent notre gloire et notre consolation, qui « a été une grande source de civilisation parmi nous, « ainsi qu'elle l'est parmi tant d'autres nations, nous « craindrions (étant bien avertis que l'esprit ne supporte « pas le vide) que quelque superstition grossière, perni-

« encore que nous esélairions ses pas par la sainte lampe de la vérité

« qu'il a plu à Dieu nous communiquer, nous voyons pourtant jour*

« nellement, pour peu qu'elle se déaienle du sentier ordinaire, et

« qu'elle se destourne ou escarte de la voye tracée et battue par l'É-

« glise, comme tout aussilost elle se perd, s'embarra^^se et s'cnlraye,

« tournoyant et floltunt dans cette mer vaste, trouble et ondoyante,

« des opinions humaines, sans bride et sans but : aussitost qu'elle

a perd ce grand et commun chemin, elle se va divisant et disfipant

« jn mille routes diverses. » {Essais^ liv. XXXI, ch. xii.)

4SG CUAPiTRB yiî.

« cieuse et dégradante, ne vînt en prendre la place^ » La seconde autorité n'est pas moins remarquable, et la circonstance toute confidentielle où elle a été émise lui donne un caractère plus philosophique. Celui qui nous la rapporte, esprit distingué lui-môme, de Fontanes, le fait en termes qui témoignent tout le prix qu'il y attachait. Nous allons les conserver; ils en forment comme Tenchassure :

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