‹ Études philosophiques sur le christianismeChapitre 150 sur 168 · IV. ^Q · texte numérisé non relu

IV. ^Q

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l'âme humaine appelé invinciblement; il y a en elle une Y faculté spécialement religieuse, la faculté du mystère, qui >est aussi naturelle, aussi essentielle à l'homme, que la '^!mémoire, l'imagination, le jugement, la volonté. Ceux »qui rejettent les croyances chrétiennes ne se dépouillent 'pas pour cela de cette faculté; seulement ils l'exposent à ' se jeter sur des aliments funestes. Que s'il en est quelquesuns qui soient parvenus à l'étouffer, et qu'As s'en croient pour cela plus sages, ils ne sont que plus bornés : il leur manque un sens, le sens de l'infini, le sens de Dieu. Par le vague et l'infirmité naturelle de cette faculté, l'homme est au-dessous de l'Ange; mais par sa privation il est audessous de l'homme\ Cette vérité a pour elle ce qu'il y a jamais eu de plus universel et de plus constant dans la nature humaine. Si l'homme est \m animal raisonnable, il n'est pas moins un animal religieux.

Que conclure de là, sinon que le même Dieu qui a disposé tous nos sens et toutes nos facultés en vue d'un objet a dû donner un objet à cette faculté religieuse, la satisfaire, la régler? Lorsque nous voyons surtout que, livrée à elle-même, elle fait tomber l'homme dans des abîmes sans fond, et jette la perturbation dans toute l'économie de son élre moral, nous devons croire qu'il doit y avoir pour elle un état normal d'ordre, de satisfaction, de développement, qui la préserve de ces chutes et qui l'exerce selon sa fin. Et ensuite, lorsque nous trouvons dans la Doctrine de Jésus-Christ, et dans l'adhésion de l'âme à

I; Qu'est-ce donc que ce monde, et qu'y -venons-nous faire. Si, pour qu'on vive en paix, il Taut voiler les cieax? Passer comme un troupeau les yeux fixés à terre, Et renier le reste, est-ce donc être heureux ? Non, c'est cesser d'être homme

(Alfred de Musset, Espoir en Ptm.)

cette Doctrine, ce résultat d'ordre, de satisfaction, et de développement religieux, unique entre toutes les religions; lorsque nous voyons que celles-ci n'ont pu que pallier ou enrayer le désordre de cette faculté, mais que celle-là seule en a procuré le bien, nous devons saluer, ; nous devons adorer dans un si grand bienfait la même l main qui a créé notre âme, parce qu'il n'y a qu'elle seule \ qui a pu si bien la diriger, à travers tant de précipices, vers sa fin.

II. Pour nous pénétrer davantage de cette vérité, entrons dans un examen plus rapproché du rapport de la foi chrétienne avec notre âme, et en particulier avec la raison.

Satisfaire la faculté religieuse de notre âme dignement, grandement, sans déranger les autres facultés, sans gêner et appauvrir la raison, en la faisant entrer au contraire dans cette satisfaction, en la lui rendant propre, en l'y développant et en faisant grandir toutes ses puissances, voilà le problème que le Christianisme seul a résolu.

lo Et d'abord il ne gêne, il n'appauvrit pas la raisoil. Il ne lui ôte rien, en effet, de ce qu'elle peut savoir par elle-même, et la laisse s'exercer librement dans le cercle de ses connaissances naturelles. Il n'empiète en rien sur son domaine. Sa doctrine ne commence qu'au point où la raison finit, où sa vue se trouble, s'égare, et se perd. La foi vient s'ajouter seulement à la raison. Ce n'est pas même une soumission qu'elle en exige, puisque, venue à ce point, la raison n'abdique que son impuissance : c'est un assentiment qu'elle lui demande, c'est une alliance qu'elle lui propose, dans laquelle il y a tout à gagner et rien à perdre. 11 y a plus, et c'est ici l'important de cette

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première considération : la foi ne vient pas se joindre à la raison par juxtapasitian, si je puis ainsi parler, mais par incorporation. Le Christianisme est la seule Religion qui ait des preuves. Avant de demander la croyance a ses mystères, U invite la raison à examiner son autorité, a lui produit ses titres; et ce n'est qu'après Q'i'eUe a du, selon les lumières naturelles, en reconnaître la validité, la divinité, qu'il exige la croyance à sa doctrine et la pratique de cette croyance; le tout par voie de conséquence, c'est-à-dire, par voie de raison. La foi s'adapte par la a la raison comme un instrument, comme un argument, dit l'Apôtrfe; et cela se fait par le moyen des preuves extrinsèques dont la foi est munie, et auxquelles la raison ne peut se refuser sans se manquer à elle-même. Le Christianisme est la seule Religion qui procède ainsi, qui ménage la raison, qui ne lui demande que ce qu'elle ne peut pas logiquement refuser. Évidemment il y a là un caractère unique de véracité.

2* En second lieu, la foi délivre et soulage la raison, et lui assure ses propres richesses.

Venue au point où la foi la prend, non-seulement la raison ne peut rien acquérir, rien saisir, mais elle se consume en efforts impuissants pour atteindre au delà, et court le risque de s'abîmer. C'est une Pénélope qui recommence le matin à ourdir la trame qu'elle défait le soir, exposée à voir sa liberté ravie par mille amants indignes d'elle, qui se disputent sa conquête et qui dévastent son palais : je veux dire mille systèmes, mille chimères, qui, sans jamais la satisfaire, la laissent toujours de plus en plus appauvrie par le doute et livrée aux plus funestes écarts. La foi vient l'arracher à cette tyrannie, la déUer de ce joug de plomb sous lequel elle tombe à

chaque pas, et lui faire recevoir à la place un frein léger qui la dirige, sans la gêner, vers les régions de la lumière.

Elle lui assure et lui rend ses propres richesses. Il y a, en effet, un certain nombre de vérités capitales qui sont sur les confins de la raison et du mystère, que la raison n'englobe pas tout à fait, et qu'elle ne saisit que d'une prise pleine de faiblesse et de défaillance. Telles sont les vérités de l'existence de Dieu, de son unité, de sa providence, et de ses principaux attributs; de la spiritualité de l'âme, de sa liberté, de sa responsabilité, de son immortalité ; d'un état futur de récompense et de châtiment, etc. : vérités qui forment ce qu'on appelle la théologie naturelle. On peut dire que ce sont des vérités de raison, parce que la raison en perçoit les motifs principaux, les fondements nécessaires, selon que nous l'avons vu au début de ces Études : cependant il est vrai de dire aussi qu'il y a une portion de ces vérités qui plonge dans la nuit du mystère; la raison n'en fait pas complètement le lour; et par 1^ elle est exposée à se les voir disputer, à ne pas savoir elle-même les acquérir ou les garder, ou même aies fausser dangereusement, et à en faire des sujets d'erreur et de de désordre.

Pour juger d(î l'état naturel de l'esprit humain par rapport à ces vérités, il faut se rappeler ce qu'elles étaient devenues dans le monde païen. Elles avaient disparu dans la nuit du polythéisme pour la généralité des hommes ; et si quelques philosophes semblaient les avoi | conservées, ce n'était, dit Socrate, que comme les rêve d'une vieille en délire^ ^ ou^ disent encore Cicéron et Sénèque, que comme les songes de ce qu'on désire^ plutôt que ce

t. Gorgias.

^2 CHAPITBB YII.

çu^on tientK Et encore dans quel état, dans qael diaos de systèmes grossiersetextravaganlscesvénlésétaient-elles

avilies et confondues! ^A^îtie ips

Or, le Christianisme est venu dégager ces vérités, i^ rétablir dans tout leur lustre et leur complet accord; U les a vulgarisées, il les a certifiées. Après les avoir P»^ tées à un degré de pureté et de s«blim'té qu, dépasse ^ que la philosophie, dans son vol le plus hardi, e^ay^t soupçonné jusqu'alors, il les a mises à la Portée ^e tout le monde, et les a préservées à jamais de toute altération et de toute ruine, en les surnaluralisant par la foi. « « est nécessaire à l'homme, dit très-judicieusement saint . Thomas, de croire et de recevoir par manière de foi, « per modum fidet, non-seulement les choses qui sont au- « dessus de la raison, mais encore celles que la raison « peut connaître, et cela, premièrement, afin que l'homme « parvienne plus tôt à la connaissance delà vént^ divme; « secondement, afin que la connaissance de pieu soit a « la portée de tout le monde ; troisièmement, afii^ qu'on « ait la certitude. La raison humaine est, en effet, bien « fautive dans les choses divines : témom les philoso- « phes, qui, môme dans les choses humaines, sont tom- « bés avec leur raison dans des erreurs et d.es coptradic- « tiens. Pour que l'on puisse donc avoir de pieij une « connaissance certaine et hors de tout doutjB, il a fallu « que les vérités divines fussent transmises par lempy*" « de la foi, comme parole de i)ieu, qui ne peut mentir*. » Quel bienfait immense le Christianisme n'a-t-il pas ainsi

l- Somnitt sunt non docenlh, ted optaptis. (CicerQ, Aead. tpitat; jb. ty, c. xxxviii.) — Bem gratissimam 'promittentiutn tnagU «M* PMbantium. (Senéc, Bpist., 102.)

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