Qumit. 2, art
FRUITS DU GHRISTIANISMB. 463
apporté à la terre, non-seulement en lai redonnant ces vérités mères, mais en assurant leur jouissance à tous les hommes et leur conservation à tous les temps, par la démonstration abrégée de la foi, qui, sans exclure la méthode du raisonnement immédiat, y supplée pour l'immense multitude qui n'en est pas capable, et préserve de ses écarts ceux que la vivacité même de leur esprit y exposerait! Par là le Christianisme a copstiiué la philosophie, en lui donnant un sol résistant et fécond, au lieu de ce terrain mouvant et sablonneux des systèmes, où la philosophie antique enfonçait à chaque pas. Comn^e tout se tient dans notre entendement, en assujettissant c^s premières vérités sur la base de la foi, le Christianisme à raffermi toutes les autres vérités d'un ordre inférieur. U a mis un principe de certitude dans râin,e hupiaine, qui, de proche en proche, a stabilisé toutes l.es assises de la raison. En vulgarisant ces vérités, il ^ jion-seulement fait participer tous les hommes individuellement et sans distinction à leur bénéfice, mais il a créé par 1^ ce qu'on appelle la raison publique, ce foyer commun si puissant qui prévient ou réprime les aberrations de la raison privée, et qui est comme l'âme des sociétés modernes.
< A Dieu ne plaise que je sois ni injuste ni ingrat! » s'écrie un philosophe déjà cité, Bonnet. « Je compterai « sur mes doigts leç bienfaits delà Religion, et je recon- « naîtrai que la vraie philosophie elle-même lui doit sa « naissance, ses progrès et sa perfection. Oçeraisje biea « assurer que si le Pèr^ des lumières n'avait ppint daigné « éclairer les hompaes, je ne serais pas njLoi-mjême idol4- « tre? Né peut-être aji sein (les plus profondes ténèbres « et de la plus monstrueuse superstition, j'aurais croupi « dans la fange de mes préjugés; je n'aurais aperçu dans
« la nature et dans mon propre être qu'un chaos. Et si « j'avais été assez heureux ou assez malheureux pour « m'élever jusqu'au doute sur TAuteur des choses, sur « ma destination présente, sur ma destination future, « etc., ce doute aurait été perpétuel; je ne serais point « parvenu à me fixer, et il aurait fait peut-être le tour- « ment de ma vie '. » — C'est un grand philosophe qui célèbre ainsi le bienfait de la foi pour sa haute raison. Qu'on mesure par là toute la portée de ce bienfait pour la généralité des autres hommes!
3" Enfin, après avoir rapproché de la raison commune, et ramené à l'état de certitude et d'évidence pour tous les hommes, ces prénotions, ces conjectures, qui faisaient le tourment des plus hautes intelligences, le Christianisme a encore révélé, par delà, des vérités qui seraient à jamais restées hors de la portée de l'esprit humain. Je veux parler de ces vérités contenues dans les dogmes particuliers du Christianisme : la Trinité, l'Incarnation, la Rédemption, la chute en Adam, la réhabilitation en Jésus- Christ, et tout ce magnifique ensemble de la Doctrine catholique, dont la haute philosophie, les beaux rapports, et les fécondes applications, ont fait l'aliment de la seconde partie de nos Etudes, Ces vérités, qui appartiennent à la théologie proprement dite, reçoivent et élargissent les vérités plus simples qui*appartiennent à la théologie naturelle, de môme que celles-ci répondent aux plus purs instincts de la raison. En nous les découvrant, le Christianisme n'a fait que dérouler une perspective dont le point visuel est dans la raison, et dont le fond réagit lumineusement sur tout ce qui précède, et éclaire tout