‹ Études philosophiques sur le christianismeChapitre 165 sur 168 · EPILOGUE · texte numérisé non relu

EPILOGUE

Le roi Darius^ donna on jour un grand repas à tous ses familiers et .à tous les magistrats mèdes et perses, ainsi qu'à tous les dignitaires, gouverneurs, conseillers et préfets qui relevaient de son empire, depuis VInde jusques en Ethiopie, ce qui comprenait cent vingt provinces. Et quand ils eurent bu et mangé, et qu'ils s'en furent retournés, le roi Darius monta dans son appartement, se mit sur sa couche, et dormit. Pendant son sommeil, trois jeunes hommes de ses gardes du corps se dirent l'un à l'autre : « Que chacun de nous propose un proverbe pour voir qui le soutiendra le mieux au gré du roi, et celui-là aura de lui de grands dons : il sera vêtu de belle pourpre, il aura une coupe d'or, un lit enrichi d'or, un char aux freins d'or, une tiare de fin lin, et un collier parera son cou; il aura la seconde place après Darius pour sa sagesse, et le roi l'appellera mon cousin.» Alors chacun d'eux écrivit son proverbe et le signa, puis ils glissèrent les trois billets sous l'oreiller du roi, et se dirent : « Quand le roi sera levé, nous lui donnerons nos écrits, et celui, quel qu'il soit des trois, que le roi et les

1 . Ce que nous allons rapporter est pris du troisième livre d'Esdroâ, qui est réputé apocryphe par TÉglise, et comme tel ne se trouve pas dans les Bibles ordinaires. En le retirant à notre foi, TÉglise ne Ta cependant pas interdit à nos respects ; les Pères s^en sont servis plu- -ïonw fQig^ Qi 11 ggj encore reçu comme canonique chex les Grées.

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magistrats de la Perse trouveront avoir été le plus sage dans son propos, celai-Ui aura la victoire, ainsi qu'il est convenu, »

Or, l'un avait écrit : « Le vin est fort. » L'autre avait écrit : « Le roi est plus fort. » Le troisième avait écrit : « Les femmes sont les plus «fortes ; mais par-dessus toutes choses domine laVéïité. » Le roi s'étant levé, ils prirent leurs écrits et les lui donnèrent. Il les lut. Alors il convoqua ses magistrats et ses ministres, ses préteurs et ses préfets, en grand conseil. Quand ils furent tous assis, il fut donné lecture des écrits, puis le roi dit : « Appelez ces jeunes gens, pour qu'ils viennent soutenir devant nous leurs thèses. » Ils furent introduits, et le [premier, qui avait avancé la force du vin, commença. Il fit ressortir la puissance de cette liqueur, qui abat les grands, qui réjouit les petits, fait radoter les sages, fait oublier les liens les plus chers, et met le fer à la main entre les frères. Qusmd il eut ainsi parlé, il se tut. Le second prit ensuite la parole, et se mit à vanter la puissance d'un roi; il représenta les hommes commandant à toute la nature, et au-dessus d'eux le roi» qui les domine et les fait marcher. D'un mot, il les lance dans les périls delà guerre; ils renversent tout, tuent et se font tuer, et le fruit de la victoire revient au roi. Pendant ce temps, d'autres labourent et moissonnent, et c'est encore pour apporter le tribut de leur sueur au roi. Seul, le roi n'a qu'à dire : Tuez ! ils tuent : Pardonnez ! ils pardonnent : Frappez! ils frappent : Exterminez! ils exterminent : Edifiez ! ils édifient : Abattez ! il abattent : Plantez! ils iplantent. Et tout le peuple, jusqu'aux puissants, l'écoute. Puis il s'assied pour manger, et boit et dort; mais ceux-ci font la garde autour de lui, et ne s'en

peuvent point encore aller à leurs affaires, liés qu'ils sont par la yolonté du roi. Gomment donc ne reconnaîtrait-on pas dans le roi ce qu'il y a de plus fort? Ayant ainsi dit, il se tut.

Le troisième, qui avait à parler des femmes et de la Vérité (c'était Zorobabel), s'avance à son tour, et dit:

« Les femmes n'ont-elles point engendré le roi et tout son peuple ? Né sont-ce pas elles qui ont nourri ceux qui ont planté les vignes d'où vient le vin? Ce sont elles qui distribuent la gloire aux hommes, et qui font les vêtements dont ils se parent. Ils ne peuvent s'en séparer. S'ils sont occupés à amasser de l'or, de l'argent, tout ce qu'il y a de plus précieux, ils n'ont qu'à voir une femme élégante et belle, et, délaissant toutes ces choses, ils attachent leurs yeux sur elle et la regardent à bouche ouverte, la convoitant plus que tout leur or. L'homme abandonne le père qui l'a nourri et la terre où il est né, pour aller s'unir à la femme. Et il récrée son âme avec elle, et n'a plus souvenance de père, ni de mère, ni du pays. Mais quoi ! faut-il vous apprendre que les femmes vous possèdent? et ne le savez-vous pas à vos dépens? L'homme prend un glaive, va sur les chemins commettre des larcins et des homicides, traverse les mers, affronte la dent des bétes, voyage dans l'horreur des ténèbres ; et quand il a fait ses larcins, ses tromperies et ses rapines, il les apporte à son aimée. Combien ont été faits insensés à cause de leurs femmes, et se sont mis en servitude à leur sujet! combien ont péri et se sont égorgés! combien ont péché pour elles ! Le roi est grand en sa puissance sans doute, car toutes les contrées redoutent de le toucher : cependant j'ai vu la fille de Bezacis, compagne de ce roi superbe, assise à ses cOtés, enlever le sacré diadème de

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