‹ Études philosophiques sur le christianismeChapitre 27 sur 168 · IV · texte numérisé non relu

IV

6i CHAPITRE U.

était logiqne Talternative qui ne permettait pas de Toir en lui un simple grand homme.

Je sais qu'aujourd*hui l'incrédulité, pour échapper à cette rigoureuse alternative, voudrait faire un certain triage dans les faits de la vie de Jésus-Christ, et, mettant de côté les passages de FËvangile qui se rapportent au dogme et surtout aux miracles, s*en tenir à là simple morale, pour n'avoir rien à démêler avec le surùaturéi, et ne voir en Jésus-Christ que l'auteur d'un enseignenaent humain. Mais cette prétention n'est pas tolérable, et en toute matière on la qualifierait d'insensée. Où a-t-on pris que l'Évangile est vrai sur tel point et faux sur tel aiitre, et que ce partage entre sa vérité et sa fausseté se fait exactement dans le sens et dans la mesure favorable à Vincrédulitéî Où a-t-on pris que tout ce qui est dogme est nécessairement «ymftofe, que tout ce qui est miracle est nécessairement légende^ et qu'il n*y a de réel et de certain que la partie morale? Y ia-t-il rien dans rÉvaii^ile qui le dénote et l'autorise? et n'est-ce pas avec la niïme garantie, avec le môme accent de vérité, que ses auteurs nous rapportent, ici ce précepte de Jésus-Christ : Ne faites pas à autrui ce que vous ne voudriez pas qu*on vous fit à vous-même; là, cette invocation de sa divinité : Toute puissance m'a été donnée au ciel et sur la terre; et ailleurs Faction de celte même puissance : Lazare, sors du tombeau?.,. Si vous croyez à la vérité de l'Evangile sur le premier point, pourquoi ne pas y croire sur les deux autres? ou, 'si vous le rejetez sûr les deux autres, pourquoi y çroje;i-

.gpel Alexandre adorait Jésfis, pétait consacré aux 4|eux.: — iVirgUiiim 4n secundo larario habuit, ul^lAchillis et magaorfunyiroram... Sad^in htsirio majore tinter dii^qs^ jfisua*.» (ibiâ,) r— ,Çetla (UaUqcUqa;^! importante.

LA PERSONNE DE J&US-CHRISl • 63

TOUS sur le premier? Pourquoi n^allez-^voiis pas jusqu^à dire que tout y est faux ; que Jésus-Christ n*a pas plus dit une de ces choses que Fautre, qu'il n'a pas existé, et (fie quatre écrivains obscurs se sont accordés pour ima* giner un caractère inimaginable^ et pour tromper tout le genre humain ?

C'est là, en effet, qu'il faut en venir. L'Ë^&ngiloûe peut é^e divisé. Comme la robe de Jésus-Christ, il est sans cauture. La morale, le dogme, les miracles y sont entrelacés, y sont occasion et raison les uns des autres, de mar nière à former entre eux un tissu dont on ne peut déta-* cher un fil sans rompre la trame. Qu'on le tire au sort, si on veut; mais il faut l'accepter ou le rejeter en entier. . Re^narque^ bien ici que je ne vais pas encore jusqu'à j^étepdre .que ce qu'a dit Jésus-Christ soit vérité : par exemple, qu'il soit le. Fils de Dieu; mais seulement qu'il a dit :./(? suis le Fils de Dieu; — qu'il ait ressuscité Lazare; mais seulement qu'il a dit : Lazare^ sors du tomiçaifs, etc. rr Jô vous laisse croire après cela, pour le moinent, qu'il n'est p^Jie Fils de Dieu, qu'il n'a pas ressuscité. Lazare m. Ce qui est certain, c'est qu'il a parlé et agi, dans ces deux cas et dans tous ceux analogues, avec l'intention qu'on le crût à la lettre, de même que quand il a dit : Bienheureux ceux qui pleurent! ou bien : Que celui d'entre vous qui est sans péché lui jette la première pierre,

J*ajoute que, dans ces termes^ la véracité de l'Évangile n'a jamais été contestée, et que Juifs et Païens n'ont jar mais mis en question que Jésus-Christ ait voulu se faire passer pour Dieu, qu'il ait voulu paraître faire des miracles. Cela était trop notoire pour être contredit, tout le monde a été d'accord sur ce point; et cet accord, joint à

ce qui précède, doit enfin borner Tincrédulitë; sinon il faut renoncer à discuter avec elle.

Et maintenant, je reprends mon argument, et je dis : Un simple mortel qui veut se faire passer pour Dieu est un imposteur; et s'il a recours, pour consommer son imposture, à de faux miracles, c'est un vil charlatan, un fourbe audacieux.

Gela est incontestable, et ceux qui n'en sentent pas la nécessité logique sont des demi-incrédules, en qui un reste de foi fait repoussser ce principe, par l'horreur de son application à Jésus-Christ : leur incrédulité n'est pas résolue, elle a peur de son ombre : ce sont des inconséquents, nous ne raisonnerons pas avec eux.

• Mais, pour un vrai croyant et un franc incrédule, l'admission de ce principe doit être sans répugnance : pour le premier, parce qu'il est sans application à Jésus-Christ; pour le second, parce qu'il n'atteint en Jésus-Christ qu'un simple homme.

Ce principe incontestable étant donc posé, qu'on ouvre les Évangiles, et qu'on les parcoure froidement, si on le peut, et uniquement en vue de cette application. Qu'on se mette bien dans l'esprit que Jésus-Christ n'est pas Dieu, et qu'on se rende compte du véritable sentiment que doivent inspirer tant de passages où il s'en arroge le titre, les droits, la puissance.

Par exemple :

Jésus guérit un paralytique le jour du sabbat : les Juifs l'accusent d'avoir violé le repos de ce jour. Jésus répond : « Mon Père, dont Taction est incessante, ne connaît pas « de sabbat. Pareille est mon action*. »

1. Pater meui usque modo operatur, et ego operor. (Joan., ▼. v, 17.)

Page 1