‹ Études philosophiques sur le christianismeChapitre 84 sur 168 · Jean, chap. i. — 3. Hatth. ch. it, t · texte numérisé non relu

Jean, chap. i. — 3. Hatth. ch. it, t

LEil PBQPHÉTIPS. 27i

suite iœniéidiateinent justifier ce^ appUcatioii prQp)^* tique des Prophéties.

Si les Prophéties n'ayaient été appliquées à Jésus- Christ que lorsque la terre fut convertie 4 rÊyaijgile, sous le règne de Constantin ou de Théo4ps^, la force et la justesse de rapplicatipn eussent été gran40nient poucluantes; mais cependant on aurait pu dire que Téyénement y avait fait songer, et s'était fait rappor^r api^él coup les Prophéties. Mais il n'en e$t rijep. {C'est 4é$ le premier moment, c'est au plus fort de Tobscurilé jet 4^ rig&orance naturelle de réyéne^eat, pt alors que iQ^f paraissait le contredire, que les Prophéties lui sont appliquées sans hésitation, et dans des termje^ tellepient expressifs et grandioses, qu'au plus haut point dp la gloire de Jésus-Christ sur le monde, il ne s'en est pu trouver, il ne s'en trouvefra jamais de plus dignes pour Iq. chanter.

Sous ce rapport, qui n'est pas assez remarqué, le$ cantiques de Zacfaarie, de Siméon et 4e la sainte Vierge, et les paroles d'Elisabeth et de Jeai^-P^tistp, spff^ ifîcpi^parablement les plus grandes, les plus concluantes de toutes les prophéties. Elles ont par-dessus toutes les autres ce caractère décisif, que non-seulement elles prédisent clairement l'avenir, mais encore qu'elles appliquent la prédiction à travers toutes les contradictions apparentes du présent; que non-seulement elles annoncent le Sauveur en général, mais qu'elles désignent directement sa personne.

La première de toutes les prophéties avait dit qu'il naîtrait (Je la femme en général; et les autres, de plus en plus précises, avaient annoncé qi^'il ^pr^ir^f; du peuple Juif, de 1^ tribu de Juda, de la famille de David, de la petite ville de Bethléem; Dapipl eftQn avait prédit l'é-

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poqne fixe de son apparition. Mais, quelque précises que fussent ces prédictions, elles pouvaient encore s'appliquer à un assez grand nombre d'hommes de la même nation, de la même tribu, de la même famille, de la même époque, plus ou moins exactement. Mais ici la précision de la prophétie est à son comble : c'est sur la personne même du Christ qu'elle met le doigt, et elle dit : C'EST LUI; VOICI l'Agneau de Dieu oui ôte les péchés du MONDE, VOICI Celui oui a été annoncé depuis le commencement. Et elle le désigne ainsi, alors que rien naturellement ne le révèle, ou plutôt que tout semble le dérober à l'application des Prophéties ; alors qu'il n'est qu'un homme ordinaire, qu'un enfant obscur, qu'un fruit caché dans le sein maternel.

Ainsi tout est surnaturel et démonstratif dans les Prophéties. Dieu s'y est tout réservé, pour que nous fussions forcés de l'y reconnaître. Comme il avait fait la prophétie il a fait l'événement, et il a fait même lui seul l'application de la prophétie à l'événement*.

. Mais si ces réflexions se justifient, comme nous venoM de le voir, par les prophéties dont Jésus-Christ est l'objet immédiat, leur vérité éclate encore bien davantage dans celles dont il est lui-môme l'auteur.

« Les prophètes ont prédit et n'ont pas été prédits, (( observe Pascal. Les saints ensuite sont prédits, mais

1. L^lncrédulitê a fini par se rendre à tant d'évidence, en confessant qu'elle n'avait fait jusqu'ici qu'éluder la difficulté : a Les jours d'une <K science impartiale sont venus, dit-elle , et je ne sais pourquoi on a a continué à éluder ladiillcullc. — Le Messieest le Libérateur que Jéhorah a a promis à son peuple; c'est le personna^^e surhumain dont la pro- « phélie a pendant sept siècles développé ou arrêté les traits... L'ae- « corn plissement de la prophétie messianique, voilà la clef de la via « de Jésus. » — M. Schérer sur la Vie de Jésus de M. Renan; te Temps, U juiUet et 11 août 1863.

« non prédisants. Jésus-Christ est prédit et prédisant. » Jésus-Christ est prédisant, soit qu'il s'applique les prophéties anciennes, soit qu'en extension de ces prophéties il en fasse lui-môme de nouvelles.

L'application des prophéties à l'événement est ellemême éminemment prophétique, comme nous venons de le voir, lorsque l'événement est caché, quoique présent. Or, qu'y avait-il de plus caché, de plus obscur, de plus contredit par les apparences sensibles, que la divinité de Jésus-Christ? Cela devait être d'ailleurs d'après les Prophéties, qui avaient dit formellement de Lui qu'on ne le reconnaîtrait pas. Aussi avons-nous vu que ce n'est que par inspiration qu'il fut reconnu par Zacharie, Siméon, Marie, Elisabeth, et Jean-Baptiste. Mais ces saints personnages, en voyant en lui le Messie promis, ne découvrirent cependant pas en détail et point par point tout ce qui justifiait en Lui cette application des Prophéties. Pareillement, lorsque plus tard ses miracles prouvèrent sa divinité, l'obscurité profonde de son humanité les discréditait auprès de plusieurs; et ceux mômes que ses miracles entraînaient, ses apôtres, étaient loin encore de découvrir en Lui l'entier objet des Prophéties. Pour le découvrir complètement, il fallait être Lui-même. Lui seul avait l'entier secret dont les plus privilégiés n'avaient eu que des communications partielles. Aussi une des plus grandes preuves de la divinité de Jésus-Christ est la conscience qu'il en avait lui-même, et qu'il exprimait si siinplement à travers tout ce qui devait lui en ôter la persuasion et la confiance. Rien n'est beau dans l'Évangile, rien n'est persuasif comme ce calme réfléchi, cette assurance tranquille, cette absence complète d'hésitation et de préoccupation, ce discernement profond et infail-

Éli CHAmRB IV.

lible, avec lesquels Jéras-Christ toît venir, rèçeflt, âispose lui-môme les événements qui paraisseht le pltfs devoir anéantir ses grands desseins. Englouti comme dans un océan d'ignominie, il disparait à tous les regdrds, â ceux même de ses disciples qui Tabàndonnent. II est d'autant plus anéanti qu'on retdurde les èiïiblëines de sn divinité elle-même en stigmates d'infamie et en instruments de supplice, et que l'ironie la plus crlielle lui enlève jusqu'à la dignité, s'il est possible, de ses dduleurt. Eh bien ! dans cet état, que pense-t-il, que dit-îl de luimême, que fait-il?... Il accomplit, il Consomme les î^rophéties, sciemment, volontairement, librement. Lui seul les voit toutes pleinement, jusqu'aux plus obscures; Lui seul se voit aussi pleinement Lui-môme comme leur objet; et Lui seul, dans ce drame de sa Passion et de sa m6rt,o4 il paraît être accablé sous la nature entière, ne cesse pas d'avoir l'intelligence de sa véritable situation; il la domine, il la veut, il la fait, il la plie au patron des Prophéties; et, tout en paraissant ôtre le jouet des passions déchaînées contre lui, il en dispose en Maître souverain.

Il est inutile de justifier ces réllexions par des textes; tout le monde a présents à l'esprit les paroles et les actes mémorables de Jésus-Christ à cet égard.

Ainsi la parfaite intelligence que Jésus-Christ avait dé lui-même, comme objet des Prophéties, dans la situation humainement la plus désespérée, est une prophétie sapêrieure à toutes les autres, et qui ne peut réellement venir que de leur divin objet ^

1. Jésus, dit M. Renan, n^hésile pas à se poser comme l'objet des Prophéties. « La Lof serd abolie; c^est Lut (jui l'abbhra. Le Messie est « venu; c'est Lui qui Test. Le royaume de Dieu va bientôt se révéler; • c'est par Lui qu'il se révélera. Il sait bien qu'il sera victime; maii

LÈS IPROPfiÊTIES. 275

MaisI, en extension des anciennes t>rophëtieà, iéèns- Gbrist en fait ttti-méiÉte de Nouvelles.

Elles sont nombreiiseâ, et on peut dire même que toutes seâ paroles ioilt des prophéties, puisque toutes se tapportetit au triomphe ultérietit* de sa Doctrine, que fout seihblait devoir étouffer à son berceau.

Ces prophéties de Jésus-Christ ne sont pas remarquées, et la cause en est dans ce qui précisément devrait le plus les faire remarquer : leur simplicité et leur etactitude.

Toutes les autres prophéties sont exprimées en termes pompeux, solennels, comme il convenait à la créature, aceidentellenient élevée à la confidence du Créateur. Celles de Jésus-Christ sont d'une simplicité qui échappe à Fattention, parce qu'elles parslissent dites elles-ihétnés en quelque sorte sans attention, et avec le naturel et Tabaiildon d'une intelligence qui ne vient pas d'apprendre immédiatement ee qu'elle révèle, mais qui le possède dans sa source et de science propre, parce c(iie c'est èïl^ même qui ¥û conçu comme elle doit l'exécuter. C'est l'auteur de l'événement qui en fait la prophétie aussi naturellement que nous annonçons le projet de faire uhe ehose atant de la faire. Seulement, ce (|ui fait qu*en Jésus- Christ c'est prophétie, c'est que la chose est un prodige.

Le second caractère des prophéties de Jésus-Christ, qui empêche de les remarquer, est la parfaite et rapide exactitude avec laquelle elles vont s'identifier à leur ac-

« le royaume de Dieu ne peut être conquis sans violence. Le Fils dd a THomme, après sa mortf viendra avec gloire, et ceux qui PauroiU < repoussé sèroitt eonrondus... Jésuâ le ppêinter osa dire qu'à partir tt de Lui, ou plutôt à partir de Jean, la Loi n^existait plus. Voilà « dans la pratique son acte de Maître^ et de Créateur. » {Vie de Je' sus, p. 22.)

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complissement, et comme se perdre dans leur triomphe. Et comme nous sommes placés au milieu de cet accom plissement, que nous y sommes plongés, qu'il nous paraît avoir toujours été, tant il est devenu naturel, nous en reportons la connaissance naturelle avant qu'il parût, et nous ne lui conservons pas Tintervalle de temps et surtout Tobstacle qui le séparait de lapropliélie.

A l'appui de ces observations nous ne citerons qu'un petit nombre d'exemples, laissant au lecteur le soin et le plaisir de découvrir lui-môme les autres; caries prophéties de Jésus-Christ sont si simples et si exactement jointes à l'événement, qu'il faut en effet lès découvrir, quoique, après les avoir découvertes, il soit impossible de méconnaître leur prodigieuse réalité.

» Ainsi, « Jésus, passant le long de la mer de Galilée, vit « Simon et André son frère qui jetaient leurs filets dans « la mer, car ils étaient pécheurs; et Jésus leur dit : Sui-

« VEZ-MOI, ET JE vous FER'AI DEVENIR PÊCHEURSD'hOMMES^»

Pour qui réfléchirait bien au caractère et à la force de cette prophétie, il y aurait de quoi le convertir tout d'un coup à la foi chrétienne.

Nous avons déjà prouvé la vérité de l'Évangile; cette vérité éclate partout; mais il nous semble que ce passage en est un trait bien marquant. Je tiens qu'il est moralement impossible, comme il est impossible à l'homme de s'élever de lui-même dans les airs, que les Évangélistcs aient inventé ce mot de Jésus-Christ, et le lui aient gratuitement prêté. Je tiens, par cela môme, que celui qui Ta dit était Dieu. Jamais il ne serait venu à la pensée de

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