Lettres de la Montagne^ t. XllI, p
culiers le seraient-ils? En quoi y aurait-il moins de ma- ' jesté à dire à un homme mort : Sors du tombeau^ qu'à dire au premier homme : Crois et multiplie? Oublie-t-on que les faits généraux de la création ne sont tels que par rapport à nous, et qu'ils ont été au commencement, comme ils seront toujours pour Dieu, des faits particuliers, des miracles, qui ne diffèrent des autres que parce qu'ils sont répétés? « Que je méprise ces philosophes, « s'écrie Bossuet, qui, mesurant les conseils de Dieu à « leurs peiisées , ne le font auteur cfue d'uni certain « ordre général , d'où le reste se développe comme il « peut! comme s'il avait à notre manière des vueâ gé- « nérales et confuses, et comme si la souveraine iùtelH- « gence pouvait ne pas comprendre dans ses desseîhs lès « choses particulières, qui seules subsistent vêf'iiabtè" « mental »
Remarquez que Rousseau part de te point qu'il y a eu une Révélation*, et qu'il lui assigne trois moyens ou caractères principaux, dont les deux premiers sont là beauté de ta doctrine et la vertu de ses disùipks... Nous verrons tout à l'heure le troisièine.
Mais qui ne voit le paralogisme ôû II vaî s'enfertnèr? car la Révélation n'étant nécessaire que parce que les hommes étaient aveugles et méchants, cet aveuglement devait les empêcher de voir dès l'abord la beauté de là doctrine, et cette méchanceté d'apprécier la vertu de ses disciples et de son auteur. Cette beauté dut paraître /ô/fe, cette vertu dut paraître crime; et la preuve qu'il eiî aétè ainsi, c'est la croix de Jésus-Christ, et les trois siècles de persécutions qui l'ont suivie. Loin d'être des moyens, ia
1. Oraison funèbre de Marie-Thérèse d'Autriche, 3« Lettres de la Montagne, i. Xlll, p. 85 a 90.
2U6 CnAPITRE V.
beauté de la doctrine et la vertu de ses disciples ont dû $tre dès Tabord des obstacles; et, loin de dispenser des miracles, elles les ont rendus plus nécessaires. Plus lard sans doute, quand elles ont eu porté leurs fruits, elles ont pu devenir des moyens; mais dans le principe, je le répèle, il est contradictoire en raisonnement, comme il est contraire au fait, que la beauté de la doctrine et la vertu de ses disciples aient suffi à la conversion de Tunivers.
Rousseau lui*méme est obligé de le reconnaître, et d'admettre enfin un troisième moyen. Ce troisième moyen est... les miracles. Mais aussitôt il les renvoie à Ta dresse dupeuple, incapable de raisonnements suivis^d'obsef" valions lentes et sûres ^ et en toute chose esclave des sens,.. La Bonté divine j dit-il, se prête aux faiblesses du vulgaire, et