‹ Études philosophiques sur le christianismeChapitre 96 sur 168 · Lettres de la Montagne^ édit. de 1793, t. KIII, p · texte numérisé non relu

Lettres de la Montagne^ édit. de 1793, t. KIII, p

ans, la vie de rhomme eût été de mille ans, ou que cette vie eût été immortelle, ou qu'après avoir quitté le corps elle y eût fait naturellement retour; que la procréation humaine se fît par la fepme seule ; que les corps ne fussent pas impénétrables ou pesants, etc. Tout cela aurait pu être; et alors ce sont les choses qui sont actuellement : la petite durée de la vie de l'homme, la mort, la génération par les deux sexes, la pesanteur, l'impénétrabilité, etc., qui, venant accidentellement à se produire, eussent été autant de miracles. Cet état actuel lui-môme, que nous appelons la nature, n'a été à l'origine que l'effet d'iln miracle, et du plus grand de tous les miracles, celui de IsiCréation, Sa conservation n'est encore qu'un miracle continuel, n'ayant d'autre principe et d'autre règle que la puissance et le bon plaisir de l'Être Souverain qui soutient ce grand ouvrage au-dessus du néant d'où il Va tiré. Après cela, tout le monde conçoit que ce que nous appelons miracle n'étant qu'une modification dans la création, c'est-à-dire qu'un moindre miracle dans ce grand miracle, sa possibilité ne saurait être mise en question. Il est manifeste que la même Puissance qui a créé, et qui en conservant crée tous les jours, peut modifier.

Mais si la Puissance de faire des miracles ne peut être contestée en elle-même, on se rejette sur la Providence de Dieu, qui s'oppose au dérangement de son œuvre. H serait en désaccord avec l'idée que nous devons nous faire de cette Providence, da supposer qu'elle ait besoin de retoucher à son œuvre, même pour un but supérieur. Ce que Dieu a fait a dû être bien fait dès l'origine, et être disposé en vue de ses diverses fins ultérieures. J Je me range entièrement à ce sentiment : aussi dis-je mi'en faisant des miracles Dieu ne dérange pas son œuvre,

ne retouche pas à son œuvre, mais seulement lui fait produire un effet préparé et concerté dès l'origine avec son œuvre même, et qui en fait partie : comme un législateur qui, en posant la régie, dispose en môme temps Texception. Ainsi, en créant la nature. Dieu pouvait la disposer autrement qu'elle n'est, et faire que ce qui est actuellement miraculeux fût naturel, et que ce qui est naturel fût miraculeux : par exemple, que la pesanteur ne fût pas une qualité naturelle des corps. Or, ce qu'il pouvait faire dès lors comme règle, il Ta fait des lors comme exception, devant éclater plus tard, et au moment donné pour le but qu'il se proposait. Cette exception est miracle pour nous, parce qu'elle est autre que la règle, et qu'elle ne se produit que dans son cours ; mais comme ce miracle remonte, dans la volonté qui l'opère, à l'établissement de la règle, c'est-à-dire, à l'époque où il n'y avait pas de règle, et où ce que nous appelons ainsi était le plus grand de tous les miracles, la Création, il n'est autre que celle-ci, mais seulement pour un cas particulier et ultérieur. Ainsi la Puissance et la Providence de Dieu se concilient parfaitement dans ce que nous appelons miracle.

Je ne prétends pas donner cette explication comme article de foi, bien qu'elle s'appuie sur les plus hautes données de la philosophie et de la Religion^; mais je veux faire voir seulement par là que les miracles ne choquent pas la raison, et qu'étant du reste prouvés en fait^

1 . Cette idée de préordination des miracles dans le plan général et primitif de la création semblerait s'appuyer en particulier sur cette parole remarquable de Jésus-Christ, au sujet de l'aveugle-né qu'il allait guérir : Cet homme n*e8t point né aveugle parce quHl a péché, ni ceux qui l^ont mis au monde; mais c'est afin QUE LES oeuvres DE Dieu PARAISSENT EN LUI. (Jean, chap, ix.)

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ils ne doiTent pas trouTer en nous de répugnance à les admeltre.

II. Les miracles ne sont donc contraires ni à la Puissance de Dieu ni à sa Providence : ils peuvent être. Mais ont-ils dû être? sont-ils dignes de sa Sagesse? La raison, qui conçoit déjà lenr possibilité^ adraet-elle égalementleur opportunité et leur convenance? C'est par là que Rousseau échappe à l'autorité des miracles; non qu'il donne aucune raison pour la combattre sur ce point, pas plus qu'il n'en avait donné pour l'établir sur celui qui précède; mais, dit-il, cette question est oiseuse : s'il pouvait y avoir quelque différence^ quant à la foi^ dans la manière (ty répondre, les plus grandes idées que nous puissions avoir de la sagesse et de la majesté divines sellaient pour la négativeK Cette manière d'insinuer l'erreur est leste; nous croyons avoir acquis le droit de ne pas nous en contenter.

Si l'on y réfléchit bien, on verra que les miracles étaient les seuls moyens de notifier aux hommes l'intervention du Créateur. •

Dans l'état naturel des choses, Dieu ne se révèle à nous que par ses œuvres; la création est son langage : il était donc conforme à ce premier état des choses que, voulant se révéler plus particulièrement à nous, il agit plus particulièrement comme créateur ; et comme, outre la nature déjà existante, il ne pouvait faire acte de créateur que par des actes surnaturels^ par des miracles, ces actes extraordinaires de création étaient les seuls moyens de révélation extraordinaire du créateur. Les faits gériéraux de la fcréation ne sont assurément indignes ni de la sagesse ni de la majesté de Dieu : pourquoi les faits parti-

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