E SES CAUSES ET DE SES EFFETS
Pourquoi, depuis dix ans , dix-sept combinaisons ministérielles se son le II es si rapidemen t succédé ? Esl-cc parce que Je roi qui règne sur nous en aurail systématiquement exclu les hommes politiques éminens, les grandes notabilités parlementaires, les hautes spécialités administratives ? Serait-il donc vrai qu’il eut, pour toutes les supériorités, l’éloignemeut que, l’opposition l’accuse d’éprouver ? L’iustabilité ministérielle serait-elle enfin le fait de la prérogative royale ? S’il en était ainsi , la situation, qui est grave, serait extrême; une nouvelle révolution serait imminente, inévitable, et c’est vainement qu’on s’efforcerait de la conjurer. Mais heureusement l’accusation est sans fondement comme sans bonne foi; et il suffit, pour la faire tomber, de publier les noms des illustrations et des notabilités à diflércns titres et à divers degrés, qui, depuis i 83 o, ont été successivement appelées au ministère.
En voici la liste par ordre alphabétique :
D’Argout.
Duc de Bassano.
Barthe.
Baron Bernard.
Bignon.
Bresson.
Duc de Broglie.
Ctinin-Gridaine.
Cubières.
Cousin.
Comte Ducb&tel.
Dufaure.
Baron Dupin.
Amiral Duperré.
Dupont (de l’Eure).
De Gasparin.
Gautier.
Maréchal Gérard.
Girod (de l’Ain).
Gouin.
Guizot.
Humann.
Amiral Jacob.
Jaubert
Maréchal Jourdan.
Laffitte.
Lacave-Laplagne.
Baron Louis.
Maréchal Maison.
Martin (du Nord).
Mérilhou.
Comte Molé.
Comte de Montalivet.
Maréchal Mortier.
Duc de Montebello.
H. Passy.
Parant.
Casimir Périer.
Pelet (de la Lozère).
Persil.
Rémusat.
Amiral de Rigny.
Amiral Rosamel.
Amiral Koussin.
Sauzet.
G énéral Schneider.
Général Sébastiani.
Maréchal Soult.
Teste.
Thiers.
Tupinier.
Villcmain.
Vivien.
Où sont donc les hommes éminens que le roi n’ait pas encore appelés à venir faire au gouvernement la preuve de leur capacité et l’application de leurs idées? Qu’on les nomme :
M. Dupin ; il a d abord cte ministre sans portefeuille et a refusé à plusieurs reprises le département de la justice et, les sceaux ;
M. de Lamartine; le moment où il devra être appelé a ouvrir à la politique une voie moins étroite et moins bailue est-il venu?
M. Mauguin; eût-il trouvé des collègues?
AI. Odilon-Barrot ; s’il était chargé de former un cabinet, parviendrait-il à le composer, et où serait sa majorité?
Le département de la guerre a été offert à plusieurs reprises à M. le maréchal Molitor et à RL le général de Caux, qui l'ont refusé,
MM- le maréchal Clauzel et le maréchal Vallée ont eu , l’un après l'autre, le gouvernement de nos possessions d’Afrique.
M- Guizot a été à diverses reprises ministre de l’intérieur et ministre de l’instruction publique.
M- Thiers a traversé les trois déparlemens du commerce ; de l'intérieur et des affaires étrangères; il a eu la présidence du conseil, à laquelle ont été successivement appelés MM, Laffitte, Casimir Périer, le duc de Dalmatie, le maréchal Gérard , le duc de Bassano, le duc de Trévise, le duc de Broglie, le comte Molé 8 ?
Qu'on essaie de citer un nom qui ait été oublié ou injustement exclus , une combinaison ministérielle compatible avec la majorité parlementaire qui n’ait pas été essayée, une supériorité qui ait été méconnue, enfin un concours utile dont le roi se soit volontairement privé, C’est une tâche qu’on entreprendrait vainement; l'opposition le sait bien ; aussi est-la ce qui fait la faiblesse de l’omnipotence parlementaire et la force de la prérogative royale.
Si L’instabilité ministérielle n'a pas en réalité la cause que lui attribuent la mauvaise foi des partis et l'injustice des ambitions personnelles, d’où vient-elle donc? De qui est-ce la faute et sur qui doit en retomber la grave responsabilité ?
C’est ce qu’il s’agit de rechercher :
Dans un gouvernement représentatif > la durée de chaque règne est représentée par un certain nombre de combinaisons ministérielles qu’il faut épuiser successivement, mais qu’on ne saurait impunément intervertir. Le nombre en varie nécessairement scion que l’époque est plus ou moins féconde en hommes politiques éminens , personnifiant en eux des tendances diverses, des intérêts différons, des systèmes distincts. L'ensemble de ces combinaisons ministérielles forme ce que nous appellerons l’échelle parlementaire , dont les deux points d’appui, en France, sont a l’extrémité inférieure la démocratie, à l’extrémité supérieure la royauté. En Angleterre, où il existe encore une aristocratie, cl aux États- Unis, où il n’y eut jamais de royauté, les points d’appui sont diffèrens. Mais ne nous occupons que de la France.
Plus le nombre des combinaisons ministérielles sera considérable et habilement gradué, et moins il y aura de risques que jamais la démocratie se heurte violemment à la royauté. La distance qui séparera l une de l’autre sera d’autant plus grande qu’entre clics deux se trouveront plus de degrés à franchir, plus d’idées à expérimenter, plus d’hommes appelés Naturellement à se succéder au pouvoir pour y faire prévaloir leur système. Ce que doit faire en France la royauté constitutionnelle ressort donc clairement de ce qui précède. Tout règne nouveau est une par-
t io qui veut, pou nôtre gagnée, qu'on ne s'écarte pas des règles prescrites, qui son t : — de se rendre strictement compio de ses ressources en hommes d ’ctal^dc n T cn jamais exposer qu'une seule à la fois; de ranger ceux qui en font la force, d'abord selon lotir couleur po(itique et dans l'ordre des nuances, ensuite selon leur valeur relative; de ne pas faire précéder ce qui doit suivre, de ne pas placer au premier rang qui ne saurait s'élever au-dessus du second, enfin de ne pis vouloir allier ce qui s'exclut. Ce qui équivaut h dire que tout ministère de coalition est une faute grave, qui ne se justifie par aucune circonstance, par aucune nécessité. Il n'y a point d'exemple d'un ministère de coalition qui, en définitive 5 n’ait affaibli la royauté constitutionnelle 7 et ajouté à la division parlementaire qu'il avait la prétention de faire cesser. Un cabinet est plus fort avec un seul chef qu’avec plusieurs , parce qu'il est plus libre. L’habileté n'est pas d’appeler les hommes d’état de premier ordre, nécessairement rivaux, à s'associer, mais à se succéder; a se partager le pouvoir, mais h l’exercer dans sa plénitude, chacun à son tour.
Les majorités factices et passagères qu’on parvient à créer à laide de ministères de coalition , ne font que rendre plus difficile la reconstitution des majorités réelles et durables. Ce qui est contraire à l’ordre et a la vérité ne saurait jamais produire que perturbation et mensonge.
Après qu’un ministère de coalition a succombé
dans sa tâche, brisé les transitions, porté le doute dans les convictions, le trouble dans les esprits, perverti l’opinion publique , l'ait de nuances diverses une couleur sans nom, que reste- 1 -il à la prérogative royale / — Une seule alternative :
Essayer d’hommes subalternes et de combinaisons bâtardes qui déconsidèrent le pouvoir, ou subir la loi de l’une des opinions extrêmes.
En toute circonstance, nous n’avons jamais cessé de nous élever et contre les cabinets bicéphales, et contre les cabinets sans tête; les uns et les autres nous paraissent également subversifs du principe des majorités consciencieuses et sincères.
Avec un cabinet qui n’a pas d’homogénéité, conciliez donc une majorité compacte ! Avec un cabinet composé de subalternes égaux entre eux , ralliez donc une majorité sortable qui n’ait pas honte d’cllcmême ! Cela n’est pas possible, et i! serait même fâcheux que cela le fût.
Une erreur commune à tous les ministres est de ejoite que les hommes politiques se personnifient dans une idée moins que dans un nom; que l’art de gouverner est surtout une question de dexlé- 11te, et que, par ce seul fait qu’on est parvenu à remplace i ses prédécesseurs, on u suffisamment prouve sa supériorité sur eux.
Il se peut qu il en soit ainsi dans les états où la volonté du monarque fait la loi, où l’on gouverne
dans le silence; mais il en est autrement dans les pays où règne la liberté de la presse et où les ministres sont appelés à défendre a la tribune législative tous les actes de leur administration* Dans les gouvernemens représentatifs , le ministère est une périlleuse épreuve, un dangereux défi, qui ne fait de grâce h aucun de ceux qui Pacceptent, Sl vous avez été sans justice pour vos prédécesseurs, si vous les avez renversés par P intrigue et la présomption, le même sort vous atteindra sans que vous puissiez vous y soustraire ni vous en plaindre* L’injustice, l’intrigue et la présomption ont pour elles la veille et le jour, mais elles n’ont pas le lendemain. Si donc vous ne faites pas mieux que ceux dont vous aurez pris la place, il vous sera demandé à quel titre vous vous en êtes emparé, et de quel droit vous prétendriez la garder* Vos prédécesseurs seront sans pitié, et vous serez sans force contre vos successeurs, Toute présomption veut être justifiée, c’cst là son châtiment ; car il se peut encore qu’on parvienne au pouvoir par Pintrigue, mais là où les prétentions exagérées sont librement discutées, on ne saurait s’y maintenir que par fa supériorité. Toute ambition est tenue de prouver sa légitimité. Ce qui précède expliqua assez pourquoi depuis iSSotant de cabinets se sont formés, et pourquoi ils ont duré si peu. C’est à tort qu’ils s’en prendraient de leur chute à d’autres qu’à eux-mêmes; jamais la majorité ne leur a manqué que par leur
laulc. La fragilité de ces cabinets, telle a été la vraie cause de leur instabilité, [[faut à tout ministère une M
raison d’ôtr-e, une nécessité de vivre ; c’esl-n-dirc ou une œuvre à entreprendre, ou une idée a féconder, ou une réforme à accomplir "ou un système à appliquer, ou une difficulté à vaincre, ou un parti à faîte triompher; or, si l’œuvre est mesquine, l’idée stérile, la réforme inopportune ou chimérique, le système inapplicable, la difficulté nulle ou invincible, le parti impuissant, il ne sera pas étonnant qu’un cabinet sans mission soit un cabinet sans durée.
On n’est pas digne du pouvoir quand on ne l’aime que pour soi, non pour lui; quand on ne le convoite que pour ses privilèges et scs vanités, non pour ses obstacles et ses devoirs. On devient ministre, mais on naît homme de gouvernement. Naître homme de gouvernement, c’est naître esclave de ses convictions et de ses idées, c’est leur appartenir tout entier, c’est ne trouver de bonheur que dans leur triomphe, de repos que dans le travail et la lutte; c’est n’avoir qu’une passion, celle des grandes entreprises; qu’une pensée, celle d’asservir ou d’émanciper les peuples, selon les lieux et les temps ; c’est vivre dans l’abnégation de soi-mème, c’est mourir martyr de son génie et de sa foi, usé par les veilles, brisé par fa plus cruelle des tortures, celle de ne voir exécuter que lentement, qu’imparfaite- h
ment ce qu’on a impatiemment et glorieusement
conçu, douloureux supplice à l’abri duquel sont les ambitieux vulgaires.
L’exactitude de ce qui vient d’être dit se démon- Lre par le tableau meme des dlx-sept combinaisons qui, depuis i83o, ont successivement fait passer cinquante-quatre ministres aux affaires. Entre tant de cabinets, voyez quels sont lq*s deux qui ont dure le plus long temps sans modification : ce sont ceux du i3 mars et du 1 5 avril. La raison de leur longévité comparée s’explique naturellement. Ils étaient tous deux homogènes, et avaient chacun une œuvre à accomplir : aussi, pour dissoudre 1 un, a-t-il failli la mort de M. Ecrier, et, pour renverser l’autre, tous les efforts d’une coalition monstrueuse. La lîésistance a fait la gloire du i3 mars, et la Clémence la force du t5 avril! Sans la mort subite de M. Périer, le i3 mars ne se fut dissous qu’après avoir achevé son oeuvre, et le i5 avril n’est tombé qu api'ès que l’amnistie eut produit lotis scs effets; encore ne fût-il pas tombé si, celte première tâche glorieusement remplie, il se lût empressé de s’en donner une autre. Ce qui i’a dissous , c’est plus encore l’inaction que la coalition.
Des ministres n’ont pas le choix entre le repos ou la retraite; pendant l’intervalle des sessions législatives, il faut qu’ils préparent les travaux qui.devront occuper sans relâche le parlement pendant tout le temps où il sera réuni, bien de plus dangereux que
do le laisser 1111 seul ïnslant désœuvré, car l'intrigue aussitôt s’en empare, cl il n’est plus alors qu’un moyen de lutter contre ses manœuvres, c’est de lui opposer celles de la corruption» Or, toute majorité que sc dispute ainsi l’intrigue d’une part, la corruption de l’autre, se débande et se démoralise bientôt; et dès qu’elle a honte d’ellc-incme, clic cesse d exister. C est la situation dans laquelle nous sommes tombes et d Ou il faut absolument que nous sortions*
Si, comme l’expérience ne Pa que trop évidemment démontre, la durée des cabinets est en raison de l’importance de la mission qu’ils ont reçue ou qu ils se sont donnée, il en faut conclure que le seul moyen de mettre un terme à l’instabilité ministerielle, qui a pour effet de déconsidérer le pouvoir en le faisant passer par un nombre trop considérable de mains ; c’est, ou de rendre le gouvernement plus simple, ou bien de trouver des ministres qui sachent faire du « grand », car il n’est pas vrai de dire que ce on ne fait pas du grand à volonté » lorsqu’on en porte en soi le sentiment, car il n’ést pas vrai de dire que « il n*jr a pas de grandes choses en question , » que « ilny a pas de grands principes enjeu . »
Une telle erreur ne doit pas s’accréditer, elle serait funeste ! Abaisser ainsi des ministres à l’état de simples expéditeurs des affaires courantes, c’est faire du pouvoir ta proie de l’intrigue et l’apanage de
toutes les médiocrités ambitieuses , c’est en grossir la foule déjà si considérable, c’est admettre Foutrecuidance de ses prétentions et reconnaître la légitimité de ses droits, c’est briser la dernière barrière qui sépare la royauté de la multitude, c’est enfin proclamer qu’en France la monarchie a fait sou temps et que le règne est arrivé de la démocratie sans opposition et sans partage.
„ Jamais , non jamais, le National n’a fait du gouvernement qu’il attaque une satire aussi violente que celle qui se trouve dans les trois lignes du Journal des Débats qui servent d’épigraphe à ces réflexions ; s’il était vrai que rien de grand ne fût plus possible au pouvoir, et si nous avions cette conviction , désormais ce n’est plus avec ses partisans que nous serions, mais avec ses adversaires. L’impuissance organisée, quelque nom qu’elle emprunte, ne nous aura jamais pour soutien. Mais heureusement il n’en est pas ainsi que le pense le Journal des Débats : il est encore de grandes choses en question, de grands principes en jeu, et n’en fût-il plus, qu’il serait imprudent de l’avouer dans F intérêt et pour l’honneur du pouvoir qu’on défend.
Le pouvoir n’existe que par ses œuvres ; si donc elles sont grandes , il sera fort et honoré; si elles sont médiocres, il sera faible et méprisé. Le pouvoir qui ne tente rien n’est pas le pouvoir ; toute influence , tout prestige, toute autorité l’abandonnent; ii n’existe plus alors que de nom; il n’est
plus qu’un coffre transparent où les contribuables voient avec humeur des commis puiser avec avidité*
Vouloir gouverner sans idées est la plus chimérique des entreprises , la plus dangereuse des expériences ; et quand un pays en est: réduit à cette honteuse extrémité , il n’a plus qu’à faire tuer sur un champ de bataille ceux dont l’ardente imagination n'a pu trouver d’emploi ; la guerre est alors la seule ressource qui reste à un gouvernement de reconquérir l’autorité par la gloire,
Le pouvoir qui s’abaisse, loin do devenir plus facile à exercer, voit, au contraire , pulluler autour de lui les obstacles, les exigences, les intrigues, les résistances, les, tyrannies, les rivalités ; aussi est-il vrai de dire que, pour un gouvernement, les plus t
difficiles à accomplir sont, non les grandes choses, mais les petites ; or* le seul moyen qu’il ait de s'affranchir des petites, c’est de s’élever au-dessus d’elles par les grandes; et quoi qu'on en ait pu dire 5 à aucune époque peut être il n’v eut plus de grandes choses en question , plus de grands principes en jeu; c'est justement parce que tes ministres n'osent pas les aborder qu'ils durent si peu, que les majorités se corrompent et s’éparpillent ; il faut aux majorités une idée autour de laquelle elles puissent se rallier, un principe qu’elles aient à défendre, une œuvre à laquelle elles soient glorieuses de s'associer, Médiocrité ministérielle et immoralité poli- ^
tique sont synonymes. Plutôt que de ne lien oser,
j[ vaudrait mieux qu’un gouvernement osât trop : le danger serait moindre, car il n’en est pas de plus grand que de laisser les esprits et les bras inoccupés, et plus encore les esprits que les bras. D’ailleurs, quoi que puisse entreprendre en temps de paix un gouvernement , jamais il ne donnera autant au hasard qu’il le fait par une guerre , que cependant le plus léger prétexte, une collision non préméditée , un mot ou un geste injurieux échappés à l’emportement, un intérêt douteux, un sentiment irrélléchi, suffisent souvent pour faire éclater. Étrange contradiction qui s’explique ainsi :—Les gouvernemensne savent se résoudre à faire que ce qu’ils ont fait déjà; ce qui ne veut .pas dire que c’est la prudence qui les dirige, mais la routine; or, la guerre est pour eux une routine , et la paix n’est pas encore un système. Ils dépenseront un milliard pour une conquête incertaine ou inutile ; ils ne hasarderont pas un million sur une idée qui sera neuve et qui promettra d’être féconde. Les gouVernemens se perdent ainsi par leur immobilité ; trop faibles pour arrêter les nations dans leur marche , ils les laissent errer , et s’exposent à se voir un jour entièrement abandonnés par elles.
La paix, qui est uu bienfait pour les peuples, devient , lorsqu’elle se prolonge, — particulièrement dans les états où la liberté de la presse a déjà fondé son empire, — un obstacle pour les gouverne mens dont pcut-êlre ils ne se rendent pas assez exacte-
nient compte. La paix , qui fait poser les armes à l’esprit de conquête, les fait prendre à l’esprit d’égalité. Aux rivalités de nations succèdent alors les rivalités de principes.
Systématiser la paix , c’est-à-dire utiliser avec habileté les forces qu’elle produit avec abondance; contenir, sans les opprimer, les esprits qu’elle met en fermentation; satisfaire les besoins qu’elle fait naître, n’est-ce donc pas là une grande chose en question ?
La démocratie est-elle donc déjà souveraine, qu’il n’y ait plus de grands principes en jeu?
Ce qui existe est-il donc ce qu’on saurait imaginer de mieux, qu’il n’y ait plus qu’à le conserver religieusement ?
Ce sont là des illusions que nous avons le regret de ne pas partager.
Il nous paraît que ce ne sont pas les grandes clioses qui manquent aux hommes, mais les hommes qui manquent aux grandes choses.
La durée de la paix et la liberté de la presse concourent énergiquement au développement de la démocratie ;
La démocratie est une force dont il reste à trouver les lois ; ce n’est plus à lui résister qu’il faut penser, mais à la constituer. S’en occupe-t-on?
Dans cet ordre d’idées presque tout serait à faire, tout est à revoir.
L’anarchie est dans nos lois; n’y peut-on mettre un terme?
Le pouvoir exécutif est un poids trop lourd qui écrase tous ceux qui le veulent porter; ne peut-on l’alléger et lui donner l’unité d’action qui lui manque ?
Les gouvernemens et les peuples ont une défiance mutuelle qui leur est également préjudiciable ; ne peut-on la faire cesser et mettre fin à leur funeste antagonisme?
L’élection exercée comme un droit politique dégénère en abus; ne peut-on l’élever au rang de fonction sociale ?
L’instruction départie au peuple dans une certaine mesure est devenue une nécessité de gouvernement; elle est encore facultative; ne peut-on la rendre obligatoire?
La liberté de la presse fait plus de mal que de bien ; ne peut-on obtenir le résultat contraire ?
Les impôts établis sont perçus avec peine ; ne peut-on faire qu’ils soient acquittés avec empressement ?
L’administration publique, instituée pour d’autres temps, arrête par ses complications tout ce qu’elle centralise; ne peut-on la simplifier?
La science économique existe dans les livres ; ne peut-on la faire passer dans les faits?
La concurrence finit par détruire tout ce qu’elle fonde; ne peut-on concevoir un système qui lui permette de tout fonder et l’empêche de rien détruire?
La mutualité n’a encore été appliquée qu’à Passurance de certains risques ;ne pcut-on lui donner une nouvelle extension dont le résultat serait la fondation d’un nouvel ordre social inaccessible aux révolutions?
La société est menacée dans son repos par j’jnyigination ardente d’hommes qui s’empresseraient de quitter l’ornière profonde des théories anarchiques et des critiques subversives pour se frayer la roule neuve, large et sans fin des réformes utiles et des améliorations praticables , s’ils avaient intérêt h perfectionner ce qu’ils ne s’occupent aujourd’hui qu’à détruire; ne peut-on établir en principe (pie les auteurs d’une amélioration administrative, financière ou fiscale, reconnue telle par le gouvernement, profileront concurremment avec lui d’une partie des avantages résultant de son adoption?
Ne sont-ce pas là — très-sommairement et trèsincomplétemcnl énoncées—de graves questions qui immortaliseraient le ministre qui saurait les résoudre ?
Mais le pouvoir est' un but d’où les idées vous éloignent et où les passions.seules vous conduisent.
Tout ce qui a le caractère, meme équivoque , de la grandeur, de l’unité, de la durée, de la prévoyance, nous fait peur; nous ne sommes occupes qu’à tout réduira, qu’à tout diviser, sans nous apercevoir que c’est*cela qui nous dégrade et qui nous perd. Nous oublions trop que nous sommes un grand peuple.
Nous mêlions dix années a faire dix lieues de chemin de fer ;
Quand nous avons fini, une roule par une extrémité , elle est devenue impraticable par l’autre ;
Nous attendons, pour utiliser le crédit dont nous jouissons, que nous l’ayons perdu. Nous pourrions nous enrichir et nous libérer par Pemprunq nous attendons, pour y recourir, qu’il nous ruine et nous écrase ;
Nous voudrions provoquer une guerre ou une révolution, que nous n’agirions pas autrement ;
Nous faisons du pouvoir là où souvent il faudrait (aire de la liberté, et de la liberté là où il faudrait faire du pouvoir ;
Nos résistances et nos concessions enfin sont également irréfléchies et imprudentes.
Toutefois , Pété va tien de la paix et de la liberté au-dessus de la guerre et de la gloire est une pensée qui honorera dans l’histoire le roi, qui ne nous gouverne pas ; cette pensée Peul fait l’égal des plus grands souverains, s'il sc fût rencontré sous son règne un grand ministre qui la comprît et qui la fécondât ! Mais comment se serait-il trouvé? — Tout le inonde aspire au pouvoir, personne ne s’v prépare; on fait tout pour y parvenir, on ne fait rien pour y reste iv
Ainsi s’expliquent, par l’insuffisance des ministres, rinstabilitc des cabinets^et Pomnïpoîence des chambres, l’abaissement des pouvoirs politiques et PéparpïUerncnt des majorités parlementaires*
Les deux tableaux suîvans présentent la liste complète des ministres depuis juillet i 83 o jusqu’au 1" novembre 1841 ; le premier dorme le relevé du nombre exact de jours que chacun d’eux a gardé le département qui lui avait été confié; le second montre que toutes les combinaisons les plus variées, les plus ingénieuses, les plus forcées même , ont été épuisées sans rien fonder de solide ni de durable ; ce qui prouve manifestement qu’il y a des vices graves dans la distribution du pouvoir exécutif et dans l’établissement de ses rapports avec le pouvoir législatif.
Présidence du conseii.
mm.
LAFFITTE, 2 novembre 1830,133 jours,
CASIMIR FÉRIER, 13 ma» 1831, 577 jours
SOTJLT (maréch.), 11 octobre 1832, 539 jours.
Gérard (maréch.), 13 juillet 1834,
124 jours.
b A ss a no ? 10 novembre, fl jours.
mortier (maréchal), lâ novemb.,
MM
dupont {de l'Eure), du 3 J juillet au 26 décembre 1830 (148 jours).
Mérilhoü, du 27 décembre 1830 au 7 ma*s 1831 (76 jours).
DARTRE, du 13 mars 1831 au 31 mars 1839 (2,295 jours). *
persil, du4avril 1834 au 15 avril 1837 (458 jours).
SAUZET, du 22 février au G sep-
MM
BROGLiE (duc de), 12 mars 1835, 346 jours.
THIe^rs, 22 févr. 1835, 195 jours.
mole (comte), 6 sept. 1838, 221 jours.
MGLÉ (comte), 15 avril 1837, 715 jours.
soult (maréchal), 12 mai 1839.
Thïers, ldinars 1840,241 jours,
SOULT (maréchal), 29 octobre ! 84O (en exercice).
MM
tembre 1836 ( 195 jours).
Girod (de l'Ain), du 31 mars 1839 au 12 mai suivant (42 jours).
teste, du 12 mai 1839 au 29 février 1849 (294 jours).
VIVIEN,du pr mars ï au octobre suivant (241 jours), Martin (du Nord), du 29 octobre 1840 (en exercice).
à /J aires étrangères.
MM
BIGNON (baron), du 29 juillet au 2 août 1830 (5 jours),
Jourdan (maréchal), du 3 au 10 août 1830 (7 jours), noué (comte), du 11 août 1830 au 31 mars 1839 (936 jours), maison (maréchal), du 2 au 16 novembre 1830 (14 jours), SÉBASTIANI (comte), du 12 nov.
1330 au 11 oct. 1832 (708 jours).
BROGLIE (duc de), du II oct. 1832 au 22 fév. 1836 (1003 jouis).
MM
rïgny (vice-amiral de), du 4 avril au 10 novemb. 1834(229 jours), thiers , du 22 février au 0 sept.
MONTEE ELL O J du 31 mars J 839 au 12 mai suiv. (42 jours), soûl T (maréchal), du 42 mai 1839 au 29 février 1840(294 jours), THlEtts, du 1 er mars au 28 octobre 1840 (241 jours),
guizot , du 29 octobre 1840 (en
exercice).
intérieur ,
MM
guizot , du 11 août au 2 novemb.
1830 (82 jours)*
mont ali VET (comte de),du 2 nov,
1830 au 31 mars 18 39 ( 104 ljours).
Casimir fêbier, du 13 mars
1831 au 11 oct. 1832 (577 jours).
tiiiers , du 11 octobre 1832 au 6
septembre 1836 (773 jours).
r\argocjt (comte), du l Er janvier 1833 au 4 avril 1834 (459 jours).
MM
dassanû (duc de), du 10 au t8 novembre 1834 (8 jours), GASPARÏN, du 6 septembre 1836 au 12 mai 1839 (263 jours), bûcha TEL, du 12 mai 1839 au 29 février 1840 (294 jours).
RÉ MUSAT, du 1 er mars au 28 octobre 1840 (241 jours).
DUCHATEL , du 29 Octobre 1840 (en exercice).
Commerce et Travaux publies.
MM
RARGOUT (comte), du 13 mars 1831 au 5 fév. 1J36 (1105 jours), th i ers, du 25 décembre 1832 au 4 avril 1834 (459 jours),
BUC H AXEL , du 4 avril au 10 novembre 1834 (229 jours).
teste , du 10 au 18 novemb, 1834 (8 juürs).
P Ass Y, du 22 février 1836 au 6
MM
septembre su î van t ( 19 5 j ou rs ).
Martin (duNord), du 6 sept. 1836 au 31 mars 1839 (936 jours).
CUJYIN-GRIDAINE, du 12 mai 1839 au 29 février 1840 (294 jours).
gouin , du t tr mars au 28 octobre 1840 (241 jours).
cuningri daine, du 29 octobre 1840 (en exercice).
Travaux publics .
MM
DUFAURB, du 12 mai 1839 au 29 février 1840 (294 jours), jA ubert , du l ç r mars 1840 au
MM
28 octobre suivant ( 241 jours), teste , du 29 octobre 1840 (en exercice).
f us t rue tio i i pubiique.
MM
BIGNON (baron), «lu 3 au H août 1830 (8 jours),
BROGLiE (duc de), du 1ï août au 2 novembre 1830 (82 jours).
mérilhou ( (lu 2 novembre au 27 décembre 1830 {5$ jours).
ïiARTHE , (lu 26 décembre 1 830 au 13 mars f 831 (76 jours), monta uivet (comte de) , du 13 mars f 831 au H octobre 1832 (577 jours).
GUIZOT, du 11 octobre 1832 au 15 avril 1837 (1453 jours). Intérim du 10 au 18 novembre 1834 ,
MM
M. 5AUZET, M. TESTE,
PE LE T (de la Lozère), du 22 lévrier au G septembre 1836 (195
salvandy (de), du 15 avril 1837 au 31 mars 1839 (715 jours).
PARANT, du 31 mars 1839 au 12 mai suivant (42 jours), viixemain , du 12 mai 1839 au 29 février 1840 (294 joui s).
COUSIN, du 1 er mars 1840 au 28 octobre suivant(241 jours), VlLLEMAIN, du 29 octobre 1840 (en exercice).
Guerre .
MM
GÉRARD (comte) , du 11 août au 10 novembre t 834 f20G jours).
soult (maréchal), du 2 novembre 1 830 au 10 novembre 1834(1347 jours).
BERNARD (baron), du 10 au 31 mars 1839 (944 jours).
mortier (maréchal), du 18 novembre 1834 au 12 mars 1835 (123 jours).
MM
maison (marécb.),du 12 mars 1S35 au 6 septembre 1856 (841 jours), des F ans-ci] Ri è RE s, du 51 mars au 12 mai 1859 (42 jours).
SCHNEIDER / du 12 mai 1859 au 29 février 1840 (294 jours), eu bières j du 1 er mars 1840 au 28 octobre suivant (241 jours).
SOULT (maréchal), du 29 octobre 1840 (en‘exercice).
Marine et e&tonies.
MM
sèbastiant (comte), du 11 août au 2 nov. 1850 (82 jours),
D ARGQUT (comte), du 2 novembre 1850 au 15 mars 1851 (131 jours).
ÏUGWY (vice-amiral de), du 13 mars 1851 au 13 mars 1855 (1234 jours.
JACOB (eom!e) ^ du 19 mai au 10 novembre 1354 (239 jours),
CH. ih pin (baron), du 10 au 18 novembre 1854 (8 joins).
du ferré (baron), du 12 mais
MM
1835 au 12 mai 1839 (541 jours) en exercice.
KOSAMEL ( vicomte ), du 6 septembre 1836 au 31 mars 1859 (936 jours).
tupinïer , du 51 mars au 12 mai
1839 (42 jours).
duperrÉ (baron), du 12 mai 1839 au 29 février 1S40 (294 jours), ROUSSI N (amiral), du l* r mars 1840 au 28 octobre suivant (241 jours) .
IïUPERRé (amiral), du 29 octobre
1840 (en exercice).
C lfi 7 )
Finances
MM
LOUIS (baron), du 30 juillet 1830 au H octobre 1832 (672 jours), LAFFITTE» du 2 novembre 1830 au 13 mars ï 831, (131 jours),
H Umax iv , du U octobre 1332 au 3 février 1336 (1216 jours),
F ASS Y, du 10 au (8 novembre 1834 (8 jours). Du 12 mai 1838 (en exercice).
d'au GO fj r (comte), du 3 février au 6 septembre 1836 (211 jours).
ruciiatel , du 6 septembre 1836
MM
au 13 avril 1837 (221 jours),
LAÇAVE - LAPLAGNE , du 13 avril 1837 au 31 mars 1839 (713 jours),
Gautier , du 31 mars au 1?. mai
passa, du 12 mai 1839 au 29 février 1810 {294 jours).
felet (de la Lozère), du 1 er mars au 28 octobre 1840 (2 41 jours), IIUMANjV , du 29 octobre 1810 (en exercice)*