‹ Etudes politiques (volume 2)Chapitre 32 sur 53 · P, LEBLANC · texte numérisé non relu

P, LEBLANC

Taris } 28 mai 1841 *

« J’ai lu avec empressement vos Études politiques que vous avez eu la bonté de m'envoyer ; elles mVmt appris que la plupart des idées que j'ai émises dans ma notice sur l’emploi de l'armée aux travaux publies vous appartiennent par droit de priorité.

w Enseveli comme je l'ai été pendant plus de trois ans dans le fond de la Rasse-jlrdagnc, il n'est pas étonnant que je ne les aie point connues plus tôt; cependant, pour me punir d'avoir présenté tous le patronage d’un nom obscur , aux ingénieurs mes collègues, qui seront probablement les seuls acheteurs de mou livre, un système que je pouvais appuyer de l'autorité du vôtre, je me condamne à leur envoyer moi-mème votre excellente brochuresi par hasard ils ue la connaissent pas,

» Je ne regrette pas moins vivement cette circonstance ; car, au lieu d'esquisser les principaux traits d'un système que je crois bon moins bien que vous ne l'aviez l'ait vous-méme, je me serais borné à faire cnn* naître comment je l'avais appliqué à peu près, en ergiinisant des compagnies de tenya Meurs h la Roche-Bernard, quels résultats j’avais obtenus et comment, enfin, je voulais également l’essayer dans les travaux des fortifications de Paris ; nous serions alors restés tous deux dans notre rôle, vous homme d'imagination, moi homme d'exécution ; vous la tète, et mot le bras, »

T* LEIJLAYe*

Réflexions sur i te système, actuel d’adjudication des grands travaux } et sur tes moyens d'y empfoyer l’année {!),

La construction. du pont de U ttoehc-Bcmaril m’a fourni

(t) Description d*nt i pont suspendu construit à la Hoche-Bernard , par B. Lvnrvsc, ïngéircur en chef des ponts et chaussées ; 1841.

roccasion d’étudier deux questions importantes pour l'exécution des travaux publics : je veux parler du système des grandes adjudications passées à un entrepreneur général, et de la coopération de l'année.

»Dans Tarticlc qu'il a publié dans le numéro des Annales de janvier 1840, M. Collîgnon a fait connaître que l'emploi des troupes aux travaux des routes stratégiques de la Mayenne n’avait pas produit des résultats aussi avantageux qu'on l’espérait, puisqu’il eût fallu réduire à 0,41 c. en 1835, et à 0,214 m* eu 1836, le montant de la rétribution à accorder à chaque soldat travailleur, pour qu'il n'y eût ni profit ni perle pour l'ihal h les employer ; il remarque en même temps que ces soldats ont produit moins de travail, dans un temps donné, que les ouvriers ordinaires.

» J’ai employé des ouvriers militaires h la Roche-Bernard ; la composition du personnel de mon atelier était différente de celle des ateliers de M. Collignon , et j'ai obtenu des résultats différons pour la quantité et la qualité du travail produit; mais son organisation était à peu près la même, et les résultats, sous le rapport financier, quoique un peu meilleurs que les siens, n’ont pas été parfaitement satrsfaisans. Bien loin d’être forcé de conclure de cette dernière circonstance, comme M v Collignon, que le peu d'avantages qu'on peut retirer de l’emploi de l'armée aux travaux publics ne mérite pas qu’on modifie son organisation, ne m'est-il pas permis de soupçonner, an contraire, que c'est son organisation actuelle gui s r op-> pose à ce gu'on en obtienne de plus grands ?

» Avant de développer mes idées à cet égard , je dois entrer dans quelques détails sur les résultats de l’emploi des ouvriers militaires à la Roche-Bernard.

* Deux détachemens, l'un du 7* de ligne, composé de 130 hommes ; 1 autre du 20*, composé de 100 hommes, ont été employés aux travaux du pont pendant les campagnes de 183?

et 1838 ; ils étaient commandés par un capitaine, quatre lieutenans ou sous-lieuteoans, deux sergens-majors et six sergens; je ne compte pas les caporaux, qui travaillaient comme les soldats.

» Tous les travailleurs avaient été choisis parmi {es hommes de bonne volonté des deux régîmeos ; c’est dire assez qu’on ne rencontrait parmi eux presque aucun cordonnier, tailleur, bijoutier, et autres hommes a état sédentaire, étrangers au maniement de la pelle ou de la pioche (1),

(l) Tous les ingénieurs qui ont dirigé des ateliers de charité pour employer les ouvriers des manufactures d’étoffes sans ouvrage, ont pu reconnaître qu'avec la meilleure volonté du monde, ces ouvriers ne produisent que peu de travail, tandis que ceux habitués aux travaux delà campagne en produisent bien davantage.

A Lyon, pendant t'iiivcr de 1836 à 1837, j'ai obtenu quelques passables résultats du travail de plus de trois mille ouvriers en soie qu'on avait mis à ma disposition ; mais je ne tes ai dus qu'à une organisation particulière que j'avais donnée à mes ateliers.

J’avais d'abord choisi pour eux un travail facile : la construction de la digue de ceinture des Bioiteaux, exécutée avec des remblais pris dans tle la terre végétale ou sablonneuse d’une facile extraction.

J’avais fait prévenir les ouvriers que je ne les recevrais que lorsqu'ils se seraient formés en brigades de vingt à trente hommes, en se choisissant entre eux.

Quand une brigade ainsi Tonnée se présentait, je lui faisais élire son chef, et lui faisais tracer sur le terrain un espace où elle devait prendre la terre du remblai,

A la fin de chaque semaine, je faisais afficher sur la porte de la ferme delà Télé - d’Or, où j'avais établi mon bureau, le nombre des mètres cubes extraits par chaque brigade et la somme totale qu'elle avait gagnée, avec le prix de la journée pour la semaine qui en était la conséquence.

J’avais eu soin de donner au mètre cube un prix plus élevé d’un cinquième que celui indiqué au projet.

Je payais la somme gagnée par chaque brigade entre les mains de son chef, qui se chargeait de la dUrihuer aux ouvriers.

» Ces soldats ont été d’excellens manœuvres ; non-seulement ils ont produit plus de travail que les ouvriers civils , mais encore ils leur ont donné do l'émulation , et surtout les ont em^ péchés, par leur exemple, do perdre du temps en causeries, car les Süu s-officiers n'auraient pas permis aux soldats de remployer de cette manière» (1).

» Quant au résultat financier, en faisant abstraction du travail produit, il n'a pas élé très favorable»

» Tour ne pas opérer sur de trop grands nombres, je ne considérerai que le travail d'un mois, et je choisirai celui de juin 1838, qui est un de ceux qui donnent des résultats moyens»

» Tendant ce mois le total des journées des ouvriers militaires s’est élevé a... 1\,IZ6 f,

L'émulation que cette organisation leur donnait, f inspection mutuelle des» ouvriers de chaque brigade les uns sur les autres (l'ouvrier plus paresseux ou plus malhabile que ses camarades était bientôt expulsé par eux) » la confiance qu’ils avaient dans des chefs immédiats de leu*' choix (et il était important de leur en donner dans une ville comme Lyon, où il existe tant de défiance contre l'administration), les faisaient travailler avec une ardeur que j’ai rarement remarquée chez les ouvriers ordinaires ; cependant les hommes composant la brigade la mieux choisie, dans un pays où la joui née ordinaire de manœuvre est de 2 fr», n’ont pas gagné plus de 2 fr 50 c» ; la plupart n’ont gagné que 1 fr. 50 c, h I fr. 8û c. et souvent Üs avaient les mains tellement pleines (Tampon les, qu’ils étaient forcés d’abandonner les travaux.

(I) Les sous-officiers ne commandaient qu’aux soldats : quoique les contre-mal h es de l'enlrepreneur eussent le droit de leur donner des ordres, cependant ils employaient ordinairement F intermédiaire des souf> officiers, car ces soldats étaient très-susceptibles, et s'offensaient souvent des paroles, quelque peu dures qu’elles fussent, des contre * maîtres : les appels même se taisaient séparément pour les ouvriers militaires et civils; ces derniers consentaient bien à être soumis aux formes militaires , mais ils ne voulaient pas que les sous-officiers eussent l'air d'être leurs supérieurs.

L'entrepreneur (!) a payé pour chacune (Telles 1 fr.

e,, ce qui fait une somme de * ■ . « . *

Mais il a eu à payer en outre ;

1” Traitement de cinq officiels a G5 fr.

Traitement de deux serge us majors à 30 1 [i\ . . -

uy

Traitement de six sergents a 43 fr. (2). , .

4° Frais de route pour l'arrivée et le départ des deux détacliemen3, dont le dixième est de (3), , ,

5° Salaire de deux cuisiniers pour un mois , a raison de 2GÛ fr. par an.

6° Location d’ambulance à raison de l&Û fr. par an.

7° Installation de râteliers d'armes, tables à manger* gamelles, cruches et chaudières * à raison de fr.

oo

8° Fourniture de bois pour la cuisine, .... *

ÜQ

9 & Fourniture de lits pour la salle de police. . .

10° Coucher de 20 G hommes seulement en ville, à raison de 10 c. par homme et par nuit, . , *

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