EN SUÈDE
paye. Chaque soldat suédois a son champ ; il peut donc, dans le temps où il est libre de service, se faire autoriser par ses supérieurs à travailler pour lui-même ou pour d'autres; et l'ouvrage ne lui manquera pas, car les militaires sont connus pour être les travailleurs les plus habiles du pays et toujours préférés aux autres ouvriers.
» Au reste, ces troupes sont organisées comme les régimens enrôlés, et sont commandées, dans le travail, par leurs propres officiers. Lors de Texéculion du canal de Gœtba , les officiers ont veillé non-seulement à la discipline , mais aussi à l'emploi de leur salaire {œconomie). L'entreprise du canal fournissait des vivres aux troupes à des prix fixés, tous les ans, par le roi, et qui étaient calculés de manière que leur nourriture n'absorbât que la moitié de leur gain. Un certain nombre d'heures par semaine étaient consacrées à l'exercice des armes. Pendant les 22 années qu'a duré la construction du canal, un grand nom* bre d'excellens ouvriers ont été formés dans l'armée, et on a trouvé des soldats dont la docilité et l'aptitude ont excité l'admiration des contre-maîtres anglais. »
Extrait du rapport fait au nom de ta commission cha/rgée de i'exam^en du projet de ioi concernant V appel de 80,000 hommes de ia classe de 1840, par M. le lieutenant-générai Durrieu , député.
« Ce qui peut donner lieu à certaines pertes
c'est, en grande partie, la réunion obligée, dans un même bâtiment , dans une même chambre , d'un grand nombre d'hommes ; c'est notre peu de goût pour le service de paix , pour les exercices monotones et incessants , et pourtant nécessaires; c'est la première répugnance des jeunes recrues, qui tous obéissent parfûtement, mais dont un certain nombre incline plus ou moins à la nostalgie; c'est, enfin, il faut le dire aussi , l'oisiveté militaire , qui , malgré le service et les exer-
ticës , laisse beaucoup de temps sans emploi , et qui tonrM parfms à l'ennui , à l'intempérance , aux vices des villai et à des maladies. Les armes spéciales de rartillerie et du génie , où l'on s'exerce autant ^ ou plus , pour le service ordinaire , mais où l'on s'applique beaucoup à des travaux qui entreiieti* nent la force et la santé , ont généralement moins de malades que Finfanterie et la cavalerie.
to C'est donc du travail qu'il faudrait donner, surtout à l'in*^ fanterie , dont tes soldats vivent beaucoup trop sans rien faire. Trouver et constituer un bon moyen de diminuer leui*s loisit^, en y comprenant, bien entendu, et au premier rang, l'iustruetion primaire j serait une autre grande amélioi*ation de notre régime militaire. Les mœurs, la santé, le bien-être et le contentemeUt personnels y gagneraient ; l'économie des hommes et l'esprit de l'armée y gagneraient aussi : les généreuses inquiétudes ma-^ nifestées sur nos pertes se calmeraient et se changeraient en satisfaction.
» Il faudrait peut-être profiter de la réforme proposée de la loi organique du recrutement de l'armée, pour y introduire une disposition qui déterminât , par quelques mots, les devoirs généraux imposés à l'armée. On se borne à imposer huit ans de service. Ce service est convenu, dit-on, pour la paix et pour la guerre. Mais pourtant, lorsqu'on a voulu employer nos troupes d'infanterie à des travaux de routes qu'on appelait même stratégiques, on a rencontré des répugnances , spécieuses sans doute, mais manifestées par quelques soldats, par des officiers, par des généraux, qui pensaient que c'était déroger à la dignité des armes que de manier en même temps ta bêche roturière, qui s'est pourtant ennoblie aussi depuis que l'industrie agricole a pris sa part de la considération et des récompenses publiques. On a allégué , d'ailleurs , que les règlcmens en vigueur n'autorisaient pas positivement cet emploi des troupes. Cependant les troupes les plus laborieuses sont toujours les meilleures.
» Et d'ailleurs nos soldats 9 provenant, pour la plupart ^ de l'agriculture et retournant à l'agriculture ^ conserveraient ainsi les habitudes du travail , dont lis apprendraient à perfectionner les façons en voyant d'autres usages. Le gain qu'ils feraient pendant qu'ils sont au service entrerait en partie dans les caisses d'épargne , très-heureusement établies dans nos régimens, où elles moraliseront nos militaires, comme elles moralisent déjà nos ouvriers citoyens. Généralement, les soldats qui servent le n)ieux sont les plus sobres, les plus économes, les moins oisifs. »
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