DISPOSITIONS PÉNALES
(Ce titre consisterait dans la reproduction du titre IV de la loi de (S38. Si, comme je le suppose» Texpérieiice démontrait l'ioutilité de conserver le titre II de cette loi , la sappressiou du titre IV en serait la conséquence naturelle. £n introduisant dans mon projet les titres II et IV de la lui de 1833 , J'ai voula flUre preava qi^ Je n'Avaia apporté dans sa rédaction aucun esprit absolu.)
Une ordonnance royale portant établissement de la caisse d'épargne dont j*aî parlé et déterminant le système d'accumulation et de capitalisation des versemens , les bases de la comptabilité , les cas mortuaires où la caisse hériterait des dépôts, ceux où elle profilerait et des retenues faites sur la paye des soldats et du produit des condamnations à un certain nombre de jours de travail encourues pour causes d'insubordination ou d'inconduite, enfin statuant sur la liquidation des pensioas d'officiers et sur la remise du pécule des soldats ; puis un règlement disciplinaire, rédigé dans le même esprit, c'està-dire ne condamnant plus les délinquans au désœuy vrement, mais à un travail qui profilerait au fonds commun, compléteraient ce nouveau système de recrutement volontaire qui consisterait :
A incorporer les hommes selon leur profession.
 déterminer dans quelle proportion utile un régiment devrait se composer : i* de terrassiers, — a" de charpenlîers, — 3° de maçons, — 4° ^^ bailleurs de pierres, — 5® de serruriers, — 6*^ de couvreurs, — 7" de menuisiers, etc., etc. ; car il est peu de professions manuelles qui ne puissent être utilisées dans un régiment.
L'aflermissement de la paix extérieure et de Tordre au dedans a affaibli l'utilité et par suite la considération des militaires, tandis que par une progression inverse , les hommes livrés aux travaux d'une utilité immédiate ont acquis une importance
mieux sentie aux yeux mêmes de l'ai'mée. Est-il nécessaire d'en donner ici une preuve convaincante?... Voilà en quels termes le général Lamarque traçait il y a dix ans le tableau comparé du sort du soldat et de celui de l'ouvrier :
« Figurez-vous 5 partant du Limousin ou des extrémités de la Guyenne , deux troupes de jeunes gens ; les uns viennent à Paris pour entrer dans un régiment ; les autres pour s'associer aux soixante ou quatre-vingt mille maçons^ charpentiers, couvreurs^ qui ne suffisent pas aux besoins du moment. Une semaine ne s'est pas écoulée que ces derniers gagnent trois francs, quatre francs par jour ; ils se polissent, se façonnent et changent leurs habits grossiers contre un costume presque élégant.
Le sort du pauvre conscrit est bien différent. Il reçoit pour toute paye 45 centimes par jour : 10 sont retenus pour la masse de linge et chaussure ; 30 centimes doivent suffire aux plaisirs de la table ; il lui reste 5 centimes, le sou de poche, qu'écornent encore presque toujours les effets de petite monture. A la caserne, où les rappels multipliés le ramènent si souvent, des règles claustrales l'entourent de mille liens. On accable son obéissance d'ordres minutieux et sans cesse renaissans. À chaque pas il rencontre un chef qui trouve toujours quelques reproches à adresser à sa coiffure, à ses habits , à son arme qu'il use à force de la polir. Et l'on est étonné qu'il regrette le toit . paternel, la liberté des champs, et que souvent, dès la première semaine, il compte les ans, les mois, les jours qui lui restent à servir!... »
On ne peut mieux décrire cet ennui de leur inutilité* qui pèse sur les soldats désœuvrés et les réduit en temps de paix à regretter généralement leur profession d'ouvrier^.
N'y a-t-il donc pas lii rindioe d'un besoin à tatia* faîre, d'une tendance à seconder?
Nos régimens n'en seraient pas moins brillaus , parce qu'ils* seraient ainsi transformés en associa-: tions actives et utiles d'hommes pris et exercés dans un certain nombre d'états; les soldats dont ils se composeraient n'en seraient que plus vigoureux , plus intelligensy plus recommandables. Les manœu* vres militaires seraient conservées» mais elles n'auraient plus dans la vie des soldats que la place secondaire, que, par exemple, elles occupent dans los travaux des élèves de l'école Polytechnique.
L'avancement serait subordonné k Taptilude industrielle.
L'ordre et l'appareil déployés dans los exercices militaires présideraient aux travaux, eniroliendraîciit ià discipline et l'émulation. L'impulsion 80rait facile à donner au moyen de quelques distinctions, ordres du jour, médailles, décorations ou autres récompenses judicieusement décernées, car en France la puissance du levier moral est incalculable .
Et puis, pour ie soldat et pour sa famille quelle douce pensée que celle qu'il n'oubliera plus spus to • drapeau la profession qu'il avait apprise, qu'au contraire il s'y pourra perfectionner, sous la conduite de chefs habiles, d'ofliciers non moins instruits que des ingénieurs, et revêtus de la double autorité qu'ils tiendraient de la science et de la loi!
Telle que je la conçois, l'organisation d'un régi •
rtient se corrtposeriût, dans de certaines proportions mûrement étudiées,' d'ouvriers appartenant h toutes les professions déterminées par le tableau annexe à la loi de recrutement.
Il existe déjà dans tous les régimens un tableau où les soldats sont classés selon la profession d'où ils ont été tirés ; il n*y aurait qu'à développer co germe fécond.
Si les rangs de Tarmce de réserve étaient ainsi ouverts à tous les Français âgés de seize ans qui sollicitetàlent celte faveur et contracteraient un engagement , si tous ceux dépoiirvus de piofession étaient dirigés vers un art de leur choix et îmmé^ diatement appliqués a ceux des travaux de cette profession les plus simples et les plus faciles^ nul doute qu'alors Tembarràsdu choix lïlk le seul qu'éprouvât l'état, qui pourrait enfin abolir eh toute sécurité le régime des appels, et détruire sans violence l'abus des rcmplacemens militaires.
Alors l'institution des armées permanente^ cesserait d'avoir les graves inconvéniens que j'ai signalés ;
Alors le gouvernement pourrait toujours en temps de guerre disposer d'une force imposante, d'iinc masse d'hommes aguerris , exercés ati manidtnent des ar^tiies et endurcis à la fatigue du travail;
Alors la paix n'aui^lt plus à déposer chaque année des tributs exorbitans sur l'autel de la peur^t* de b jptoM de ia guerre !
Alors d*hninenses travaux de terrassemens , de constructions, de défrichemenSy de reboisemens, etc., s'exécuteraient de toutes parts, d'abord avec l'économie qui serait la conséquence d'une discipline sevèrenrïent observée et d'une législation exceptionnelle conférant aux chefs militaires une autorité puissante; puis avec tous les avantages résultant de Sj)écial!tés bien coordonnées, bien employées. A l'œuvre, les terrassiers, les maçons, les charpentiers, les forgerons^ les labouteurs, etc., etc., formant des compagnies distinctes , n'exécuteraient que les travaux de leur profession; chacun ne ferait que ce qu'il aurait appris et que ce qu'il saurait bien. Un contrôle sévère régnerait toujours; une comptabilité régulière en serait la garantie. L'artillerie pourrait élre chargée des charrois. Le génie, qui avant Vauban n'était formé que de quelques ingénieurs, tendrait donc à cesser d'être un corps spécial pour absorber en lui toute l'armée de réserve. Le génie militaire comprendrait alors tout ce qui caractérise le génie civil , tout ce qui fait la science de l'ingénieur prise dans sa plus large acception ;
Alors partout l'habitude de la soumission, de Tordre, de la prévoyance, (inirait par se répandre; à leur retour dans leurs communes, les soldats l'y rapporteraient au lieu de celle du désœuvrement et de la débauche qu'ils reviennent maintenant y pro** pager.
Alors, sans augmenter son budget, la France
pourrait enfin réaliser les améliorations indiquées dans raa première lettre et compléter son système de voies de communication , sans lequel son commerce 'intérieur, source féconde et intarissable de prospérité nationale, n'aura jamais qu'une existence débile, languissante ou fébrile; sans lequel le prix des transports sera toujours le plus onéreux des impôts, le principe ennemi de Paccroissement de la consommation, le germe de mort de toute production; sans lequel enfin, toutes nos lois de douanes resteront un inextricable chaos, profitable à quelques industries, mais nuisible au plus grand nombre.
Le vrai caractère de l'homme à la fois progressif et pratique , c'est de savoir tirer un parti avantageux des instrumens qu'il a sous la main, c'est de savoir les adapter ingénieusement à ses besoins.
Les armées permanentes ne peuvent plus être supprimées, mais elles peuvent être transformées; pourquoi donc ne l'essaierait-on pas?
Pourquoi vos champs-de-Mars ne seraient-ils pas en même temps de vastes chantiers industriels? Pourquoi l'armée n'aurait-elle pas à la fois son matériel de guerre et son matériel de paix ? Pourquoi le tambour en battant l'heure du travail, celle des manœuvres, celle des repas, ne rappçllerait-il pas sans cesse à l'armée sa double destination guerrière et' pacifique, militaire et industrielle? Pourquoi même la musique régimenlaire ne servirait-elle pas à l'essai d'une utile application, c'est-a-dire à vérifier
la quaiUon (k «avoir ju^qu'^ quel poiol le pbyibin^ muisical peut à la fois donnar <la l'ardeur dans Lo travail et en adoucir les fatigues?
Si Ton n'osâit pas teuter en Fraru^ de Olles ex^ périeuces^ pourquoi ne le fèrait-ou pas eu Afriqu^i où nous avons des roules k pefiçeri des diserts à fertiliser, des villes à bâiir^ des ports à creuser?
Lor^ue la guerre a Mé la eonditii^n d'indépeu^ daiKe et de prospérité des peuples ^ pn a biep su l'cudre la profession militaire attrayaotç et glo^ rieuse; pourquoi lorsque la paix est devenue le l>esoiu impérieux des naljous modernes no parviendrait-on pas également à donner «tux armées un nouvel esprit?
Serait-il donc impossible de passionner les masses pour les grands travaux qui fondent ou consçryent la splendeur et la prospérité des Étals?
Le génie qui se déploierait dans le vaste ehamp des entreprises utiles par d'audacieuses et gigantesques conœptions ne saurait-il donc exciter aujU)ur de lui lin enthousiasme égal à celui que fait naître sur les champs de bataille le courage d'un général habile? Le travail ne saurait-il donc avoir aussi sa jgloire? Des victoires remportées sur la nature^ d.e;S conquêtes laites sur la misère et l'ignorance dos classes laborieuses n'auraient-elles donc rien qui parlât à Timagination des Français et au eoeur des hommes?
C'est parce que je ne le puis croire que je vous ai
(3*9) adressé «es lettres ; conmdércs 6iih(>iement comme un germe 2i fiteoniler Vidée qu'elles renferment et qu'elles n'ont qu'imparfaitement exposée... Si vous doutez qu'elle soit juste et applicabiai failes^vous les questions que j'ai commencé moi -même par m'adresser:
Les écoles spéciales militaires peuvenl-elles préparer leurs élèves à devenir, lorsqu'ils sei*ont officiers, d'exoelleos ingénieurs?
Les sous-officiers peuvent-ils devenir de bons cootre-maitres?
Les soldats peuient-ils mieux employer qu'ils ne le font le temps qu'ils passent sous les drapeaux?
Une autorité légalement consliluée et une discipline sévère ne sont-elles pas aujourd'hui de rares avantages enviés par l'industrie?
Des exercices militaires qui ne sont pas incompatibles avec des études de collège le scraîenl-ils avec des travaux manuels?
La garde nationale est là pour prouver le contraire. Ces citoyens- solda ts, dont on remarque dans la cour du Carrousel et dans les revues solennelles l'excellente tenue ei la précision des manœuvres, n'ont-îls pas quitté le matin les ims leurs bureaux, ceux-ci leurs magasins, ceux-là leurs ateliers, tous leur ménage?
Combiner Tinstilution- des gardes nationales et celle de l'armée de ligne, rendre la première plus utile et la seconde moins coûlûusc, les pej^iectionAe^*
toutes les deux, en permettant, si on le voulait, de. n'en plus faire qu'une seule institution; tel a été l'objet de ma pensée.
Ce qui s'opposera toujours à ce qu'on puisse compter sérieusement sur les gardes nationales mobilisées, c'est la cause pour laquelle le mariage est interdit aux soldais et pour laquelle la loi n'admet même pas que puisse s'engager le veuf avec enfans. — Cette objection n'existe pas h l'égard de mon projet d'organisation , je la crois préférable à celle des landwehrs qui est infiniment coûteuse par les pertes considérables de temps, et les déplacemens fréquens qu'elle impose a une population nombreuse.
Comblez les lacunes de ce travail , adoptez-en l'idée mère , rectifiez-en les détails , et cela fait avec la puissante faculté d'organisation dont vous êtes doué, je ne doute pas qu'il ne réussisse à changer promptement la face et l'esprit des armées permanentes en Europe; qu'il ne permette à la France, si elle le voulait, d'avoir toujours sur pied une armée ac^^Vedecent mille hommes, au plus, force suffisante pour le maintien de la tranquillité publique (i ), et une armée de réserve de cinq cent mille hommes, au moins ^ qui dans l'éventualité d'une guerre, seraient infatigables et invincibles, car la fatigue des marches et
(1) Surtout le jour où la France sera en [)ossession d'un vaste système de communications rapides , ajoutant à la puissance de la centralisation et en diminuant les inconvéniens.
des bivouacs ne seraient plus qu'un délassement pour eux.
Dans votre chapitre remarquable sur V instruction des troupes^ j'ai appris avec quel soin les Romains choisissaient leurs soldats. Les professions où il. est préférable de les recruter sont une des premières rcr commandations de Végèce. Les forgerons, les charpentiers, les tailleurs de pierre, les chasseurs étaient surtout les hommes que préféraient les Romains. Comme ils pensaient qu'on ne sait rien ni si promptement , ni si parfaitement que ce qu'on a appris de bonneheure, ils levaient leurs soldats.à seize ans; votre avis est que cet âge pourrait également être celui des enrôlés volontaires; aussi l'ai-je adopté; la loi du 21 mars l'a elle-même admis pour l'armée de mer. Les autres motifs qui m'ont déterminé sont ceux-ci : c'est généralement au sortir d'apprentissage et avant d'avoir pu encore entrer dans un atelier que les jeunes gens seraient disposés à s'engager volontairement; c'est aussi à cette époque qu'ils rencontreraient le moins d'opposition de la part de leurs familles; enfin Tâge de seize ans offre en outre cet avantage, qu'à vingt-six ans, si le soldat libéré de son engagement veut le renouveler, il sera encore dans toute la vigueur de la jeunesse, et il en sera de même s'il préfère, quitter les rangs afin de se marier , ce qu'il pourra faire assez facilement avec le pécule qu'il aura amassé et qui lui sera remis à sa sortie du régiment.
Les enrôJemens , dites-vous dans vos Observations sur la constitution des armées de terre de la France en 1835, no sont pas faits avec assez de soîn «t de discernement 5 le choix des pecrtios n'est pas bon. Permeltezrmoî do vous adresser la question de savoir sMi peut ôlfe meilleur eu égard au ré-r gime des «ppels, au chiffre des contingens, à Tabus des remplaeemens et enfin à l'aversion générale qu'inspire (e service militaire? Il me parait qu'avec le mode que je propose, mode dont la base, ainsi que je Tai déjh dit , sérail un tableau de répartition des professions , fixant le nombre d'hommes qui devraient être acceptés dans chacune d'elles , le choix des recrues deviendrait k la fois infiniment plus hr c\\e et plus sûr. Je dois ajouter qu'ici je raisonne toujours dans la profonde conviction ou je suis qu'avec ce mode l'affluence des demandes d'engagemens serait telle que le gouvernement , pour s'en préserver , serait contraint de rendre graduellement plus sévères les condition)^ dVdmission.
Ce n'est pas légèrement que j'ai fixé l'âge de seize ans et déterminé la durée des engagemens. Dix années m*ont paru nécessaires pour que l'inslruclion du €ol(ini pût porter tous ses fruits , sans être pour Tofticier un sujet de fatigue et de dégoût.
81 je n'ai pas insisté |)|us longuement sur ce point q«e, i^haque régiment de l'armée de réserve étant ttifwi transformé en aleWer et en école professionnelle , l'enseignement théorique serait joint à l'ins-
Iruction pratique, c*(»6i qu^il ffi'i» paru qu^ m\fi m^ rait superflu. Le temps que Gonaacroraii^nt {es saUi^i/s à ëiiivre les «Bourfi élémentatma et gradués qui i^ur seraient feiis par leufs chefs n« serait donc pasrpérdii pour le travail. ,":
f^s ouvriersTSûldats, réalisani: chacun les ihféories de l'officior-professeur ou s'pxpliquaQt les priatiqui» par ia théorie, comprendFaient ou exécuteraient mieux ifss travaux ; cette double action > ^o double nàode , se complétant l'uo par l'autre, foiHiieiuiient l'un des meilleurs systèmes d'instruction qui se putsr sent concevoir.
La civilisatipn « je le crois , recevrait' de cà seul fait une impulsion prodigieuse ; la moralité ^apn-^ seuiameiil; de i'ariiiie, mais de la nation tout entière, s'en ressentirait. Bien des hommes qu^iujourd'hi|i de§ ambitions présomptueuses et des appétits désor? donnés , la miséve et Pignoranoc précipitent dans la voie du crim^ , trouveraient enfin une carrière ou^ vorCe ; l'armée leur donnerait l'habitude du travail et de répargne , elle leur ouvrirait l'aocés k Fins^ truction.
L'armée , len temps de paix , deviendrait alors une grande institution de prévoyance; le gfade et rem-*ploi de l'officier, ainsi rendus plus utiles et plus gle^ Heux, satisferaient pleinement son imagination quelque active qu-elle pût être.
On 'verrait diminuer le nombre des suicides.
La société aurait enfin ce qui lui manquer un
DOCUMËNS DIVERS.
La question de rapplication de Tarmée aux grands travaux d'uCitite publique est si importanle , qu'en considération de sa gravité, on nous pçraiettra de citei* a Pappui des idées que nous venons d'exposer , le lémdîghage d'un ingénieur en chef des ponts êf chaussées cîont l'habileté né le cède qu'à son extrême modestie 9 et cJe nous prévaloir dé toute raiitorit^ que donnent à tiotrc travail son suffrage et son expérience.
Lettres de M, P. Leblanc, ingénieur en chef des fonts
et chatissées.
Paris, 23 mai 184t. Monsieur , •
<t J'ai lu dans la Vre&se quelques articles sur l'emploi de rarmée aux travaux publics , conformes aux idées que j'ai conçues et en partie appliquées depuis plusieurs années.
» J'ai eu occasion de les dé t tI g ffJM #n» une notice que je viens de publier sur une grande construction que j'ai dirigée et où j'ai obtenu le concours de deux régimens de ligne ; j'ai indiqué dans la même notice la manière dont j'entendais concilier mon système avec l'organisation actuelle des régimens, quelque défectueuse qu'elle soit, dans les travaux des fortifications de Paris.
» Persuadé que tout ce qui est de nature à jeter quelque lumière bur cette grande question ne peut manquer d'éveiller votre intérêt » je vous demande la permission de vous offrir un exemplaire de ma notice.
» Cetteespèce de compte-rendu de mes travaux étant destiné presque exclusivement aux ingénieurs mes camarades , vous comprendrez que ce n'est pas dans l'espérance que vous en parliez dans votre journal que je vous l'eiivoie^ et, en supposant même que vous en eussiez le désir, je vous
priertis de K'es riea filrvi w ft'Ml pà« id rMftdectr d» là Pr^êm, t^mi à M. Éniteâe GinnUo 41M j'offre k lirnU de iMl»r#fleiiMt ét^^^i Taat certaîDement beaoooop mieux , de mo» expéHeaee §€ur une qoeetiiHi qui Tocciipe. »
p. LEBLANC.
Pftrifl,28mait84l.
MOfOfeVn f
« J'ai ia avec empressement vos Études politiques que tous avez eu la bonté de m^envoyer ; elles m*ont appris que la plupart des idées que j'ai ërriisM datift Ma notice sur f emploi de t'arifiéé aux travaux pikbftôs 'V'MI tj^liÉftifeilnéiH pAr droH de pHt)rite.
* Eièfefili (oimiie }0 Til Mé iMfdâiit pltts de trois ans datis le XoiA de la P aas eB ratagut) il B'est pas dtottuaal que J» m bsaie poinl cornues plus tM| cependant) pour hm punir d'avoir présenté Sous le patronage d'un nom obscur , aux ingénieurs mes collègues , qui seront probablement les seuls acheteurs de mon livre, un système que je pouvais appuyer dé l'autorité du vôtre , je me condamne à leur envoyer moi-même tfHre exceltiAite imicAure, sf par hasard fis né la connaissent pas.
» Je He i^ég!Peittf pas Éiollié vivement cette eiréonstance ; car , att Ifett d'efqniiser les prteefpaax traits d'tin tystètae que Je crois bon moins bien que vous ne TavIeS fait vous^nénie^ je me serais borné à faire connaître comment je l'avais appliqué à peu près , eà organisant des compagnies de travailleurs à la Roche-Bernard , quels résnltats j'avais obtenus et comment, enfin, je voulais également l'essayer dans les travaux des forlilkïatlons dé t'aris; nous serions alors restés tous deux dans notre rôle, volts bofùitoé d'imagirtàtiôn, mof hofemc d^exécdtion; vous la Iftfèy et liiol tè ton. ft .
• p. LBBLANG*
Réflexions sur le système actuel d^Àidjudiçation des grands travaux, et sur les moyens d'y em^p loyer t^ armée (1).
» La construction du pont de la Roche-Bernard n»'a fourni
(\) ïkscription d'un iwnl smpeiiàa construit à la Èoche- Bernard ^ par ^. LfcteL^Nc, ittg^ictir en rW des ponts et chiaWsï^s: 1841.
l'occasion d'étudier deux questions importantes pour l'exécution des travaux publics : je veux parler du système des grandes adjudications passées à un entrepreneur général^ et de la coopération dp Tarmée.
» Dans l'article qu'il a publié dans le numéro des Jnnaies de janvier 1840, M. Gollignon a fait connaître que l'emploi des troupes aux travaux des routes stratégiques de la Mayenne n'avait pas produit des résultats aussi avantageux qu'on l'espér rait, puisqu'il eût fallu réduire à 0^41 c. en 1835, et à 0,214 m. en 1836^ le montant de la rétribution à accorder à chaque soldat travailleur, pour qu'il n'y eût ni profit ni perte pour l'État à les employer ; il remarque en même temps que ces soldats ont produit moins de travail , dans un temps donné, que les ou« vriers ordinaires.
» J'ai employé des ouvriers militaires à la Roche-Bernard ; la composition du personnel de mon atelier était différente de celle des ateliers de M. Gollignon , et j'ai obtenu des résultats différens pour la quantité et la qualité du travail produit ; mais son organisation était à peu près la même , et les résultats , sous le rapport financier, quoique un peu meilleurs que les siens, n*ont pas été parfaitement satisfaisans. Bien loin d'être forcé de conclure de cette dernière circonstance , comme M. Gollignon , que le peu d'avantages qu'on peut retirer de l'emploi de l'armée aux «travaux publics ne mérite pas qu'on modifie son organisation, ne m'est-il pas permis de soupçonner, au contraire-, que c'est son organisation actueiie qui s'oppose à ce qu'on en obtienne de plus grands ?
«Avant de développer mesjdées à cet égard , je dois entrer dans quelques détails sur les résultats de l'emploi des ouvriers militaires à la Roche-Bernard.
« Deux détachemens, l'un du 7«» de ligne, composé de 130 hommes; l'autre du 20«, composé de 100 hommes, ont été employés aux travaux du pont pendant les campagnes de 18^7
( M9 ) et 1838 ; ils étaient commandés par un capitaine , quatre lieutenans ou sous-lieutenanç » deux sergens-majors et six sergens; je ne compte pas les caporaux , qui travaillaient comme les sddats.
» Tons les travailleurs avaient été choisis parmi ies hommes de honne volonté des deux régimens ; c'est dire assez qu'on ne rencontrait parmi eux presque aucun cordonnier , tailleur, bijoutier, et autres hommes à état sédentaire^ étranger^ au maniement de la pelle ou de la pioche (1).
(1) Tous les ingénieurs qui ont dirigé des ateliers de charité pour em* ployer les ouvriers des manufactures d'étoffes sans ouvrage, ont pu reconnaître qu'avec la meilleure volonté du monde, ces ouvriers ne produisent que peu de travail , tandis que ceux habitués aux travaux de la campagne en produisent bien davantage.
A Lyon, pendant l'hiver de 1836 à 1837, j'ai obtenu quelques passables résultats du travail de plus de trois mille ouvriers en soie qu'on avait mis à ma disposition ; mais je ne les ai dus qu'à une organisation particulière que j'avais donnée à mes ateliers.
J'avais d'abord choisi pour eux un travail facile : la construction de la digue de ceinture des Brotteaux , exécutée avec des remblais pris dans de la terre végétale ou sablonneuse d'une facile extraction.
J'avais fait prévenir les ouvriers que je ne les recevrais que lorsqu'ils se seraient formés en brigades de vingt à trente hommes, en se choisissant entre eux.
Quand une brigade ainsi formée se présentait, je lui faisais élire son chef, et lui faisais tracer sur le terrain un espace où elle devait prendre la terre du remblai.
A la fin de chaque semaine , je faisais afficher sur la porte de la ferme de la Tète - d'Or, oii j'avais établi mon bureau , le nombre des mètres cubes extraits par chaque brigade et la somme totale qu'elle avait gagnée, avec le prix de la journée pour la semaine qui en était la consé» quence.
J'avais eu soin de donner au mètre cube un prix plus élevé d'un cinquième que celui indiqué au projet.
Je payais la somme gagnée par ctinque brigade "entre les mains de son chef, qui se chargeait de la di^iibuer aux ouvriers.
( iÔO )
» Gé» MidatÉ ont ëté d'ëtfceUéilê ffiMMMtM | ÉMI^-MiiteMilt 90 dot prodoit f>M de ti^«¥àil qUé tés Ofhrtfeiv fiMh ^ ttiaié étt^ core lis lëtir oftt dotitté de r-émttUktfMt ^ et sttHèttt M ont ém» péchés , par leur exemple, de perdre du temps en causefiiM^ caf hM Misar oTfléiérs tt'atifaieint ptt» pormi» Attt iotddts d« TemjMoy^déiièfto Aiâitièrëi (1).
Qu^litâu résultat ItfianGiéf , en faisant abstfacfiôn du trâ« vàif produit y it n'a pa$ été très fàtorablé.
» Four ne pas opérer sur de trop grands nombres , je ne considérerai que le.lraTail d'un mois, et je choisirai celui de juin 183S, qtil i^t liti dé eétit qui donncfnt dés k^ltdts tnoyens.
» Pendant ce mois le total des journées des ouvriers militaires s^est élevé à ...» « i . . . é « . . 4436 U
L^étnotatioD que cette organisation leor donnait , l'inspection mntuetie de» ouvriers de chaque brigade les uns sur les autres ( l^ouvrier plus paresseux ou plus malhabile que ses camarades était bientôt expulsé par eux) , la confiance qu'ils avaient dans des chefs immédiats de leur choix ( et il était important de leur en donner dans une ville comme Lyon , où il existe tant de défiance contre l'administration), les faisaient travailler avec une ardeur que j'ai rarement remarquée chez les ouvriers ordinaires ; cependant les bommes composant la brigade la mieux choisie, dans un pays où la journée ordinaire de manœuvre est de 2 fr. , n'ont pas gagné plus de 2 fr. 50 c. ; la plupart n'ont gagné que 1 fr. 50 c. à 1 fr. 80 c et souvent ils avaient les mains tellement pleines d'ampoules, qu'ils étaient forcés d'abandonner les travaux.
(I) Le^ sous-offîéfers ne coiMnHindafeni qv'âut sohtats *. (|uoiqa6 les odntttHnatfré^ de llentrepreiteur eussent le droit de leur donner des ordres, cependaM ils employaient ordinairement l'iot^médialire dessoucofliders, car ées soldats étalent très-susceptibles, et s'offensaient souvent des paroles , quelque peu dures qu'elles fussent , des contre • maîtres : iM appiels ttiéoié se toisaient séparément pour les ouvriers militaires et civils; ces derniers consentaient bien à être sownfs aox tbrmes militaires , mais ils ne voulaient pas qne les sous-officiers eussent l'air d'être leurs supérieurs.
L'entrepreriédr (1) • pt|é pour ehaciBe d*6ilet 1 fr
35 ê. , ce qui fait une somme de
Mais il a eu à pay«r en outre :
lo Traitement de cinq officiers à 65 fr. . ...
2<* Traitement de deux sergens-majors à 30 fr. .
3o Traitement de six sergents à 45 fr. (2). » .
4<> Frais de route pour l'arrlTëe et le départ des deux
détachemens, dont le dixième est de (3). . .
50 Salaire de deux cuisiniers pour un mois , à raison de 260 fr. par an
60 Location d'ambulance à raison de 1 50 fr. par ah
7« Installation de râteliers d*armes, tables à manger gamelles , cruches et chaudières , à raison de 25 fr par mois
8« Fonmiture de bois pour la cuisine
90 FournitttNB de Nts p«or te .salle de p^lc». .
tOo Coucher de 206 hommes seulement en ville , à raison de 10 c. pir boftome et par nuit. . .
U» Location de trois lits pour rambalance. . .
120 Frais de maladies, honoraires de médecins. .
Total de la dépense.
&,i7»r.ooc.
SO
» Ces %fi6^ fr. 2*]^ c. 9 divisés pat* le nombre tolal de journées dà mois 9 donpent pour prix moyen de la journée 1 fr. 61 c.
«br, en admettant que l'entrepreneur eût employé des' mahoèàvres de' choix à la place des militaires, il ne les eût payés que 1 fr. î\fi c. pdx jour (A), il aurait donc gagné fr. 21 c. {)ar jour et par homme à cette substitution ; il est vrai qu'il n'en eût peut-être pas trouvé la quantité suffisante.
«Examinons maintenant quel a été le profil net de chaque soldat Iravàllleur :
(1) Ces ouvriers étaient à la solde de reotrepreueiir. . (3) Les serj^ens étaient coustamment présens sur les clranliers, taudis que les sergens-majors ne s'occupaient que de comptabilité : voilà pourquoi les premiers recevaient plus que les derniers.
](3) Ottto ca\Ak)p»gnéi a Aùré dix mois.
(4) Ce ptfk est fen dTfet celnl <^ne j'ai donné auk maniutivres de choix traviiillant en régie. . ■
Poar mi mois de traraU, ordinaifeiiieiit eoiiipoeé.de S&
jours, il recevait 31 f. 25 c.
Il avait à payer pour son service au corps ,
par mois 5 f. 00 c.
CHianssure 2 50
Une blouse et un pantalon d*on prix ensemble
de 7 fr. 50 c. pour dix mois , et pour un. . 75 n abandonnait les 5 c. de pocbe pour Tamé-
lioration de l'ordinaire , ainsi je n'en tiens
pas compte.
Total. ... 8 25 8 25
Reste net. . . 23 00
Ces 23 (t., divisés par 25, donnent pour piix moyen de journée 92
Si Tentrepreneur etkt retenu sur ce prix l'excédant de dépense dont il vient d*6tre parlé 21
Il serait donc resté pour chaque travailleur (1). ... o 71
» Ce résultat est meilleur que celui obtenu par M. GolDgnou, mais il aurait offert peu de moyens d'opérer des économies notables ; c'est tout au plus si l'état ^ s'étant mis à la place de Fentrepreneur, eût pu gagner fr. 31 c. par journée et par homme; car chaque soldat, pour travailler avec courage , doit être certain d'un bénéfice net qui ne peut s'élever à moins de fr. 40 c. (2).
(i) Parmi les soldais iravaillearsj il y avait un assez grand nombre de maçons, gagnant i fr. 5o c. par jour; d'après les calculs précédens, on trouvera que leurs journées revenaient à a fr. 86 c. à l'entrepreneur, et qu'il leur restait de net i fr. 17c., qui se seraient réduits à 1 fr. 81 c. , si on en avait déduit l'excès de dépense pour leur casernement et autres causes indiquées ci-dessus.
(3) Il faut obseryer qu'un soldai aimera toujours mieux gagner 4o cent, par jour et avoir une nourriture meilleure, en travaillant , que de fEilre l'exercice sniis rien gagner , et en ayant une nourriture moins substantielle,
' »Ne serait-il pas possible d'obteair mieux encore? Je ne puis m'empêcher de le croire; mais je pense qu'il faudrait pour cela modifier l'organisation de l'armée*
» Je voudrais qu'on formât des compagnies d'ouvriers dans ^ régimens spéciaux ( ).
«Ainsi 9 un de ces régimens^ par exemple, contiendrait une ou deux compagnies de maçons, tailleurs de pierre, sculpteurs, plâtriers, marbriers; une ou deux compagnies de forgerons, serruriers, charpentiers, menuisiers, charrons et mécaniciens ; toutes les antres compagnies seraient composées d'hommes habitués aux travaux de la terre; on n'y admettrait même pas les ouvriers de cette espèce qui n'auraient pas atteint toute leur force, ou qui seraient d'une faible constitution.
«Plusieurs de ces régimens seraient uniquement composa de travailleiirs de terre (2).
»0n reléguerait dans des ré^^imens séparés tous les ouvriers anciennement occupés dans la plupart des manufactures, les orfèvres, bijoutiers, chapeliers, tailleurs, etc., etc. (3).
» Avant d'employer aux travaux ces soldats ainsi organisés, on les exercerait pendant six mois au maniement des armes.
» Maintenant, je suppose qu'une grande construction réclamât l'emploi des ouvriers militaires :
» On y enverrait un ou plusieurs des régimens dont je viens de parler, et ayant un nombre de soldats travailleurs égal à peu près au nombre d'ouvriers nécess^res.
(1) On sait combien les compagnies d'ouvriers rendent de services à l'artillerie ; les sapeurs et les mineurs sont réellement des régimens d'onvriers, et cela ne les empècbe pas d*étre les meilleurs soldats de l'armée.
(2) Ce sont les villages qui fournissent lo plus grand nombre d*hommes à Tarn^ ; les travailleurs de terre y sont donc en majorité.
(3) On pourrait cependant réunir les tailleurs en compagnies et leur faire exécuter les uniformes des troupes ; il serait possible d'appliquer également mon système aux cordonniers et h plusieurs antres états.
» La mekié fteolenient des soldats trafalHertft, l'autre moitié ferait le service des casernes et s'exercerait au maBiemept des armes ; chaque moiiié alternerait avec TauCre au coainieûceiiieRt de cfaafijue semaine (1).
» Il suit de cette disposition que la inoitié du^rsoanel d# chantiers serait formée d'ouvriers civils ; mais, dans le cai; où l'on ne pourrait pas compléter le nombre de céjs derniers , la réserve militaire serait là pouc fournir le supplément nécessaire.
» H suppose lofiolenant que le j^ii d^ k joiirfié0 A^ V^^mn^r vre fàt de i fr. kO dans le pays ou s'e\6ç^\fimt i£ Mv»il (9)«
» Les soldats travailleurs toucheraient fr. ZîO par chaque journée de travail, et abandonneraient les fr. 05 de poche pour Tamélioration de f ordinaire ; sur les 1 fr. 10 restant , on prendrailles dépenses supplémentaires, qui pourraient ne s'élever qu'à fr. 27 à peu près, comme je le prouverai tout à l'heure; les autres fr. 83 seraient partagés en deux portions : Pune, de fr. AS, serait mise à la caisse d'épargne au nom et an profit de chaque soldat travailleur, et le capital et les intérêts lui seraient rendus quand il serait libéré du service; l^aulre , de fr. ÀO, serait le bénéfice de l'état.
9 Ppiir appliqper P^ système à ua exemple spécial, je supposerai qu'ui) bataillon de trav/^illeufs organisé comme je Yiep$ ^ le dire eût été employé à [a Rocb^-Berpard^
(1) Je n'îtf p^ iHssoJQ de p^kfd nepai^quar pooibieii il serait ffifi\k 4« ralepiir momeotanéineot TiSctivité de» chantiers, ou de raugmeD^r, dans mon système , et cela d'un jour à l'autre , ce qui est impj09^bie maintenant saps de grandes dépenses faites en pure perte.
(?.) Ce pri]L peut être considéré comme le prix moyen des localités oà s'exécutent les grands travaux ; au reste, on remarquera cpp'eo appliquât mon raisonaement à la journée de manœuvre , c'est le cm le ^os défavorable que je prends.
L'indemnité mensaelle des cinq officiers eût été réduite ,
à raison de 15 fr. pour chacun
d'eux, à (1) 75f.OO c.
Idem pour deux sergens-majors , à 5 fr.
par mois 10 oo
.. Idem pour six sergents à 6 fr. par mois. 36 00
Je Mpprinie ^i compte que j*ai établi précé^emoMnt : l'art. 5 , TU qi|0 U cuisine a^ ferait comjQe mainteuaiit; V^r^, 1 , Y)i que les frais extraordinaires de la maladie sont supportés actuellement par Tétât , et que l'emploi de l'armée aux travaux n'y ajouterait rien ; et enfin l'tvt. 8 , par la même raison.
Il Mt éf idMt que plusieurs autres articles peuvent être dîoiipués dans un grand 'nombre de localités, ott il eiislie des casernes , par exemple ; cependant je les porte ici dans leur intégralité, en observant tonjours que je prends le oas le plus défavorable : reste à compter ' .... 716 61
Total pour un mois de 23 jours de travail (2). 837 61
Qui, divisé par 5,750 hommes, nombre total des journées, fait 145
Au corps , les soldats travailleurs n'auraient plus de garde 4 payer i mais il faudrait leur retenir pour chaussure et vètemens de travail, comme i| a été dit plus haut (3), 3 fr. 95 c. par mois, ou par jour 130
Total à prélever par jour O S7;i
Le montant net de la journée , en la calculant au prix de 1 fr. 40^ aurait donc été^ pour les manœuvres^ de 1 fr. 1S5.
(i)Qiioiq«c cette iodemnité et les antres ne soient pas'trèt'foprtes , il est évident au'ellcs produiraient cependant i^^e amélioration sensible dans la pp* sition des officiers et sous-ofBciers.
Tons n'en profiteraient pas , il est vrai , et surtout constamment, puisqu'ils ne seraient pas toujours employés aux travaux publics; mais de ce qu'nn avantèQeou s'est pas grand, ou n'est que temporaire, il ne cesse pas pour cela d*éire ua aTantagc.
(2) Le nombre le plus ordinaire des journées de travail , dans un mois, est de a5; or aS X 280 = SySo.
(3) En prenant sur le salaire des soldats la vaJieur des vétemens de travail et de la chaussure , les dépenses ordinaires qui grèvent leur masse diminuent.
Sur ce prix , j'aorais youIu qa*on accordât aux soldats
travailleurs, pour en disposer à leur volonté. . . . of.405
Qu'on plaçât pour eux à la caisse d'épargne. ... 400
Et que rétat profitât de (1). 320
Total pareil 1 là
» En récapitulantje crois qu'on peut affirmer qu'il résulterait du système que je propose les avantages suiyans :
» 1® Les régimens de travailleurs , choisis parmi les soldats les plus robustes 9 seraient des régimens d'élite qui pourraient rendre les meilleurs services en temps de guerre ; les bataillons d'ouvriers de la marine, et la division -des grenadiers du maréchal Oudinot, p^x^ajit la campagne d'Austerliiz^ prouvent l'avantage qu'on peut tirèr-de la réunion d'une masse d'hommes d'élite (2) ;
»2° L'état pourrait' exécuter à meilleur marché beaucoup de constructions importantes; il pourrait aussi se passer souvent du concours funeste des entrepreneurs; il ne verrait plus. ses constructions souvent entravées par le manque d'ouvriers, et il serait à l'abri des effets de leurs coalitions ;
» b"" S'il était menacé de la guerre, il pourrait, en consacrant les bénéfices obtenus sur la masse ordinaire des travaux à l'entretien d'un plus grand nombre de régiments, augmenter, presque sans qu'on s'en aperçût, l'offectif de l'armée, de manière à la mettre mieux en état de défendre le territoire;
» Zî** La position des officiers serait un peu améliorée; celle des sous-officiers le serait également ; elle pourrait même Têtre beaucoup pour les plus instruits d'entre ces derniers, qui pourraient être employés comme conductehrs et piqueurs ; de cet avantage il en résulterait un autre , c'est que , dans cette
(i) En ajoutaDt à ce bénéfice celui fait sur celles des maçons, on trouverait r|n'il y aurait eu uu hcnéfice net, pour l'élut, de 25 à 3o,ooo fr. par campagine, ce qui fait presque 100,000 fr. sur l'ensemble des travaux .du pont , c'est-à-dire du dixième de la dépense totale.
(2) 11 est clair, dans tous les cas, que ces régimens exécnieraienl bien et rapidement les travaux de fortification passagère.
espérance , les sous-officiers étudieraient avec zèle le calcul', le dessin ; l'art de niveler et de lever des plans, ce qui les mettrait en état de rendre d'excellens services en temps de guerre ;
» B^* La nourriture des soldats serait meilleure , et leur travail plus varié leur donnerait plus de force et de santé;
n6^ Ils ne perdraient pas l'habitude du travail (1), et à' leur sortie du service, quand ils reprendraient leur étal primitif, ils ne se trouveraient plus dans un état d'infériorité, sous le rapport de l'habileté , avec ceux de leurs anciens camarades qui ne seraient pas tombés au sort;
« 7* En rentrant dans la vie civile, ils auraient à leur disposition un petit capital qui leur donnerait les moyens de s'établir, et je n'ai pas'besoin de développer ici les avantages qu'un pareil état de choses procurerait à ces soldats et à la société en général (2).
» 8"* Enfin , il est probable qu'un assez grand nombre de soldats, plus satisfaits que maintenant de la vie militaire, ayant à leur disposition une somme journalière assez forte pour satisfaire à
(l)-On objectera peut-être que cet avantage u'existerait que pour le petit nombre de soldats possédant un métier qui les rende propres à être employés aux travaux publics, car les terrassiers ne peuvent perdre leur habileté ; mais ce genre d'objection , qu*on fait cependant souvent , me parait dénué de raison ; parce qu'on ne peut faire du bien à tout ie monde, fout-il donc se condamner à ne faire du bien à personne ? ce serait une étrange manière de comprendre Tégalité devant la loi !
D'ailleurs, d'après ce que j'ai dit plus haut, on pourrait étendre considérablement mon système; et je ne vois pas comment il ne serait pas possible d'employer les soldats tailleurs, cordonniers, ébénistes, doreurs , ti^rands , etc.
(2) Personne n'ignore que c'est souvent le défaut d'espérance d'acquérir de l'aisance, qui porte le découragement parmi tant d'ouvriers, et ce sont presque toujours les premiers cents francs qu'il est plus difficile d'épargner.
Les hommes qui possèdent déjà quelque chose sont ceux qui travaillent davantage pour augmenter leur petite fortune ; ils n'auraient peutêtre pas eu assez de courage pour la commencer.
leurs plaisirfi, voyant chaque jour s^augmetUer de plus eu plus leur petit capital placé à la caisse d'épargne, se délcrmioe-^ raient à renouveler leurs engagemens, de sorte que l'armée posséderait une plus grande quantité de soldats à chevrons ^ qui en font toute la force.
»HX comme toute amélioration en entraine presque tocyours une autre , le grand nombre d'anciens soldats qui composerai! les régimens permettrait de dépenser moins de temps aux exercices militaires.
» Je viens d'avance au-devant d'une objection que je n'aurais pas prévue, tant elle me paraît superficielle, mais que j'ai cependant entendu présenter comme sérieuse.
»0n a dit : la loi n'imposant aux jeunes soldats qu'un' service purement militaire , vous n'avez pas le droit de leur prescrire un travail supplémentaire et d'aggraver ainsi leur position en augmentant la somme des devoirs qu'ils ont à remplir envers l'état.
» Sous le rapport légal, cette objection est bien faible ; quand la loi de recrutement, faite dans le plus grand intérêt public , aura parlé , il est évident que le gouvernement non-seulement pourra , mais encore devra l'exécuter , et personne n'aura à s'en plaindre.
» Sous celui de la justice , il me semble qu'elle l'est encore davantage , car s'il doit résulter pour les jeunes soldats eux-mêmes quelque bien de l'organisation que je propose, il est clair que la loi nouvelle a le droit de la consacrer sans être injuste.
» El il faut remarquer que ce n'est pas par les devoir^ qn^elle prescrit que la loi de recrutement est dure , mais par le sacrifice des plus belles années de leur vie qu'elle exige des citoyens qu'elle atteint !
» Qu'importe , en effet , à ces citoyens que le temps perdu par eux soit employé à faire rouler une brouette ou un caisson, à manier une pioche ou un fusil?
( sSg )
»G*est la loi actuelle qui est dure. J'ajouterai qu'elle est bar-r bare; car après avoir arraché un jeune ouvrier à sa famille, à un âge où, inexpert encore dans le métier qu'il a embrassé (1), il allait acquérir l'habileté nécessaire pour s'y distinguer ; à une époque de sa vie où , sons les yeux de ses maîtres et de ses parens , les habitudes d'ordre et d'économie, indispensables à ion bonheur futur, allaient se développer en lui; elle le rejette ensuite , après six années d'oisiveté, et souvent, hélas! orphelin , au sein de la société, sans argent , sans habileté dans son état , et souvent, ce qui est pire encore , sans goût pour le travail. Âh ! si , sous l'empire d'une telle loi , il n'existe pas un plus grand nombre d'assassins et de voleurs, il faut avouer que cela fait l'éloge de notre caractère national.
» Je l'ai déjà dit , je ne suis pas dans une position qui me permette d'examiner la question d'assez haut, je n'ai pas assez de connaissance d'administration militaire, ni surtout assez de présomption , pour croire qu'un système complet et parfait soit sorti de mon cerveau, comme Minerve de celui de Jupiter ; mais, à tort ou à raison , je pense que mes idées, très-hardies sans doute, ne sont pas tellement absurdes qu'elles ne méritent pas d'être méditées par les personnes compétentes , et c'est le seul honneur que je revendique pour les avoir conçues. »
P. Leblanc.
(1) Je ne parle pas ici de celui dont le travail était utile à sa famille; il est mort pour elle dans le système actuel ; dans le mien , il peut encore venir à son aide.
Extrait dû rapport adressé ie 18 mars 1833 , par t*un des directeurs du canai de Gothie, à M. DE Lagerheim» ingénieur en chef, en réponse à ces questions :
« Quelles sont les mesures que le gonvernement suédois a prises pour » porter les soldats à traTailler avec bonne volonté , sans trop de dé* » penses , mais avec des récompenses ou distinctions quelconques?
» Quelle est la forme des mesures prises par le gouvernement suédois » pour donner à ces travaux un- caractère d'utilité nationale compatible » avec la dignité de l'armée? Enfin, quelles sont les conditions de tous » genres, soit positives, soit morales, qui ont contribué à rendre cette » grande mesure si utile et si honorable pour le royaume de Suède? «
— Traduit du suédois. —
« La plas grande partie du canal de Golhie , terminé en 1832^ qui réunit la mer du Nord à la Baltique, a été exécutée par l'armée; ce fut en effet le seul moyen par lequel on put entreprendre un pareil travail dans un pays si étendu et si peu peuplé que la Suède ; et heureusement l'organisation de l'armée suédoise est telle que les occupations de ce genre se concilient à la ^ois avec la dignité et la destination du militaire. Outre les régimens enrôlés {woarfuade) qui font le service de garnison, la Suède a des troupes permanentes qui sont réparties sur toute la surface du sol et entretenues par les propriétaires ruraux. Ces troupes , qui sont tenues de faire l'exercice pendant une certaine partie de l'année, ont fait une convention avec l'état, en vertu de laquelle le gouvernement peut les charger de travaux d'utilité publique, tels que : fortifications, établissemens de ports et de bassins, communications par terre et par eau, ti*avaux dans lesquels le^ soldats finissent par acquérir une grande habileté qui leur est fort utile même dans le service militaire. Celte capacité de travail une fois acquise, les soldats peuvent se procurer leur subsistance indépendamment de leur
EMPLOI DES TROUPES AUX TRAVAUX DE GANALISATrON [