PB LAMARTINE
Uqç politiqiie nouvelle veut des moyens nouveaux.
Après le despotisnae de la foî» le régne. de la réalUé p après l'éducation par la chaire apostolique „ l'inatructiQu par h presse périodique; comme après l'égiiUté chrétiennd est vefiuq Tégalité civile.^ comme à la domination n^atérielle d^ peuples s'appréiç à succéder un autre empire.
La force armée ne saurait plus être qu'un moyen extrême et temporaire de répression publique, mais non plus un argument de la raison gouvernementale contre Terreur populaire, encore moins un élément
solide d'organisation sociale. Lorsqu'à des victoires civiles dues à la force militaire un gouvernement donne le nom de système de résistance ou dHntimidatioUy des difficultés du présent, qu'il ajourne ainsi sans les vaincre, il n'aboutit qu'à faire des périls redoutables dans l'avenir, qu'à provoquer les réactions périodiques et sanguinaires par des triomphes passagers et sanglans.
Gouverner par la presse en s'adressant à la raison publique , l'honorer pour la rendre honorable et utile, s'emparer de l'avenir et consolider le système représentatif par une instruction plus rationnelle donnée sans parcimonie aux douze millions d'enfans dont l'éducation reste encore à faire, affermir l'or^dre établi par une plus égale répartition de bien** être, telle est la loi impérieuse des gouverhemens nouveaux.
Entré les mains de l'homme d'état qui la saura comprendre et diriger, la presse périodique, ce pouvoir, le seul aujourd'hui qui s'exerce sans contre* poids et sans contrôle, ne sera plus qu'un moyen de gouvernement , qu'un instrument docile , qu'un auxiliaire universel qui le rendra tout-puissant , comme autrefois l'Église , qui , d'abord redoutable aux trônes, devint leur plus solide appui.
BBS VEUX iLÉMENS DOMT SE GOMPSftC LA PAESSE
PtelODIQUE.
La PRESSE PÉRIODIQUE n'a pas même rempli sa plus essentielle condition, celle de la publicité.
Ce qui est étrange, mais ce qui est vrai à dire, c'est qu'il n'y a pas de PUBLICITÉ en France, en prenant ce mot dans sa Juste et rigoureuse acception.
Bans l'état des choses , les faits , quand ils ne sont pas entièrement supposés, ne parviennent à la connaissance de plusieurs millions de lecteurs que tronqués , défigurés, mutilés de la manière la plus odieuse.
un épais nuage élevé par les Journaux dérobe la vérité, intercepte en quelque sorte sa lumière entre le gouvernement et les peuples.
Bappori au Roi : Chantélàuzb , de Poligrac, de Peyrohnet , etc.
( Moniteur , 25 Juillet 18S0.)
Telle est la tardive et lumineuse révélation contenue dans le rapport célèbre qui servit d'introduction aux ordonnances de juillet i83o; révélation tardive y mais de plus encore inutile; car, quelque éclatante qu*elle fût, elle a passé sans apprendre au législateur et à l'homme d'état que , sous les nonis très-différens de polémique et de punLiciTÉ, la Pressk PÉRIODIQUE renfermait deux ricmens constitniifs essentiellement distincts, deux principes antagonistes..,; que les çonlondre, c'était exposer de noiive.iii
le pouvoir à venir se briser contre le même écueil , sans que l'histoire lui servît de fanal.
L'expérience a pleinement démontré que les subventions, fatales a tous les journaux apologétiques, sont toujours restrictives de toute publicité grande et utile; que la polémique vénale ne sert qu'à diminuer la considéralion du pouvoir qui la soudoie, et qu'à donner plus de force aux passions qui se mesurent avec lui.
La désuétude, d'autre part^ cette mort légale des mauvaises dispositions législatives , a depuis longtemps iait justice do Tarticle 8 do là loi du 9 juin 1819, vainement reproduit dans l'article 18 de la loi du 9 septembre i835; dans la pratique^ cette disposition n'a jamais pu survivre au grave inconvénient d'engager les gouvernemens dans une polémique dont ils paient les frais et dont ils n'ont jamais le dernier mot.
Depuis l'avènement du gouvernement représentatif en Fràhce, tous les ministres qui se sont succédé ont fait plus ou moins ^ tous et toujours sans succès, (( DU JOURNALISME. ))Pour8uivis par lespartif, attirés dans leur arène, tous y sont descendus , s'exposant à une lutte inégale , et sans autre issue poiir eux que beaucoup de périls et point de gloire ; tous appelant à leur aide la polémique, indigne alliée da pouvoir, qui ne s'offrit jamais à lui que pour le tra« hir, et repoussant la publicité, lé seul auxiliaire assez puissant pour asstirer son triomphe.
La PUBLiicité) comprimée maladroitement par des mesurée restrictives, a dévîé de son origine et de son but; elle s^est transformée en PÔLéAiiQUE : là torche a pris là place du flambeau.
La PUBLICITÉ est l'essence des gouvernemens représentatifs; la POLÉMIQUE est leur principe de mort.
Si dans un pays la publicité est faible ^ ailérée, restreinte, la polémique fera de rapides progrès et d'irréparables ravages; si la publicité est au contraire fortement constituée ^ légalement reconnue , si elle est libre et pure, la polémique sera sans force et sans voix ; i^înfluence de Tune est toujours exactement en raison inverse de la puissance de l'autre : tous les faits viennent à l'appui de la théorie que nous émettons.
En France , la polémique est active et puissante ;' par contre, la publicité n'y saurait être plus chétive et plus nulle.
Un document statistique de l'administration des. postes, recueilli en septembre 1 835 , établit qu'à cette époque la presse centrale se composait de 20 journaux qui comptaient ensemble^ dans les dépars temens , 5o,20o abonnés.
La POLÉMIQUE et la publicité se partageaient ce nombre de la manière qui suit :
La PtJBLiCiTÉ , représentée par le Moniteur j 876 abonnés et 5oo lecteurs au plus ; la polémique, 5o,ooo abonnés et 200,000 lecteurs au moins.
Lorsque le journal officiel du gouvernement, celui qui partout doit porter la vérité, devancer le mensonge, rectifier l'erreur, déjouer l'intrigue; celui qui seul reproduit avec authenticité et impassibilité les débats législatifs; lorsque ce journal ne compte qu'un si faible nombre de lecteurs, peut-on dire que ce soit là une publicité représentative, digne de la tribune parlementaire, et qui suffise à la défense du pouvoir et à l'instruction du pays?
D'autre part , la polémique se fractionnait ainsi :
Polémique ministérielle : effectif : 8, i5o abonnés. Polémique opposante : 4*9^^^ —
Évidemment donc, dans toute lutte engagée entre la presse périodique et le pouvoir ministériel, ce dernier ne peut manquer de succomber aux coups inccssans de son adversaire, si, à l'avantage du nombre, celui-ci joint encore l'animosité d'une revanche à prendre, d'un échec à réparei'.Tout pour la presse opposante est fortune contre les dépositaires du pouvoir ; pour les renverser il luï suffit d'un intérêt matériel froissé, d'un dissentiment passager, de la plus légère faute commise.
La polémique contradictoire à laquelle, à deux époques différentes, a Jonné lieu le projet de remboursement de la rente française est une éclatante confirmation donnée par les faifs a l'observation qui
précède; elle prouve la loute-pulssnnce de la presse sur l'opinion publique , dés que celle-ci n'est pins absorbée par les préoccupations du rétablissement de Tordre matériel.
Dans un pays où les études politiques sont rare-* ment profondes, où les convictions sont mobiles^ les ambitions innombrables; dans un pnys où la vanité a perdu son nom pour usurper celui d'égalité , où le droit et l'abus sont sans cesse pris Tun pour l'autre , la puissance et les dangers de la polémique s'accroissent par l'oppression et par la lutte. Le pouvoir est perdu dès qu'il se hasiirde dans cette voie, où, plus prudente que lui, Topinion publique ne le suit jamais.
Dès que la publicité aura acquis tout le développement que comporte l'ctat de Tinstruction en France, la polémique se renfermera d'elle-même dans ses propres limites, qui sont a le droit scientifique de discussion, >> mais non point l'exploitation mercantile des passions et des intérêts de partis.
Le droit d'exprimer librement son opinion per- . sonnelle n'implique pas nécessairement celui de se constituer arbitrairement Torgane de Topinion des autres , encore moins celui de parler arrogamment au nom et comme mandataire du pays; mais, abus ou droit , dès qu'il aura cessé d*èlre une spéculation productive de la presse périodique , il ne sera plus une puissance redoutable.
Affranchie de ses entraves Kscalcs, politiquement
consliUïéc, légalement reconnue, honorée et non |)Iu8 corronnpue, la publicité, loin d'être nuisible aux gouverflemens intègres et de bonne foi , est appelée à devenir leur guide le plus sûr.
Que la PUBLICITÉ, judicieusement et largement comprise, veille partout , et nulle part alors la polémique n'aura plus de foyer absorbant et redoutable* Que les lois et les faits devancent leurs commentaires hosliles ou infidèles ; que la vérité prenne le^ devans sur l'inexactitude et le mensonge , et l'esprit de personnalité ne pourra plus alimente^ la périodicité quotidienne; partout alors l'opinion publique se fera jour sous toutes ses nuances , par^ tout les fonctionnaires publics auront, pour veiller sur leurs actes, un contrôleur qui instruira le pouvoir central mieux et plus sûrement que ses inspecteurs rétribués.
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DES LOIS BESTiUCTIVSS ET riSCALES Qin BÉCISSElfT I.A
PMESMB pjÉBiomoirB : goictbadictioii de lbub TonE
ET BE VGHWL BSPBIT.
u prtsse porte n charte avec eUf-môine^ et rieti ne la comprimera.
Lord Chat AV.
L'estpérienca a manqué à toutes les lois faites sur la presse périodique ; aussi leur esprit a*t-il toujours été inverse de la volonté qui les dictait, et leur effei; produit le résultat contraire do celui qu^on attendait de leur action.
Nos lois, pour atteindre leur but| devaient élever la presse périodique au rang d'institution politique; elles Tont maladroitement fait descendre au rang de spéculation mercantile et vénale; et lorsqu'au moyen des cautionnemens et des taxes elles ont voulu prévenir ses dangers, elles en ont seulement comprimé la force explosive.
C'est ainsi que nos lois ont d'abord démoralisé la presse périodique, et par suite rapidement corrompu les opinions politiques les plus saines , en les poussant à se transformer en objets de trafic et en revenus de l'état.
Pour satisfaire la fiscalité du timbre et utiliser )e privilège- d'un cautionnement onéreux , il faut le
(Mo)
dire, les journaux n'ont souvent d'autre moyen de se former une clientèle sutfisanle que de multiplier les dissentimens politiques et les antipathies socinles, que de porter périodiquement l'exaspération dans les esprits , le soupçon dans les consciences par la mauvaise foi systématique de la discussion, l'infidélité alternative des comptes- rendus et l'injustice réciproque des attaques à l'égard de tout ce qui est contraire à chacun d'eux.
Le législateur, cependant , avait le choix cnlrc un grand nombre de moyens, avant d'en venir tout de suite , — par l'application de la censure temporaire^ et par l'application de monopoles redoutables, conséquences directes des prohibitions absolues^ des cautionnemens exorbitans et des taxes excessives, ' — à une extrémité aussi dangereuse que celle de la concentration d'une force équivalente dans l'ordre moral à celle de la vapeur dans l'ordre matériel.
L'affaiblissement des forces de la presse périodique par leur déperdition , c'est-à-dire par une liberté sans entraves, 'moyen conseillé par MM. de Chateaubriand et Ben jn min Constant , bien qu'il ne fût pas bon, était cependant préférable, car il offrait des dangers moins graves , et permettait à une main déjà exercée de le graduer selon l'expérience acquise.
Vn autre moyen tout simple de décentraliser la presse périodique, c'est-à-dire de diminuer ses dangers, sinon de les détruire, s'offrait encore : il suflisait
de joindre la taxe du timbre au prix du port, et d*élever à dix centimes le droit de poste. Les journaux de Paris, par ce seul fait , perdaient leur omni* potence, les journaux de départemens croissaient en nombre , toutes les opinions se faisaient jour et s'et^ façaicnt dans la diversité de leurs nuances.
Vingt années d'expérience ont surabondamment démontré :
Que les cautionnemens sont des garanties iiluT soircs et des privilèges funestes ;
Que l'impôt du timbre , en matière de presse périodique, est un contre-sens politique ;
Que toutes les mesures restrictives, enfin, dont la presse périodique a été l'objet , n'ont abouti qu'a la jeter dans la dépendance des partis , et qu'à transformer, à son insu, l'abonné le plus modéré d'un journal en sectaire politique.
Comment pouvail-il en être autrement ? Comment nVt-on pas compris tout de suite , et comment ne comprend-on pas encore qu'alors que , par reflet de la législation fiscale , un journal politique ne peut se soutenir qu'au moyen du concours de cinq mille abonnemens , son intérêt le contraint à créer de profondes dissidences d'opinions et de larges démarcations de partis , afin de fomenter des passions exploitables et des haines productives ?
Voilà ce que c'est que d'avoir fait la presse périodique justiciable des tribunaux consulaires , dé l'avoir assimilée à une denrée commerciale !
En résiiiTïô, tm goijverhement n'ust pa* fohdc fi se plaindre des agressions de la presse périodique lorsqu'il persiste à la mettre hors c^e la loi com-* nume , à l'a^siriiiler nnx condamnés soumis à und Surveillance ôpëciale ; lorsqu'il la traite exceptionnellement avec une légèreté qui est en contradiction flagrante avec le respect qu'il à coutume de montrer pour lous les droits acquis, avec toutes lès gârân* lies dont nos lois entourent toute propriété.
Un gouvernement autorise l'opposition ombragôbse de la presisc périodique , lorsque des lois viennent si fréquemrtîfînt et si pi^cipitamment cbàrigtèr les conditions de l'existence des journaux , qu'ils sont véduîls à se demander si le fait matériel de leur possessioi) , quelque considét*cibles que puissent en être les revenus , constitue une propriété légitime ; lorsqu'une telle instabilité légale les menace cons* tamment et les fait tous entre cUx si étroitement solidâîres , qu'il suffit que dnns le nombre deux coupables se trouvent pour que céux-la même qui s'opposaient aux succès de leurs criminels desseins soient Ifailés , Jîînon tout à fait en complices , du moins en pré?etius , et qu*on se dispense envers eux de t*econnâissânce et de justice.
Cenx qui accusent la presse périodique ne savent pas que telle est la législation vicieuse qui là . régît , qUe , si qudqUeè hommes politiques sont anirtlés de vtles généreuses et utiles aux»quelles \h dèsltiôttt dùhttw h cottsiètafice d'tàne
opinion , ce n'est pas assez qu'ils y consacrent une partie de leur fortune ; que la première et inévitable condition qui leur est ilnipodée, c'est celle de devenir çonimerçi)ns, de voir leur opinion réputée marchandise, et teur nom érigé cri raîson socîa!c, ï rhoins de se livrer sans réserve et sans défense à la bonne foi d'un gérant absolu.
Dison&-lc hautement, les écarts et les excès de la presse périodique , le mal qu^aprés id3o elle a fait Ma liberté plus encore qu'à l'ordrei ne sont p\s uniquement son ouvrage; ils sont surtout les conséquences inévitables d'une législation à la fois vcxatoire (;t impuissante, exceptionnelle et inconsé(|uente.
Sans doulo la presse j)ériodique est- loin d'avoir l'utilité, la .vertu, l'irajiartialîléj qu'elle s'attribue « toutefois ir serait injuste de méconnaître les services que §a vigilance a rendus et rend encore au^ libertés publiques qu'elle défend , jiux mœurs, nouvelles qu'elle forme, aux intelligences qu'elle dé-; ycloppe, aux intéréis matériels qu'elle éclaire^ enfin »iu gouvernement rcpréscntalit qu'elle a fondé, et dont.ellc ne saurait médire. sans s'accuser elle-même, car c'est à la persistance de ses luttes qu'il doit son ç?xistencc.
rr.
msm càMnonmOÊSKU : db mjsviu sitet.
Le cautionnement est une gasantie restrictive.
M. GnizOT, 1830.
Le cautionnement a pour but véritable d-exiger une certaine garantie de lumières, d'éducation , de fortune, d*in« térét à l'ordre, de la i>art de ceux qui pourraient Ictroubler»
Le cautionnement , considéré sous le point de vue du mouvement des amendes, est une cliose inutile.
Duc de Broglie, 1830.
L* ex pression matérielle de la pensée de prévoyance et de garanties sociales de MM. Guizot et de Broglie est fausse. L'expérience a depuis long-temps prononcé sur l'utilité des cautionnemens ; tous les essais possibles ont été faits sans succès à diverses époques*
Si les cautionnemens n'avaient d'autre but que de s'assurer que ceux qui fondent un journal ont un intérêt à la conservation de Tordre , le mieux ^ dans ce cas , serait de les réduit e et non de les élever; car il se rencontrerait alors plus de gérans dont le cautionnement et le journaF seraient la propriété réelle.
Quand au conlraiie les cautionnemens sont considérables , quand un grand nombre d'abonnés est né-
cessaire a la publication d'un journal , que fait celui qui l'entreprend ? il confond les risques d'amendes avec les autres chances de pertes , et met le tout h la charge de la société commerciale qu*il forme ; il a soin de s'y soustraire personnellement, et le plus souvent même il se dérobe aux chàtimens corporels de la loi en assumant toute la responsabilité du délit j soit sur des hommes exaltés de son parti, soit sur quelques malheureux à qui la perte temporaire de la liberté laisse à regretter |>eu de bien-être domestique.
Tout, h l'époque où nous vivons, tend à se résumer en primes d'assurances.
Les plus sûrs résultats que produisent une pénalité sévère et des cautionnemens exorbitans sont d'augmenter le traitement des gérans et le taux des primes.
Plus les cautionnemens sont élevés, moins la concurrence est possible ; plus les probabilités de bénéfices paraissent assurées et brillantes^ plus il est facile dès lors de trouver des actionnaires.
Les cautionnemens demandés à la presse périodique lui restituent en puissance plus qu'ils ne lui enlèvent en liberté; leur unique effet est de créer au proiilde quelques grands feudataires un privilège par lequel l'exploitation exclusive de ropiiiion publique leur est livrée en monopole , et de créer ainsi dans
Télat une nristocratie d'aulant plus redoutable qu^clle n'est pas reconnue.
Yoilk quel est, au point de vue pratique do la presse périodique ^ te résultat de là législation qui la régit en France, tel que l'enseignent l'observation «t rexpérîenco.