‹ Études politiques (volume 3)Chapitre 34 sur 51 · MONTESQUIEU · texte numérisé non relu

MONTESQUIEU

MtpprinM» tel droits sttf le tlMbre et tes trtàê de fioflè.

GuizoT, 8 novembre isdo.

Un esprit chagrin, ennemi de tout syslèitie poli* lîque durable et de la cOYicoi^rJe ]iHiblique, animait assurément celui qui le premier conçut l'idée d^inservir la presse périodique aux exigences de là fiscalité, afin de la tenir constamment en haleine contre le pouvoir J)ar des vexations journalières.

Les crtwiclîons ne s'expriment plus lorsque les opînÎDns, pour exercer leur prosélytisme, sontcon*iraîntbsde se vendre soit aux partis, soit au pouvoir. L^htJnnetir politique n'hîtbile plus le pays où leè éloges et les attaquas sont un commerce qui se fait au profit du trésor public , sous la protection) d«s lois.

I/état qui prélê\ne sa part itnpui-e d'une jxircîHë pt^o^lHutîôtt de l'esprit peiil la potii^^îvre, iVWnS

( 348 ) jamais la réprimer. Ses intérêts, en opposition avec ses desseins , le tiennent incertain et impuissant ; il n'ose que des mesures ineflîcaces.

Pour comprendre bien l'action du timbre sur la presse , il convient de se rendre préalablement un compte exact de l'état des frais d'un journal quott-^ dien.

Ces frais sont de deux natures: l'une décrois^ santé ^ V^uive progressive.

L^^ frais décroissans se composent de l'impression , de la rédaction et de l'administration du journal. Ils varient depuis 100,000 fr. jusqu'à 200,000 fr. par an , selon le mérite de la rédaction et l'étendue du format; ils diminuent relativement en proportion inverse du nombre des abonnés.

N'ajoutant à la .somme de 100,000 fr. de frais fixes que les frais progressifs de papier et de tirage , évalués à 1 1 fr. par abonnement annuel d'un journal quotidien de trente décimètres, et en laissant de côté tous droits de port et de timbre, voici les résultats que présente la publication d'un journal pris au bureau d'abonnement et vendu sans bénéfice aucun : — Au prix actuel de 80 fr. par abonnement annuel, quinze cents souscripteurs seraient nécessaires pour couvrir les frais d'un journal quotidien, ces frais s'élevant à eux seuls à 1 i5^5oofr.

Si le journal ne compte que cinq cents souscripteurs, il faudrait, pour en équilibrer les irais, que chacun d'eux payât son abonnement annuel 340 fr*

Maintenant, sîl'on passe a Texamen du budget d'un journal dont les mêmes dépenses fixes s'élèvent annuellement à 200,000 fr. , on se convaincra qu'au prix de 80 fr. , trois mille abonncmens sont nécessaires pour couvrir les frais , s'ëlevant à 233, 000 fr.

A ces dépenses, si l'on joint les droits de poste et de timbre , qui sont de 32 fr. 4o c. par abonnement annuel, on se rendra facilement compte qu^en présence de si grandes chances de ruine , les risques d'amende et les primes de cautionnement disparaissent; que ce qu'il faut avant tout, c'est avoir des abonnemens , dùt-on , pour les obtenir , encourir l'amende et la prison; car, entre les deux écueils de la détention pour dettes du journal et de la détention pour délits politiques, il n'est pas un gérant qui ne donne la préférence à celte dernière extrémité.

Voilà le secret de Texislencc aventureuse de tout nouveau journal politique quotidien. Maintenant, il est facile de s^expliquer comment, dèsqiie cinq mille abonnemens sont nécessaires à Texistence d'un journal, il est contraint de multiplier les dissentimens politiques^ les antipathies sociales, d^irriter et do flatter alternativement les partis, afin de créer, ain^i que nous l'avons dit, des passions exploitables et des haines productives.

La suppression du timbre, en ce qui concerne les écrits périodiques^ ne causerait pas au fr.'sor public le préjudice qu'on peut craindre; d'une part , une

forte porlion de ses produits relourne à la presse 80u^ la forxiie de subventions ministérielles; d'autre part, le trésor public retrouverait dans uQeaugmenr talion certaine des produits de la poste plus peut-être qu'il ne serait nécessaire pour équilibrer la réduction opérée dans les revenus du timbre.

( S'il )

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