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RÉVOLUTIONS ET DES RÉFORMES

Paris est la ville de France où la presse périodique exerce le plus tyranniquement son empire, où l'on est le plus ignorant et le plus indifférent sur tous nos grands intérêts agricoles, industriels, commerciaux, coloniaux, maritimes. Paris se soucie peu que la France récolle du blé pour peu qu'il mange du pain. Paris suppose que toutes les autres villes ont des rues pavées et éclairées , des fontaines , des écoles , des bibliothèques publiques, qu'elles ne manquent enfin d'aucune des choses qu'il possède. Paris s'imagine que tous les départements ont abondamment des routes et des canaux , parce qu'il reçoit exactement de Strasbourg, de Marseille, de Nantes, de Bayoune, de toutes les extrémités du royaume , les produits et les objets nécessaires à son existence et à son luxe, ou plutôt , Paris ne s'enqniert pas de tout ce qui manque encore à la prospérité de la France, de tous les pr(^rës qu'il reste à faire à la civilisation dans la plupart de nos départements; aussi

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Paris , qui ne vmt que par les yeux de ses joumaui: , n'aperçoil-il les questions politiques que par les points où elles touchent au renversement des cabinets et à rexcrcice de la prérogative royale.

Le nom de a Industrialisme abject d a été dédaigneusement donné par un journalisme ignorant à toute autre politique qui consisterait à rendre l'assiette des impôts moins imparfaite , la circulation des capitaux plus rapide, le transport des marchandises plus économique, à réformer les vices de la législation hypothéc^re qui s'opposent aux progrès de l'agriculture, à développer le principe fécond du crédit public, industriel et foncier , à restreindre l'esprit malfaisant d'une fiscalité ignorante , & accélérer les rapports du centre à la circonférence , à multiplier le nombre des écoles communales, à fonder des écoles rurales gratuites , à réparer tes églises en ruines, à améliorer le régime pénitentiaire, à s'occuper efAcacemenldu sort des en* fants trouvés , à mieux entretenir les routes et les chemins qu'on perce, à compléter notre système de navigation , à porter enfin partout le travail , l'instruction et le bien-être.

o La politique des intérêts matériels est, ^ dit>on, — une politique abrutissante, n Par interdis moraux et par intérêts matériels que faut-il donc entendre ? Où commencent les premiers, où finissent les seconds 1 Est-ce que donner aux ouvriers du travail, ce n'est pas en même temps leur donner les moyens de faire mstruire leurs enfants, même de lire, s'ils le veulent, les journaux qui seprétendentlesseulsdéfenseurséclurés des intérêts démocratiques?

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Est*ce qae de bonne foi les intéréla matériels et les interdis moraux se peuvent isoler ? Est-ce qu'ils ne se lient pas étroitement? Ëst-ce qu'ils ne sont pas alternativement par rapport keus-ménies cause et effet? Il n'y a que l'ignorance qui ait jamais pu établir entre eux une distinclion plus fausse encore que subtile.

A Paris, la politique consiste à recueillir quelques suffrages, à se concilier l'opinion de quelques salons et l'appui de quelques journaux, à lutter de petites rancunes, à se venger d'une épigramme par une invective, à se faire des amis douteux et des ennemis mortels, à agiter incessamment des questions stériles ; dans les départements, la politique emprunte une forme plus matérielle et moins futile ; les passions d'un autre temps <Hit fait place aux intérêts du jour ; l'impatience de renv^^r les cabinets n'est pas celle qui agite les esprits ; ce qu'on voudrait, en province, c'est voir imprimer une marche plus rapide à l'expédition des affaires qui souffrent souvent du temps que leiv dérobent les ministres pour le donner à des soins et à des détails peu dignes d'eux ; ce qu'on voudrait, c'est que les routes qu'on perce et les canaux qu'on creuse, s'exécutassent avec plus d'ensemble et d'une façon moins saccadée; trop souvent les formes rigoureuses de notre comptabilité sont des. entraves fâcheuses qu'il serait facile de faire disparaître. Ain«, beaucoup de travaux commencés avec ardeur traînent en longueur et ne s'achèvent qu'avec peine. Ce sont là, dans les départements, de fréquents motifs de plaintes.

A Paris, on se plait aux changements de cabinet ; les crises ministérielles sont une distraction ; en province,

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on préfère les ministères qui durent ; à Paris , on aime le faux éclat, les passes-d'armesparlemenlaires, on veut des ministres brillants ; en province, on veut des bureaux actifs et des ministres laborieux. Les bons ministres pour les départements, ce sont ceux qui ne laissent aucune affaire attardée , aucune réclamation fondée sans réponse ; qui savent également résister aux partis et aux coteries , auprès de qui les brigues ne peuvent rien et pour qui les intérêts généraux sont tout.

A force d'entendre répéter qu'il n'y a de respectable et de digne que les intérêts moraux, Paris l'a cru, au grand préjudice de la province. Paris s'est imaginé qu'il serait indigne de lui de s'occuper de toute politique qui ne consisterait pas à disserter sans fin sur les chartes octroyées et les cbarles synailagmaliques, sur la question de savoir si le roi doit régner et gouverner, ou régner seulement, et à batailler sans trêve sur les bases de réformes électorales sans fixité. Les dangers de cette politique étroite les voici : c'est de traquer le gouvernement dans une impasse, c'est de tirer tous les jours à bout portant sur la royauté , c'est au lieu de les réunir de diviser le peu d'hommes d'État qui nous restent, c'est de les contraindre à s'enlre-détruiie, c'est de rendre enfin chaque année les cabinets plus instables et les combinaisons ministérielles plus difficiles.

Entrez dans un cercle, dans un cabinet de lecture , dans UQ café, jetez un regard sur tous les journaux que vous y trouverez réunis, et si vous croyez ce que vous lisez, vous resterez convaincu que la Charte est méconnue, que la royauté est en lutte ouverte avec les autres pouvoirs de l'État, que les ministères, quels qu'ils

soient, ne se maintienDent en fonctions que par la volouté rojiale et contre la majorité parlementaire, qu'ils ne sont composés que d'hommes hostiles aux Uberlés publiques et traîtres ans intérêts de la France.

C'est considérée sous ce point de vue qu'on peut dire que la situation politique du pays est grave. Le nombre des esprits faibleset des jom'Daux violents estai considérable que généralement on finit par croire ce dont on avait commencé pardouter.C'estde leur action continue que les journaux tirent leur principale puissance. H y a beaucoup de gens qui, par la crainte de paraître ministériels, se font révolutionnaires, sans le savoir et sans le vouloir. Ou ne croit pas qu'il sott possible de louer ou d'appuyer un ministère sans en recevoir de l'argent, ou sans lui demander une place. L'homme d'État qu'on prânait la veille de son avènement au ministère, et qu'on défendra le lendemain de sa chute, on l'attaque dès qu'il devient l'un des dépositaires du pouvoir. La France est la nation qui possède les meilleures institutions sociales, mais qui a les plus mauvaiises mœurs poUtiques. En fait de ministérialisme, sa fausse pudeur ressemble fort à celle des malheureuses filles qui commettent un crime pour cacher une faute. On reconnaît que l'instabilité ministérielle, lorsqu'elle tombe dans l'excès, devient un grave danger politique, et on travaille sans rel&che à renverser les cabinets qui se succèdent !

A quoi cela tient-il donc ?

Cela lient à ce qu'on n'est pas dans le vrai ; cela tient à ce que beaucoup de lecteurs irréfléchis se laissent égarer par les journaux passionnés qu'ils lisent;

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cela tient à ce qu'on voit la politique là où elle n'est pas, et h ce qu'on ne la voit pas là où elle est; cela tient à rimportance exagérée qu'on donne k la discussion et au peu de cas qu'on f^t de l'administratton ; cela tient enfin à la facilité de s'empreindre des généralités politiques et à la difficulté de se pénétrer des principes abstraits de la science économique.

Le dédain pour l'art d'administrer est poussé cbez nous à un tel point, que prétendre au mérite de bon admiuistrBteur,c'est faire acte d'abnégation et renoncer au titre d'homme d'État pour lui préférer celui de commis. Il y a contre les bons administrateurs le môme prévention défavorable que celle qui existe contre les hommes d'esprit qui ont une belle écriture, comme si Turgot n'eût pas pu être le premier de ses expéditionnaires !

Aussi, pense-t-on qu'un ministère n'a plus rien k faire dès qu'il a duré assez de temps pour n'avoir plus rien à dire qui ne soit déjà su.

Cependant, on ne peut pas éternellement discuter ce qui a été convenu et résolu déjà mille fois, mais on peut agir sans fin. Le champ de la discussion a des limites, celui de l'administration n'en apas.Ce qu'on a dit est dit, mais il n'en est pas ainsi des routes, des canaux et des monuments ; après qu'on les a terminés il les faut entretenir, et l'entretien n'est pas une chose qui ne dure qu'un jour. En administration, plus on a fait et plus il reste à faire. Depuis vingt ans, en France, on a disserté beaucoup, maisadministré peu ; pour s'en convaincre, il n'y a qu'à parcourir les déparlements et qu'à compter les volumes du Moniteur remplis par

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nos débats parlemeotaires. Depuis vingt ans, combien d'utiles progrès économiques l'art d'administrer aurait faits, combien d'importants problèmes sociaux l'art de gouverner aurait résolus, si, au lieu de gaspiller en discours et en audiences inutiles un temps précieux, nos hommes d'État avaient agi avec la suite d'idées, la persévérance d'efforts, l'économie de moyens, Vesprit d'analyse, de méthode et d'invention qui a caractérisé les hommes utiles à qui l'industrie moderne est redevable de ses conquêtes et de ses perfectionnements ; car, pour répandre partout l'aisance et niveler le bîenélre sans porter atteinte à la propriété, que faut-ill — Créer des moyens de travail en rapport exact avec le nombre des familles qui n'ont d'autre capital que leur force, leur dextérité ou leur intelligence. Le travail exerce une action analogue à celle du carré multiplié par lui-même ; pour un seul produit qu'il crée, il se forme des masses de consommateurs, et plus la etmsommation est active et générale, plus la production perEectionne ses moyens de travwl et les rend éconconiques. Le bien-être général auquel aspirent maintenant tous les peuples plus ou moins impatiemment n'est pas une utopie impraticable, mais ce n'est point par des spoliations violentes qu'on peut l'assurer ; c'est parle parfait accord établi entre le travail, la production et la consommation ; c'est par la multiplication la plus infinie des objets d'échange.

Pour résoudre le problème de civilisation posé par les peuples aux gouvernements modernes, à savoir : que tout homtite intelligent, moral et laborieux, avec huit heures par jour d'un travail rationnel, puisse : —

nourrir subslaDtiellenienI, — loger sainement, — vélir convenablement sa famille, — enassurer l'avenir et le présent, — profiler d'un loîwr de six heures pour s'instruire utilement et élever avec soin ses enfants; pour résoudre ce grand problème social du nécessaire et du bien-être assuré à tous, il suffirait de pouvoir mathématiquement déterminer le pris vrai, c'est-àdire le prix de revient le plus bas de la production la plus perfectionnée, calculé sur l'échelle de la consommation ta plus vaste.

Que dans un État toutes les forces et les intelligences soient habilement stimulées, utilement employées, et celte valeur réelle établira d'elle-même son niveau. Que toutes les dépenses exagérées, inutiles, soient réduites, supprimées. 11 le faut afin de pouvoir féconder, par un large fonds d'épargnes, toutes les branches productives de revenus publics, encourager tous les talents utiles, récompenser dignement tous les services rendus, alléger le plus onéreux des impôts peut-être, celui que prélève le mauvais état des chemins et des routes BUT les produits de l'agriculture et de l'industrie ; il le faut afin de pouvoir ouvrir des issues nouvelles au travail, cette source vive d'où jaillissent le bien-être et la moralité des peuples ; il le faut afin de pouvoir réduire ou abolir tout impAt excessif ou vexatoire, et accroître, en raison même de ces réductions, la richesse publique ; car la première garantie que donne un gouvernement de sa moralité, c'est son économie; s'il n'est judicieusement économe, il ne saurait être grand, juste, prévoyant, ni généreux. Tout gouvernement dont les seuls frais d'administration absorbent de l'impAt plus

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qu'il ne peut ou ne doit donner, n'a jamais d'argent pour vivifier le pays, commanditer le génie, stimuler le patriotisme par la reconnaissance nalionale ; fâcheusement placé dans la dépendance des hommes qu'il a corrompus, des abus qu'il a créés, plus il demande d'argent aux contribuables, et plus il faut qu'il en donne pour le prélever; alors, on peut dire qu'il ne perçoit plus l'impôt, mais qu'il l'achète.

Les réformes politiques qui se formulent par des lois plus ou moins légèrement votées ou décrétées sont faciles à opérer : mats les réformes économiques sont moins faciles à accomplir, car elles ont pour obstacles tous les abus qu'elles menacent. Le moyen le pIussAr, cependant, de prévenir les réformes subversives et prématurées, c'est d'opérer opportunément les réformes utiles et nécessaires; et le moyen de rendre cellesci plus rapides et plus fécondes, ce serait de stimuler l'émulatiofl parmi tous les esprits réformateurs de leur nature, en établissant en principe que chaque auteur d'une amélioration administrative, financière ou fiscale, reconnue telln, profilera d'une partie de ses avantages concurremment avec le gouvernement.

Alors on ne tarderait pas à voir beaucoup d'esprits ingénieux et d'imaginations ardentes changer de direction d'idées, quitter l'ornière profonde des théories anarchiques et des critiques subversives, pourse frayer la route neuve , large et sans fin des réformes utiles et des améliorations praticables, et s'appliquer avec persévérance à Vétude approfondie de la science sociale et politique, administrative et financière, afin d'en appliquer les principes justes à la simplification de l'appa-

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leil gouvernemental et au perfectionnement de ses rouages.

Ce n'est pas en répétant sans cesse d'une machine imparfaite qu'elle est mauvaise, qu'un iDanufacturier parvient àla rendre meilleure, mais c'est en s'occupant efBcacement des moyens de la perfectionner ou de Tapproprier à ses besoins.

C'est cet exemple que devraient suivre ceux dont le talent excelle à Haeltre à découvert tous les matins, dans un journal, les vices de nos institutions et l'imperfection de nos lois.

Nous disons tous assez communément et répétons tous fort légèrement que ceux qui nous gouvernent sont ignorants et incapables; cela est souvent vrai, mais ce qui n'est pas un mal moins grand, c'est que pei^ sonne ne songe à se montrer supérieur en savoir et en esprit à ceux dont il est si facile de faire une critique sévère. En France, on pense trop à s'élever par lea places et trop peu parles idées; les émetteurs d'idées y sont aussi rares que les solliciteurs d'emplois y sont nombreux; aussi le dénigrement n'a-t-it qu'un domaine infiniment borné, et qu'une maigre pâture , toujours la même ! On y craint de faire toute proposition un peu hardie; la crainte de passer pour innovateur est générale et invétérée ; elle frappe les meilleurs esprits de stupeur et de stérilité. L'ambition n'a pas de proportions larges ; elle ne conçoit rien de plus élevé que de s'emparer des emplois lucratifs; elle aime à se parer de titres et de rubans; elle affectionne le travail des bureaux ; elle se complaît à donner des signatures, elle s'agite beaucoup, fait peu, ne réfléchit

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pas et n'imagine rien ; elle enlève enfin aux méditations le temps précieux qui leur appartient pour le prodiguer aux détails. Aussi ne doîl-on pas s'étonner que. deuos jours, tant d'hommes aient traversé tant de ministères sans y laisser de traces mémorables de leur passage.

Nous n'avons de révolutionnaires que d'une seule sorte; j'en voudrais de deux. Ceux qui existent, etque je connais, appliquent toutes les ressources de leur imagination à trouver les moyens d'entraver, d'affaiblir, de déconsidérer, de renverser enfin le gouvernement établi; ceux qui manquent, et au nombre desquels j'aimerais à me compter, loin de reobercber les places, même les plus élevées, n'en voudraient aucune; ce qu'ils voudraient, c'est consolider le gouvernement existant, le rendre le plus savant et le plus simple, le plus ferme et le plus doux, le plus justeet le plus fort qui soit, en lui faisant subir tous les retran chements et toutes les additions qui seraient la conséquence d'i* dées long temps mûries.

L'appareil gouvernemental que nous avons est impartit, il fonctionne péniblement, ses rouages manquent de précision, mais le système est bon et pourrait devenir excellent s'il était perfectionné ; tel qu'il est, il ressemble fort aux mouvements de montres qu'on fait Il Genève, lesquels n'acquièrent de valeur qu'après qu'ils ont été repassés par une main habile. Par cette comparaison, je le sais, je m'expose au reproche de ne vouloir qu'un gouvernement mécanique, de n'être qu'un espirit étroit exclusivement occupé par les.détails matériels et les intérêts positifs; ce reproche que j'ai

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nncouru depuis longtemps n'a rien qui m'inlimide. Dans une monire, ce que j'admire d'abord , c'est la Ihéorie de ses mouvements ; ce que j'examiDe ensuite, c'est la précision de ses rouages.

Ainsi dansun gouvernement, donlj'ai admis le principe, je ne m'occupe que d'en rendre 1b marche plua simple, plus régulière, plus parfaite.

Les questions de savoir, si le pouvoir absolu serait préférable en France à la forme constilulionnelle, ou la présidence élective à )a royauté héréditaire, si le principe aristocratique n'est pas à la fois plus conservateur et plus progressif que le principe démocratique, si le roi doit régner et ne pasgouvemer, si deuK chambres législatives valent moins qu'une seule, me paraissent maintenant vaines, vides et épuisées.

En Angleterre, la forme représentative a donné à ta royauté pour élai l'aristocratie. En France, c'est le principe monarcKiqueetl'élémentdémocratiquequ' elle a étroitement unis. Dans chacun, des deux pays, elle s'est servie des matériaux ditTérents qu'elle a trouvés. En Angleterre, le respect qu'on a pour les traditions politiques est égal à l'empressement avec lequel sont accueillies les innovations industrielles. En France, c'est le contraire, on est timide en industrie et téméraire en politique ; ce sont là des différences de caractères dont il importe de tenir compte lorsqu'on étudie les deux pays, afin de faire servir l'exemple de l'un à l'expérience de l'autre.

Une nouvelle classification des attributions ministérielles . serait, dans l'ordre des améliorations que je conçois, le premier acte de la réforme administrative

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que devrait accomplir l'honime d'État appelé parla conSaoce du roi & former un cabinet homogëoe et solidement assis sur un ensemble d'idées digne enfin de porter ce nom de système dont on a tant abusé; car, de nos jours, quels ministres ont montré, par le parfait accord de leurs actes et la supériorité de leurs vues, qu'ils eussent un système! — Aucun.

Résister au désordre, n'est pas un système ; de la part de simples citoyens, c'est un acte de raison et de courage ; de la part de ministres, c'est le premier de leurs devoirs. Intimider à outrance, n'est pas un système, mais le contraire d'un système , car c'est faire éclater toute son ignorance des causes du mal et des moyens de la guérir. L'intimidation est à l'art de gouverner ce qu'est l'empirisme àl'liygiène; l'intimidation n'a jamais été, n'est pas, ne sera jamais un système. Laisser faire sans direction et laisser passer sans contrôle ne saurait non plus constituer serieusement un système. Pourvoir à l'œuvre ce que c'est qu'unsystëme, il faut que laFrance attendequ'elle ait produit un homme vraiment supérieur, c'est-à-dire doué d'une imagination puissame, d'une volonté inflexible, d'une activité infatigable, de la passion exclusive du juste et du vrai; qui puise sa force dans le religieux sentiment du devoir, afin de rester également insensible aux injures et aux adulations; qui soit indépendant enfin de toutes les petites considérations auxquelles tous les jours nos ministres font, sans s'en rendre compte, le sacrifice de l'avenir.

Celui-là, s'il sait bien parler, saura mieux encore se taire; pendant que les uns réclameront le rappel des

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lois des 10 décembre 1830 sur les crieurs publics, 10 avril 1831 sur les associations, etd septembre 183S sur les délits de la presse et les décisions du jury, ou que d'autres prolesteront contre ; pendant que ceux-ci appelleront de leurs vœus discordants une réforme électorale, et que ceux-là la repousseront, d'autres soins l'occuperont, il se posera d'autres problèmes à résoudre.

Il se demandera :

S'il y a concordance entre noire enseignement public, notre régime municipal, et notre forme constitutionnelle î

Si notre enseignement public ne devrait pas être divisé en plusieurs degrés, tous marqués par une série de diplômes : le premier d'aptitude électorale justifiant qu'on sait lire, écrire, parler et compter ; le dernier, d'aptitude professioimelle établissant qu'on a été reçu, après examen, agronome, manufacturier, commerçant, ingénieur, avocat, médecin, ecclésiastique, professeur, militaire, etc., etc.?

Si tous les contribuables, avant d'exercer les fonctions d'électeur et de juré, ne devraient pas être tenus de justifier de ce premier diplôme attestant qu'ils possèdent les connaissances prescrites par le programme de l'instruction nationale (1) ?

Si ta France est assez instruite pour fournir à sa consommation de 500,000 conseillers municipaux,

(I] Di L'iNSTimCTion publique, I vol, ln-S°, par M. Emile de Girardin. Page 1, Sécemti de mettre en harmonie l'instraclion publique et la constitution politique des peuples.— fa:gei ht , Sa, 363, 365, 370, 383, 384 el 400.

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de 38,000 maires, de 459 députés et de 8 ministres ?

S'il est raisonnable et possible de maintenir l'organisation communale, telle qu'elle se compose de 38,000 individualités chétîves, sans lien, sans force, sans hiérarcliie, sans vitalité?

Si notre agriculture, notre industrie, notre commerce, ne sont pas à la fois victimes d'un morcellement excessif et d'une centralisation exorbitante?

Si une réforme municipale, quelque difficile, quelque périlleuse qu'elle pût être, ne serait pas l'une des trois premières réformes qu'il devrait accomplir, afin de mettre d'accord et de diriger nos trois branches de richesses, qui trop souvent se contrarient et se nuisent ?

Si, avant d'avoir esécuté cette réforme, il est possi~ ble de concevoir un plan vaste, solide, praticable, qui, sans atteinte portée au libre arbitre individuel, régisse le travail national, et fonde la prévoyance sociale sur le principe fécond de la mutualité, le seul qui puisse relever la dignité humaine, réaliser la fraternité chrétienne, éteindre la mendicité qu'une charité faible, insouciante, routinière, encourage et ne soulage point?

Si nos douanes qui ne sont qu'une grande balance politique et commerciale, maintiennent en juste équilibre, dans l'un de ses deux plateaux, l'intérél de nos travailleurs, dans l'antre l'intérêt de nos consommateurs; dans l'un l'intérêt de la France, dans l'autre celui de ses tdliés?

Si ta même pensée règle nos douanes et régit nos alliances?

Si nos alliances politiques ont pour garantie de leur sincérité et de leur durée, non la mobilité des sympa-

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tliics populaires, mais l'idenlilé des intérêts nationaux?

Si, par U profondeur de leurs racines, par l'étendue de leurs rameaux, le commerce et le crédit européens ont établi une solidarité telle, qu'elle lui permette, avec certitude, de faire sur la durée de la paix générale un calcul de probabilités rigoureux !

Si les contingents annuels de notre armée sont tes conséquences logiques de l'état de dos relations extérieures et de nos ressources intérieures ?

S'il n'est pas de moyens nouveaux de satisfaire la nécessité des armées permanentes et de résoudre ce problème, que l'armée produise à peu près ce qu'elle coûte?

Si nos maisons de détention et de travail doivent continuer d'être une chai^ du budget et une atteinte grave portée à l'industrie de nos ateliers?

Si nos impôts ne sont pas exagérés, s'ils sont assez variés ; s'ils ne devraient pas, comme les semences confiées à la fertilité de la terre, s'alterner afin de féconder la consommation ? S'ils sont tels enfin que la justice tes ait exactement répartis, qu'ils ue portent point le peuple à la fraude, qu'ils ne le poussent point à la démoralisation î

Si nos lois fiscales et pénales ne sont pas conçues en sens contraire de la religion, de la morale et de la science économique; car dans un système tout s'enchaîne, tout se tient?

Si la liberté des cultes, la liberté de t'enseigiieraent et la liberté de la presse, doivent être sans bornes et assimilées è la liberté de l'industrie, comme n'étant

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dans la réalité que l'exploitiition Irinitaii e de la crédulité, de l'ignorance et de l'ambition publiques ?

Si la publicité qui éclaire, la science politique qui découvre, la polémique qui juge tout et n'approfondit rieu, ne sont pas trois choses dislincles?

Si renseignement des journaux continue celui dos écoles; s'il y a accord entre eux?

Hais d'abord il se demandera :

S'il y a concordance entre nos codes, noire charte et nos lois, entre nos besoins, nos mœurs et nos inslilu-

tiOQS?

Si la seconde des trois réforoaes qu'il aura méditées ne devrait pas être la révision et la refonte générale dans un même esprit des cent mille lois qu'ont faites tour à tour la royauté absolue, l'assemblée constituante, la convention, le directoire, le consulat, l'empire et le gouvernement constitutionnel ?

Si toutes ces lois, qui ont été mises à la double épreuve de l'expérience et de la désuétude, ne devraient pas être ramenées aux termes les plus simples, et réduites â un petit nombre, écartant toutes celles qui seraient une violation des principes immuables de la raison et de la justice éternelles ; faisant à la jurisprudence et à l'administration deux larges parts : laissant à la première la responsabilité des interprétations, à la seconde celle des règlements ?

Or, comme une œuvre aussi vaste ne saurait s'entreprendre sans des moyens d'exécution parfaits, il sera naturellement conduit à reconnaître que le pouvoir exécutif, tel qu'il est arbitrairement partagé en huit départements, est condamné, par le fait du morcelle-

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ment des attributions miDÎstérielIcs, à rimpuissance el à l'immobilité ; q^'il n'est point un corps, mais une réunioR de membres sans lien suffisant entre eux ; que rien de grand, de complet, de durable ne saurait s'accomplir sans une réforme administrative préalable et radicale.

IL se dira :

Que le premier devoir d'un ministre est de multiplier partout les unités, de les soumettre toutes à une hiérarchie Judicieuse, à un contrôle intleiible ;

Qu'il ne doit travailler qu'à gagner et qu'à amasser du temps, car, quoi qu'il fasse, il n'en aura jamais assez;

Que, sans relâche, il ifoit former des hommes qui sachent à leur tour en former d'autres ;

Qu'il ne doit lui rester d'autre soin que celui de regarder, d'écouter, d'examiner, de contrôler, de réfléchir et de comprendre ;

Que la conséquence de l'obligation de parler beaucoup, c'est de faire peu et de n'imaginer rien ;

Qu'il doit se garder d'entraver jamais l'initiative individuelle : qu'il la faut au contraire développer de toutes parts, en en réglant partout l'exercice par la res-ponsabîlité ;

Qu'enfin, il doit faire le contraire de ce qui a présentement lieu ; qu'il doit attirer toutes les supériorités et repousser toutes les médiocrités, rejeter loin de lui les détails et se réserver les grandes pensées.

Réduire le nombre des ministres, étendre leurs attributions et restreindre leur responsabihté en simplifiant le travail de leurs bureaux où la division et l'u-

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nilé manquent, où la confusion et la rivalité régnent, où tout arrive, d'où rien ne s'expédie, où tout est accaparement et non centralisation, serait donc la première des réformes que devrait opérer l'bomhie d'État qui se proposerait l'exécution des clioses grandes dont la France a le vague instinct qui la tourmente. C'est aussi l'ordre qui a été adopté dans ces études politiques, entreprises sans autre mobile que le désir de rendre la tâche de nos ministres plus facile, et leur passage aux affaires plus utile pour leur pays, plus glorieux pour leur mémoire 1

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