‹ Études politiquesChapitre 14 sur 32 · SS · texte numérisé non relu

SS

Ma<ichol Mortier.

Amiral Jio JiubcH.

Mr^eial 1

Qu'on essaye de citer uii nom qui ait été oublié ou injustement exclu, une combinaison minist^ielle compatible avec la majorité parlementaire qui n'ait pas été essayée, une supériorité qui ait été méconnue, eolio un concours utile dont le roi se soit volontairement privé. C'est une tâche qu'on entreprendrait vainemenl; l'opposition le sait bien : aussi est-c« là ce qui fait la faiblesse de l'omnipotence parlementaire et la force de la prérogative royale.

Si l'instabilité ministérielle n'a pas en réalité la cause que lui attribuent lamau valse foi des partis et l'injustice des ambitions personnelles, d'oîi vient-elle donc îDs qui est-ce la faute et sur qui doit en retomber la grave responsabilité ?

C'est ce qu'il s'agit de rechercher.

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Dbiis un gouvernement représenlutiC, Indurée de cliaque règne est représentée par un certain nombre de combinaisons ministérielles qu'il faut épuiser successîvcmenl, mais qu'on ne saurait impunément inlervertii*. Le nombre en varie nécessairement selon que l'époque est plus ou moins féconde en bommes politiques éminenls, personnifiant en eux des tendances diverses, des intérêts différents , des systèmes distincts. L'ensemble de ces combinaisons ministérielles forme ce que nous appellerons l'échelle parlementaire, dont les deux points d'appui, en France, sont à l'extrémité inférieure la démocratie, à l'extrémité supérieure la royauté. En Angleterre, où il existe encore une aristocratie, et aux États-Unis, où il n'y eul jauiaisde royauté, les points d'appui sont différents. Hais ne nous occupons que de la France.

Plus le nombre des combinaisons ministérielles sera considérable et liabilement gradué, et moins il y aura de risques que jamais la démocratie se heurte violemment À la royauté. La distance qui séparera Tune de l'autre sera d'aulanl plus grande qu'enfre elles deux se trouveront plusde degrés à franchir, plus d'idées à expérimenter, plus d'hommes appelés naturellement à se succéder au pouvoir pour y faire prévaloir leur système. Ce que doit faire en France la royauté constitutionnelle ressort donc clairement de ce qui précède. Tout règne nouveau est une partie qui veut, pour être gagnée, qu'on ne s'écarle pas des règles prescrites, qui sont: — de se rendre strictement compte de ses ressources en hommes d'État, de n'en jamais exposer qu'une seule à la fois ; de ranger ceux qui en font la

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Torce, d'abord selon leurcouleurpolïlique elduisTordre des nuances, ensuite selon leur valeur relative ; de ne pas faire précéder ce qui doit suivre, de ne pas placer au premier rang qui ne saurait s'élever audessus du second, enfin de ne pas vouloir allier ce qui s'exclut. Ce qui équivaut à dire que tout ministère de coalition est une faute grave, qui ne se justi&e par aucune circonstance, par aucune nécessité. Il n'y a point d'exemple d'un ministère de coalition qui, en dérmitive, n'ait affaibli la royauté conslilutionnelle, et ajouté à la division parlementaire .qu'il avait la prétention de faire cesser. Un cabinet est plus fort avec un seul chef qu'avec plusieurs, parce qu'il est plus libre. L'habileté n'est pas d'appeler les hommes d'État de premier ordre, nécessairement rivaux, à s'associer, mais à se succéder ; à se partager le pouvoir, mais à l'exercer dans sa plénitude, chacun à son tour.

Les majorités factices et passagères qu'on parvient à créer à l'aide de ministères de coalition, ne t'ont que rendre plus difficile la reconstitution des majorités réelles et durables. Ce qui est contraire à l'ordre et à la vérité ne saurait jamais produire que perturbation el mensonge.

Après qu'un ministère de coalition a succombé dans sa lâche, brisé les transitions, porté le doute dans les convictions, le trouble dans les esprits, perverti l'opinion publique, fait de nuances diverses une couleur sans nom, que reste-t-il à la prérogative royale* — Une seule alternative :

Essayer d'hommes subalternes et de combinaisons

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b&lardes qui déconsidèrent le pouvoir, ou subir la loi de Tune des opinions estrémes.

En toute circonstance, nous i^'avons jamais cessé de nous élever et contre les cabinets bicéphales, el-contre les cabinets sans tête ; les uns et les autres nous paraissent également subversifs du principe des majorités consciencieuses et sincères.

Avec un cabinet qui n'a pas d'homogénéité, conciliez donc une majorité compacte? Avec un cabinet composé de subalternes égaux entre eux, ralliez donc une majorité sorlable qui n'ait pas honte d'elle-même ! Cela n'est pas possible, et il serait même fâcheux que cela le fût.

Une erreur commune à tous les ministres est de croire que les hommes politiques se personnifient dans une idée moins que dans un nom; que l'art de gouverner est surtout une question de dextérité, et que, par ce seul fait qu'on est parvenu à remplacer ses prédécesseurs, on a suffisamment prouvé sa supériorité sur eux.

Il se peut qu'il en soit ainsi dans les Élals où la volonté du monarque fait la lot, où Ton gouverne dans le silence ; mais il en est autrement dans les pays où règne la liberté de la presse et où les ministres sont appelés à défendre àla tribune législative tous les actes de leur administration. Dans les gouvernements représentatifs, le ministère est une périlleuse épreuve, un dangereux déil, qui ne fait de grâce à aucun de ceux qui l'acceptent. Si vous avez été sans justice pour vos prédécesseurs, si vous les avez renversés par l'intrigue et ht présomption, le mâjne sort vous atteindra sans

que vous puissiez vous y soustraire ni vous en plaindre. L'injuslice, l'intrigue et la présomption ont pour elles la veille et le jour, mais elles n'ont pas le lendemain. Si donc TOUS ne faites pas mieux que ceux dont vous aurez pris la place, il vous sera demandé à quel titre vous vous eu êtes emparé, et de quel droit vous prétendriez la garder. Vos prédécesseurs seront sans pitié, et vous serez sans force contre vos successeurs. Toute présomption veut être justifiée, c'est là son chAtiment; car il se peut encore qu'on parvienne au pouvoir par . Tintrigue, mais là où les prétentions exagérées sont librement discutées, on ne saurait s'y maintenir que par la supériorité. Toute ambition est tenue de prouver sa légitimité.

Ce qui précède explique assez pourquoi depuis 1830 tant de cabinets se sont formés, et pourquoi ils ont duré si peu. C'est à tort qu'ils s'en prendraient de leur chute à d'aulnes qu'à eux-mêmes; jamais la majorité ne leur a manqué que par leur faute. La fragilité de ces cabinets, telle a été la vraie cause de leur instabilité. Il faut à tout ministère une raison d'être, une nécessité de vivre; c'est-à-dire ou une œuvre à entreprendre, ou une idée à féconder, ou une réforme à accomplir, ou un système à appliquer, ou une difficulté à vaincre, ou un parti à faire triompher ; or , si l'œuvre est mesquine, l'idée stérile, la réforme inopportune ou chimérique, le système inapplicable, la diflicuKc nulle ou invincible, le parli impuissant, il ne sera pas étonnant qu'un cabinet sans mission soit un cabinet sans durée.

On n'est pas digne du pouvoir quand on ne l'aime

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que pour soi, non pour lui : quand on ne le convoite i]ue poursesprlvilégeset ses vanités, non pour ses obstacles et sesdevoirs.On devient ministre, mais on nail bomme de gouvernement. Naflre homme de gouvernement, c'est naître esclave de ses convictions, de ses idées, c'est leur apparienir tout entier, c'est ne trouver de bonheur que dans leur triomphe, de repos que dans le travail et la lutte ; c'est n'avoir qu'une passion, celle des grandes entreprises ; qu'une pensée, celle d'asservir ou d'émanciper les peuples, selon les lieux et les temps; c'est vivre dans l'abnégation de soi-même, c'est mourir martyr de son génie et de sa foi , usé par les veilles, brisé par la plus cruelle des tortures, celle de ne voir exécuter que lentement, qu'imparfaitement ce qu'on a impatiemment et glorieusement conçu, douloureux supplice S l'abri duquel sont les ambitieux vulgaires.

r'exactitude de ce qui vient d'être dit se démontre par le tableau même des dix-sept combinaisons qui, depuis i 830, ont successivement fait passer cinquantequatre ministres aux affaires. Entre tant de cabinets, voyez quels sont les deux qui ont duré le plus longtemps sans modification : ce sont ceux du 13 mars et dulS avril. La raison de leur longévité comparée s'explique naturellement. Ils étaient tous deux bomogènes, et avaient chacun une œuvre à accomplir : aussi, pour dissoudre l'un, a-t-il fallu la mort de M, Férier, et, pour renverser l'autre, tous les elt'orls d'une coalition monstrueuse. La Résistance a fait la gloire du 15 mars, et la Clémence la force du 15 avril 1 Sans la mort subite de H. Perler, le 1 3 mars ne se fîtt

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dissous qu'après avoir achevé son œuvre, le 15 avril n'est tombé qu'après que l'amnistie eut produit tous ses effets; encore ne fût-il pas tombé si, cette première tâche glorieusement remplie, il se fût empressé de s'en donner une autre. Ce qui l'a dissous, c'est plus encore l'inaction que la coalition.

Des ministres n'ont pas le choix entre le repos ou la retraite; pendant l'intervalle des sessions législatives, il faut qu'ils préparent les travaux qui devront occuper sans relâche le parlement pendant tout le temps où il sera réuni. Rien de plus dangereux que de le laisser un seul instant désœuvré, car l'intrigue aussitôt s'en empare, et il n'est plus alors qu'un moyen de lutter contre ses manœuvres, c'est de lui opposer celles de la corruption. Or, toute majorité qui se dispute ainsi l'intrigue d'une part, la corruption de l'autre, se débande et se démoralise bient6t ; et dès qu'elle a honte d'elle-même, elle cesse d'exister. C'est la situation dans laquelle nous sommes tombés et d'oii il faut absolument que nous sortions.

Si, comme l'expérience ne Ta que trop évidemment démontré, la durée des cabinets est en raison de l'importance de la mission qu'ils ont reçue ou qu'ils se sont donnée, il en faut conclure que le seul moyen de mettre un terme à l'instabilité ministérielle, qui a pour cfiet de déconsidérer le pouvoir en le faisant passer par un nombre trop considérable de mains, c'est, ou de rendre le gouvernement plus simple, ou bien de trouver des ministres qui sachent faire du « graiula, car il n'est pas vrai de dire que « on ne fait pm du grand à volonté» lorsqu'on en porte en soi le sentiment, car il

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n'est pas vrai de dire que « il n'y a pas dp grandes choses enguestioni D que a il n'y a pas de grands principes enjeu, o

Une telle erreur ne doit pas s'accréditer, elle serait funeste! Abaisser ainsi des ministres à l'état de simples expéditeurs des affaires courantes, c'est faire du pouvoir la proie de l'intrigue et l'apanage de toutes les médiocrités ambitieuses, c'est en grossir la foule déjà si considérable, c'est admettre l'outre-cuidance de ses prétentions et reconnaître la légitimité de ses droits, c'est briser la dernière barrière qui sépare la royauté de la multitude, c'est enfin proclamer qu'en France la monarchie a fait son temps et que le règne est arrivé de la démocratie sans opposition et sans partage.

Jamais, non jamais, le National n'a fait du gouvernement qu'il attaque une satire aussi violente que celle qui se trouve dans les trois lignes du Journal des Bébais qoi servent d'épigraphe à ces réflexions> s'il était vrai que rien de grand ne fût plus possible au pouvoir, et si nous avions cette conviction, désormais ' ce n'est plus avec ses partisans que nous serions, mais avec ses adversaires. L'impuissance organisée, quelque nom qu'elle emprunte, ne nous aura jamais pour soutien. Mais heureusement il n'en est pas ainsi que le pense le Journal des Di/bats : il est encore de grandes choses en question, de grands principes en jeu, et n'en fi'it-il plus, qu'il serait imprudent de l'avouer dans l'intérêt et pour l'honneur du pouvoir qu'on défend.

Le pouvoir n'existe que par ses œuvres ; si donc

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elles sont grandes, il sera fort et honoré ; si elles sont médiocres, il sera faible et méprisé. Le pouvoir qui ne lente rien n'est pas le pouvoir ; toute influence, tout prestige, toute autorité l' abandonnent ; il n'existe plus alors que de nom ; il n'est plus qu'un coffre transparent où les contribuables voient avec humeur des commis puiser avec avidité. Vouloir gouverner sans idées est la plus chimérique des entreprises, la plus dangereuse des expériences; et quand un pays en est réduit à cette honteuse extrémité, il n'a plus qu'à faire tuer sur un champ de bataille ceux dont l'ardente imagination n'a pu trouver d'emploi ; la guerre est alors la seule ressource qui reste à un gouvernement de reconquérir l'autorité par la gloire.

Le pouvoir qui s'abaisse, loin de devenir plus facile à exercer, voit, au contraire, pulluler autour de lui les obstacles, les exigences, les intrigues, les résistances, les tyrannies, les rivalités; aussi est-ilvraide dire que. pour un gouvernement, les plus difficiles à accomplir sont, non les grandes choses, mais les petites; or, le seul moyen qu'il ait de s'affranchir des petites, c'est de s'élever au-dessus d'elles par les grandes; et quoi qu'on en ait pu dire, à aucune époque peut-être il n'y eut plus de grandes choses en question, plus de grands principes en jeu ; c'est justement parce que les ministres n'osent pas les aborder qu'ils durent si peu, que les majorités se corrompent et s'éparpillent; il faut aux majorités une idée autour de laquelle elles puissent se rallier, un principe qu elles aient à défendre, une œuvre à laquelle elles soient glorieuses de s'associer. Médiocrité ministérielle et immoralité politique sont

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synonymes. Plutôt que de ne rien oser, il vaudrait mieux qu'un gouvernemeot osftt trop : le danger serait moindre, car il n'en est pas de plus grand que de laisser les esprits et les bras iuoccupés, et plus encore les esprits que les bras. D'ailleurs, quoi que puisse entreprendre en temps de pais un gouTeroemtnt, jamais il ne donnera autant au hasard qu'il le fait par une guerre, que cependant le plus léger prétexte, une collision non préméditée, un mot ou un geste injurieux échappés à l'emportement, un intérêt douteux, un sentiment irréfléchi, suffisent souvent pour faire éclater. Étrange contradiction qui s'explique ainsi : — I.es gouvernements ne savent se résoudre à faire que ce qu'ils ont fait déjà; ce qui ne veut pas dire que c'est la prudence qui les dirige, mais la routine; or, la guerre est pour eux une routine, et la paix n'est pas encore un système. Ils dépenseront un milliard pour une conquête incertaine ou inutile ; ils ne hasarderont pas un million sur une idée qui sera neuve et qui promettra d'être féconde. Les gouvernements se perdent aina par leur immobilité ; trop faibles pour arrêter les nations dans leur marche, ils les laissent errer, et s'exposent à se voir un jour entièrementabandonnés parelles. La paix, qui est un bienfait pour les peuples , devient, lorsqu'elle se prolonge, — particulièrement dans les États où la liberté de la presse a déjà fondé son empire, — un obstacle pour les gouvernements dont peutêtre ils ne se rendent pas assez exactement compte. La paix, qui fait poser les armes à l'esprit de conquête, les fait prendre à l'esprit d'égalité. Aux rîvaUtés de nations succèdent alors les rivalités de principes.

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