‹ Études pour servir à l'histoire de l'affection décrite sous les noms de goutte asthénique primitive, nodosités des jointures, rhumatisme articulaire chroniqueChapitre 2 sur 6 · FORME PRIMITIVE), ETC · texte numérisé non relu

FORME PRIMITIVE), ETC

L’hospice de la Salpêtrière n’est pas seulement un asile pour la vieillesse indigente; c’est encore, comme on le sait, un lieu de refuge pour des femmes de tout âge, atteintes d’infirmités incurables. Un bon nombre de ces ; infirmités reconnaissent pour cause diverses affections chroniques des jointures.

Placé comme élève interne dans cet hospice, nous avons cherché à profiter de la position spéciale où nous nous trouvions, et nous avons recueilli un certain nombre d’observations cliniques et nécroSr copiques, qui font la base de notre travail.

Les femmes qui ont été l’objet de nos études présentent toujours un gonflement profond, et par suite une déformation plus ou moins prononcée des petites jointures des extrémités supérieures. Ces petites articulations sont, en outre, déviées de la manière la

plus singulière, et ne peuvent, le plus souvent, remplir aucun usage. Plusieurs des grandes articulations sont généralement prises plus ou moins longtemps après les petites, et les membres, alors placés dans un état de demi-flexion permanente, sont gênés dans leurs mouvements, ou même réduits à une immobilité complète. Tous ces accidents, dans la majorité des cas, se développent sans fièvre appréciable , mais ils s’accompagnent quelquefois de vives douleurs. Chronique dès son origine, la maladie qui les a produits n’a jamais succédé à une attaque de rhumatisme articulaire aigu ; les antiphlogistiques mis en usage, pour les combattre, quelquefois dès le début, n’ont jamais paru entraver leur marche. Enfin l’autopsie ne nous a jamais fait constater, dans les jointures ou à leur périphérie, l’existence de matière tophacée, mais elle nous a mis à même de reconnaître des lésions profondes , qui paraissaient de na- Ljture inflammatoire.

La plupart des médecins modernes font rentrer les cas dont nous venons de donner une description succincte dans l’histoire du rhumatisme articulaire primitivement chronique (Chomel et Requin (1), Bouillaud). M. Piorry (2) les étudie dans le chapitre où il traite des arthrites chroniques, et des arthropathies indépendantes de l’hémite. En Angleterre, on les a longtemps étudiés sous le nom de nodosité des jointures ; mais M. Adams (3) nous apprend que ce nom est devenu synonyme de chronic rheumatic arthritis.

Cependant quelques auteurs ont pensé que ces cas méritaient une place à part dans les cadres nosologiques. Ainsi G. Musgrave (4) en

(1) Chomel, Essai sur le rhumatisme; thèse soutenue en 1813. — Chomel et Requin, Leçons declinique médicale, t. 2; 1837.—Bouillaud, Nosographie médicale, 1.1, art. Arthrite rhumatismale.

(2) Piorry, Traité de médecine pratique, t. 3.

'(3) Adams, Cyclopedia ofanalomy and physiolog.; London, 1839.

-(4) G. Musgrave, de Arthritide symptomatica ; Genève, 1747.

a tracé une description sdùs le nom de Arthritis rheumatismo super veniens; Sauvages, dans sa nosologie, en a fait deux espèces, sous les titres de Rheumatismus àrlhritieus et de Artkritis rheumatica; Landré-Beauvais, qui les a étudiés à la Salpêtrière, propose d’admettreime nouvelle espèce de goutte, qu’il appelle goutte asthénique , j primitive (1); enfin J. Haygarth fait évidemment allusion aux mêmes j cas dans son Histoire clinique des nodosités des jointures (2). —-i

Le début habituel dans les petites articulations qui sont bientôt profondément lésées, la tendance à la généralisation, l’intervention presque constante de la rétraction musculaire, et, par suite, la production plus ou moins rapide des^déviations des extrémités, ou même des membres, tous ces caractères ont imprimé à la maladie, dans les cas où nous l’avons observée, une physionomie particulière et un cachet de gravité qui n’autorisent pas, sans doute, la création d’une affection distincte, mais qui motivent, du moins, une descrip^ tion spéciale. C’est cette description que nous allons entreprendre, dans trois chapitres consacrés : le 1 er à la symptomatologie, le 2 e à l’étiologie, le 3 e à l’anatomie pathologique. Ce sont là, en effet, les seuls points sur lesquels nos études ont pu spécialement porter.

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