‹ Études pratiques de composition française; sujets préparés et commentés pour servir de complément aux Principes de composition et de style et Conseils sur l'art d'écrireChapitre 60 sur 94 · Lourde platitude · texte numérisé non relu

Lourde platitude

5. Est-ce la douleur qui pousse toujours l'homme à l'action? ou le besoin? Quel est le rapport de la douleur au besoin? La douleur n'est-elle pas la conséquence du besoin non satisfait? Par conséquent souvent ce ne sera que la crainte de la douleur, et non la douleur elle-même, qui fera agir? La sensation primitive qui avertit du besoin, et qui excite l'activité instinctive, avant toute expérience, est-ce une douleur? Dans quelle mesure?

COMPOSITIONS d'Élèves. iCb

échapper, et c'est ainsi que l'homme a réussi à se préserver des atteintes de la faim et du froid; de la douleur est née la civilisation ^

La douleur est la condition du plaisir, carie plaisir continuel s'évanouit bientôt, et la douleur seule peut lui donner son relief et son charme^. Elle ne fortifie pas seulement l'impression du plaisir, elle donne aussi à tous nos sentiments plus de vivacité et de force.

La vie semble plus belle après une longue maladie ; les bois sont plus verts, la brise plus douce, les fleurs plus parfumées pour celui qui les revoit après quelques jours de réclusion ^.

1. Explication trop vague et peu précise. Appliquez ici l'excellent principe de logique dont Stuart Mill faisait usage. Réalisez l'idée générale dans un cas particulier choisi avec soin, et voyez si votre raisonnement vaut toujours, étant ainsi mis en contact avec une réalité concrète.

2. Ne suffirait-il pas d'entremêler les plaisirs et de les varier? Il n'y a pas besoin d'avoir souffert de la faim pour goûter un bon repas : on se fatiguerait de rester à table une journée; mais une promenade, un concert, une conversation succédant au déjeuner, on pourra, sans avoir éprouvé aucune sorte de douleur, être sensible à la délicatesse du dîner.

3. La phrase finit lourdement. Et puis, cette fin n'est pas nette. Est-ce d'un malade, est-ce seulement d'une personne qu'on a tenue enfermée, que vous parlez? Dans ce second cas, la vivacité des sensations est excitée par leur interruption prolongée : il n'y a pas eu à proprement parler douleur; il y a eu repos, réparation et accumulation de la force. Un cheval qui est à l'écurie plusieurs jours, et qui, lorsqu'ensuite on le fait sortir, est difficile à tenir en main : ce n'est pas la douleur qui l'a rendu si vif. Quant au malade, l'intensité et la douceur des impressions dans la convalescence ne sont pas, du moins en grande partie, le résultat direct de la souffrance éprouvée. Il n'y a pas de proportion rigoureuse entre la douleur passée et la joie présente. Mais, d'abord, il y a un effet tout moral : si l'on a vu la mort de près, l'amour de la vie, la volonté d'être, nous fait trouver plus beaux, plus charmants tous ces objets extérieurs dont la perception est pour nous la caractéristique de la vie. Mais de plus, après l'affaiblissement, l'exténuation des forces dans la maladie, il se produit dans la convalescence un réveil d'activité, et comme une poussée de vie : c'est une renaissance, les organes sont comme renouvelés,

C'est lorsque nous avons souffert pour la France que nous comprenons * mieux notre amour pour elle. La patrie en deuil nous est encore plus chère que la patrie triomphante, et c'est dans l'exil que l'homme apprend à connaître la force des liens qui l'attachent au sol natal.

Les Alsaciens-Lorrains aiment doublement la France depuis que leur sol natal n'est plus terre française ^.

Mais la douleur est surtout pour l'homme un moyen de perfectionnement moral et sous ses formes inverses elle tend toujours ^ à incliner une âme à la vertu.

Elle se présente à nous sous le nom du remords pour nous avertir de nos fautes, et par là elle nous préserve de nouvelles chutes * ; car il est toujours pénible de souffrir, mais c'est souffrir doublement que de voir dans la souffrance un châtiment mérité.

Enfin, c'est de la douleur que naissent les grandes vertus morales. L'homme qui n'a encore vu que les sourires de la vie, n'a pas vécu ^. Il croit pouvoir braver l'épreuve,

et l'on a besoin de dépenser, l'on dépense avec délices cette force qu'on sent en soi. Enfin, là aussi, les sensations prennent une fraîcheur merveilleuse, par la longue interruption qui en a effacé de notre cerveau les traces anciennes.

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