‹ Études pratiques de composition française; sujets préparés et commentés pour servir de complément aux Principes de composition et de style et Conseils sur l'art d'écrireChapitre 70 sur 94 · Bien fini, avec décision et fermeté · texte numérisé non relu

Bien fini, avec décision et fermeté

COMPOSITIONS d'Élèves. 175

points : sur la cour, et sur Henri de Navarre. Sur la cour : il fallait la peindre, avec ces mœurs efféminées et ces intrigues, ces perfidies, que d'Aubigné a marquées dans ses Tragiques. Quant au roi de Navarre, il fallait en parler comme un catholique tel que Montluc peut parler d'un chef huguenot, qu'il redoute d'autant plus qu'il l'estime davantage.

En somme, il fallait dans ce devoir distinguer les trois points importants, où tout l'effort devait porter : 1° peindre Montluc, ce soldat, ce Gascon, ce catholique héroïque et sauvage, que les Commentaires nous font connaître (voir Sainte-Beuve, Causeries du lundi) ; 2° peindre la cour des Valois, avec ses grâces et ses crimes (Michelet, d'Aubigné nous y aideront); S^jugcr la situation du royaume, en se plaçant au point de vue du catholicisme le plus fanatique, et en faisant le portrait du roi de Navarre, autant qu'on pouvait le connaître en ce temps-là, en pressentant, sans trop préciser, ce qu'il pouvait devenir.

Mais comment, dira-t-on, entrerai-je « dans la peau » de Montluc? Quel rapport ai-je avec cet homme-là? puis-je être sincère, être ému, quand je parle pour lui? — C'est un père qui survit à trois de ses fils; c'est un vieux soldat qui se souvient avec joie, avec fierté, de plus d'un demi-siècle de combats; c'est un catholique qui craint pour sa religion; c'est un homme d'action, à qui pèse une inaction forcée; c'est une nature franche, rude et même brutale, qui vit dans un temps d'intrigues et de perfidies. La lecture des Commentaires de Montluc et l'étude de l'histoire du xvi® siècle nous aideront à exprimer en traits précis et justes les sentiments de votre personnage; mais ces sentiments eux-mêmes sont assez généraux, assez humains pour que nous puissions les concevoir et les ressentir : il n'y a rien là qui vous soit vraiment étranger, et que votre sensibilité ne puisse recevoir, au moins, par sympathie. Saisissez donc d'abord le type dans ses qualités générales, par où il peut entrer en contact avec vous : ce sera lui qui reliera, soutiendra, animera les particularités biographiques de l'individu.

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