VIII. — Lettre de Gœthe à Guillaume de Humboldt
Lorsqu'en 1812 l'Allemagne entière se souleva contre les Français, Gœthe, que Napoléon venait de combler de distinctions et auquel d'ailleurs répugnaient toutes ces violences, se tint en repos. Cette conduite fut l'objet d'amers reproches et Gœthe se vit insulté par tous les pamphlétaires qui l'appelaient un égoïste et un traitre : il ne répondit rien à ces accusations. En 1816, quoique l'Allemagne fût libre et Napoléon vaincu, le mouvement ne s'arrêta pas. On continua à attaquer l'empereur en vers et en prose, à combler les Français d'outrages, à injurier ceux qui n'avaient pas pris part au grand mouvement national. Gœthe sortit alors de son silence; il se défendit par une lettre adressée à Guillaume de Humboldt, qui lui avait demandé des explications sur sa conduite.
II n'a pas voulu parler tant qu'a duré la lutte ; les conseils de modération qu'il aurait fait entendre n'auraient pas été écoutés; mais le temps du calme et de la raison n'est-il pas enfin venu?
Que signifient ces violences de langage? Pourquoi toujours insulter les Français? Sans doute leur ambition a coûté cher à l'Allemagne. Mais doit-on oublier les services que ce grand peuple a rendus à l'humanité, même en ces derniers temps? N'ont-ils point laissé partout sur leur passage leurs lois qui ont délivré les peuples de la tyrannie féodale?
L'Allemagne s'admire dans son triomphe; elle espère toucher enfin à la liberté et à l'unité, ces grands biens qu'elle poursuit depuis tant de siècles. Pour lui, il n'a pas d'illusion : les princes ne tiendront pas les promesses faites au moment du danger; les rivalités entre la Prusse et l'Autriche, entre la Bavière et la Saxe vont recommencer.
On l'appelle un traître et un ennemi de l'Allemagne. Il a plus fait pour elle que la plupart de ceux qui l'insultent.
Mon cher ami,
Voilà à peu près trois ans que tout ce qui tient une plume ^ en Allemagne est déchaîné contre moi. J'aurais