Mal écrit
en Allemagne, que des ossements et des croix dans les plaines d'Iéna, de Bautzen et de Leipsick. Rappelez-vous ce qu'était rAUemagne il y a vingt-cinq ans et voyez ce qu'elle est aujourd'hui. Je l'ai vue, moi, l'Allemagne de 1700, et c'est pourquoi je souris quand j'entends quelque bon jeune homme déclamer contre la tyrannie française. Je revois cette Allemagne des électeurs, des archevêques primats et des princes souverains, toute cette lourde machine du Corps germanique telle que l'avaient faite la guerre de Trente Ans et les traités de Westphalie ; je revois cet assemblage de pièces incohérentes, ces royaumes faits de morceaux, ces princes allemands possessionnés en Suisse ou aux Pays-Bas, en Alsace et en Italie, ces villes d'empire de 5 000 habitants, et ces principautés minuscules, dont le souverain tâchait tant bien que mal d'imiter le luxe, l'étiquette, les débauches des électeurs et des grands-ducs, eux-mêmes servîtes et lourds copistes du luxe, de l'étiquette et des débauches de Versailles; je songe aux rivalités des États, à la tyrannie des princes, à l'injustice partout florissante; je me rappelle la servitude des paysans partout établie; la classe bourgeoise opprimant les artisans dans les villes libres, et opprimée partout ailleurs; je me rappelle ce féroce duc de Deux- Ponts, et ce triste électeur de Bavière, et toute cette honteuse lignée des ducs de Wurtemberg; je me rappelle Schiller proscrit, Fichte chassé d'université en université, et le frémissement qui courut dans l'Allemagne, lorsque « Intrigue et Amour » vint flétrir ces Altesses Sérénissimes qui trafiquaient du sang allemand, ces cyniques marchands d'hommes, le margrave d'Anspach, le landgrave de Hesse et combien d'autres M C'était alors le bon temps
1. La phrase est trop chargée et tombe mal : « ces cyniques marchands d'hommes, ces margraves et ces landgraves qui trafiquaient du sang allemand ».
COMPOSITIONS d'Élèves. 181
des corvées, des impôts arbitraires, des iniquités et des turpitudes. Aussi quoi d'étonnant [à ce] * que les Français, quand ils sont entrés chez nous, aient été accueillis comme des libérateurs? Ils apportaient leurs lois, leur organisation républicaine, leur régime égalitaire, leur esprit de liberté; ils abolissaient les vieilles iniquités, et devant l'arbre de mai qu'ils plantaient dans chaque cité, proclamaient les droits de l'homme. Personne alors ne songeait à regretter l'électeur ou le prince archevêque qui, à l'arrivée des Français, avait précipitamment quitte sa résidence. On se joignait aux Français, on leur demandait de faire partie de la grande République (je n'avance rien qui ne soit rigoureusement vrai ^) : tout le pays rhénan, toute la vraie Allemagne, l'Allemagne de Gharlemagne et de Barberousse, librement se déclara pour la France. On l'oublie trop aujourd'hui. Pendant vingt ans. le drapeau tricolore a flotté sur le dôme de Cologne, de Mayence, d'Aix-la Chapelle, sans que personne, sur la rive gauche du Rhin, se plaignit de l'y voir. Quand, à la bataille des Quatre-Bras, le duc de Brunswick-Oels s'avança vers les Hanovriens de Jérôme et les exhorta à tourner, comme les Saxons à Leipsick, leurs canons contre les Français, les conscrits hanovriens répondirent par une décharge qui coucha Brunswick à terre. Or, je vous le demande, comment les Français auraient-ils pu se faire aimer d'une moitié de l'Allemagne, s'ils avaient été les monstres dont on nous parle? Le vrai, c'est qu'ils ont mis à bas un régime que nous détestions tous, mais que sans eux nous aurions encore; ils ont fait chez nous et pour nous, peut-être même contre eux, toute une révolution. Les résultats, je le crois, en seront durables. Quand nous saurons enfin promener un regard serein et pur do