Mauvais style
dours pour mettre les importuns à la raison. Voilà pour la liberté. Mais cette unité, que nous rêvons depuis tant d'années, l'avons-nous enfin? Oui, nous avons été unis, quand il s'est agi d'écraser les débris de la Grande Armée. Mais* cet accord a-t-il duré? Le pouvait-iP, alors que la Prusse et l'Autriche sont fatalement condamnées à s'envier et à se combattre jusqu'à ce que l'une absorbe l'autre, ou l'annihile, ou l'exclue du Corps germanique? Pour être unis, il faudrait supprimer l'antagonisme séculaire du Nord et du Sud, les haines religieuses entre Saxons luthériens et Bavarois catholiques. Mais des rivalités enracinées depuis si longtemps ne s'effacent pas si vite : la nature ne procède pas par bonds, mais par lentes évolutions. Jusqu'à ce que nous ayons conquis l'unité et la liberté, il y a place encore pour bien des mécomptes, bien des défaites. Nous nous admirons dans notre triomphe, nous rabaissons nos ennemis et nous ne songeons pas que tout le temps passé à faire les fanfarons et à dire des injures est perdu pour l'œuvre d'unification et d'affranchissement que nous devons tous poursuivre.
A cette œuvre ^j'ai conscience, mon ami, d'avoir bien travaillé. Nous ne pouvons tous servir notre pays de la même manière. Je l'ai servi de mon mieux, suivant le rôle * que m'avait donné la nature; je l'ai fait sans défaillance ni étroitesse, en m'efi'orçant d'être, comme le Posa de Schiller, le contemporain des hommes qui viendront un jour. Depuis longtemps j'ai passé le milieu du chemin de la vie; mais quand je regarde la route parcourue, je le fais avec sérénité. Je me dis que pendant plus d'un demi-siècle, je ne me suis jamais reposé au bord du