Mot impropre
COMPOSITIONS d'Élèves. 185
chemin, que j'ai toujours été fidèle à la vérité et à la beauté, que j'ai toujours marché, toujours pensé, toujours agi. Je me dis que mon labeur ne sera pas entièrement perdu pour mon pays, que dans l'héritage spirituel de TAllemagne, il y aura quelque chose de AYolfgang Gœthe; que mes livres ont consolé bien des afflictions, instruit bien des intelligences, et fait aimer l'Allemagne à bien des étrangers; qu'après tout, je ne suis pas un fils indigne de la vieille ïeutonie. Gela, je le dis en toute sincérité, et personne, je pense, ne me démentira. Que ceux qui m'appellent traître à la patrie et mauvais Allemand, voient s'ils en diraient autant d'eux-mêmes.
P., élève de rhétorique au lycée Michelet (1889-1890).
Voilà une vraiment bonne composition, solide, bien conçue et bien écrite. Elle a ses défauts : elle est un peu compacte. Le développement est trop complet. La peur d être vague a conduit l'écrivain à particulariser un peu trop, et à appuyer trop exactement toutes ses assertions d'exemples. Cela ralentit le mouvement de la composition, qui pourtant est continu; jamais d'arrêt, ni de piétinement sur place, ni de retour en arrière. Toutes les idées s'enchaînent avec une logique rigoureuse, sans effort, sans transitions cherchées. Le style est ferme, exact, nerveux par endroits.
Le sujet a été bien étudié. Le caractère de Gœthe ressort bien, avec sa sévérité un peu dédaigneuse, son amour de la vérité et de la justice, sa large philosophie et son universelle humanité. La situation de l'Allemagne est bien connue et bien exprimée à quatre époques de son développement historique ; avant la Révolution; pendant la Révolution; dans la lutte des dernières années contre Napoléon; après les traités de Vienne, tandis que domine la Sainte-Alliance.
Tout le développement est en rapport étroit avec les indications de la matière : mais toutes ces indications ont guidé la recherche, l'étude, la réflexion personnelle qui ont fécondé le sujet, Elles ont été comme les centres autour desquels se grou-
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paient tous les matériaux fournis par la lecture. Les histoires d'Allemagne, les œuvres de Gœthe, et particulièrement les deux volumes de M. Rambaud sur la Bominaiion française en Allemagne, rexcelleiit ouvrage de M. Lévy-Brùhl sur V Allemagne depuis Leibnitz, les Conversations de Gœthe et d^Eckermann, et l'étude de M. Caro sur la Philosophie de Gœthe, en voilà plus qu'il n'en faut pour préparer la composition de la lettre de Gœthe à Humboldt,
IX — J.-J. Rousseau à Pun de ses amis.
Jean-Jacques Rousseau, qui vient de s'établir à l'Ermitage, près delà forêt de Montmorenc}'', écrit à l'un de ses amis et lui peint le bonheur qu'il goûte dans sa nouvelle retraite. (Mai 1756.)
Paris lui était odieux : quel travail, quel recueillement étaient possibles dans le tumulte d'une ville si populeuse, avec les exigences du monde, les visites incessantes et indiscrètes des curieux et des amis?
Ici il est libre : il a échappé au joug tyrannique de la société; il vit dans la paix et dans l'étude.
A sa porte, la belle et sauvage nature; tout fait oublier l'homme et penser au Créateur.
La journée est belle et chaude; pas un nuage; à peine un souffle léger fait frissonner les fleurs de ma fenêtre. Tout à l'heure, assis à Tombre, j'ai pensé longuement à vous, et je suis rentré afin de m'entretenir avec vous et de vous communiquer un peu du bonheur dont mon âme déborde.
C'est le soir, à l'heure
Où, quand le jour n'est plus, la nuit n'est pas encore;
après un modeste repas composé de fruits et de laitage, que je vous écris '.