‹ Études pratiques de composition française; sujets préparés et commentés pour servir de complément aux Principes de composition et de style et Conseils sur l'art d'écrireChapitre 84 sur 94 · Phrase lourde · texte numérisé non relu

Phrase lourde

COMPOSITIONS d'Élèves. 191

que vous vous formez du bonheur, ou (car c'est votre mot) du plaisir. Cette vie dès les premiers jours m'a été odieuse. Vainement ai-je essayé de m'isoler, de me soustraire aux exigences du monde; vainement ai-je tenté de faire comme Descartes qui dit avoir vécu à la Haye et à Amsterdam aussi ignoré, aussi tranquille, aussi indépendant que s'il avait été dans la plus profonde des solitudes. Je n'ai pas su à Paris, comme lui dans les villes de Hollande, trouver le moyen de cacher ma vie. Comme lui cependant, j'aurais voulu philosopher en paix, travailler, me recueillir. Ce tumulte de la ville popideuse, cet air étouffant auquel vos poitrines sont habituées, ces visites indiscrètes et incessantes des curieux, des importuns et des faux amis qui m'arrachaient à chaque instant à mes réflexions, ces mille exigences enfin de la vie de société pour laquelle je ne suis point fait, pesaient sur moi sans relâche, me rendaient impossible toute méditation un peu prolongée, m'empêchaient de songer à l'œuvre que je prépare, aux idées que je sens s'agiter confusément en moi, qui ont besoin de se produire au dehors, et de faire, elles aussi, leur chemin dans le vaste monde.

Me voici libre enfin. J'ai secoué des chaînes dont je m'étais maladroitement chargé, et je me suis senti de nouveau moi-même ^ en retrouvant cette vie indépendante qu'on mène loin des cités. Ici, plus de contrainte, plus de tyrannie; plus d'obéissance servile à la mode, à l'autorité de messieurs tels et tels qui, dans vos cafés, aux foyers de vos théâtres, dans vos gazettes, s'érigent en juges infaillibles de tout ce qui s'écrit et de tout ce qui se pense ^; plus rien qui m'oblige à concilier l'inflexible vérité avec l'ignorance du public, avec le ton habituel des salons, avec

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