‹ Études pratiques et littéraires sur la typographieChapitre 15 sur 20 · ET RECTIFICATIONS · texte numérisé non relu

ET RECTIFICATIONS

place Vendredi. Le propriétaire actuel , M. Albert Moretus , descendant de Plantin du coté maternel, étant à la campagne lorsque je me présentai, je dus attendre son retour pour satisfaire le vif désir que j’avois d’avoir accès dans cette célèbre imprimerie , où les étrangers ne sont pas admis facilement. Je ne dirai pas de quels sentimens je fus ému en entrant dans l’atelier, et avec quelle respectueuse curiosité j’examinai ces ustensiles tri-séculaires qui avoient concouru à la production de tant de chefs-d’œuvre typographiques. Mais malheureusement cette imprimerie Plantinienne touche à sa fin.

Des dix-sept presses que le président de Thou y vit rouler en 1576, il n’en reste plus que deux, à boîte et à nerfs, encore debout, mais qui ne font plus aucun service. Les presses actives , au nombre de cinq , sont modernes 5 tous les caractères sont également de frappes modernes, et il ne reste plus vestige des anciens 5 ce qui pourtant ne m’a pas donné lieu de croire que les caractères mêmes de Plantin fussent en argent, comme 011 l’a répété et imprimé si souvent. On a dit aussi que tous ses ustensiles étoient en ivoire -, mais ce qu’il en reste , et qui est bien du temps , consiste en une soixantaine de composteurs en bois grossièrement travaillé , d’une seule pièce , chacun sur une justification différente. La personne qui m’accompagnoit me dit qu’il y en avoit autrefois plus de trois cents. Il restoit encore quelques vieilles galées et des manches de pointes , en bois tourné; un tabouret de bois, forme de trépied, une chaise en bois tors, qui a peut-être servi à Juste Lipse et à Corneille Kilian 1 î Mais ce qui me parut assez remar-

* Voyez page 174, ci-dessus.

ADDITIONS

quable sous le rapport des anciens usages de l’imprimerie , c’est un rang double , en dos-d’âne , haut de trois pieds seulement, avec une espèce de coffre sous le rang, pour placer les jambes des compositeurs, qui travailloient assis. Ces restes de l’ancienne imprimerie Plantinienne se trouvaient dans une première salle d’entrée , au rez-de-chaussée, à gauche. Il y avoit sous presse, dans l’atelier en activité , un Missel à deux colonnes, les pages encadrées dans un double cadre , à filets gras et maigre en dehors , que l’on tiroit à deux encres ( rouge et noir).

Dans cet atelier on voyoit deux tableaux imprimés, suspendus au mur, en commémoration, le premier, de la visite du Roi et de la Reine des Belges , le i4 juillet 1 835, à une heure après midi; avec cette souscription : Anvers, de l A r chity po graphie Plantinienne , chez Albert Mqretus.

Le second est ainsi rédigé : Tin ce moment , 1 i heures du matin , 3 mai i836, Sa Majesté , accompagnée de S. A. R, la pi incesse Marie, sa sœur , honorent de leur présence V ancienne A rchitypographie de Plantin.

J entrai ensuite dans une ' autre pièce qui formoit le bu* reau de Plantin , encore garni de tous ses registres de comptes et d affaires d imprimerie et de librairie amoncelés sur des tablettes. A coté de ce bureau est le cabinet où travailloit Juste Lipse. Cette pièce, bien éclairée, étoit encore tendue en cuir doré , à grands dessins , du meme temps. Dans une autre salle repose la magnifique collection d’ornemens typographiques qui ont servi aux éditions de Plantin, gravures sur bois de tous formats, lettres montantes, lettres grises, passe-partout, fleurons, dont le nombre, m’a-t-on dit, s élè\e à plus de trois mille pièces enfermées dans plusieurs corps de casseaux. Mais combien je fus attristé en voyant que tous ces objets d art si vénérables, si authentiques, si

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curieux, étoieut presque consumés et tomboient en poussière. Je ne pus dissimuler à mon guide la surprise que me causoit un tel état de dépérissement , qui accusoit une insouciance inexplicable devant un pareil trésor. Il parut étonné lui-même des ravages rapides qu’avoient faits les vers depuis qu’il avoit ouvert les tiroirs. Je le conjurai de prévenir le propriétaire de la perte totale qui le menaçoit. Mais, au geste que fit le guide, je jugeai qu’il n’espéroit rien, la mauvaise santé du possesseur le rendant à peu près indifférent à toutes ses richesses archi-typograpbiques. La cour de l’établissement est ornée des bustes de Plantin , de Jean Moretus , son gendre , de Juste Lipse et de six autres Moretus.

Combien je m’estimerois heureux si cette note, parvenant cà la connoissance de l’un des augustes visiteurs de l’Architypographie Plantinienne , pouvoit contribuer à préserver ses restes d’une ruine totale! Ne pourroit-on pas en effet assimiler un bien de cette nature à ces vieux monumens de lart, dont une administration éclairée et prévoyante acquiert la propriété, pour les préserver d’une destruction imminente ?

Page 197, sur la Note i.

En rendant hommage à la pensée du Ministre de l’instruction publique, M. Guizot, qui a conçu et commencé l’exécution du projet de publication de Documens inédits de V Histoire de France , je regrettois que le prix de 20 fr. par volume , qui avoit été fixé pour le public , fut aussi élevé, et j’exprimois l’opinion que, sans être délivrée gratuit tementy cette Collection fût mise k la portée des plus modestes fortunes de gens de lettres.

ADDITIONS

Par une décision prise au commencement de juillet 1835, M. de Salvandy, Ministre de l’instruction publique , a réduit le prix des volumes de la Collection à 12 fr. Ce n’est pas assurément à l’énoncé d’une opinion sans crédit, et qui d’ailleurs n’avoit pas été publiée , que l’on pourroit attribuer cette réduction de prix ; mais on peut se féliciter que la sollicitude du Ministre de l’instruction publique n’ait pas besoin d’étre excitée lorsqu’il s’agit de l’intérêt des lettres.

Page 201, sur la Note i.

Pour ne pas laisser incomplète la liste des augustes personnages qui ont honoré de leur présence l’imprimerie royale, j’emprunte au Moniteur la relation de la visite que Monsieur le duc et Madame la duchesse d’Orléans ont faite de cet établissement , le 8 juillet 1837.

« Le cabinet des poinçons , ce dépôt le plus riche de l’Europe en caractères étrangers, qui 11’a cessé de s’accroître depuis François 1e1 jusqu’à ce jour, a d’abord attiré l’attention de LL. AA., qui se sont arrêtées avec un égal intérêt dans la bibliothèque , récemment établie , où sont réunis , à côté des types qui les ont produits , tous les ouvrages imprimés dans l’imprimerie royale, depuis i64o, époque de sa fondation 1 .

<( Depuis la gravure des caractères , leurs fontes et les divers apprêts qu’ils subissent , jusqu’à leur emploi dans les différens ateliers de la composition et des presses , et à toutes les mains-d’œuvre accessoires du pliage , de la réglure, etc. , Monsieur le duc et Madame la duchesse d Orléans

1 La voilà donc enfin reconnue officiellement cette fondation , que les médailles de l’imprimerie royale attribuent à François ier.

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