Sa portée philosophique dans l’avenir
J Premièrement. Gui DE LA Bross
f^a fondation du jardin date, d’après une première conception non suivie d’exécution, de 1 626, et, d’après son érection définitive, de 1 63 5 (i ). Le premier acte d’installation a eu lieu en i64o. Gui de la Brosse ne fit valoir c[uc des motifs à plaire à ses hauts protecteurs, les premiers médecins du Roi , et fit appeler son établissement : Jardin des plantes médécinales.
Secondement. Fagon.
Fagon est né au .lardin des Plantes :.sa mère étoit la nièce de Gui de
(i) Jedois inviter les Naturalistes à se réunir dans un banquet, au printemps prochain pour fêter la mémorable fondation de i635; un poète, de mes amis (A, de Musset), jeune, mais déjà connu par ses chants lyriques et sublimes, célébrera les noms de nos bienfaiteurs; et je demanderai, immédiatement après, qu’il me soit permis de présenter aussi , dans un discours d’érudition, tous leurs titres au souvenir de la postérité.
. (Voyez PI. I.)
Gui de la Bro.sse.
Fagon.
Buffon.
IjAKANAL.
Cuvier.
Thiers.
DISCOURS PRÉLIMINAIRE
la Brosse. Getoit un esprit droit, vif, et qui réussit par son désintéressement, par une incroyable activité et par sa très grande capacité scientifique, à retirer le jardin des plantes médécinales de l’abîme où d’infames concussions l’avoient précipité. Sous son administration, aussi éclairée que bienveillante, fleurirent de grands professeurs , Duverney, Tou rue fort, Geoffroy, etc.
Troisièmement. Buffon.
Sous ce nouveau législateur et second fondateur, l’établissement acquiert une prospérité inconnue, que lui imprime l’un des plus grands hommes des temps modernes. Sujet d’iine gloire scientifique et littéraire que ne faisoient point présager les fins de sa première destination, de précédemment médical qu’il étoit, il passe aux fortes et philosophiques études des Rapports naturels : ce sont, dans l’intervalle de lySg à lySS, des développements rapidement progressifs. Les bâtiments et les jardins sont doublés : et les idées par leur grandeur et leur éclat suivent ces dévelopjicmcnts : c’est à faire croire à une féerie intellectuelle.
Quatrièmement. Lakanal.
I d’établissement sé ressent alors, en i yqB (i),du mouvement des esprits
(i) Le représentant du peuple Lakanal se présenta, le 9 juin 1 798 , vers les trois heures de l’après-midi, chez M. Daubenton : je me trouvai à portée de l’introduire auprès de mon vénérable maître et illustre collègue. Il nous étoit inconnu à l’un et à l’autre. Lakanal témoigne le désir d’être utile au patriarche de l’Histoire Naturelle; il s’enquiert de sa situation et des besoins du cabinet d’Histoire Naturelle. On s’explique, et un décret est aussitôt improvisé et rédigé. Débattue et améliorée le soir au sein du comité d’instruction publique, cette loi, qui devra fixer en France et jusque dans l’Europe les destinées des sciences naturelles, fut portée, le lendemain même, à la Convention nationale, et adoptée. Ma gratitude et mon respect pour ce députésecourableaux savants et aux sciences en 1798, me portent à annoncer ici qu’enfin M. Lakanal quitte sa métairie, située dans l’Amérique du Nord, sur les bords de la Mobile, où il a eu à supporter un exil volontaire de dix-neuf années, pour revenir dans sa patrie, qui lui rend ses titres et ses honneurs académiques.
DISCOURS PRÉLIMINAIRE
et participe au bienfait du renouvellernt'nt des idées sociales. La Convention Nationale etLakanal, son or{>ane (i), luiapplirpient la pensée dominante alors, les vues unitaires et philosophiques qui lui rnariquoient encore. L etablissement est proclamé Muséum d’Histoire Naturelle. Il est dès-lors spécialement affecté aux études comparatives et philosophiques de l’univers terrestre : c’est tout le savoir de Buffon, qui est repris et coordonné législativement.
Cinquièmement. Gu VIER.
Le Muséum d’histoire naturelle se formule arche de Noé, par une consécration, à-peu-près exclusive, de tous les efforts devant donner à Yarche un représentant pour chaque 'sorte de production naturelle.
Cuvier fournit principalement son activité et son puissant génie d’analyse pour continuer avec plus d éclat, de savoir et de lucidité, qu’on ne 1 avoit fait jus(|u’alors, le magnifique enregistrement des choses, ayant sur-tout insisté sur les animaux. Les hommages des naturalistes sont irrévocablement acquis à ses livres admirables , recherches sur les ossements FOSSILES (l), ET règne ANIMAL DIS'i RIRüÉ d’aPRÈS SON ORGANISATION.
(i)On vient de louer de premières idées au sujet des ossements fossiles, attribuées à M. Cuvier; ces paroles à effet auroient été coiinnuniquées dans la première des séances publiques de VInstitut national, .le ne crois pas à trois nuits de durée séculaire, comme ayant été révélées par des études d’ossements fossiles. La raison, qui a ses révélations données par le sentiment èes faits nécessaires, se refuse à croire qu’il y eût trois créations distinctes et isolées. Il n’est, suivant moi, qu’un systèmade créations incessamment remaniées et successivement progressives, et retîïaniéesavec de préalables changements et sous l’influence toute-puissante des milieux ambiants {vide infrà, p. 1 16 ef 119). M. Cuvier, en donnant, le i" pluviôse an IV, son beau travail sur les éléphants fossiles, a seulement conçu cette vue géologique , qu’il croyoit à un monde antërJear au nôtre, détruit par une catastrophe (juelcompw. Voilà ce qui seul jiouvoit alors entrer dans les allures de cii ( onspection de notre grand zoologiste.
XJl DISCOURS PRÉLIMINAIRE.
Sixièmement. Thiers.
fje Muséum d’histoire naturelle se complète dans son édification matéj'ielle : la richesse nationale et les merveilles des arts lui sont prodiguées, l'ni l’achevant sous le rapport de tous ses besoins , c’est le destiner à parvenir colossalement à la plus grande illustration où puissent arriver les choses de ce genre. Un ministre du Roi a proposé ce plan d’achèvement et l’a fait admettre par les pouvoirs de l’état.
Septièmement.
L’humanité, en possession de ces riches précédents, incessante dans ses progrès, comprendra quelle possède une école devant amener la maximationAe\à. philosophie naturelle : cette école resplendissante de lumières théosophiques, et riche sans doute en idées morales et politiques, sera pourvue de notions qui indiqueront à chaque chose sa bonne règle.' Or ceci apparoîtra , le jour où l’esprit philosophique se dégagera des derniers langes dans lesquels l’enveloppe toujours le fait instinctif de premier âge des Classifications et des Descriptions, et viendra à apercevoir, dans le Muséum d’histoire naturelle définitivement constitué, dans cette miniature du globe, l’harmonie, les rapports et la raison vraie des choses.
A qui l’honneur d’atteindre ainsi le terme des grandeurs de l’humanité demeurera-t-il en gloire? A l’eSPRIT de TOUS,
Enfin, pour dernière remarque, j’observerai que j’aurois peut-être fourni mon contingent comme naturaliste à cet esprit nécessaire aux fins de cette septième époque , si je ne me suis point mépris dans ma recherche de la loi universelle (vide infrà, p. 1 27). Or, si j’avois eu ce bonheur, que de rendre aux hommes un tel service , GLOIRE A DIEU !
APPENDICE
Je crois que l’on devra dire un jour de moi que j’aurai rendu la Société deux services éminents : 1“ celui de la révélation de la Loi universelle, soi pour soi, qui va d’abord renverser, pour mieux édifier, mais qui ne se conciliera pas de si tôt d’unanimes sentiments en toutes choses, il faut le temps. Et 2" celui d’avoir appelé à Paris et d’avoir introduit chez les naturalistes et dans les- emplois du genre, le célèbre Cuvier. Il m’a paru que dans son éloge solennellement prononcé le 29 décembre, ma conduite à l’égard de cet ancien ami auroit été atténuée et peutêtre méconnue. Tout historien dans d’aussi éclatantes conjonctures doit chercher, savoir et dire le vrai. Qu’on ne .soit pa.s, je prie, étonné de ma susceptibilité à cet égard : car bien que ma chaleur d’amitié et le zèle de mon dévouement aux intérêts de Cuvier, à son entrée en carrière, aient été signalés suffisamment dans les éloges de MM. Pasquier, Pariset , Duvernoy, Laurillai d , Audouin et ceux de rnesda mes Lee et Héloïse Pillard , je reconnois qu’il faut , une bonne fois pour toutes, décidément circonscrire le fait et l’entourer tellement de ses circonstances propres, que cette omission n’ait plus lieu désormais.
Déjà dans l’hommage que j’ai rendu à notie grand zoologiste, parlant sur sa tombe, j’avois fait entendre ces paroles, que l’Institut fit recueillir et imprimer : » Tout jeune encore, M. Cuvier croyoit n’écrire que des morceaux d’études ; et déjà , Il à son insu, comme à l’insu de tous, il avoit jeté les fondements durables de la >i zoologie : j’eus le bonheur inexprimable de l’en avertir le premier, d’avoir le Il premier senti et révélé au monde savant la portée d’un génie c[ui s’ignoroit luiii même. »
l'it j’ai donné, lors de l’impression, le sens de ces paroles, en disant comment mon vénérable ami M. Tessier écrivoit à Parmentier son collègue, qu’il avoit trouvé ilans le fumier de la Normandie (^Discours (fa^riciilteurs) , une perle, et à moi, que cette perle nous devroit donner un jour un second Delambre. J’acceptai , avec foute l’affection que je portois à M. Tessiei’, sa commission de préconiser son ami, et d’essayer de le faire arriver à Paris ; je fis mes ouvertures à ce sujet à mes collègues du Jardin du roi. Le seul M. de Lamarck, qui avoit été en correspondance avec
XJV
APPIiNDlCE.
M. Cuvier pour un article d’entomolop,ie envoyé et accueilli dans le journal d’^liistoii e naturelle, d’Ulivier, Bruguière et de Lainarck, m’appuya, mais foiblement. C’est alors que je priai M. Tessier de reproduire son anecdote prophétique au sujet de ÎSI. Delambrc, laquelle avoit tracé dans mon esprit: je lui demandai d’en écrire simultanément k M. de Jussieu , et à ses autres amis à Paris. Le mois de janvier 179a s’est passé k suivre , avec toute l’activité dont j’étois susceptible , ces démarches.
Tout cela avançoit peu les affaires de M. Cuvier ; j’eus l’idée de lui demander quelques spécimens de ses manuscrits. Or quelle fut, en les recevant , ma surprise! car voici ma réponse : Venez vite à Paris, venez jouer parmi nous le rôle d'un autre Linnée, dun autre fondateur de Phistoire naturelle. Cuvier prit conSance dans mon appel :1e reste est connu. Pendant 1790 et 1796, nous avons vécu ensemble, k la même table, dans les promenades, dans les collections publiques que nous (kudiions ensemble; nos écrits étoient signés de nos deux noms.
Voilk ce que le célèbre Goethe écrivoit k Weimar et ce cju’il imprimoit dans un journal de Berlin. Cegrand homme prit la peine d’apprendre tout cela avecde grands détails k ses concitoyens , et d’expliquer en philosophe, comme un fait nécessaire et tenant k une nature propre de leur esprit , la dissidence de sentiments des deux amis du Jardin du roi.
Effectivement Goethe, et k l’occasion de la publication de l’un de mes ouvrages. Principes de philosophie zoologique^ s’est plu k communiquera l’Allemagne, dans deux .irticles étendus (voir les Annales de critùpie scientifique , par Hegel) un récit exposant et expliquant les débats de février et mars i83o, au sein de l’Académie des sciences. Voici comment ce grand philosophe entra en matière ;
Il Dans une des séances de l’Académie de France , le 22 février 1 83o , il s’est passé Il un événement important et qui ne peut manquer d’avoir des suites du plus grand Il intérêt. Dans ce sanctuaire des sciences, où, en présence d’un nombreux auditoire. Il tout se fait avec ordre et convenance, où l’on se traite en personnes bien élevées i l Il où l’on se répond avec modération , il vient d’éclater de vifs débats , qui ne parois- II sent conduire qu’a des dissentiments personnels, mais qui, vus de haut, ont plus Il de valeur et d’avenir.
Il Deux hommes éminents ont marché l’un contre l’autre, etc. Ainsi il s est là re- II produit, ce conflit perpétuel entre les deux grandes doctrines dans lesquelles le « monde savant est depuis si long-temps partagé; conflit constamment manifesté Il chez les deux grands naturalistes françois, mais qui , cette fois, a surpris par un Il caractère d’extrême violence , etc. , etc. »