DES GENRES ORNITHORINQUE ET ÉCHIDNÉ
ARTICrÆ PREMIER,
Lu à l’Académie des Sciences le i3 octobre i834.
NOUVELLE RÉVÉLATION d’OVIPARITÉ CHEZ LES MONOTRÉMES.
Un signe d ’oviparisme, chez les oiseaux et chez les tortues, est la production d’un organe qui apparoît dans les derniers moments de l’incubation, et qui s’atrophie pour disparoître entièrement peu après l’éclosion. Cet organe consiste dans une crête sur le bout du bec ou du museau, dermo-cartilagineuse chez les oiseaux, et cornée chez les tortues, mais toujours plus ou moins terminée par une [)ointe aiguë; particularité dont les sujets, emprisonnés dans leur coquille , se servent pour scier d’abord les membranes de la coque, puis la coque elle-même. Or, c’est après avoir fait subir aux œufs cette première préparation, que les fœtus agissent efficacement par une poussée de tout le corps, et ([u’ils réussissent à briser définitivement leur cage d’emprisonnement : d’où le succès de leur éclosion.
Ce fait, contenant une condition d’oviparisme, se trouve chez les ornithorinques, à leur nai-ssance : même dard et mêmesitua-
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tion, et dès-lors révélation non équivoque d’un cas nouveau d’oviparisme, lequel il nous faut ajouter aux nombreux motifs, aux autres indices portant à penser que les monotrèmes (ornitliorinques et échidnés) sont ovipares, et qu’ils sont, sous ce rapport, décidément appelés à former une classe à part dans l’embranchement des vertébrés.
Jusque là mes principaux arguments avoient reposé sur les faits visuels de l’appareil sexuel. Après une étude approfondie de ces organes, observés en place chez le mâle et chez la femelle, il m’avoit paru hors de doute que de tels organes, se rapprochant j)lus des appareils génitaux des tortues que de ceux des mammifères, ne poiivoient et ne dévoient produire que des œufs. Mais se fondant sur une autre considération , Meckel m’opposa la présence de glandes sur les côtés de l’abdomen, lesquelles il déclara mammaires. Est- ce à la suite et en vertu de ce dissentiment, (ju’il s’est établi une tierce opinion, celle dans laquelle on nous adjugeoit à chacun les consé({uences physiologiques de nos observations? Cette opinion nous est venue formulée des lieux d’où proviennent les ornithorinques. Ainsi les écrits de Lauderbale- Maule firent mention, dès la fin de i832, que dans l’Australie les ornithorinques passent pour être à-la-fois ovipares et lactiferes: or cela ne s’étoit point encore présenté, et l’analogie résista à ce système, préférant attribuer l’observation, prétendue faite, à une cause d’erreur.
Pour mon compte, ne pouvant rien rabattre de mes faits sexuels, et par conséquent de leur exigence en fonction, je m’étois arrêté à la pensée que Meckel n’avoit point découvert une glande d’un caractère réellement mammaire et lactifère, mais «ju’il avoit fait l’heureuse découverte d’une tout autre glande
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de daiics, celle-là même quej’avois trouvée dans une condition spéciale chez les musaraignes, et que j’ai revue depuis dans les rats d’eau. Car là, aux deux régions parallèles de l’abdomen, sont deux sortes de glandes, y arrivant simultanément; l’une pouvant grandir aux dépens de l’autre et porter cette diversité jusqu’au point d’amener cet inégal partage que l’une est atrophiée ou manque, et que l’autre s’en accroît dans un état d’hypertrophie. J’ai donc cru reconnoître des cas où l’une d’elle, à l’exclusion de l’antre, se maintient.
Tels étoient des faits que j’avois posés, et qui n’ont pas laissé que d’exercer une certaine influence : j’en juge par les efforts (|ui ont été faits dans l’Australie. Mais pendant que cela se passoit au loin , on les a depuis passés sous silence, et c’étoit le moyen d’en abandonner, sans se compromettre, le caractère litigieux, (rétoit ])eut-être bien pour vivre à son aise dans un état provisoire ; mais la Nature, toujours prodigue de ses productions, devoit et devra nous les réoffrir sans cesse, d’où il faudra tôt ou tard les aborder et les philosopher.
C’est dans ces circonstances que sont parvenues eu Europe les nouvelles données que je mets sous les yeux de l’Académie, qui rendent de plus en plus difficultueuses les précédentes observations, et qui obligent d’aborder en face l’opinion toute singulière, il est vrai, mais de nouveau affirmée, celle pour la première fois rapportée par Lauderbale-Maule, que les monotrêmes sont à-la-fois ovipares et lactifères. En février i833, je ne pouvois croire à une pareille association de fonctions, c’étoit pour moi un vrai caprice de la Nature, qui ne devoit pas du moins venir assaillir mon esprit autrement disposé, sans y provoquer le doute : et je me prononçai alors contre l’improbabilité de
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celte réunion, insolite d’abord, et pour le moins très bizarre.
Après ma remarque faite à cet égard, cette opinion reparoît tout nouvellement, et est de nouveau donnée comme un fait (f observation. C’est une leçon dont il nous faut accepter renseignement, le principe de ne point prescrire de bornes à la puissance de la Nature, et la recommandation d’employer sobrement la voie de l’analogie. La Nature se seroit-elle donné ce point d’exception , nous serions des plus malavisés, nous historiens de ses faits, de n’y point accorder notre assentiment.
Mais avant d’épuiser toutes les inductions de l’analogie, il a ])u arriver qu’on ait mal vu le fond des choses, et qu’on ait pris ia sécrétion abondante et laiteuse en apparence, pour un lait véritable. J’ai énoncé un doute à ce sujet; et bien que la question ait marché, par mes études sur les Cétacés, dans un sens à ébranler mes premières opinions, j’en conserve quelques souvenirs; et pour m’en expliquer de nouveau, je crois prudent de réclamer de nouvelles et de plus attentives observations.
Mais en attendant, je vais produire contre moi-même cette suite d’objections. Pourquoi prendre pour un caprice de nature, l’association insolite des deux fonctions oviparisme et lactation? D’abord, si c’est un fait incompris, au même titre, par exemple, que le phénomène de la chute des aérolites, c’est à accepter avec soumission; les explications viendront après, et peut-être point du tout. Mais d’ailleurs quel motif viendroit justifier notre incrédulité? Y a-t-il une raison valable à produire pour faire croire à l’ovo-viviparité, comme une chose nécessairement dépendante de la lactation , et vice versa? J’avoue que je ne trouve d’autre réponse que celle-ci, et elle n’est point du tout logique : cette association ne s est jamais rencontrée.
SIGNE ü’oVIPARISME.
Les deux opinions en dissentiment sur le fond de la (juestion ne se sont accordées que sur un point, pour refuser également leur conliance à l’assertion de Lauderbale-Maule : l une, qui soutient que le monotrême n’est qu’un mammifère, s’est refusée à croire à l’oviparisme de l’animal; et la mienne, admettant ce cas, s’est permis de douter de l’essence lactéenne du fluide sécrété : voilà où chacun s’est arrêté.
Or, sur le premier point en discussion, ïoviparisme, j’apporte dans le présent écrit un fait nouveau et confirmatif, celui que les poussins des monotrêmes portent une corne pour travailler à briser leur eoquille, de la même manière que les poussins de l’espèce poule. '
Je fais passer sous les yeux de l’Académie ma planche où ce fait est tracé, et le jeune ornithorinque qui m’en a fourni l’observation.
Mes travaux de janvier et février i833 avoient donc retenti à Sydney ; car j’avois pris le soin d’envoyer là un nombre quelconque d’exemplaires, pour y provoquer l’attention sur mes a priori, et pour réclamer avec instance qu’il y fut répondu par un à posteriori , condamnant ou affirmant mon système. Ma réclamation vient d’avancer la question sur deux points : i° pour faire redire que les monotrêmes sont jugés dans le pays ovipares et lactiferes, sur quoi on a continué la remarque qu’un amas de coquilles brisées existent dans le nid des mères ; 2° pour avoir suggéré d’offrir à l’observation des naturalistes en Europe, trois su jets d’ornithorinques, tous trois d’âge et de volume un peu différents. C’est M. Lauderbale-Maule qui vient de faire cet envoi à son ami, M.Hume VVeatherhead, et ce médecin, employé aujourd’hui dans les environs de Londres, comme administrant des
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eaux gazeuses et officinales, a eu Fattention de consacrer à l’observation ces dons de Famitié. La Société zoologique de Londres, et cela au profit de M. Richard Owen, Fun de ses membres les plus distingués, a obtenu le plus grand et le plus petit de ces poussins, et celui de la taille intermédiaire m’a été attribué par M. Hume Weatherhead : c’est le sujet déposé sur la table.
Je Fai fait peindre à son arrivée, et dès lors je m’aperçus du fait apparent à sa lèvre, et portant caractère d’oviparisme ; mais î’avois sous les yeux cette circonstance dans une marche de décours. Il n’y a voit qu’un tubercule cutané, et la pièce épidermique ou cornée, qui recouvroit ce monticule avoit disparu. Je présumai que le plus jeune des trois contiendroit, dans son état d’âge moins avancé, le tubercule ainsi que sa coiffe épidermique, et je profitai d’un voyage du directeur de la zoologie de la ville de Lyon, M. Jourdan, et de M. Bibron attaché comme aide naturaliste au professorat de M. Duméril, se rendant ensemble à Londres, pour leur demander défaire en ma faveur cette observation dont je leur avois précisé les circonstances.
Et plus tard, j’en écrivis de nouveau à M. Thomas Bennett, principal actionnaire et secrétaire de la Société, et M. Arago voulut bien me faire le plaisir de se charger de ma nouvelle insistance. Le résultat fut satisfaisant de deux façons: il fut manifeste que le très jeune sujet avoit le tubercule plus gros et recouvert d’une lame cornée, et cju’ainsi je ne possédois qu’un sujet, comme je Favois présumé dans le décours de cet organe, marchant à atrophie et à disparition 5 puis, 2° M. Richard Owen, dont ce fait pouvoit déranger les vues spéculatives, s’y étoit porté avec le caractère loyal et consciencieux qui le caractérise : il avoit vu comme moi, et il a donné une description de la chose,
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lacjuelle description est insérée dans le dernier des procès-verbaux de la Société zoologiqite (i).
(i) On V a transcrit, à la date du 27 mai i834, la communication dont ce qui suit est extrait :
«Les circonstances qui fixent d’abord l’attention et portent à vive curiosité, sont ; l’absence complète de poils, la condition molle et flexible des mandibules, et la brièveté de ces parties dans l’animal naissant, eu égard à ce qu’elles sont dans l’animal adulte. La langue, qui, dans l’adulte, est logée fort en arrière , avance, dans le jeune individu, jusqu’à l’extrémité de la mandibule inférieure; et sa largeur, dans un sujet de quelques pouces de long, n’est moindre que d’une ligne de ce qu’elle est aux adultes. Ce développement disproportionné paroît un indice très marqué de l’importance de cet organe chez le jeune ornitborinque, et montre de l’aptitude pour recevoir à-la-fois et pour avaler l’aliment.
« Sur la ligne moyenne de la mandibule supérieure, un peu en avant des ouvertures nasales, il existe une petite éminence charnue; logée dans une foible dépression cliea le jeune sujet, cette éminence est enfermée dans une interruption de l’épiderme, et selon toute probabilité, la caroncule étoit couverte d’une substance épidermoïque, épaissie et de consistance cornée; elle avoit disparu. Ces particularités observées sur un sujet très jeune ne laissent point de traces chez l’adulte, et l’auteur a dû considérer ce petit appareil comme l’analogue du petit bouton formant excroissance sur le bout du bec des jeunes oiseaux, au moment de leur éclosion.
« L’auteur ne peut cependant admettre que ce caractère remarquable d’affinité entre l’ornithorinque et un jeune oiseau soit décidément une indication de même emploi, et pour un but d’éclosion. Car ce n’est pas exactement une même crête blanche , et tenant de la pierre, comme chez l’oiseau. Toutefois sans plus s’arrêter à cette considération, il faut du moins se rappeler ce que l’on sait de l’évolution de l’ornilhorinque , où il est montré comme avec le doigt que le développement est celui d’un ovo-vivipare.
« La situation des yeux est indiquée par la convergence de quelques rides en un point; mais le tégument reste continu et couvre tout-à-fait le globe de l’œil. Cette absence de la vision porte à croire que le jeune sujet reçoit, tant qu’il demeure confiné au nid , sa nourriture de sa mère, et cette déduction est corroborée par la condition débile et cartilagineuse des os des extrémités et par la forme générale du corps. La tète et la queue sont rapprochées du ventre , et il faut une certaine force pour mettre le corps dans la position rectiligne: une difficulté à cette élongation
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Cette opinion est très remarquable : car bien que le fait soit rapporté avec sincérité, il contrarioit tellement fauteur dans la défense de son système d’idées, qu’il en a pesé, et j’ajoute, qu’il en a plaidé les circonstances. Il est bien certain , dit M. Owen , (pi’il existe au bout du museau une proéminence charnue, et que cette caroncule est protégée extérieurement par une lame épidermique ayant la consistance et la dureté de la corne ; il est encore vrai que la position de cette particularité porte à penser que c’étoit un cas analogue à la corne semi-pierreuse de l’oiseau, au moment de son éclosion. Mais , poursuit M. Owen , ce cas ne rér pète point le fait même d’une corne toute semblable, et il ne suffit sans doute pas de la coïncidence d’une caroncule analo^ gue pour conclure à la réalité du même fait, surtout en fonCr tionsj car, ajoute encore M. Owen, ce qui est là montré nettement et comme avec l’emploi du doigt, c’est le développement ovO“vivipare d’un œuf d’ornithorinque.
Que d’aveux dans ce dernier membre de phrase pour un aussi savant physiologiste, au moment qu’il se présente pour soutenir tout le système allemand! Ainsi Meckel n’est plus suivi: car,
(lu tronc montre l’impossibilité' des mauvements progressifs peu après la naissance.
i< Suivent plusieurs autres détails anatomiques, une description de l’estomac, l’observation du lait avalé et contenu dans cette poche, où ne se voyoit aucune trace de vers ou de pain , etc. , etc. »
Mon gendre, M. Bourjot Saint-Hilaire, en me remettant cette traduction qu’il a faite à ma demande, y a joint une note expliquant sa pensée sur l’emploi physiologique de cette organisation. Il pense qu’il n’y a chez les Monotrémes ni acte du téter comme chez les mammifères ordinaires, ni boisson lancée par éjaculation des mères aux petits, comme chez les cétacés; mais qu’un troisième mode de préhension y supplée. Les poussins Monotrémes lui paroissent ramasser la nourriture lactée, qui sort extravasée, épanchée an-dehors, comme font les chiens lors qu’ils h'cbent leurs plaies.
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selon lui, les inonotrêmes étoient pleinement mamniilères et viviparcîs.
M. Owen reproduit en cela l’idée et le mot de sir Everliard Home, l’invention de cet anatomiste illustre, en i8o4: ce dont j’accepte l’esprit, si l’acception rigoureuse et vraie en est définitivement donnée, dans ce sens qu’ovo-vivipare s’applicpie à tout ovipare dont l’œuf subit son incubation au-dedans de sa mère et non, comme chez les poules, en dehors; ainsi la vij:)ère, au fond un ovipare au même titre que tous les serpents ses congénères, est un ovo-vivipare pour cette circonstance que les œufs éclosent chez la mère qui les a pondus; circonstance en elle-même si peu importante quant au système organique, quant au sac leur producteur, que M. Florent Prévost, chef des laboratoires de zoologie au Muséum d’histoire naturelle, oblige à volonté les couleuvres, ou à conserver en elles-mêmes leurs œufs, ou à les pondre intempestivement (i); c’est ainsi que tous les poissons cartilagineux sont ovo-vivipares, mais par une autre et très laborieuse marche de développement, qu’il n’est pas de mon sujet d’examiner ici.
(i) Il faut, pour que les couleuvres pondent, à jour et heure réglés parleur essence, ce concours du monde ambiant, chaleur et humidité dans une'certaine intensité. L’oviductus porté à sa bonne mesure de vitalité sent le poids des œufs comme celui d’un corps lourd qui le gêne, et il s’en débarrasse. L’œuf n’en est encore qu’au premier point de sa formation; L’expérimentateur veut-il faire naître, de coideuvres ordinairement ovipares, des petits vivants comme cela arrive normalement chez les vipères, il place les couleuvres au sec, les fait frapper de soleil et ne les nourrit point. Un état de langueur s’en suit: l’oviductus reste insensible à la pesanteur des œufs; il n’en précipite point le versement au-dehors ; mais ces œufs, logés dans la mère, n’en sont que mieux pris de chaleur, plus tenus à l’incubation , et ils éclosent avant d’être pondus. Je crois avoir déjà publié ces remarques.
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Ce que je vais ajouter va montrer que nous arrivons, guidés par l’observation des faits, M. Owen et moi, sur la même pensée, quand chacun de nous étoit parti, dans cet engagement, d’un camp tout-à-fait contraire; c’est qu’il n’y a rien de plus puissant et de plus efficace que la Nature pour donner nombre de reliefs différents aux questions, mais sur- tout pour les trancher sans indécision , quand ses documents s’adressent à des esprits consciencieux, qui ne s’en tiennent point uniquement à la satisfaction d’un succès ou au fol entêtement de ne jamais lâcher pied.
La caroncule sur le bout du museau de l’ornithorinque devient aujourd’hui la cause qui rallie des observations divergentes, mais consciencieuses : pour moi, c’est un faitqui prononce en faveur de l’oviparité des monotrêmes; pour M. Owen qui veut se retrancher dans un cas de juste-milieu , ce fait n’est pas assez concluant, dit-il; car il n’est point là une vraie corne semi-pierreuse comme chez les oiseaux. Mais c’est sans doute queM. Owen ignore peut-être que les tortues, qui usent du même moyen que les oiseaux pour scier en dedans leurs œufs, n’y emploient qu’un couvercle sur la caroncule tout-à-fait épidermique, un dard fait de corne, mais avec une solidité et une densité à remplir le but de l’organe.
Pour moi , qui ne pouvois aller justifier mes k priori sur les lieux mêmes dans l’Australie, qui n’ai pu y réussir sur la pièce si belle, laquelle auroitpu tant éclairer la science, pièce rapportée et donnée au Jardin des Plantes par le chirurgien de marine M. Eydoux, j’ai regardé, comme une bonne fortune et comme une compensation, l’observation du fait que je signale. Car on va voir comment cette observation éclaire notre question et lui fournit
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les moyens d’inlrodiiire, par l’emploi des faits analogiques, une explication de la plus grande simplicité, de cette simplicité dont jamais la nature ne s’écarte.
Les œufs des ornithorinques sont produits plus volumineux (|u’il ne faiidroit pour traverser le détroit du bassin : et depuis long-temps, dès la publication de mon article Marsupial dans le grand Dictionnaire édité par les frères Levrault, je m’étois fait de l’exiguité du passage à travers le bassin, une objection demandant à être résolue.
Or, l’œuf formé , ou si on préfère cette autre vue, l’œuf parvenu au-devant du détroit s’y trouve acculé : c’est dans un emplacement ou tronçon sous forme intestinale, lequel a donné lieu à beaucoup de dissentiments pour sa détermination, chez Everliard Home , Cuvier et Meckel .
Là , selon moi, est une partie sui generis et propre uniquement aux monotrêmes; c’est un tronçon unique, qui, sur la ligne médiane, provient de la jonction des deux oviductus au point de leur terminaison. L’œuf arrêté après sa formation par l’impossibilité de glisser à travers le bassin, y subit les faits de chaleur et d’incubation, qui amènent les œufs à donner le développement du sujet. Ce qui chez la poule se passe au dehors de cette mère se poursuit chez la femelle de l’ornithorinque en dedans d’elle, et justement dans un emplacement dont il n’y a rien ailleurs de semblable, et qui n’est qu’un vestibule formé de téguments prolongés. Et au moment voulu par la Nature pour le développement, la corne incisive agit sur l’œuf par dedans; et le fœtus par une poussée efficace amène enfin cet œuf à s’ouvrir et à déprison ner le contenu ; celuici glisse à travers le bassin; et après lui, se fait l’expulsion des enveloppes, savoir : de la cocjue et des membranes de la coque.
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Tout cela se passe comme à l’égard de l’arrière-faix d’un mammifère : après la venue du sujet suit le rejet des membranes en veloppantes.
Et quand j’ai dit qu’il y avoit là répétition de faits portés à la j)lus grande simplicité dans l’ordre des moyens, j’ai entendu que nous tombions dans lassimilation de la théorie relative à l’enfantement des reptiles ét des poissons cartilagineux, qui produisent vivants leurs petits.
Sur ce point c’est le même fait , mais c’est un fait qui se produit dans un champ organique différent en ce qui concerne tout le déploiement de l’aorte ascendante. M. le docteur Martin-Saint- Ange nous a fait connoître, dans son ouvrage couronné à l’Académie, que chez les crocodiles les troncs aortiques au-dessus et au-dessous du cœur ne suivent pas respectivement la pareille correspondance , le même ordre de distribution que chez les mammifères^ les dépendances artérielles qui vont aux membres pectoraux et à la tête sont plus compliquées , et celles pour les membres pelviens et les sexes beaucoup moins.
Or, voici ce qui se passe quant au système de distribution d’artères, soit à l’égard des marsupiaux, ainsi que je m’en suis depuis long-temps assuré, soit à l’égard des monotrêmes, par une étude toute récente à leur égard (i): l’ordre commun de distribution du sang fourni par l’aorte descendante est fortement modifié par une artère en moins; ce qui apporte un changement notable dans les rapports et les versements des artères à leur terminaison.
(i)Je dois au scalpel et au pinceau de l’habile anatomiste, M. Martin Saint-Ange, le fruit de cette nouvelle recherche. Mais je ne dois pas manquer de faire cette remarque restrictive: c’est là un fait négatif : nous n’avons pas vu d’artère mésentérique inférieure sur notre pièce bien petite, et fatiguée de conservation.
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iN’oublions pas qu’il n’y a d’organes produits ([ue par l’action artérielle, que par les évènements des irradiations vasculaires: là où vont les rainuscules artériels, sont les organes dans lesc[uels ils se versent et parcequ’ils s’y rendent; en sorte que si le tronc d’où émanent ces rainuscules vient à man(|uer, l’annihilation des organes en soit l’effet immédiat.
Or, il y a long-temps, c’est quand j’ai livré au Dictionnaire d Histoire naturelle de Levrault ma composition du mot marsupial^ que j’avois déjà remarqué que toutes choses, à beaucoup d’égards , se maintenoient fermement comme chez la plupart des mammifères; de telle façon que les marsupiaux, pour ces cas de rapports, suivoient les séries naturelles représentées parles dénominations de carnassiers , rongeurs et édentés ; rien d’interrompu , sauf un point qui donnoit son caractère marsupial à ces êtres, mammifères d’ailleurs. Une artère du tronc aortique descendant manque chez tous les marsupiaux, c’est la mésentérique inférieure. La mésentérique supérieure obéissant à un phénomène d’élongation pourvoit, dans ce cas, à la nutrition de tout le canal intestinal. Donc ce n’est point de, ce côté que se fait le retentissement de l’absence de cette artère, le canal intestinal est pourvu ([).
(i) M. Bourjot Saint-Hilaire, ayant pris connoissance de ce passage, m’a communiqué quelques points de ses études sur le système artériel , entre autres quelques observations sur la nutrition vasculaire de l’intestin des oiseaux. L’artère rectale y acquiert une bien plus grande dimension que chez les mammifères; car jusqu’à certain point elle y vient jouer , parvenue à plus de puissance et de longueur, le rôle de la seconde mésentérique qui a disparu. Un balancement entre le volume des principaux troncs qui rampent à la surface de l’intestin est là remarquable; mais d’ailleurs les deux classes persévèrent dans leurs différences respectives. Ainsi chez les mammifères, le canal intestinal est abreuvé par trois principales brandies, les' deux mésentériques et la rectale; et ce seroit chez les oiseaux par deux seulement,
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La variation qui affecte sensiblement toute la région inférieure, les membres pelviens , la queue, mais surtout les appareils sexuels, est décidément occasionée par le manque de cette mésentérique inférieure et de la manière suivante: là où cette artère existe, elle émane de l’aorte descendante parallèlement aux artères rénale et spermatique; étant placée entre chacune de celles-ci. N’y a-t-il plus de mésentérique inférieure, et parcequ’il n’y a plus partage en trois branches, un afflux plus considérable profite nécessairement aux deux artères maintenues.
Or, ce trait du manquement de la mésentérique inférieure est le fait caractéristique des vertébrés ovipares, principalement des oiseaux, plus rapprochés des mammifères par le mode de leur circulation. Les rapports naturels de ces animaux suivent l’ordre de ces arrangements ; et en effet les marsupiaux, de toute la quantité dont ils s’écartent des mammifères, s’en viennent dès-lors confiner aux oiseaux.
Toute chose ainsi en demeure, on comprend combien il me paroissoit important de vérifier si, par l’absence de cette artère, les monotrèmes auroient le principal caractère ornithologique. Je l’ai d’abord présumé théoriquement, et je n’ai point craint de le dire dans mon Opuscule des Cétacés. Cependant c’étoit à apprendre par une observation directe, et j’ai prié notre jeune anatomiste, si dévoué et si exercé, M. Martin-Saint- Ange, de venir procéder auprès de moi à cette recherche. La chose s’est trouvée d’accord avec ma prévision; et le dessin que je fais circuler dans l’assemblée, dit de quelle manière cela est effectivement.
Tunique mésentérique et cette autre puissante artère allant sur le rectum , et remontant beaucoup plus haut ; de manière à se porter au secours de Tinsuffisance en étendue du tronc général allant sur le mésentère.
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J ajoute une autre prévision à cette dernière si heureusement justihée; mais dans cet écrit je n’en dirai que l’esprit; je formulerai plus au long' ma pensée dans une note, si j’imprime cet article, avec l’espoir de l’adresser, comme je l’ai fait de mes précédents Mémoires , dans les pays où vivent les monotrêmes. Comme c’est par l’absence de la mésentérique inférieure que, suivant moi, les monotrêmes gagnent, ainsi que les marsupiaux, la distance d’une marche de plus vers les oiseaux, je crois à un progrès proportionneL Mais pour aller plus avant .et pour que les monotrêmes aient d’autres droits qui les fassent comprendre décidément parmi les ovipares, ce qui alors n’arrive point aux autres marsupiaux, il faut un autre motif exceptionnel que je suppose (je parle d’après un a priori que je tiens pour étudié jus- ((u’ici seulement dans les limites de mes moyens d’observation ) ; je suppose, dis“je, que ce motif sera donné par un arrangement survenu vers la région supérieure des troncs aortiques. Or, comment le sens analogique m’a-t-il révélé ce point? et comment cet acte d’intuition découle-t-il de plusieurs données et comparaisons que j’ai faites? La prudence me prescrit de ne le dire qu’aux savants posés pour en coniioître a posteriori. Si j’avois eu les pièces qui m’ont été soustraites, j’aurois plus à fond fait pénétrer le scalpel , et moi-même cherché les faits. Mais j’ai le pressentiment que cette nouvelle discussion ne sera point inutile à la science : ce qui en est dû à M. Owen, ce que j’ai déjà lu de lui dans les procès-verbaux de .sa Société académique, et peut-être aussi le retentissement de cet article, nous vaudront sans doute un jour des observateurs de visu’ sur les lieux.
Cependant j’avois désiré la solution de ces questions par la pratique de mes propres investigations; et si je ne l’ai pu, et si
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j’ai bu avec quelque amertume à la coupe de cette contrariété , du moins par un retour sur ma position personnelle j’en serois venu, sous l’action de la réflexion suivante, à condamner en moi un peu trop de vivacité. Que la lacune que j’avois aperçue importât pour ajouter au savoir de l’humanité sur ce point problématique, c’étoit incontestable. Mais que sont quelques années de plus ou de moins dans la vie de l’humanité! Dans la série de jours attribuée à notre marche en civilisation, qu’importe aujourd’hui le plus tôt ou le plus tard de la découverte? Celle-ci sera faite; il suffit de cette assurance.
Pour nous, atomes apparoissant, chacun à son tour dans l’éternité (laquelle se déploie en une infinité de siècles) que d’instants à consacrer à de'pareilles investigations, qui sont mis ainsi à la disposition de l’humanité ! Ce n’est pas de moi , qu’une saison d’automne emportera nécessairement et bientôt, qu’il doit s’agir; pour que l’intérêt scientifique cesse d’être en alarmes, que l’on se fie sur le pouvoir de cette jeunesse éternelle de la Nature, qui ramène sans cesse des saisons printanières, et avec elles toutes les forces de la pensée, tous les cas d’investigations intelligentes, c’est-à-dire toutes les existences et les consolations de l’avenir, quant aux savants à intervenir.
J’ai donc pris mon parti d’ignorer par moi-même comment les monotrêmes entrent parmi les ovipares, et pourquoi ils sont destinés à faire classe à part. Je dois m’en fier par rapporté l’avenir, tant sur les procès-verbaux imprimés des zoologistes anglois mis soigneusement au courant de ces questions, que sur l’activité et le savoir de l’un d’eux, M. Richard Owen, auquel la science est déjà si redevable.
Mais si ce n’étoit pas cela, je dirois le jour de cette découverte
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encore très éloi{»né, vu les habitucles prises dans les recherches d’histoire naturelle. Qu’attendre en effet de la marche stationnaire de l’école actuelle, à qui les a priori ou les intuitions de la vraie science font une telle frayeur, qu’on n’imagine rien de mieux que de promener vaguement ses scalpels sur les choses renfermées sous derme? Toujours couper, toujours produire de petits morceaux , ne valent pas pour la science le faire synthétique, qui éclaire un fait par l’autre, qui les rejoint tous deux avec un savoir intelligent ; car il n’est vraiment de moyen que cette méthode pour arriver enfin à la raison des choses.
Que je ne termine pas cet article, que j’avois promis, en finissant mon opuscule sur la nutrition des Cétacés, sans ajouter que j’avois attendu pour l’écrire le retour d’Angleterre, de M. Arago, Il m’avoit promis le fruit de ses soins auprès de M. Th. Bennett. Je remercie le zoologiste anglois denses documents, qu’il m’a fournis avec la chaleur de l’amitié; remerciements que je renouvelle et que j’étends aussi à M. Hume Weatherhead, à la générosité duquel j’ai dû mon poussin d’ornithorinque.
Je n’ai pu rappeler ici les nombreux articles sur les monotrêmes que j’ai publiés dans la Philosophie anatomique , les Mémoires du Muséum , les Actes de la Société philomatique, et les Annales des Sciences naturelles; j’ai rédigé le présent article, éloigné de ma bibliothèque, étant à Coulommiers chez mon excellent ami M. de Varennes, dans les journées 10 et ii octobre, qui ont précédé ma lecture académique du lundi suivant.
SUR LES MONOTRÉMES.